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coup de crédit parmi les princes luthériens d'Allemagne. Le portrait de la princesse peint par Holbein lui ayant été présenté, il la trouva ravissante, et le mariage fut conclu; mais lorsqu'il vit Anne, elle lui parut si dépourvue de grâces et de beauté, qu'il déclara qu'elle ne lui inspirerait jamais que du dégoût. Son aversion pour elle s'accrut tellement de jour en jour qu'il se détermina enfin à chercher à la fois le moyen de dissoudre une union si odieuse pour lui , et de perdre le ministre qui en était l'auteur; il espérait, en sacrifiant Ci omwell, faire cesser les clameurs qui s'élevaient de toutes parts contre son gouvernement, et regagner l'affection de ses sujets. Devenu amoureux de Catherine Howard, nièce du comte de Norfolk, Henri ne trouva pas d'autre expédient que de répudier Anne de Clèves, pour épouser l'objet de sa nouvelle passion. L'oncle de Catherine, qui était depuis long-temps l'ennemi de Cromwell, obtint du roi une commission d'arrêter le ministre, sur l'accusation de haute-trahison portée au conseil, et de le renfermer dans la Tour. Unbill de proscription fut immédiatement expédié contre lui, et la chambre des pairs, sans instruire de procès, sans interrogatoire et sans preuves, eut la lâcheté de condamner à mort celui que, peu de jours auparavant, elle avait déclaré digne d'ètré le vicaire-général de l'univers (1540).
Le mariage du roi avec Catherine Howard et l'alliance qu'il contracta à cette époque avec l'empereur d'Allemagne furent regardés par les catholiques comme deux événemens favorables à leur cause. Norfolk et Gardiner se trouvant à la tète du conseil , une persécution violente fut exercée contre les protestans, et la loi des six articles, connue sous le nom de statut de sang, fut exécutée à la rigueur *. Henri n'épargna pas davantage les catholiques
i Ces six articles de foi , approuvés par le parlement, établissaient a présence réelle, la communion sous une seule espèce, l'obligation
qui niaient sa suprématie; et c'était avec raison qu'on étranger, qui se trouvait alors en Angleterre, disait que ceux qui prenaient parti pour le pape étaient brûlés, et que ceux qui se déclaraient contre lui étaient pendus.
Henri se trouvait heureux de son nouveau mariage : la beauté, la jeunesse et le caractère aimable de Catherine fixaient toute son affection. Cependant la reine méritait fort peu cet excès de tendresse; Cranmer fut informé des faiblesses qu'elle avait eues avant son mariage, et en instruisit le roi. Catherine, interrogée, nia d'abord son crime; mais lorsqu'elle sut qu'on en avait les preuves, elle avoua tout et se retrancha seulement sur ce qu'elle n'avait jamais trahi le roi. On ne la crut point. Henri assembla aussitôt le parlement, son vengeur ordinaire. Les deux chambres, après avoir reçu la confession de la reine, votèrent un bill de proscription; Elle eut la tête tranchée à Tower-Hill , et presque tous ses parens subirent le même sort pour n'avoir pas révélé ses déréglemens(1542).
Henri, prétendant avoir à se venger dé la légèreté avec laquelle le roi d'Ecosse sou neveu avait reçu ses avances d'amitié, se disposa à lui faire la guerre, et publia un manifeste pour justifier ses hostilités. Le duc de Norfolk entra en campagne à la tête de plus de vingt mille hommes, passa la Tweed à Berwick, et, côtoyant cette rivière , s'avança jusqu'à Kelso. Mais lorsqu'il apprit que le roi d'Ecosse avait trente mille hommes à lui opposer, il rétrograda. Jacques, enflammé d'un désir de gloire et de vengeance, donna l'ordre de poursuivre ses agresseurs et de porter la guerre en Angleterre même. La noblesse écossaise, qui ne pouvait lui pardonner ses préférences pourle
perpétuelle du vœu de chaste! Vntflitô de la messe particulière, le célibat du clergé, la nécessité de la confession auriculaire.
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clergé, refusa d'obéir et de suivre son prince dans cette entreprise. Jacques n'en persista pas moins dans son projet; il envoya dix mille hommes sur les frontières occidentales; ils entrèrent en Angleterre à Solway Frith, et le roi les suivit lui-même à peu de distance. Mais à l'aspect d'un corps anglais de cinq cents hommes seulement, cette armée fut saisie d'une terreur panique et prit la fuite. Il y eut peu de morts, mais un grand nombre de prisonniers. Le roi d'Ecosse, naturellement fier et mélancolique, fut consterné lorsqu'il apprit ce désastre. Rejetant toute consolation et s'abandonnant au plus violent désespoir, il tomba malade, et sa vie parut bientôt en danger. U n'avait alors aucun enfant vivant ; on l'informa que la reine venait d'accoucher heureusement ; il demanda si c'était d'un garçon ou d'une fille. Quand on lui eut répondu que c'était d'une fille : « La couronne d'Ecosse, s'écria-t-il, est venue par une femme, et s'en ira par une femme. Bien des maux attendent ce malheureux royaume. Henri s'en emparera ou par la force des armes ou par un mariage. » Peu de jours après, il expira à la fleur de l'âge, laissant pour lui succéder la petite princesse à laquelle la reine venait de donner le jour, et qui devint cette femme si malheureuse, connue sous le nom de Marie Stuart.
Henri ne fut pas plus tôt informé du succès de ses armes et de la mort de son neveu, qu'il projeta, comme Jacques l'avait prévu, de réunir TÉcosse à ses États en mariant son fils à l'héritière de ce royaume. Il offrit en conséquence aux seigneurs écossais prisonniers de leur rendre, la liberté sans rançon , pourvu qu'ils donnassent leur parole de favoriser cette union. Ceux-ci n'hésitèrent pas à accepter la proposition et repassèrent en Écosse. Une négociation s'entama avec sir Ralph Salder, ambassadeur anglais, et des conditions assez équitables furent promptement arrêtées. Mais le primat Beaton, agissant comme pre- „
inier ministre du roi Jacques, eut l'art de détruire cet arrangement; il n'eut besoin que de représenter à ceux qui étaient attachés à la foi catholique l'union avec l'Angleterre comme l'avant-coureur le plus certain de la ruine de l'ancienne religion. Comme à la suite de cet événement, la guerre était naturellement imminente, le cardinal primat sollicita l'appui de la France, cette ancienne alliée de l'Ecosse, qui promit des secours d'argent, et même d'hommes. Henri, irrité de cette protection accordée par la France, forma une ligue avec l'empereur, et la guerre fut déclarée à François I er (1543).
Henri convoqua une nouvelle assemblée du parlement qui lui accorda les subsides nécessaires aux frais de la guerre projetée. Vers le même temps, il épousa Catherine Parr, veuve de Nevil lord Latimer, femme vertueuse et qui penchait un peu pour les nouvelles croyances. Dès que le retour du printemps permit d'ouvrir la campagne, il fit partir une flotte et une armée pour envahir l'Écosse (1544). Les troupes débarquèrent près de Leith et marchèrent sur Edimbourg, dont les portes furent bientôt forcées. La ville fut pillée et incendiée. Le comte d'Arran, régent, et le cardinal Beaton, qui n'étaient pas préparés à faire tête à des forces aussi nombreuses, s'enfuirent à Stirling. Les Anglais marchèrent du côté de l'est, ravagèrent le pays, brûlèrent et saccagèrent Hadingloq et Dunbar, et rentrèrent sur leur territoire.
. Cette incursion aigrit plutôt qu'elle ne dompta l'esprit ies Ecossais. Henri ne rappela si promptement ses troupes que pour exécuter le traité qu'il avait conclu avec l'empereur, et par lequel ces deux princes étaient convenus d'entrer en France avec plus de cent mille hommes. La trahison livra Boulogne aux Anglais; mais l'empereur, après avoir pris plusieurs places, conclut la paix ù Crépy avec François I er , sans même y faire mention de l'Angleterre.
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Henri fut obligé de lever le siège de Montreuil et de retourner dans son royaume.
L'année suivante ( 1545 ), la guerre continua en Ecosse et en France avec des succès balancés et sans événemens mémorables. Au printemps de 1546 , Henri envoya le comte d'Hertford et l'amiral lord Lisle à Calais avec un corps de neuf mille hommes. Quelques escarmouches eu* rent lieu , sans qu'on pût espérer des progrès importans de part ou d'autre. Les deux rois, dont les motifs d'animosité n'étaient pas violens, se montrèrent bientôt disposés à terminer leurs différends. Les commissaires nommés à cet effet signèrent un traité dont le principal article était que Henri garderait Boulogne jusqu'à ce que François eût acquitté son ancienne dette envers l'Angleterre. Le roi de France eut soin de comprendre l'Ecosse son alliée dans le traité. Ainsi, tout ce qui revint à Henri d'une guerre qui lui avait coûté plus de 1,340,000 livres sterling, fut un nantissement pour sa créance, qui ne valait pas le tiers de cette somme.
Le roi, se trouvant débarrassé de toutes guerres étrangères, ramena son attention sur ses affaires domestiques. Son orgueil, encore irrité par l'affaiblissement de sa santé, le rendait plus implacable que jamais pour tous ceux qui osaient différer d'opinion 'avec .lui. Jane Ascuê, jeune femme dont le méii'e égalait la beauté, et qui était liée avec la reine, fut accusée de dogmatiser sur la présence réelle. Après avoir été appliquée à la question la plus rigoureuse, elle fut condamnée à être brûlée vive. Lorsquelle fut attachée au poteau , le chancelier lui fit offrir sa grâce, si elle consentait à se rétracter; elle s'y refusa, et vit avec tranquillité l'exécuteur allumer le feu qui allait la consumer.
Le sujet de conversation favori du roi était la théologie. La reine, assez éclairée pour être en état de parler sur
• cette matière , s'y trouvait souvent engagée. Un jour, elle eut l'imprudence de déceler un peu trop son opinion en faveur de la doctrine des réformés. Henri , furieux qu'elle eût la présomption de penser autrement que lui, s'en , plaignit à Gardiner et au chancelier, et d'après leurs conseils il ordonna de dresser un acte d'accusation contre sa propre épouse. Par bonheur cet acte étant tombé de la poche du chancelier, fut retrouvé par un des amis de la reine, qui s'empressa de le lui porter. Elle sentit touie Tétendue du danger; mais elle ne désespéra pas de le détourner par sa prudence et son adresse. Lorsque le roi se retrouva avec elle, il amena l'entretien sur le sujet qui lui était familier; mais la reine refusa doucement le défi, en répondant avec modeetieque des discussions aussi profondes étaient au-dessus de la faiblesse de son sexe; qu'elle partageait tous les principes religieux de son époux, et qu'elle se faisait gloire d'être la femme du plus grand théologieir du monde. Le roi, transporté de joie, s'écria : «Cela est-i! vrai , mon cher cœur? Nous sommes donc toujours amis ? » Il l'embrassa cordialement, et la congédia en l'assurant de sa protection et de sa tendresse.
ta réputation que le duc de Norfolk s'était acquise comme homme de guerre , son rang élevé et son influence comme chef du parti catholique, faisaient ombrage à Henri, qui redoutait les entreprises d'un sujet aussi puissaat pendant la minorité de son fils. Le comte de Surrey, fils de cet infortuné seigneur, jeune homme de la plus haute espérance, et qui possédait toutes les qualités et les connaissances qui conviennent à un savant, à un guerrier et à un courtisan , ayant refusé d'épouser la fille du comte d'Hertford, le roi s'imagina qu'il portait ses vues sur la main de la princesse Marie sa fille. Sur un ordre particulier qu'il donna, Norfolk et Surrey furent arrêtés et conduits à la Tour. Comme Surrey faisait partie de la cham-
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bre des communes, son procès fut le plus tôt expédié. Il fut condamné comme convaincu de haute trahison , malgré sa défense, aussi éloquente que pleine de noblesse et de feu. La sentence fut exécutée presque aussitôt que rendue. L'innocence du duc de Norfolk était , s'il est possible, encore plus évidente que celle de son fils. La chambre des pairs, sans instruire son procès, sans aucun témoignage contre lui , renvoya aux communes. Le roi , dont la santé déclinait depuis long-temps, sentant sa fin approcher, craignit que Norfolk ne lui échappât, et envoya dire aux com- .munes de presser le biil. Ses intentions ne furent que trop bien suivies : Norfolk fut condamné, et l'exécution fut fixée, par ordre du roi, au matin du 29 janvier 1547. Mais on apprit ce jour-là, à la Tour, que le roi lui-même était mort dans la nuit, et le lieutenant crut devoir surseoir à l'exécution : le cor.seil ne jugea pas convenable de commencer un nouveau règne par la mort du plus grand seigneur du royaume.
Henri, parvenu ù une corpulence qui l'empêchait de marcher, et atteint d'un ulcère à la cuisse, mourut dans les souffrances d'une longue agonie. Depuis quelques jours, il était devenu d'une humeur si fâcheuse, que personne n'osait l'instruire de son état. A la fin, sir Àntony Denny se hasarda à lui révéler le fatal secret, et l'exhorta à se préparer à cet événement suprême. Il montra de la résignation, et désira que Ton fit venir Granmer; mais -avant que le prélat fût arrivé, il avait perdu l'usage de la , parole, sans que sa présence d'esprit l'abandonnât. Cranter lui demanda qu'il lui témoignât, par quelque signe, . qu'il mourait dans la foi de Jésus-Christ. Le roi lui serra la .main et expira aussitôt', dans la soixante-sixième année de son âge, après un règne de trente-sept ans et neuf mois.
Henri avait fait son testament un mois avant sa mort. Il laissait la couronne, d'abord au prince Édouard; à soa
défaut , à la princesse Marie , et ensuite à la princesse Éli- I sabeth, sa seconde fille. Il obligeait ces deux princesses, ' sous peine de perdre leurs droits à la couronne, à ne point se marier sans le consentement du conseil qu'il nommait pour gouverner pendant la minorité de son fils.