‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 29 sur 51 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Règnes d'Edouard VI et de Marie. — Protectorat de Somerset. — Etablissement définitif de la Réforme. — Jane Gray. —Réaction catholique.

Édouard , A son avènement , n'avait que neuf ans. Son père, qui avait fixé sa majorité à l'âge de dix-huit ans, avait institué seize exécuteurs testamentaires, dépositaires de l'autorité royale, auxquels il avait ajouté douze conseillers. Ce conseil de régence ne fut pas plus tôt assemblé, qu'il reconnut que le gouvernement perdrait de sa dignité si on ne lui donnait un chef qui pût représenter la majesté royale. On convint, en conséquence, de nommer un protecteur, et le choix tomba sur le comte de Hertford, oncle maternel du jeune roi, qui fut créé duc de Somerset, maréchal et grand-trésorier. L'ambition de Somerset ne se contenta pas de ces avantages. Sous prétexte que son autorité, comme protecteur, n'était pas assez bien définie,' il se fit délivrer, par son neveu , une patente qui le nommait régent , avec le plein exercice de la puissance royale.'

Somerset était regardé depuis long-temps comme le partisan secret des protestans. Il eut soin que toutes les personnes auxquelles il confia l'éducation du roi fussent dm Içs mêmes principes que lui* U ne prit aucune wç-

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sure pour étendre la réforme, sans consulter Cranmer, homme prudent et modéré , et ennemi des mesures violentes. Gardiner, évèque de Winchester, était celui qui s'opposait avec le plus de force à ses vues. Quoique ce prélat ne fût pas membre du conseil de régence, il avait acquis par son âge, son expérience et sa capacité, toute la confiance du parti catholique. Il représenta le danger qu'il y avait à faire des innovations perpétuelles et la nécessité de s'arrêter à un système quelconque. Ces remontrances lui attirèrent l'indignation du conseil; il fut emprisonné et traité avec dureté.

En Ecosse, un gentilhomme nom mé Wishart s'était laissé emporter par son zèle pour la réforme à prêcher contre le catholicisme. Beaton, cardinal-primat, résolu d'imprimer la terreur dans l'esprit des novateurs par le châtiment d'un prédicateur de haut rang, le fit arrêter. Wishart fut condamné au feu comme hérétique , et supporta la mort avec le courage ordinaire aux fanatiques. Ses disciples, furieux d'un pareil supplice, formèrent une conspiration contre le cardinal, qui fut assassiné peu de temps après. Les assassins , ayant été rejoints par leurs amis, se préparèrent à se défendre, et envoyèrent à Londres implorer le, secours de Henri VIII qui promit de les protéger. Ce fut pour accomplir cette promesse, et pour réaliser le projet du feu roi d'unir les deux royaumes par un mariage, que le protecteur leva une armée de dix-huit mille hommes, avec laquelle il envahit l'Ecosse. Les Ecossais, plus nombreux du double que les Anglais , et excités d'ailleurs pas leurs prêtres qui marchaient à leur tête , refusèrent toute espèce d'arrangement avec un peuple quïls regardaient comme hérétique. Une bataille se livra à quatre milles d'Edimbourg, où les troupes écossaises furent mises en pleine déroute. Peu de victoires furent aussi décisives quç.

cdte-ci. Les Anglais perdirent à peiue deux cents hommçs,

Digitiz

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et tirèrent plus de dix raille ennemis. Cette action fdMippfclée !a bataille de Penkey, du nom de la terre d'un seigneur, située dans le voisinage.

^Au lieu de poursuivre ses avantages, Somerset retourna en Angleterre, où il savait que plusieurs membres du conseil de régence et l'amiral son propre frère conspiraient contre son autorité. A son arrivée, il convoqua un parlement. Daus cette session (1548), toutes les lois promulguées sons le dernier règne pour étendre le crime de haute trahison , toutes celles qui sévissaient contre la seete 'dès lollards ou autres hérésies, et jusqu'au statut des six articles , furent abrogés. Mais plus la réforme étendait ses progrès en Angleterre, plus le protecteur se trouvait éloigné du but qu'il s'était proposé, la réunion des deux royaumes. Les diverses entreprises faites jusqu'à ce (jour contre l'Ecosse n'avaient servi qu'à irriter la nation e* à lui inspirer la plus forte antipathie pour uu peuple qui s'écartait tant des anciens principes religieux. La reine douairière , profitant de cette disposition des esprits, convoqna le parlement, qui décida que la jeune reine serait envoyée en France. En conséquence, Marie fut confiée à Vllte- Gaignon, qui commandait quatre galères françaises alors en station dans le golfe de Forth. Elle débarqua à©N»t, d'où elle fut conduite à Paris , et peu de temps après lancée au Dauphin.

Somerset, sans espoir de réussir dans ses pto\m Wir l'Ecosse, n'était pas moins embarrassé des intrignes «Ma cour d'Angleterre. Son frère lord Seymoor, homme ^e grande capacité et d'une ambition insatiable, avait époasé la veuve de Henri VIII. Cette princesse étant' nom^te couches, Seymour, loin de regarder cet événement otmhe un échec pour ses hautes prétentions, s'imagina au cobtraire qu'il devait être la base d'une élévation plus extraordinaire : il pensa à devenir l'époux delà prtnœêae Si-

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sabeth, qui était alors dans sa seizième année. A force de promesses et d'éloquence, il attira plusieurs nobles dans son parti, et ne négligea même pas de se faire des créatures parmi le peuple, en sorte qu'à Poceasion il pouvait espérer de réunir dix mille hommes sous ses ordres. Il s'était déjà procuré des armes, et, pour que l'argeht ne lui manquât pas, il s était assuré l'appui de sir John .Sharington, directeur de la monnaie à Bristol. Somérset, instruit de toutes ce6 menées , employa le langage de IV mitié et de la raison , et même la prière, pour ramener Pamiral à son devoir. Tons ses efforts ayant été inutiles, il se détermina enfin à le faire arrêter et à faire dresser im acte d'accusation contre lui. Les preuves de la trahison étant évidentes, le prisonnier fut condamné par le parlement et eut la tête tranchée à Tower-Hill. L'ordre d'exécution fut signé par Somerset lai-même, qne l'opinion publique blâma hautement de cette rigueur (1549). Après le procès de l'amiral , le parlement s'occupa spécialement des affaires ecclésiastiques. Parmi les mesures qui ftirent adoptées , il fout placer la traduction de la Hthurgie , celle des Écrirtires et l'abolition du célibat des prêtres. Les principales opinions et la plupart des pratiques de la religion catholique furent anéanties, et la réforme, telle qu'elle est aujourd'hui, fut presque entièrement achevée.

La mort de lord Seymour ne tira pas le protecteur d'embarras. Les paysans de plusieurs comtés, regrettant la suppression des monastères et indignés de l'oppression qu'ils éprouvaient de la part des gentilshommes, se soulevèrent. La fermentation fut promptement apaisée par la douceur dans les prWînces de Hauîrpsftfre, de ftètttet de Susséx; 'mais les troubles du Devonshire et de ÏNttifWk ftrrtnt plus graves, êt les factieux s'organisèrent enttWfléè régulière. H fallut envoyer des troupes eowtre eux. Lofd Ruaseldéfit les révoltés du Devonshire près d Exeter, et ceux dfe NerfoUt,

que commandait un tanneur nommé Ket, furent battus par le comte de Warwick. Deux mille hommes périrent tant dans le combat que dans la poursuite; Ket fut pendu à Norwich , et la révolte fut entièrement étouffée.

Ces levées de boucliers à l'intérieur'enhardirent les ennemis du dehors. Les Ecossais ayant repris l'offensive, s'emparèrent de la forteresse de Brouhty et forcèrent les Anglais à évacuer Haddtagton. Les Français , alliés des Écossais, recouvrèrent successivement toutes les conquêtes faites par Henri VIII sur le continent, à l'exception de Boulogne. Somerset, désespérant d'obtenir l'alliance de l'empereur, forma le dessein de conclure la paix avec la France et l'Ecosse. Mais il rencontra une résistance opiniâtre dans le conseil. Lord Saint-John, président, les comtes de Warwick, de Southampton et d'Arundel, avec cinq autres conseillers, résolurent alors sa perte ; s'attribuant toute l'autorité, ils se mirent à agir sans la participation du protecteur, qu'ils accusèrent d'être l'auteur de toutes les calamités publiques. Ils écrivirent à tous les seigneurs et à tous les gentilshommes du royaume pour demander leur appui. Ils enjoignirent au maire de Londres et au lieutenant de la Tour de n'obéir qu'à leurs ordres, et, après avoir fait connaître au peuple par une proclamation les mesures qu'ils venaient de prendre, ils envoyèrent Somerset à la Tour et le décrétèrent d'accusation. Le prisonnier parut à genoux devant le conseil, et convint de tous ses torts; mais il les imputa à son imprudence et à sa témérité , se défendant de toute intention criminelle ; il fut ensuite dépouillé, par un acte du parlement, de toutes ses charges, et condamné à une amende de deux cents livres. Lord Saint-John fut créé trésorier à sa place, et Warwick grand-maréchal. Les poursuites n'allèrent pas plus loin ; le roi fit remise de l'amende à Somerset, et lui rendit sa liberté.

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Warwick et !e conseil de régence, ,A la léte du pouvoir, se trouvèrent aussi embarrassés que Somerset de la guerre avec la France et l'Ecosse. Ils reconnurent comme lui qu'il était indispensable de faire la paix, et conclurent un traité par lequel la restitution de Boulogne fut fixée à quatre mille écus. L'Écosse fut comprise dans ce traité, et les Anglais s'engagèrent à démolir les forteresses de Roxburgh et d'Eymouth (1550).

Une fois que le conseil eut Warwick pour chef, il redoubla de zèle pour étendre la réforme et persécuter les catholiques. Plusieurs prélats qui étaient encore attachés à la communion romaine, Gardiner entre autres, furent dépouillés de leurs sièges sous le prétexte de désobéissance. La princesse Marie, ennemie de la nouvelle lithurgie, répondit aux remontrances du conseil qu'elle endurerait plutôt la mort que de renoncer à sa religion. Le jeune roi, qui avait été élevé dans la haine de la messe et du rite catholique, plaignit l'obstination de sa sœur et déplora la nécessité où il se trouvait de la laisser persévérer dans un culte si abominable à ses yeux (1551).

Si le conseil de régence fut ardent à étendre les progrès du protestantisme, d'un autre côté il s'occupa avec zèle des intérêts temporels; on le vit favoriser par tous les moyens en son pouvoir l'industrie et le commerce de la nation, qui jusque-là avaient été négligés par le gouvernement et par le peuple. Mais l'ambition de Warwick paralysa ces bonnes intentions et prépara de nouveaux troubles. Le dernier comte de Northumberland étant mort sans postérité, Warwick se fit donner ses immenses terres, et prit le titre de duc de Northumberland. Comme Somerset était encore assez puissant et assez populaire pour inquiéter le nouveau duc , celui-ci résolut d'achever la perle d'un homme qu'il regardait comme le principal obstacle à ses projets d'élévation. Il gagna secrètement la plupart des ser-

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viteurs de ce malheureux seigneur, et fut instruit par eux qu'il formait des projets de vengeance contre sa perso :ne. Somerset fut décrété d'accusation et traduit devant la

chambre des pairs pour être jugé. Accablé par le témoignage de ceux mêmes auxquels il s'était ouvert sur ses projets, il ne put nier qu'il eût médité la perte de Nbrthumberland et celle des autres membres du conseil ; il fut en conséquence condamné à mort pour crime de félonie (1552). On le conduisit à Féchafaud à Tower- Hill, au milieu d'une foule de peuple qui faisait entendre le cri de grâce ! Mais Northumberland avait eu soin de perdre son adversaire dans l'esprit du jeune roi , et n'avait même laissé aucun accès auprès de lui à ses amis. Somerset ' reçut la mort avec calme et résignation; plusieurs spectateurs de cette scène horrible trempèrent leurs mouchoirs - dans son sang, qu'ils gardèrent comme une relique précieuse , qui devait plus tard être offerte aux regards de Warwick quand il se trouva dans la même situation que sa victime.

Edouard VI, en raison de son âge et de ses infirmités, n'était que trop susceptible de recevoir toutes les impressions qu'on voulait lui donner. Warwick, prévoyant que sa fin prochaine lui permettrait d'exécuter ses projets ambitieux, entreprit de l'amener à exclure du trône ses sœurs Marie et Elisabeth. Il lui représenta qu'elles avaient été déclarées illégitimes par le parlement; qui si Marie, surtout, succédait jamais au trône , il en résulterait certainement l'abolition de la religion protestante; que ces princesses se trouvant ainsi éloignées de la couronne, la succession était dévolue à Jane Gray, petite nièce de Henri VIII , femme 'accomplie, et très-éclairée sur les principes de la religion. Ces raisonnemens ébranlèrent le jeune prince, et sou zèle pour la religion protestante acheva de le décider. Il signa les lettres-patentes qui prononçaient l'exclusion de ses

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