ÉDOUARD VI — MARIE
sœurs, et qui appelaient à leur place les héritiers de la duchesse de Suffblk. Warwick, pour achever la trame ourdie par son ambition, maria en même temps son fils lord Guilford Dudley avec Jane Gray (1553).
Cette disposition faite, Edouard, atteint de consomption, parut tirer vers sa fin et ne plus laisstr d'espoir de le sauver. Pour comble d'imprudence, ses médecins, d'après l'avis de Northumberland, furent congédiés, et la vie de ce jeune prince fut confiée au charlatanisme d'une vieille femme qui promettait de le guérir. Il n'eut pas plus tôt fait usage de ses remèdes, que les symptômes devinrent de plus en plus alarmans; il expira à Greenwich dans la seizième année de son âge et la septième de son règne. Edouard possédait d'excellentes qualités qui avaient fait concevoir les plus grandes espérances et lui avaient gagné l'affection du peuple. Au caractère le plus doux , il joignait up goût prononcé pour Tétude et pour les affaires, un esprit très-juste et le plus grand amour pour l'équité.
Les droits que la princesse Marie, fille de Henri VIII et de Catherine d'Aragon, avait à la couronne après la mort de son frère, étaient incontestables, et malgré les craintes que sa religion inspirait aux protestans, pendant tout le règne d'Edouard elle avait été regardée comme devant lui succéder. Northumberland, qui n'ignorait pas les obstacles qu'allait rencontrer la mesure qu'il avait fait adopter au jeune roi, avait formé le projet de s'assurer de la personne des deux princesses ; il les avait fait inviter par fcconseil à se rendre auprès de leur frère mourant. Marie était déjà à Hoddesden lorsqu'elle apprit par un message du comte d'Arundel la mort d'Edouard et la conspiration formée contre elle. Aussitôt qu'elle en fut instruite, elle se retira dans le comté de Suffolk, d\>ù elle écrivit aux principaux nobles du royaume, pour leur ordonner de pren-
dre la défense de sa couronne et de sa personne. Elle dépêcha en même temps un courrier au conseil de régence* pour lui enjoindre de la faire proclamer reine à Londres, Northumberland jugea qu'il ne devait plus différer. Il se rendit auprès de Jane Gray, qui ignorait, en grande partie, ce qui s'était passé ei» sa faveur, et, malgré sa répu* gnance, il la conduisit à la Tour où les souverains anglais avaient coutume de passer les premiers jours de leur avènement. Le conseil donna des ordres pour que Jane fût proclamée reine dans tout le royaume; mais ces ordres ne furent exécutés qu'à Londres et dans les environs. Pendant ce temps, le peuple du comté de Suffolk se déclarait pour Marie. La haute noblesse et tous les gentilshommes accouraient journellement grossir et fortifier son parti.
Northumberland, jusqu'alors aveuglé par l'ambition" s'aperçut enfin du danger dont il était environné. Il leva des troupes qu'il rassembla à Londres et partit à leur tète. Arrivé à Saint-Edmund'.sbury, il jugea que son armée était trop faible pour tenir contre celle de Marie. Il écrivit au conseil pour demander du renfort. Les ministres saisirent cette occasion de sortir de l'espèce de servitude dans laquelle les tenait Northumberland et de se déclarer pour leur légitime souveraine. Le maire et les aldermen (échevins) de Londres proclamèrent Marie avec joie. Le peuple exprima son approbation par des cris d'applaudissement. Jane Gray, après avoir soutenu pendant dix jours la vaine pompe de la royauté, rentra dans la vie privée avec plus de satisfaction qu'elle n en avait montré lorsqu'on lui avait offert le trône. Partout où la reine passa, en se rendant à Londres, elle reçut les plus éclatans témoignages de l'affection et de la fidélité publique. Elle donna Tordre de s'assurer de la personne de Northumberland que ses partisans avaient déjà abandonné ; elle fit enfermer ensuite dans la Tour Jane Gray et lord Guilford Dudlcy. Nor-
MARIE. î 03
thumberland fut condamné à mort et exécuté. La même sentence fut prononcée contre Jane et Dudley; mate rinnocence et la jeunesse des deux époux, qui étaient A peine âgés de dix-sept ans, firent ajourner leur exécution.
Le zèle de Marie pour la celigion catholique no fut pas long-temps sans se déployer. Gardiner et plusieurs autres évèques furent réinstallés dans leurs évèchés. Cranmer, malgré les nombreux services qu'ils avait rendus à la reine pendant le règne de Henri VIII, fut mis en prison comme coupable d'avoir favorisé le parti de Jane Gray. On le déclara criminel de haute trahison, mais la sentence ne reçut point son exécution, et le prélat fut réservé à des chAtimens plus cruels. AFouverlurcdu parlement, Marie fit célébrer en présence des deux chambres, une messe au Saint-Esprit en langue latine; les statuts du roi Edouard à l'égard de la réforme furent cassés par une délibération, et dès-lors la religion nationale fut remise sur le môme pied où elle était restée à la mort de Henri.
Le choix d'un époux pour la reine était un objet important à l'intérêt national; lorsqu'on apprit que son mariage se négociait avec Philippe, fils de l'empereur Charles-Quint, les communes s'alarmèrent de la voir résolue à contracter une alliance étrangère, et lui adressèrent des représentations sur les conséquences fâcheuses qu'elle pouvait avoir. Marie, impatientée de ces remontrances > prit le parti de dissoudre le parlement. Le mariage fut conclu. Pour apaiser les clameurs, on en dressa les articles de la manière la plus favorable aux intérêts et même à la grandeur de l'Angleterre; il fut convenu que malgré le titre de roi qui serait donné à Philippe, l'administration entière resterait entre les mains de la reine; qu'aucun étranger ne pourrait posséder d'emploi dans le royaume; que les lois, les coutumes et les privilèges de la nation ne subiraient aucune innovation; que les enfans mâles quf
154 HISTOIRE ft' ANGLETERRE.
naîtraient de cette union hériteraient non-seulement de la couronne d'Angleterre, mais de la Bourgogne et des Pays-Bas.
La publication de ces articles ne satisfit pas la nation, et l'on se persuada généralement que l'Angleterre allait devenir une province de l'Espagne où le gouvernement exerçait l'autorité la plus despotique. Les murmures se répandirent parmi le peuple, et des complots se formèrent pour s'opposer par la force des armes au mariage de la reine. Sir Thomas Wyat proposa de soulever le comté de Kent ; sir Peter Carew promit d'agir de même dans le Devonshire, et tous deux engagèrent le duc de SufFblk, père de Jane Gray, à tenter de faire insurger les comtés situés au centre du royaume. Carew échoua dans sa tentative, et s'enfuit en France. Suffolk, poursuivi par le comte de Huntingdon, fut pris et conduit à Londres. Wyat fut d'abord plus heureux dans son entreprise. Le peuple du comté de Kent, excité par un manifeste véhément, accourut en foule sous les drapeaux de ce rebelle. Il entra dans Westminster sans résistance; mais ses partisans, Voyant qu'aucun personnage de distinction ne se joignait à lui, l'abandonnèrent insensiblement. Arrêté près de Temple -Bar, il fut condamné et exécuté avec environ soixante chefs subalternes.
La rébellion de Wyat devint funeste à Jane Gray et à son époux, qui gémissaient dans la Tour. L'infortunée Jane fut avertie de se préparer à la mort. Dans ces tristes circonstances, elle conserva assez de présence d'esprit pour défendre sa religion contre les théologiens qu'on lui avait envoyés afin de la convertir; elle écrivit une lettre en grec à Marie, et l'exhorta à conserver une constance égale dans toutes les situations où la fortune pourrait la' placer. Le jour de l'exécution, son époux ayant obtenu la permission de la voir une dernière fois,