‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 31 sur 51 · MARTE · texte numérisé non relu

MARTE

die eut le courage de refuser cette douloureuse entrevue, en disant que leur séparation durerait moins qu'un éclair, et qu'ils allaient se rejoindre bientôt dans un lieu Où leurs cœurs seraient unis pour toujours. Guilfbrd fut conduit le premier au supplice; Jane fut placée à, une fenêtre d'où elle lui donna des marques d'affection, et peu d'instans après elle vit revenir son corps dans un char sanglant. Sir John Gage, gouverneur de la Tour, la supplia, en la conduisant au lieu de l'exécution, de lui donner quelque objet qu'il pût conserver toute sa vie eb mémoire de ses hautes vertus; elle lui donna ses tablettes, où elle venait d'écrire trois maximes que l'aspect du cadavre de son époux lui avait inspirées, l'une en grec, l'autre en latin , la troisième en anglais. Lorsqu'elle fut sur Féchafaud, elle adressa aux spectateurs un discours où la douceur de son caractère se peignait d'une manière attendrissante. Elle se fit ensuite déshabiller par ses femmes et tendit le cou au bourreau avec une contenance ferme et assurée. Le duc de Suffolk fut jugé, condamné et exécuté immédiatement après elle. La princesse Elisabeth , convaincue d'avoir eu connaissance du complot formé contre sa sœur, fut d'abord renfermée dans la Tour, où elle s'attendait à subir le sort de sa mère , Anne de Boleyn ; mais elle sortit de sa prison et fut transférée au château de Woodstock , où elle fut gardée avec la plus grande rigueur.

Le parlement fut convoqué (1554); le chancelier Gar* dmer, croyant le trouver docile aux volontés de la reine, demanda , sous prétexte de prévenir toute espèce de colli- * sion entre les divers compétiteurs, que Marie fût autorisée J disposer de la couronne et à nommer son successeurs* Lorsque le parlement vit qu'il s'agissait de compromettre i ce point l'indépendance et le bonheur de la nation, il résista aux sommations de Gardiner, et se contenta de ra-

tifierles articles du mariage. La reine prit le parti de dissoudre une assemblée qui ne voulait pas seconder ses desseins.

Marie ne pensait alors qu'à la réception de Philippe r dont elle attendait impatiemment rarriyée d'heure en heure; il débarqua enfin à Southampton. Peu de jours après, les fiancés furent mariés à Westminster, et après avoir fait une entrée brillante à Londres, la reine conduisit son époux au palais de Windsor, où ils fixèrent leur résidence. Le faste et la fierté de Philippe, loin de détruire les préventions du peuple anglais, ne firent qu'augmenter son aversion pour un prince étranger. Un nouveau parlement, élu sous l'influence de la cour, fut convoqué. Cette assemblée refusa, comme la précédente, de déclarer Philippe héritier présomptif de la couronne, mais elle marqua la plus grande indifférence pour la religion réformée; elle révoqua l'acte de proscription prononcé sous Henri VIII contre le cardinal de la Pôle. Ce cardinal, revêtu du pouvoir de légat du pape, quitta la Flandre où il s'était retiré, et revint à Londres. Après avoir eu sa première audience du roi et de la reine, il invita le parlement à se réconcilier, lui et le royaume, avec le Saint-Siège, dont ils avaient si long-temps et si malheureusement été séparés. Cette invitation fut bien reçue. Les deux chambres présentèrent une adresse à Philippe et à Marie, contenant la ferme résolution d'abroger toutes les lois promulguées contre l'église de Rome, et la prière à Leurs Majestés de les protéger auprès du Saint- Père pour obtenir le pardon et l'oubli de leur infidélité. On leur accorda volontiers leur requête. Le légat, au nom du pape, donna l'absolution au parlement et au royaume, leva toutes les censures, et les reçut de nouveau dans le sein de l'Eglise.

Aussitôt après le rétablissement de la religion catholique^

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