MARIE
les opinions ardentes de Gardiner remportèrent sur les principes de tolérance du cardinal de la Pôle , et les lois contre la tolérance furent remises en vigueur. La reine ordonna qu'on fît le procès à plusieurs prédicateurs proieslans qui avaient été arrêtés comme complices de Northumberland. Une cour, composée de treize évêques et de plusieurs seigneurs, fut instituée et présidée par Gardiner. Rogers, chanoine de Saint-Paul, Hooper, évêque de Glocesler, les recteurs Saunders et Taylor, ayant refusé la rétractation qu'on leur demandait, expirèrent sur le bûcher. Le nombre des exécutions s'accrut bientôt tellement que Gardiner s'en effraya, et transmit ses pouvoirs à Bonner, évêque de Londres, homme d'un caractère féroce. Nous ne retracerons pas ici toutes les cruautés qui se commirent en Angleterre pendant trois ans. Il suffit de dire que, dans cet espace de temps, deux cent soixante-dix-sept personnes, de tout âge et de toute condition, furent brûlées vives. Au nombre des plus illustres victimes, se distinguent, Ferrar, cvêque de Saint-David; Ridiey, aneien évêque de Londres, et Latimer, évêque de Worcester, qui périrent ensemble dans les flammes ù Oxford, et s'encouragèrent l'un l'autre à la mort par leurs mutuelles exhortations; enfin Cranmer, qui était retenu en prison depuis long-temps. Lorsque le malheureux archevêque apprit que sa dernière heure allait sonner, l'amour de la vie triompha des résolutions de son courage. Il consentit à faire une profession de foi où il reconnut la présence réelle dans l'Eucharistie et la suprématie du pape. Cette rétractation ne satisfit point la >cour ; elle exigea qu'il fit un aveu authentique de ses erreurs, dans la cathédrale, en présence du peuple, et donna l'ordre de le conduire immédiatement après au supplice. Cranmer, secrètement instruit qu'il allait se déshonorer sans éviter la mort, surprit l'audience par une déclaration toul-à-fait contraire à celle qu'on attendait de
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lui. Arrivé au lieu du supplice, il rassembla tes forces de sôf ame et supporta ses tourmens avec une constance incrëya» ble. Il étendit la main qu'il prétendait dvôir souiHéed'nne signature criminelle, et la tint dans les flammfes jtiaqu'à ce qu'elle fût consumée, en décriant à plusieurs reprises: «Cette main a péché! »Trdnquillisé , par Pacte de pénitence qu il venait de faire, il ne montra plus qu'un visage sertfa; et, lorsque le feu attaqua son corps, on eût dit qu'il était Insensible (1556).
Après la mort de Crantaér, le cardinal de ta Pôle fut élevé au siège de Cantorbery, et se trouva, p&r cette nouvelle dignité, à la tête du clergé d'Angleterre. Quow qu'il fût très-opposé au système sanguinaire adopté contre les hérétiques, son autorité était trop faible pour résister 'au fanatisme de la reine et de ses conseillers. Il Vagissait d'entraîner la nation dans la guerre allumée eiitre FEs- * "pagne et la France. Le cardinal de la Pôle s'éleva fortement contre cette résolution; mais Philippe, que Pabdicalion volontaire de son père Charles -Quint venait denendfe maître de tous les trésors des Indes et des plus riches États de l'Europe, osa signifier à la reine que, si l'on refusait d'aquiescer à sa demande, il ne remettrait jamais les pieds en Angleterre. Les menaces et les artifices de Marie triomphèrent enfin de la résistance de ses ministres, et la guerre fut résolue. Après avdr obHgé la cité de Lond res à lui payer 60,000 livres pour la bietrvenue de son époux, la reine parvint à mettre sur pied une armée de dix mille hommes, qu'elle envoya dans les Pays-Bas, sens le commandement du comte de Pembroke. Les forces du roi ^d'Espagne, s'élevant â plus de soixante mille hommes, envahirent la Picardie, sous les ordres du duc de Savoie, et vinrent mettre le siège devant Saint-Quentin. Le connétable de Montmorency, à la tête de vingt mille hommes, s'avança au secours de la place ; mais il fat écrasé par