CHAPITRE XIL
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Règne d'Elisabeth. — Établissement du protestantisme, entre Elisabeth et Marie Stuart. —Réforme écossaise, puissance de l'Angleterre.
Elisabeth avait montré dans sa conduite, pendant le règne de sa sœur, la prudence la plus consommée. Les périls qui l'avaient menacée l'avaient rendue si intéressante, qu'elle était en quelque sorte devenue l'idole de la nation. Le parlement avait été convoqué quelques jours avant la mort de Marie. Lorsqu'elle eut rendu le dernier soupir, les deux chambres retentirent aussitôt de ces acclamations : « Vive la reine Élisabelh! Puisse son règne être long et heureux! » Le peuple, s'élevant au-dessus des factious, fit éclater les transports de la joie la plus vive et la plus générale. Élisabelh eut la modestie d'ensevelir dans l'oubli les outrages dont elle avait été accablée. En notifiant à Philippe son élévation au trône, elle lui exprima toute sa reconnaissance pour la protection qu'il lui avait accordée autrefois contre les persécutions de sa sœur. Philippe , qui voyait avec peine l'Angleterre lui échapper,
— Démêlés —Gloire et
fit demander la nouvelle reine en mariage ; mais Élisabeth n'hésita pas : elle répondit à ces propositions par un refus plein d'obligeance.
Les intérêts d'Élisabetb et l'éducation qu'elle avait reçue la faisaient pencher en faveur de la réforme. Elle ne délibéra donc pas long-temps sur le parti qu'elle devait prendre ; mais elle voulut marcher à pas sûrs et mesurés vers son but. Elle rappela de l'exil et fit sortir de prison tous ceux qu'on y retenait pour cause de religion; elle ordonna que l'oraison dominicale, les litanies, le symbole des apôtres et les évangiles fussent récités en anglais , et enjoignit à toutes les églises de se conformer à la manière d'officier usitée dans sa chapelle. Après avoir rassuré les protestans par ces premières mesures, elle différa le changement qu'elle méditait dans la religion jusqu'à l'assemblée du parlement.
Le premier bill proposé aux deux chambres, fut pour ordonner la suppression des monastères récemment établis , et pour rendre les dîmes et les premiers fruits â la reine. Ce bill ayant passé sans beaucoup de difficultés, on en présenta un autre pour attribuer la suprématie spirituelle à la couronne; il réunit également la pluralité des suffrages. Pendant la session de ce parlementai y. eut entre les théologiens protestans et catholiques une conférence publique, dans laquelle les défenseurs de la religion de la reine triomphèrent. Enhardis par ce succès, les protestans présentèrent un bill pour abolir la messe et rétablir généralement la liturgie du roi Édouard. Ainsi, dans une seule session, sans violence et sans tumulte, tout le système de la religion se trouva renversé. Avant de se séparer, le parlement présenta une adresse à la reine pour la supplier de choisir un époux. Élisabeth rejeta cette requête, en répondant qu'elle avait épousé l' Angleterre, et qu'elle regardait tous les Anglais comme ses enfans; elle ajouta
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qu'elle rte désirait pas d'autre gloire qne de transmettre sa mémoire à la postérité, par cette Simple inscription gravée sur son tombeau : « Ci-gît Éiisabeth, qui vécut et mourut vierge et reine. »
Tandis qutlisabeth et le parlement travaillaient conjointement à fixer l'état de la religion dans le royaume, le roi de France, Henri II, à l'instigation des Guise, oncles de Marie Stuart , ne perdait pas de vue les prétentions de sa bru à la couronne d'Angleterre, comme petite-fille de Henri VIII. Il ordonna en conséquence au Dauphin et à la Dauphine de prendre les titres et les armes des monarques anglais. Ldrsqu'Élisabeth en fut instruite, elle en conclut que l'intention du roi de France était de lui contester sa légitimité et ses droits au trône, à la première occasion. François II ayant succédé à son père, tué dans un tournoi, continua de porter les armes et le titre de roi à 1 Angleterre; dès ce moment, lui et la reine d'Écosse parurent à Elisabeth ses plus mortels ennemis, et ce fut l'origine de cette haine profonde qui poursuivit l'infortunée Marie jusqu'au tombeau.
Bientôt la réforme, qui était éminemment populaire en Ééosse, occasiona dâns ce palys des troubles dont ÉK- Sabeth résolut de tirer parti. Jefcn KnoX arrivait de Genève, où il s'était imbu de tout le fanatisme de la secte de Calvin, alvec lequel il S'était lié. Cet enthousiaste, profitant ^e la fermentation qu'il trouva dans les esprits, établit'sa ëh&ite à Perth, et déclama avêc violence contre l'idolâtrie et toutes les abominations de la cour de Rome; ; il excita son auditoire à secouer le joug du pape. Ses indications furent suivies des plds grands désordres, et bientôt* Ja gtterre civile désola tôtttleTôy^ime. Les cheft de la réforme sollicitèrent alors le'secteirt*s d ? Éltstfberii. Le conseil de cètle princesse n'hésita point à saisir une occasion qui açcondtft si biôn ses vues et ses intérêts. On équipa une
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flotte, et on assembla une armée de huit mille homme à Berwick (1559). L'apparition des Anglais mit promptement fin aux sanglans démêlés des Écossais. Les Français qui défendaient les catholiques furent obligés de capituler et de se rembarquer. Une amnistie générale fut publiée pour tout ce qui s'était passé. Peu de temps après , le parlement d'Edimbourg abolit la juridiction du pape en Écosse et établit le formulaire de la discipline presbytérienne, sans s'inquiéter de la résistance de la reine Marie, qui refusa sa sanction à ces réglemens.
La mort inopinée de François II (1561), et surtout la régence de Catherine de Médicis , rendirent à la reine d'Ecosse le séjour de la France si insupportable, quelle songea sérieusement à retourner dans sa terre natale. Elle s'embarqua à Calais, évita la flotte anglaise à la faveur d'un brouillard , et arriva heureusement à Leiéh , où elle fut reçue au milieu des acclamations des habita»* accourus en foule sur le rivage pour contempler leur jeune souveraine. Marie touchait alors à sa dix-neuvième année ; sa beauté, son affabilité firent impression sur l'esprit de ses sujets , et son retour répandit une allégresse universelle. Son premier soin fut de s'efforcer de rétablir l'ordre dans un pays divisé par les factions et par les haines particulières; mais il existait un motif qui devait promptement priver Marie de l'affection générale que ses manières et sa conduite lui avaient d'abord conciliée : elle était catholique. Isolée au milieu de ministres et de sujets fanatiques, elle essuya bientôt, à chaque instant, de nouveaux affronts, qu'elle soutint avec autant de douceur que de partience. Jean Knox surtout, qui jouissait d'une autorité illimitée dans l'église d'Écosse 1 , s'applaudissait des traitemens ignominieux qu'il faisait subir à sa souveraine, et ne l'appelait jamais que Jcsabel. Marie , privée de tout appui, crut que le seul moyen d'assurer sa tranquillité était d'entretenir
des relations d'amitié avëc la reine d'Angleterre. Elle envoya à cet effet son secrétaire Ledington à Londres; Elisabeth , tout en rejetant la demande que lui faisait Marie, de la reconnaître pour son héritière, se montra cependant touchée des embarras que lui suscitait l'esprit turbulent des Écossais , et les souveraines gardèrent tous les dehors d'une réconciliaton sincère.
Élisabeth portait principalement son attention sur tout ce qui pouvait augmenter la gloire et le bonheur de la nation anglaise. C'est ainsi que dans les premières années de son règne elle acquitta une partie des dettes immenses de la couronne; elle fit des réglemens sur la monnaie, que ses prédécesseurs avaient considérablement altérée; elle remplit ses arsenaux d'armes, fortifia ses frontières, et releva le commerce et la navigation ; enfin elle augmenta tellement la marine de son royaume, qu'elle fut regardée , à juste titre, comme la restauratrice de la puissance maritime de l'Angleterre, et comme la souveraine des mers du Nord.
Malgré l'extrême économie de la reine, les efforts qu'elle faisait pour soutenir les protestans de France et de Hollande avaient épuisé ses finances. Elle se trouva dans la nécessité de convoquer un parlement pour obtenir des subsides (1563). Peu de temps avant l'assemblée de ce corps, elle tomba dangereusement malade de la petite vérole, et on craignit même pour ses jours. Dès l'ouverture de la session, la chambre des communes lui présenta une nouvelle Tequête , dans laquelle , après lui avoir représenté les malheurs qu'occasionait toujours une succession interrompue et douteuse, elle la suppliait de se choisir un époux ; elle lui demandait en même temps que, dans le cas où elle conserverait de la répugnance pour le mariage, son successeur fût nommé ou du moins désigné par un acte du parlement. La reine, convaincue que tout héritier désigné deviendrait en quelque sorte un rival pour elle , fit une ré-
Elisabeth. 165 ponse équivoque aux communes; et, lorsqu'à la fin de la session cette chambre lui fit demander une décision formelle, elle dit seulement, contre ce qu'elle avait assuré au commencement de son règne, qu'elle n'était pas absolument déterminée à ne se point marier.
La paix continuait toujours avec l'Écosse. Marie, pour se conformer aux vœux de ses sujets et de son conseil, se décida à épouser Henri Stuart, lord Darnley, son cousin germain. Darnley se trouvait, après la reine d'Écosse, le plus proche héritier de la couronne d'Angleterre. Elisabeth, ir* ritée de cette union , protesta et se plaignit comme si elle eût reçu le plus sanglant outrage : ce lui fut un nouveau prétexte de refuser de reconnaître les droits de Marie à sa succession et d'encourager les mécontentemens et l'esprit de révolte de la noblesse et du clergé d'Ecosse.
Le mariage de Marie avec lord Darnley fut si précipité, que, séduite par la jeunesse, la beauté et les agrémens extérieurs de ce seigneur, elle ne s'aperçut pas d'abord que les qualités de son cœur ne répondaient nullement aux charmes de sa personne. Il était violent , insolent et ingrat. Adonné aux plaisirs les plus grossiers , il élait incapable d'un amour tendre et délicat. Marie, dans les premiers transports de sa passion, lui avait donné le titre de roi, et avait joint son nom au sien dans tous les actes publics; mais lorsqu'elle découvrit en lui tant de vices et de faiblesses, ; elle sentit l'imprudence de la profusion de ses bienfaits et résolut d'y mettre un terme. Darnley, indigné de ce changement de conduite, jura de s'en venger sur tous ceux qu'il soupçonnait d'en être la cause. Il y avait alors à la cour un Piémontais nommé David Rizzio à qui la reine avait donné la place de secrétaire pour les affaires de France, et qui possédait toute sa confiance. La faveur dont il jouissait lui avait inspiré tant d'insolence, qu'il s'était attiré la haine de toute la noblesse. 11 ne fut pas difficile aux amis de Henri
Darnley de lui persuader que Rizzio était l'auteur de Tindifférence de la reine pour lui, et même de faire pénétrer la jalousie dans son ame. Darnley, égaré par de perfides conseils, autorisa l'assassinat du favori; les conjurés, an nombre desquels se trouvaient lord Ruthven et George Douglas, étant entrés précipitamment dans l'appartement de la reine, se jetèrent sur celui qu'ils appelaient traître et le percèrent de cinquante - six coups de poignard. Le sang du malheureux couvrit les vètemens de Marie , qui, indignée d'une action aussi déloyale, jura qu'elle n'oublierait jamais l'outrage qu'elle venait d'éprouver, et qu'elle en tirerait vengeance (1566).
Les conjurés , après avoir erré quelque temps en Angleterre dans l'indigence et dans l'opprobre , implorèrent la protection du comte de Bothwell , nouveau favori de îa reine. Ce seigneur parvint à calmer le ressentiment de Marie, qui conserva contre son époux seul un désir implacable de vengeance; elle lui permit cependant d'avoir un appartement dans le château d'Edimbourg, où elle donna bientôt le jour à un fils. Sir James Melvil fut surle-champ dépêché pour porter cette heureuse nouvelle à Elisabeth. Lorsque Melvil eut notifié la naissance du jeune prince, la reine d'Angleterre tomba dans une profonde mélancolie, et dit à quelqu'un de sa suite! «La reine d'Ecosse est mère, et je ne suis qu'un arbre stérile ! »
Tandis que Marie et Darnley semblaient réconciliés, une horrible catastrophe se préparait. Darnley étant tombé malade à Glasgow, la reine se rendit auprès de lui, lui témoigna beaucoup de tendresse, et le ramena avec clic à Edimbourg. Sous le prétexte que la foule des gens qu'attire la cour occasionait un bruit qui pourrait nuire à sa convalescence, on le relégua loin du palais dans une mai- . son isolée. Marie n'y démentit point les témoignages de son affection, et passa même plusieurs nuits dans un ap-
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partement au-dessous de celui de son époux; mais le 9 février 1567, elle lui dit qu'elle irait coucher au palais, parce qu'elle devait assister au mariage d'une de ses femmes. Sur les deux heures du matin environ , la ville d'Edimbourg fut alarmée par une commotion épouvantable, et l'on apprit que c'était une explosion de poudre qui avait fait sauter la maison où se trouvait Darnley, et que le cadavre de ce prince avait été trouvé dans un champ voisin. Le comte de Bothwell fut généralement regardé comme l'auteur de ce crime; une accusation fut aussitôt intentée contre lui par le comte de Lenox, père de Darnley; mais les juges rendirent dans ce procès un verdict tel qu'on les obligea de le rendre : ils déclarèrent l'accusé innocent. Peu de temps après, Marie étant allée voir son fils à Stirling, Bothwell assembla un corps de huit mille chevaux sous le prétexte de donner la chasse à des brigands qui infestaient la campagne. Placé en embuscade, il attendit la reine à son retour, se saisit de sa personne et la conduisit à Dunbar. L'étonnement public fut grand lorsque Marie fit ensuite publier qu'aucune contrainte ne lui avait été faite et qu'elle consentait à accepter la main de Bothwell , quoiqu'il fût marié à une autre femme.
Ttfttt de crimes et de désordres poussèrent les Ecossais àia révolte. Lord Hume, avec huit cents chevaux, investit te reine et Bothwell dans le château deBœtwick. Bothvrell trouva le moyen de s'échapper et de passer en Danemarck , où il mourut misérablement dix afts après. Mais ia reine n'eut d'autre ressource que de se livrer elle-même entre les mains des lords confédérés. On la conduisit $ Edimbourg au milieu des insùltes de la populace. Le lendemain , elle fut envoyée , sous bonne escorte, au château de liOèhleven , oft elle ftt abreùvée de douleurs et dTmmilia- •ttons. En mêthe tetttps, le céïnte de Murray, son frère, cfcçf du parti protestant, fut déclaré régent, et l'infortunée
princesse, craignant pour ses jours, signa un acte d'abdication en faveur de son fils. En vertu de cette abdication , le jeune prince fut sacré et couronné sous le nom de Jacques VI, et le comte de Morton prêta le serment en son nom (1568).
Cependant Marie ayant trouvé le moyen de s'évader du château de Lochleven , un grand nombre de seigneurs s'associèrent pour sa défense, et une armée de six mille hommes se rangea en peu de jours sous ses étendards. Le régent assembla des troupes à la hâte et se mit en campagne. On en vint aux mains à Langside, près de Glasgow, et, après un combat sanglant, les défenseurs de la reine furent mis en pleine déroute. Marie s'enfuit précipitamment du champ de bataille avec une suite peu nombreuse, et arriva sur les frontières d'Angleterre. Dans son désespoir, elle résolut, malgré les représentations de ses plus fidèles amis,"de chercher un asile auprès de la reine Elisabeth. Elle lui dépêcha en conséquence un courrier pour lui annoncer son arrivée et implorer sa protection.
Elisabeth , voyant sa rivale en son pouvoir, écouta plutôt les conseils de la politique que ceux de la générosité. Elle chargea lord Scrope et sir Francis Knolles d'aller déclarer à Marie qu'elle ne pourrait la recevoir en sa présence que lorsqu'elle se serait justifiée du meurtre de son ^époux, qu'on lui imputait. A cette nouvelle, la reine d'Ecosse versa des larmes abondantes , et cédant à la nécessité de sa situation, elle répondit qu'elle soumettrait volontiers pa cause à l'arbitrage de sa bonne sœur. Des commissaires furent nommés de part et d'autre pour examiner cette importante affaire , et Murray, avec plusieurs autres seigneurs écossais, se porta l'accusateur de sa sœur. Les pièces dont il fit usage pour la perdre se composaient de quelques lettres d'amour et de sonnets adressés à Both- «rdl avant le meurtre de Darnley, et d'une promesse de
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mariage. Les commissaires de Marie refusèrent de répon* dre à ces accusations , et déclarèrent en son nom qu'elle ne se défendrait qu'en présence de la reine d'Angleterre. Mais Elisabeth ayant refusé de consentir à sa demande, les conférences furent interrompues, et l'affaire parut afrsowpie.
Marie n'en demeura pas moins prisonnière. Elle fut transférée de Bolton à Tutbury, dans le comté de Staffbrd , et placée sous la garde du comte de Shrewsbury. Le duc de Norfolk était alors le pair le plus illustre de la noblesse d'Angleterre. L'éclat de son nom , l'immensité de sa fortune , en faisaient sans contredit le premier sujet de l'Etat. Comme il était veuf, et de l'âge à peu près de Marie Stuart, ses amis et ceux de cette princesse lui suggérèrent l'idée de l'épouser. Norfolk, prévoyant qu'Elisabeth n'accorderait jamais son consentement à ce mariage, voulut auparavant se fortifier de l'approbation de la haute noblesse. La réponse favorable que fit Marie à ses propositions redoubla son ardeur pour l'exécution de son projet. Les rois de France et d'Espagne, tous deux dans les intérêts de la reine d'Ecosse , furent consultés secrètement et approuvèrent l'entreprise. Une conspiration aussi étendue ne put échapper à l'active surveillance des agens d'E* lisabeth ; cette découverte alarma la cour d'Angleterre. Norfolk et plusieurs de ses amis furent arrêtés. On transféra la reine d'Ecosse à Coventry, et tout accès auprès d'elle fut rigoureusement interdit pendant quelque temps. Les partisans de Norfolk, parmi lesquels se trouvaient les comtes de Northumberland et de Westmoreland , coururent aussitôt aux armes, et rassemblèrent bientôt autour d'eux une foule de gens du peuple entraînés par leur zèle pour la religion catholique. Mais Norfolk, da fond de sa prison, les engagea à mettre bas les armes. La rébellion se trouvant bientôt apaisée, la reine fut si touchée de la conduite
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du duc dans cette occasion, qu'elle le fît sortir de la Tour et n'exigea de lui que sa parole qu'il renoncerait à son projet dejnariage avec te reine d'Ecosse.
Après un intervalle de crfaq ans, ofl assembla un parlement (1671), pendant lequel commença à se manifester cet esprit de liberté et d'indépendance qui devait plus tard s'emparer de la nation entière. Les puritains, classe de religionnaires exaltés par les ministres protestans, s'efforçaient de perfectionner l'œuvre de la réforme religieuse. Strickland, membre de la chambre des communes , présenta un bill pour rectifier la lithurgie. Elisabeth, non moins jalouse de son autorité en matières de religion qu'en matières d'Etat, s'indigna de cette requête audacieuse; elle manda Strickland et lui défendit de reparaître désormais à la chambre des communes. Cet acte d'autorité provoqua les murmures du parlement , qui se montra peu disposé h le souffrir. La reine, persuadée alors que la tentative qu'elle venait de faire ne manquerait pas d'exciter une grande fermentation dans les esprits , voulut au moins céder avec honneur; elle fit surseoir à toute délibération et permit à Strickland de reprendre sa place à la chambre des communes; mais elle ne put entièrement dissimuler son ressentiment. Lorsque son garde-des-sceaux congédia le parlement, il se plaignit hautement de l'audace qu'avaient montrée plusieurs de ses membres, et les blâma d'avoir voulu s'occuper de choses qui n'étaient pas
de leur compétence.
Le duc d'Albe, instrument du despotisme de Philippe IL dans les Pays-Bas, irrité de ce qu'Elisabeth prenait sous sa protection tous les Flamands qui fuyaient sa tyrannie, entretint des relations secrètes avec Marie Stuart. Animé du désir de faire dominer la religion catholique , il envoya en Angleterre plusieurs agens chargés de s'entendre avec les mécontens de ce royaume pour renverser le gouver-
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itëtnent d'Elisabeth. Mais il fallait un grand seigneur pour se mettre à la tête de l'entreprise, et personne ne parut plus convenable aux conspirateur que le duc de Norfolk, puissant par lui-même et chérfdu peuple. Le duc, piqué qu'on ne lui eût rendu qu'une liberté fort restreinte, ne se fit pas scrupule de rompre vSon engagement, et rentra en correspondance avec la princesse prisonnière; ils renouvelèrent même entre eux une-promesse île. mariage. Cette nouvelle conspiration échappa quelque temps â la vigilance de la reine Elisabeth et à celle du secrétaire-d État Cecil. Mais Norfolk fut trahi par un de ses domestiques , et l'aveu de Févèque de Ross mit sa culpabilité dans toute *' son évidence. Un jury, composé de vingt-six pairs, le condamna à mort d'une voix unanime; il subit son arréf avec beaucoup de calme et de fermeté (1572).
La même politique qui avait engagé Elisabeth à secourir les huguenots de France la porta aussi à secourir les protestans des Pays-Bas. Le peuple de ces contrées, poussé à bout parle système d'oppression et de barbarie dont il était victime , courut aux armes. Presque toutes les provinces de Hollande et de Zélande se soulevèrent, et formèrent, sous la conduite de Guillaume, prince d'Orange, une ligue formidable contre TEspagne. Les révoltés envoyèrent à Londres une ambassade solennelle pour offrir â Elisabeth la souveraineté de leur pays, si elle voulait consacrer ses forces à leur défense. Elisabeth, quoique née avec un génie vaste, n'avait pas l'ambition des conquêtes : elle refusa donc l'offre des Flamands et des Hollandais; mais elle leur envoya une somme de 20,000 livres sterling, et conclut avec eux un traité par lequel elle s'engagea ù leur fournir un secours de cinq mille hommes d'infanterie et de mille chevaux (1578). Pour se venger de cette protection accordée à ceux qu'il regardait comme des sujets révoltés , Philippe fit passer en Irlande un corps
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de scpî cents Espagnols et Italiens.; les Irlandais , naturellement turbulent et détestant le gouvernement anglais par principe de .religion, étaient toujours prêts à se join* dm à quiconque voulait envahir le royaume d'Elisabeth. Le général espagnol, bientôt attaqué par le comte d'Or* mond* se défendifcinal et fut obligé de*e rendre à discrétion. Lorsque l'ambassadeur anglais se plaignit de ces hostilités à la cour d'Espagne, on lui répondit par de semblables plaintes sur les pirateries de Francis Drake. En effet, ce brave marin f parti de Plymouth en 1577, avec quatre vaisseaux et une pinasse, à bord desquels se trour vaient cent soixante -quatre matelots déterminés, avait fpanchi le détroit dp Magellan , attaqué les Espagnols dans l'Amérique méridionale et fait sur eux d'importantes prises. Drake fut le premier Anglais qui accomplit la circumnavigation du globe. Il revint sans accident dans sa patrie , après un voyage de plus de trois ans. A son retour, on essaya de persuader à la reine de le désavouer pour éviter le ressentiment de l'Espagne. Mais Elisabeth, admirant son courage, ne voulut point sacrifier l'intrépide navigateur; elle le fit chevalier, et accepta même une fête qu'il lui donna à bord d'un des vaisseaux qui avaient accompli un si mémorable voyage.
Elisabeth, pour se précautionner contre les entreprises d'un monarque aussi puissant que Philippe H , songea à s'allier avec la France. Le duc d'Alençon, devenu duc d'Anjou par l'avènement de Henri III, quoiqu'il eût près de vingt-cinq ans de moins que cette souveraine, s'éprit d amour pour elle et aspira A l'honneur de devenir son époux, Elisabeth écouta favorablement ses propositions. Le jeune duo vint e u Angleterre où il fut reçu avec les démo nstrat ions du plus vif attachement. A la fete de l'anniversaire de son couronnement y on vit la reine tirer de son doigt un anneau Qu'elle mit à celui du nrince. et tous les
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spectateurs conclurent qu'elle venait de lui promettre sa main. Mais les éloquentes et énergiques représentations de sir Philippe Sidney parvinrent à la détourner de cette imprudente union. Il lui retraça le mécontentement de ses sujets , la tache qu'elle allait imprimer à sa gloire en épousant un papiste , et la crainte quelle devait avoir que F Angleterre ne devint une province française, si jamais les deux couronnes étaient réunies. Ces raisons firent une telle impression sur l'esprit d'Elisabeth, que le lendemain elle rompit tout-à-fait ses engagemens. Le duc d'Anjdu marqua un dépit violent, jeta l'anneau qu'il avait reçu de la reine et quitta immédiatement l'Angleterre (1582).
Les affaires d'Écosse fixèrent de nouveau l'attention de la reine. La noblesse mécontente formate complot, sans doute d'intelligence avèc l'Angleterre, de s'emparer de la personne du jetfneroi, et y réussit. Jacques comprit qu'il était nécessaire de se soumettre. Il affecta même de donner son approbation à l'entreprise, et réunit l'assemblée| du cîcrgé et la convention dfes États pour ratifier ce qui s'était fait. La reine d'Écosse avait souvent fait des proposions d'accommodement à Élisabeth , qui les avait constamment négligées; mais lorsqu'elle apprit la détention de son fils, elle adressa à cette princesse la lettre la plus pathétique, pour la prier de les tirer, elle et son enfant chéri, delà position douloureuse où ils gémissaient, et de les rétablir dans l'état de liberté et d'autorité auquel ils avaient droit. Les supplications de l'infortunée captive ne produisirent aucune impression sur l'ame d'Élisabeth. Le jeune roi, impatient de la contràinte où il était retenu, trompa la vigilance de ses gardes et |se sauva à Saint-Andrews, d'où il invita ses amis et ses partisans à le venir joindre. Le parti qui lui était contraire ne se trouva pas afcsez fort jK>ur lui résister. On offrit le pardon aux seigneurs rebelles, à condition qu'ils se soumettraient; quelques-uns ac-
ceptèrent ; mais le plus grand nombre aima mieux se retirer en Angleterre ou en Irlande, sous la protection d'Elisabeth.
Plusieurs complots contre Élisabeth, imputés, avec assez de vraisemblance, aux intrigues delà reine d'Écosse, furent successivement découverts. Le fanatique Parry, entre autres, à l'instigation des jésuites, forma le projet de l'assassiner; mais sa criminelle tentative ayant été révélée, il fut condamé à mort et exécuté. Ces diverses conspirations furent la cause de mesures rigoureuses adoptées contre les catholiques en général. Environ dans le même temps, le prince d'Orange, fondateur de la liberté des Provinces- Unies, périt, à Delft (1584), par la main d'un assassin. La fin déplorable d'un citoyen si généreux pénétra les Flamands de la plus vive douleur. Les états-généraux envoyèrent uue ambassade solennelle à Londres, et offrirent de nouveau à Élisabeth de la reconnaître pour leur souveraine, à condition qu'elle leuV accorderait des secours et sa protection. La reine persista dans son refus; mais elle conclut une ligue avec les États, et envoya le comte de Leicester, son favori, dans les Pays-Bas avec une armée.
En s'engagcant,dans Une lutte avec un ennemi aussi puissant que le roi* d'Espagne, Élisabeth ne négligea pas de se mettre en sûreté du côté de l'Écosse. Elle conclut avec le roi Jacques un traité pour la défense mutuelle de leurs États et de leur religion, que menaçait alors la ligue de toutes les puissances catholiques de l'Europe (1586). Mais elle ne se relâcha en rien du système de rigueur qu'elle avait adopté à l'égard de Marie. Cette malheureuse princesse, impatiente de briser ses fers et emportée par son zèle pour la religion , se laissa entraîner à des démarches qui fournirent enfin à ses ennemis un prétexte de consommer sa perte. Ballard, prêtre catholique du séminaire de Reims, 'encouragé par le roi d'Espagne et le duc
de Guise, vint en Angleterre, déguisé en soldat, et réunit tous ses efforts pour réaliser à la fois un projet d'assassinat, de soulèvement et d'invasion. La première personne à laquelle il s'adressa fut Antony Babington, jeune-gentilhomme du comlë de Derby, d'un naturel ardent, entièrement dévoué à la cause de la reine d'Écosse et à la communion catholique. Babington travailla aussitôt à se faire des complices, et fit part du complot à Marie, qui l'approuva , en faisant observer, toutefois, que la mort d'Élisabelh devait précéder toute autre entreprise. Mais Gifford, un des conjurés, dévoila la conspiration au secrétaire-d'État Walshingam, et lui communiqua même les lettres édites par Marie à Babington. Ballard fut arrêté; cet événement jeta les conjurés dans l'inquiétude et leur fit prendre la fuite. Découverts dans leurs retraites , ils furent condamnés et exécutés.
Après s'être défait des conspirateurs les moins importans, on prit des mesures pour faire le procès à Marie, qui fut transférée au château de Fotheringay, dans le comté de Northampton. On nomma, pour 1 interroger et la juger, quarante commissaires tirés du corps de la noblesse et du conseil privé. Dans cette circonstance solennelle, Marie se conduisit avec la plus grande dignité. Elle protesta de son innocence, déclara qu'elle était princesse indépendante et qu'elle ne reconnaissait pas à Élisabeth le droit de la faire juger par un tribunal anglais. Mais toutes ses protestations et ses dénégations furent inutiles ; on lui opposa ses lettres et les aveux des conjurés, et une sentence de mort fut prononcée contre elle. Les deux chambres du parlement ratifièrent unanimement cet arrêt, et présentèrent une requête à Élisabeth, pour obtenir qu'elle consentit à sa publication et à son exécution.
La reine montra d'abord des scrupules et de l'incertitude, et demanda s'il n'existait pas un expédient qui pût
assurer la tranquillité publique et lui épargner la douleur de signer l'arrêt de mort de sa parente. Mais lorsque les puissances étrangères voulurent lui faire des représentations par leurs ambassadeurs , sa fierté s'indigna , et elle se détermina enfin à ordonner l'exécution de la fatale sentence. Les sollicitations du roi d'Écosse, qui lui écrivit dans les termes les plus énergiques en faveur de sa malheureuse mère, n'obtinrent pas un meilleur résultat. ÉKsabeth signa l'ordre et le remit au secrétaire d'État Davteoo, qui, après l'avoir fait revêtir du sceau royal, le confia aux comtes de Kent et de Shrewsbury, qui se transportèrent à la forteresse de Folheringay.
Lorsque les deux comtes instruisirent Marie de leur commission, elle fut surprise, mais non effrayée. La *wit tjui précéda son exécution, elle fit vetoir tous ses gens, but à leur santé et leur fit un solennel adieu. Dès la pointe du jour, elle se revêtit d'une magnifique robe de soie et de velours, parce qu'il était convenable, dit-elle, que, dans «ne telle solennité, une reine parût en habit décent. Vers huit heures, le sheriff de la province vint lui annoncer qu'on l'attendait. Elle lui répondit qu'elle était prête, prît; un crucifix dans la main droite, et s'avança »aven calme et majesté. Arrivée dans la salle d'exécution, qui était tentfue de noir ainsi que l'échafaud , elle en soutint la vue sans faiblesse. Après avoir déclaré qu'elle persistait dans lasffeli* gion catholique et romaine, elle se fit couvrir les yeux d'un mouchoir par une de ses femmes; et, lorsque 1e bourreau l'avertit de s'agenouiller, elle le fit en s'écriant : « O mon Dieu, je remets mon ame entre tes mains! » Deux coups de hache suffirent pour séparer sa tète de son corps (1587). Ainsi mourut, dans la quarante -sixième année de son âge et la dix-neuvième de sa détention en Angleterre, Marie Stuart, reine d'Écosse, qui unissait aux perfections du corps tout ce que la culture peut ajouter
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â l'esprit naturel, et dont la vie infortunée fait en quelque sorte oublier les fautes et Ie6 égaremens*
En apprenant la fln tragique de $a mère, Jacques montra le ressentiment le plus vif, et ne parut respirer <jue la guerre et la vengeance. Mais il se rappela bientôt qu'il était maintenant Tunique héritier de la couronne d' Angleterre, et que ce serait compromettre ce magnifique héritage, que de se mettre en hostilité ouverte avec celle qui pouvait Ten priver. Les conseils de la prudence firent donc taire son indignation. Celle du roi d'Espagne ne s'apaisa pas aussi facilement. Élisabeth apprit bientôt les préparatifs formidables de ce monarque peur faire une descente en Angleterre et pour conquérir son royaume. Dans tous its ports de Sicile, de Napîes, d'Espagne et de Portugal, Philippe avait fiait construire des vaisseaux dtooe forme et d'une force extraordinaires. La plustiaute noblesse d'halte U d'Espagne avait brigué l'honneur de s'associer à cette grande entreprise; et les Espagnols, enorgueillis de leurs forces, enivrés de leurs espérances, avaient déjà donné à la flotte le nom «Invincible Armada.
Des qu'ÉIisabeth vit qu'il s'agissait de défendre sa couronne contre toutes les forces réunies de l'Espagne, «lie fit ses préparatifs en conséquence. Toutes les villes commerçantes du royaume furent sommées de fournir des vaisseaux pour grossir la flotte peu nombreuse delà reine ; dans cette occasion, elles rivalisèrent de zèle et d'activké pour défendre leur religion et leur liberté, si dangereusement menacées. Lord Howard d'Effingham, homme d'une valeur et d'une capacité reconnues, fut fait grand-amiral et prit le commandement de la flotte ; Drake, Hawkinset Fïobisher, les premiers marins de l'Europe, servirent sous ses ordres. Supérieure aux dangers qui la menaçaient, Élisabeth donna partout ses ordres avec tranquillité, et encouragea son peuple à la plus ferme résistance. Pour
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échauffer encore davantage le génie belliqueux de la nation, elle parut à cheval au camp de Tilbury; et, parcourant tous les rangs, elle déclara aux soldats que, quoique femme, elle les conduirait elle-même à l'ennemi , et périrait plutôt dans le combat que do survivre à la ruine et à l'esclavage de son peuple.
L'Armada, après avoir quitté l'embouchure du Tage (1688), pleine d'espérance et de joie, fut assaillie par une tempête qui dispersa ou sjbmergea plusieurs de ses vaisseaux. Elle se répara promptement et reprit la mer. Elle était composée de cent trente bâtimens énormes, et portait à bord trente mille hommes et deux mille six cent trente gros canons de cuivre. L'amiral espagnol, le duc de Medina Sidonia, avait ordre défaire voile jusqu'aux côtes de Flandre, de se réunir au duc de Parme, et de se rendre dans la Tamise pour opérer le débarquement de toute l'armée. Mais à peine fut-il entré dans la Manche, qu'Effingham, sortant du port de Plymouth avec ses vaisseaux , se mit à sa poursuite et ne cessa de l'inquiéter par des escarmouches continuelles. L'Armada fit route alors vers Calais, et] jeta l'ancre devant-ce port, espérant que le duc de Parme, qui était instruit de son approche, se mettrait à la mer et le joindrait avec ses forces. Mais l'amiral anglais eut recours dans celte occasion à un stratagème qui lui réussit : il prit huit de ses plus petits vaisseaux, les remplit de matières combustibles, et les fit avancer l'un après l'autre, pendant une nuit obscure, au milieu de la flotte ennemie. Les Espagnols n'eurent d'autre ressource, pour échapper à l'incendie , que de couper leurs câbles et de gagner la haute mer dans le plus grand désordre. Le lendemain matin, les Anglais, profitant de leur terreur, tombèrent sur eux, et leur prirent ou détruisirent douze navires. L'amiral espagnol, las de combattre *vcc tant de désavantage, prit la résolution de retourner
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en Espagne en contournant le nord de l'Ecosse et de l'Irlande. Mais une Violente tempête* assaillit l'Armada lors-* qu'elle eut dépassé les Orcades; plusieurs vaisseaux furent jetés sur les côtes occidentales de l'Ecosse et sur les plages inhospitalières de l'Irlande. Il n'y eut pas la moitié de cette flotte formidable qui revint en Espagne.
Un tel succès inspira une passion presque enthousiaste ù toute la nation anglaise, pour former à son tour des entreprises contre l'Espagne. Le peuple, mais non la cour, conçut le projet de conquérir le royaume de Portugal; sir Francis Drake et sir John Norris furent les chefe de cette expédition romanesque, à laquelle s'associèrent plus de vingt mille volontaires; mais l'entreprise échoua par la trop grande précipitation avec laquelle elle fut conduite et le défaut d'ensemble dans les opérations.
Après un repos de plusieurs années, que signara~seulement l'envoi d'un corps auxiliaire au roi de France Henri IV, combattant contre la Ligue, Elisabeth, instruite que l'Espagne faisait de grands préparatifs pour risquer une nouvelle invasion en Angleterre, se détermina à tourner toutes ses forces contre cette ennemie si acharnée et à prévenir son attaque. Une flotte considérable fit voile de Plymouth le 1 er juin 1596, et, profitant d'un vent favorable, se dirigea vers le midi de l'Espagne. Après une tentative infructueuse pour débarquer sur l'île Saint-Sébastien, à l'ouest de Gadiz, il fut résolu d'attaquer les vaisseau* et les galères qui étaient en rade. Cette détermination paraissait hardie , et le prudent amiral Effingham hésita même long-temps avant de s'y rendre; mais le comte d'Essex, qui commandait l'armée de terre, appuya l'entreprise avec toute l'ardeur d'un courage jeune et bouillant et l'emporta. Il descendit au fort de Puntal avec ses troupes, et marcha droit sur Gadiz dont il s'empara après un combat de six heures. La générosité d'Essex, qui ne le cédait pas à sa va-
. leur, empêcha le massacre des habitans. Les Anglais firent un butin considérable, mais beaucoup moins riche que si l'amiral espagnol tfeût pas mis volontairement le feu à ses vaisseaux. La perte des Espagnols fat évaluée à vingt millions de ducats.
Malgré la paix conclue à vervtas entre Héhri IV et Philippe II, Elisabeth continua la guerre contre l'Espagne pour soutenir les Hollandais. Elle était surtout fortifiée dans Sa résolution par le comte d'Essex qu'animait le désir d f *cquérir de la gloire et d'exercer ses tatens militaires. La personne du favori était aussi agréable à la reine que ses conseils, et tous les jours son crédit semblait s'augmenter. Si d'Essex avait eu de la circonspection et delà prudence, il se serait certainement emparé de toute la confiance de la reine ; mais son esprit altier ne savait pas se plfer à trtie aveugle déférence. Un jour qu'il disputait avec elle sur le choix d'un gouverneur pour l'Irlande, il oublia tellement les convenances qu'il s'emporta et lui tourna le dos. Elisabeth, naturellement violente, lui donna aussitôt un soufflet. Au lieu de l'apaiser par la soumission due à son sexe et à sûn rang, Essex porta la main sur la garde de son épée, et,
transporté de fureur , se retira sur-le-champ de la cour. Mais la prévention d'Elisabeth pour le comte lui fit bientôt oublier son audace, et , après une disgrâce de deux mois , elle lui rendit sa première faveur.
La domination de l'Angleterre sur l'Irlande, quoîqu'établie depuis plus de quatre siècles, était plutôt nominale que réelle. Au lieu d'associer les Irlandais aux avantages des lois anglaises , les conquérans les avaient constamment traités en étrangers et en ennemis. L'ardeur de la véngeance , jointe à leur naturel encore sauvage, poussa plus d'une fois ces malheureux habitans à la révolte; et, â force de mauvais traitemens, ils devinrent chaque jour plus intraitables et plus dangereux. A l'époque où nous som-
mes arrivés, Hugh O'Neale, qu'Élisabfth avait élevé au rang de comte de Tyrone, ayant formé la résolution d'en venir à une révolte ouverte pour rendre indépendance à sa patrie, entra en négociations avec l'Espagne, et tira d'elle un secours d'hommes et de munitions(1599). Les ministres anglais sentirent alors que les trou bles d'Irlande étaient parvenus à un point qui nécessitait des mesures vigoureuses* T&ex , nommé gouverneur du pays insurgé, avec des privilèges dont n'avaient jamais joui ses prédécesseurs , partit à la tète de vingt mille hommes d'infanterie et de deux mille chevaux. Dès qu'il fut débarqué, il commit, dans le plan de ses opérations, une faute qui causa la ruine de son entreprise. Au lieu de marcher immédiatement dans la province d'Ulster contre Tyrone, l'ennemi principal, il perdit son temps à réduire les rebelles de Munster. Dans ces entrefaites, les maladies, causées par des marches pénibles et par l'intempérie du climat , se répandirent dans son armée et la diminuèrent considérablement. Lorsqu'il se mil en route pour l'expédition d'Ulster, il lui restait à peine quatre mille hommes. Il sentit bientôt qu'il lui
por
lui rH proposer. Après une heure d'entretien, une suspension d'armes fut conclue jusqu'au printemps suivant; Essex écouta même quelques propositions de paix que lui fit- le chef rebelle, et qui renfermaient les conditions les plu» exorbitantes; ce qui fit supposer plus tard que le lord gouverneur avait lié une correspondance suspecte avec 1'ennemw
L'issue singulière d'une entreprise aussi dispendieuse provoqua la colère d'Élisabeth. Dès qu'Essex en fut irofawt, il partit immédiatement pour l'Angleterre, et arriva à la cour avant même que personne s'y doutât de son intention. Encore tout couvert de sueur et de poussière,
il alla se jeter aux genoux d'Élisabeth, et eut avec elle une conversation de quelques inslans, qui le combla de satisfaction. Mais cette indulgence d'Elisabeth n'avait été que le premier effet de la surprise; lorsqu'elle se fut un peu recueillie, toutes les fautes de son favori se retracèrent à sa mémoire. Décidée à dompter cet esprit orgueilleux par un châtiment sévère, elle lui ordonna de garder les arrêts dans son appartement, et de rendre compte de sa conduite devant le conseil privé. Essex montra une soumission sans réserve aux volontés de la reine; mais son ame hautaine s'indigna tellement de sa disgrâce, qu'il tomba dangereusement malade. La reine, alarméequand elle apprit son état, lui envoya les plus habiles médecins du royaume; mais, dès qu'il fut hors de danger, elle reprit sa première rigueur avec lui. La patience d'Essex finit par s'épuiser; il pensait qu'Elisabeth ne s'apaiserait jamais. Plein de cette idée, il franchit bientôt toutes les bornes de la contrainte et de la soumission ; il rechercha la confiance des catholiques, et caressa ouvertement les puritains ; il se concilia la faveur du roi dÉcosse; et, après avoir réuni environ deux cents mécontens, il forma le projet d'enlever la reine et de créer un nouveau gouvernement ; mais le jour où eut lieu la levée de boucliers, il exhorta vainement les habitans de Londres à prendre les armes; pas un ne parut disposé à se joindre à lui. Essex , remarquant cette froideur, et apprenant qu'il venait d'être proclamé traître par le comte de Cumberland et lord • Burleigh, regagna sa maison avec un petit nombre de ses partisans, résolu de se défendre jusqu'à la dernière extrémité; cependant, après quelques pourparlers , il se rendit à discrétion.
Essex et ses complices les plus considérables furent traduits devant un jury composé de vingt-cinq pairs. Le crime des prisonniers était trop évident pour que le
moindre doute entrât dans l'esprit des juges. Lorsque la sentence fut prononcée, Essex parla comme un homme déterminé à la mort. La reine, touchée de sa situation, et se rappelant ses tendres sentîmcns pour lui, signa et révoqua plusieurs fois de suite l'ordre de l'exécuter ; mais lorsqu'elle vit l'obstination du comte à ne pas implorer sa clémence, démarche qu'elle attendait à'chaque instant de lui, elle signa enfin irrévocablement l'ordre fatal. Essex n'avait que trente-quatre ans, lorsque son caractère fougueux et son imprudence le conduisirent ù une fin si déplorable (1601).
Mountjoy, qui avait sucédé à Essex dans le gouvernement de l'Irlande, défit Tyrone en plusieurs rencontres, et chassa les Espagnols qui avaient prêté leur appui aux insurgés. La plupart des chefs irlandais , après s'être longtemps cachés dans les bois et les marais, se soumirent enfin, et subirent les conditions qu'on voulut leur imposer. Mais Élisabeth n'était plus alors capable de goûter la joie d'aucun événement heureux. Depuis la mort d'Essex, elle était tombée dans une mélancolie profonde, que l'éclat et la gloire de son règne ne pouvaient guérir. Elle finit par s'abandonner au plus sombre désespoir, et, refusant de prendre des alimens, elle passa les jours et les nuits étendue sur un tapis et appuyée sur des coussins. De si longs tourmens, en déchirant son ame, épuisèrent son faible corps, et bientôt sa fin parut prochaine. Le conseil s'assembla , et députa auprès de la reine !e lord garde des sceaux, le lord amiral et !e secrétaire d'État pour connaître son intention au sujet de son successeur. Elle répondit, d'une voix presque éteinte, qu'elle avait porté le sceptre d'un roi, et qu'elle ne voulait pas d'autre sucesseur qu'un roi. Le secrétaire d'État Cccil l'ayant prié de s'expliquer d'une manière plus précise, elle ajouta que le roi dont elle entendait parler était le roi d'Écosse, son plus proche pa-
rent. Peu de temps après, sa voix s'éteignit tout-à-fait, ] ses sens s'affaiblirent, et elle tomba dans un assoupissement léthargique ; elle expira, sans agonie, dans la soixantedixième année de son âge et la quarante-cinquième de son règne (1603).
Le règne d'Elisabeth doit être regardé comme un des plus glorieux et des plus prospères de l'histoire d'Angleterre. Le grand art de gouverner qu'elle possédait si supérieurement appartenait à la fois en elle à son caractère et à son habileté. Peu de monarques anglais sont montés sur le trône dans des circonstances plus difficiles, et aucun n'a gouverné avec un succès aussi soutenu. Si Ton excepte certains actes de violence que lui firent commettre son caractère impérieux et le désir de maintenir ks prérogatives que lui avaient transmises ses prédécesseurs , ses sujets n'eurerï qu'à se louer de son autorité absolue. La découverte de terres lointaines et inconnues, et la longue paix dont elle fit jouir son royaume, développèrent le génie commercial et maritime de l'Angleterre, et l'élevèrent au rang des premières puissances de l'Europe. Les nom- j breuses familles protestantes, que les persécutions chassèrent de France et des Pays-Bas, apportèrent leur industrie dans les Etats d'Elisabeth, et procurèrent aux fabriques et au commerce une extension considérable. Ce fut sous son règne que s'éleva la Bourse (Roral-Exchange), dont elle encouragea la construction, et la Compagnie des Indes-Occidentales lui dut ses premières lettrespâtentes.