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CHAPITRE XIII

Règne de Jacques I", premier des Suarts. — Commencement de la lutte entre la couronne et le Parlement.

La couronne d'Angleterre passa delà maison de Tudor dans celle de Stuart sans la moindre opposition. Dans son voyage d'Edimbourg à Londres, Jacques fut partout accueilli par les témoignages de la joie la plus vive et par les acclamations les plus bruyantes. Quoiqu'il eût amené d'Ecosse un grand nombre de courtisans, il laissa presque tous les principaux emplois entre les mains des ministres d'Elisabeth, et se reposa de la conduite des affaires intérieures et extérieures sur ses sujets anglais. Dans ce nombre, Cecilfut toujours regardé comme son premier ministre et son principal conseiller.

Les premiers soins qui occupèrent le roi se ressentirent de l'éducatioQ qu'il avait reçue et de son penchant à argumenter en matière de religion. 11 convoqua une assemblée du clergé à Hamptoncourt, dans le but de faire cesser les disputes théologiques entre l'Eglise anglicane et les puritains. Jacques lui-même prit part à ces conférences. Mais elles n'eurent pas de résultat important : les puritains , qui étaient venus à l'assemblée avec leur fier esprit d'indépendance et l'intention de demander la réforme complète des hommes et des choses, n'obtinrent que la publication d'un catéchisme national et une nouvelle traduction des saintes Ecritures.

Les catholiques romains s'étaient attendus à la protectection du nouveau roi. Leur ressentiment fut donc égal à leur surprise lorsqu'ils le virent décidé à faire exécuter

rigoureusement les lois publiées contre eux. Catesby, homme d'une ancienne noblesse, fut le premier qui forma le dessein d'une vengeance extraordinaire. Il résolut de détruire d'un seul coup le roi, la famille royale, les lords et les communes, en conduisant une mine sous la salle des séances et en choisissant, pour y mettre le feu, le moment où le roi haranguerait les deux chambres. Il fit part de cet infernal projet à Percy, issu de l'illustre maison de Northumberland, qui l'approuva. Les conjurés, successivement enrôlés dans le complot, s'engagèrent par serment, en recevant la communion des mains d'un P. jésuite, à ne pas se trahir les uns les autres. Ils louèrent, au nom de Percy, une maison attenante à l'édifice du parlementât placèrent trente-six barils de poudre dans une cave. Maïs quelques jours avant rassemblée, une lettre anonyme avertit lord Mounteagle du coup terrible qui menaçait le parlement et la famille royale. Mounteagle remit cette lettre à lord Salisbury, secrétairc-d'Etat, qui, sans la croire digne d'attention , la communiqua cependant au roi. Jacques y attacha plus d'importance, et les expressions un coup terrible semblant indiquer quelque effet de la poudre, on fit Visiter toutes les voûtes qui étaient sous les chambres du parlement. On trouva dans un caveau un des conspirateurs, nommé Fawkes, porteur des mèches et de tout ce qui était nécessaire pour mettre le feu aux barils de poudre qu'on découvrit sous des fagots. Fawkes, amené devant le roi et son conseil, montra d'abord beaucoup d'intrépidité et refusa de révéler ses complices; mais ayant été renfermé dans la Tour, et abandonné à ses réflexions, la menace de la torture abattit enfin son courage et triompha de sa résistance : il fit connaître les conspirateurs,* dont le nombre n'allait pas au-delà de quatre-vingts. Les uns, et de ce nombre Catesby et Percy, furent tués en résistant avec courage à ceux qui furent envoyés à leur

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poursuite; les autres, faits prisonniers, périrent sur l'échafaud (1605). L'histoire a enregistré cet événement sous le nom de Conspiration des Poudres,

A cette époque , Jacques semblait posséder l'affection de ses sujets anglais et du parlement. Son savoir, qui n'était pas sans mérite, lui avait même fait décerner par la voix publique le titre de second Salomon. Mais lorsqu'il Voulut opérer la réunion de l'Angleterre et de l'Ecosse , cette entreprise éprouva de la part des deux royaumes la résistance la plus opiniâtre. L'antipathie nationale ne put être vaincue, et tous les efforts du roi n'aboutirent qu'à l'abolition des lois hostiles entre les deux nations (1606).

On doit remarquer dès cette époque la tendance des communes à résister à l'exorbitante prérogative royale. Jacques avait besoin d'argent pour l'entretien de la marine et pour apaiser une révolte de l'Irlande. Dans la session de 1610, son grand-trésorier vint exposer la néces- «•• sité d'un prompt et ample subside. Mais ses raisons ne firent aucune impression sur les communes , et Jacques eut la mortification d'avoir découvert inutilement ses besoins. Au milieu d'attaques continuelles dirigées contre ses privilèges, Jacques ne laissa pas de faire éclater, quelquefois même avec violence, les idées qu'il avait conçues de la monarchie et de l'autorité souveraine; mais sa résistance lie fit que donner de la force aux principes de liberté qui commençaient à germer dans la nation, et qui devaient bientôt faire explosion en renversant le trône.

Jacques se présente sous un jour plus favorable lorsqu'on l'envisage comme législateur de l'Irlande; il suivit à l'égard de cette ile un plan ferme et régulier, et y abolit les anciens usages qui tenaient lieu de lois. Après avoir substitué à ces coutumes sauvages la juridiction anglaise, il prit les naturels sous sa protection, et les déclara citoyens libres. De cette manière, il introduisit l'humanité

et la justice chez un peuple qui jusqu'alors n'était jamais sorti de la barbarie.

La mort soudaine de Henri , prince de Galles, répandît une douleur universelle dans la nation (1612). Le jéune prince, à petae*gé de dit-huit ans, étàit dotié des pfàs brillantes qualités, et par la dignité de sa 'coBdmte/hi^ sait déjà plus de respect que son père par sbn savoir et son expérience. La même anàëe, la princesse Élisabethj fille du roi , épousa Frédéric, cotafte palatin du Rhta;mais ce mariage eut les plus fâcheuses conséquences pôur Jacques et pour son gendre. L'Electeur, se fiant Sur cette âllîaitt», s'engagea dans des entreprises au-dessus de ses forces , & le roi , refusant de le soutenir, abheva de 'perdre, vers la fin de sa vie, ce qui restait d'affection pour lui dans '4e cœur de ses slijëts.

Jacques, comme tous les rois adonnés aux plaisirs, -te laissa griuveitier par ses favoris. Après Robért Crirr, cfoi fut successivement créé cortrte de Somerset et lord èhàttibellan, et qui vit ses complaisances payées de la plus éclatante disgrâce, ce fat le tour de George VilBers, qui joignait aux avantages d'une belle figure la politesse exquise qu'il avait puisée à la cour de France. Ce jeune seignenr monta tout d'un coup au faîte des honneurs et des "richesses; dans l'espace de peu (Tannées, il devint duc de Buckingham, chevalier de l'ordre de la Jarretière 7 grandécuyer et grand-amiral du royaume.

SirWalter Raleigh, impliqué dans la conspiration qui avait èu pour but de placer sur le trône Arabella Stuart, proche parente du roi, gémissait depuis treize ans dans' ta Tour de Londres, lorsque tout-à-coup la nation, réfléchissant à la dureté, pour ne pas dire à l'injustice de fa sentence qui l'avait condamné, prit en pitié cet esprit actif et entreprenant, et conçut de l'admiration pour la grandeur et l'inébranlable fermeté de son ame. Pour aug-

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monter ces dispositions favorables, sur lesquelles il fondait l'espoir de sa liberté, Raleigh fit répandre le bruit d'une raine d'or qu'il avait découverte dans la Guyane. Le roi, sans ajouter foi à ce qu'il regardait comme une fable, fit cependant ouvrir les portes de la Tour à l'infortuné captif, et lui permit de tenter l'aventure, mais avec défense expresse de nuire en rien aux établissemens espagnols dans le Nouveau - Monde. Raleigh partit avec quatorze voiles. A peine était-il arrivé aux bouches de l'Orénoquc, qu'oubliant les prescriptions royales, il fit attaquer Saint- Thomas par le capitaine Keyruis, qui lui était dévoué. Keymis s'empara de la ville à laquelleïl mit le feu , mais il n'y trouva rien d'une valeur considérable, ni qui justifiât les brillantes promesses de Raleigh. Les autres aventuriers conclurent alors qu'ils avaient été trompés; ils se décidèrent à retourner promptement en Angleterre, et forcèrent leur chef à les suivre pour se justifier de sa conduite. L'Espagne faisant retentir hautement ses plaintes, le conseil privé, pour lui donner satisfaction, prononça que Raleigh avait abusé de la confiance du roi, et le condamria comme coupable de haute trahison. Jacques fit usage du droit qu'il s'était réservé, et signa l'ordre de son exécution. Raleigh , voyant son destin inévitable, recueillit tout son courage. H harangua le peuple avec calme et éloquence, et reçut le coup fatal avec la plus grande indifférence (1618).

Ce sacrifice, à l'ennemi secret de l'Angleterre, du seul homme qui eût une réputation de valeur et d'expérience militaire, fut une lâcheté aux yeux de ia nation, et cette complaisance devint encore plus odieuse lorsqu'on vit Jacques entretenir une étroite liaison avec l'Espagne. L'ambassadeur Godemar, en effet, pour détourner l'attention de Jacques des événemens qui se passaient alors en Allemagne, venait d'offrir en mariage au prince Charles la

fronde princesse d'Espagne. Jacques entra en négociation, et quoique les Etats.de Bohème, entraînés par le fanatisme religieux du siècle, eussent pris les armes contre l'empereur Ferdinand , et qu'ils offrissent la couronne à Frédéric, électeur palatin, probablement à cause de son alliance avec l'Angleterre, Jacques refusa opiniâtrement d'accorder des secours à son gendre. Frédéric ayant été défait dans la grande et décisive bataille de Prague , fut chassé du Palatinat, et contraint de se réfugier en Hollande avec sa famille. La neutralité et l'inaction de Jacques excitèrent les plaintes et les murmures de l'Angleterre entière.

Le-grand sceau était alors entre les mains du célèbre Francis Bacon, créé lord Verulam, personnage universellement admiré ponr la grandeur extraordinaire de son génie. Son défaut d'économie et sa libéralité envers les gens de sa maison le jetèrent dans une grande gêne pécuniaire, et pour subvenir à ses profusions, il se laissa aller à recevoir des présens de ses solliciteurs à la chancellerie. Des plaintes parvinrent à la chambre des communes qui porta un acte d'accusation à la chambre des pairs. Le chancelier ' fut condamné à payer une amende de 40,000 livres sterling, à rester prisonnier dans la Tour tout le temps qu'il plairait au roi, et à ne posséder aucune sorte d'office, de place ou d'emploi (1621). Toutefois sa captivité ne fut pas de longue durée; le roi, en considération de son rare mérite, lui fit remise de l'amende et lui accorda même une pension annuelle de 1,800 livres sterling. Les immortelles productions littéraires de Bacon lui ont valu auprès de la postérité l'oubli de ses fautes et de ses faiblesses.

Les communes , pleines de l'idée qu'elles étaient les protectrices naturelles des droits du peuple, et que la réparation des torts leur appartenait, adressèrent vers cette époque (1621) des remontrances au roi. Elles le supplièrent en conséquence de prendre immédiatement la défense

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du Palatinat , de tourner ses armes contre l'Espagne, et de ne marier son fils qu'à une princesse protestante. Jacques regarda une démarche aussi hardie comme une atteinte portée à ses prérogatives ; il écrivit aussitôt au président pour se plaindre amèrement de ce que la chambre était entrée dans des discussions au-dessus de ses connaissances et de sa compétence, et pour lui défendre de se mêler de rien qui concernât le gouvernement. Celte lettre violente irrita les communes au lieu de les effrayer. Certaines de l'affection du peuple, elles soutinrent qu'elles avaient droit d'entrer, par leurs conseils, dans toutes tes affaires d'Etat, et que les libertés, franchises, privilèges et juridictions du parlement étaient l'héritage incontestable de tous les Anglais. Le roi, furieux, se fit apporter le registre de la chambre, déchira la protestation de sa propre main et congédia le parlement par une proclamation dans laquelle il fit l'apologie de sa conduite.

Pour parvenir à la conclusion définitive du mariage du prince de Galles avec l'infante d'Espagne , Jacques envoya le comte de Bristol à Philippe IV en qualité d'ambassadeur (1622). Toutes les conventions étaient réglées entre les deux parties; il ne manquait plus que la dispense de Rome, lorsque les flatteuses espérances dont se berçait le roi furent tout-à-coup détruites par la témérité de Buckingham. Ce ministre imprudent persuada au prince Charles qu'un voyage à Madrid serait une galanterie imprévue, qui le présenterait à l'infante sous le double titre d'amant dévoué et d'aventurier courageux. L'ame candide du jeune prince se laissa facilement séduire par cette idée romanesque : ils partirent accompagnés de deux officiers seulement, traversèrent la France, déguisés, sans y être reconnus, et se hasardèrent môme à paraître à un bal de la cour, où Charles vit la princesse Henriette qu'il épousa dans la suite, et qui était alors à la fleur de sa jeunesse et

de sa beauté. Les deux aventuriers arrivèrent 5 Madrid ori^e jours après leur départ de Londres. Dès que le prince de Galles fut reconnu, le roi d'Espagne l'accueillit avec des honneurs inaccoutumés. Cependant l'infante ne fut montrée qu'en public à son amant, parce que l'étiquette espagnole n'admettait pas d'entrevue particulière avant l'arrivée des bulles de dispense. Mais le pape en différa l'expédition, dans l'espoir que pendant le séjour du prince en Espagne on pourrait parvenir à le convertir à la foi catholique. Charles s'impatienta de ces retards, et repassa en Angleterre, laissant au peuple espagnol la plus favorable idée de son caractère. Il n'en fut pas de même de Buckingham qui, par ses indécentes libertés, ses dissolur tions et son arrogance, s'attira l'aversion générale. Le favori de Jacques, redoutant l'influence que l'Espagne acquerrait dans les affaires de l'Angleterre après l'arrivée de, l'infante, employa tout son crédit à faire avorter le mariage résolu. Jacques renonça tout-à-coup à un projet qui, depuis plusieurs années, était l'objet de tous ses désirs, e^ ronjpit tout-à-fait avec l'Espagne.

Après cette rupture , Jacques tourna ses vues du côtç de la France, et un traité de mariage fut conclu entre le prince deGalles et la princesse Henriette, sœur de Louis XBJ, Mais autant cette alliance causa de plaisir au roi, autant les expéditions militaires qu'il fut obligé d'entreprendre lui furent désagréables, à cause de sa répugnance invincible ppur le tumulte des armes. Il fallait cependant satisfaire à l'entraînement deJa nation qui demandât à grands cris le recouvrement du Palatinut. Une armée de douze mille hcpmes d'infanterie; et : 4e deux mille chevaux, placée sous Iq commandement du^omte de Mansfeld, s'embarqua à Poivres. Cette expédition fut sL maJ combinée, les mesures furent si mal prises, que la moitié des troupes mourut à bord d'une maladie pestilentielle, et le reste, affaibli par

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