‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 37 sur 51 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Bègne de Charles —Latte entre *c parlement et la conr. — Insurrection en Ecosse. — Covenant. — Strafford. — Long parlement. — Guerre civile. — Cromwell.

A peine Charles eut-il pris les rênes du gouvernement, qu'il convoqua un parlement à Westminster. Dans une harangue pleine de simplicité et de franchise, il exposa le besoin qu'il avait d'un subside pour la guerre d'Espagne, et tfobtint qu'un teecours de 112,000 livres sterling. Les communes renouvelèrent leurs plaintes sur les progrès du papisme, et demandèrent la rigoureuse exécution des lois pénales contre les catholiques. Charles répondit d'abord avec douceur à ces remontrances; mais quand il vit que le parlement était résolu à ne pas lui accorderions les subsides qu'il demandait, et qu'il n'en devait attendre que des représentations désagréables, il prit occasion de la peste qui ravageait Oxford pour congédier l'assemblée.

Le jeune roi emprunta alors de l'argent à ses sujets par des lettres du sceau royal. Une flotte, composée de quatrevingts nayires et portant dix mille hommes de débarquemext, fit voile pour Cadiz, sous le commandement du chevalier Édouard Cecii : la peste qui se répandit parmi les matelots et les troupes fit échouer l'expédition. Charles se vit encore obligé de recourir à l'assistance du parlement (1626). Les communes accordèrent des subsides; mais elles dirigèrent leurs attaques contre Buckingham, par lequel le roi se laissait gouverner comme son père, et l'accusèrent de haute trahison. Défense fut faite à la chambre de s'oo cûper du duc, ministre de Sa Majesté, et deux 4e ses membres qu'elle avait chargés de poursuivie laccusatoo

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forent emprisonnés. Aussitôt les communes déclarèrent que toutes les affaires seraient suspendues jusqu'à la reconnaissance de leurs privilèges. Charles fut obligé d'élargir les prisonniers, et cette circonstance ne servit qu'à aigrir davantage les communes, qui préparèrent une remontrance contre la levée des droits de tonnage et de pondage. Le roi, irrité de tant d'usurpations dont il ne prévoyait pas la fin , cassa une seconde fois le parlement.

Charles, dans le but de remplir son trésor, établit alors ouvertement une commission pour composer avec les catholiques et pour les dispenser, à prix d'argent, des lois pénales portées contre eux. Il exigea de la noblesse et de la ville de Londres un prêt de 100,000 livres sterling. Un grand nombre de citoyens refusèrent leur argent, et engagèrent même leurs voisins à soutenir leurs droits communs. Un ordre du conseil fit jeter les plus ardens en prison.

Au milieu de ces conjonctures, Charles, ^malheureux dans toutes ses entreprises contre la maison d'Autriche, en lutte avec ses propres sujets, sans autres trésors que ceux qu'il arrachait par les moyens les plus violens, commit encore la faute de rompre avec la France. Cette rupture fut l'ouvrage de son ministre Buckingham, qui avait à se venger du cardinal de Richelieu. Lorsque Charles avait épousé la princesse Henriette par procuration, Buckingham était venu en France pour représenter son maître à la cérémonie du mariage. Les caresses de la cour lui inspirèrent l'audace d'adresser ses vœux à la reine Anne d'Autriche, mère de Louis XIII. Après son départ, il retourna secrètement à Paris, et , salant présenté chez la reine, il fut congédié avec un reproche qui tenait plutôt de la tendresse que de la colère. Richelieu fut bientôt informé de celte passion extravagante, et pendant que le duc faisait les préparatifs d'une nouvelle ambassade à Paris, Louis lui dépêcha un courrier pour lui interdire le voyage.

196 nistoiRE d'aîvgleterre.

Dans le transport d'un amour romanesque, Buckinghara jura qu'il verrait la reine en dépit de toute la puissance du roi de France, et, dès ce moment, la guerre contre ce monarque fut résolue.

En conséquence, le duc, qui ignorait la guerre comme la marine, se fit donner le commandement d'une flotte de cent navires, portant sept mille hommes de débarquement, et fit voile vers La Rochelle, pour soutenir les huguenots de France. Quand il se présenta devant cette place assiégée par Louis XIII, les habitans refusèrent de recevoir des alliés qui ne les avaient même pas prévenus de leur arrivée. Buckinghnm fît alors route vers l'île de Ré, où il débarqua ses troupes. Mais, à l'approche des vaisseaux français , il pensa prudemment à la retraite, et retourna en Angleterre, déshonoré en sa double qualité de général et d'amiral, et ne ramenant que le tiers de ses troupes (1627).

Un troisième parlement fut convoqué. Charles et son ministre se flattèrent que la nécessité indispensable d'un subside ferait oublier toutes les injures passées. Mais lorsque les communes furent assemblées, les membres montrèrent le même esprit d'indépendance que leurs prédécesseurs. On passa un bill contre les emprisonnemens arbitraires et contre les emprunts forcés, et l'esprit de liberté ayant obtenu quelque satisfaction, on accorda au roi cinq subsides dont il se déclara content. Les orateurs populaires parvinrent ensuite à faire dresser un acte nommé Pétition ou Requête de droit, renfermant une confirmation ou une explication de la grande Charte. Charles ne s'attendait pas à des empiètemens de cette nature sur ce qu'il considérait comme ses prérogatives. Aussi ne fut-ce qu'après avoir employé mille ruses et mille moyens évasifs qu'il accorda sa sanction à une mesure qui répandit une allégresse générale parmi la nation.

Rien ne justifiait mieux, en quelque sorte, l'extrême

Charles r. 197

rigueur des communes à l'égard de Charles , que la faveur ouverte qu'il accordait aux principes incompatibles avec une monarchie tempérée. Le docteur Manwaring avait prêché et fait imprimer un sermon subversif de toute liberté civile. Les communes, indignées , condamnèrent le prédicateur à garder la prison tant qu'il plairait à la chambre , à payer une amende de 1 ,000 livres sterling, et à reconnaître humblement sa faute. Mais à peine la session fut-elle close que le roi lui accorda son pardon, et le pourvut d'un bénéfice considérable; il fut même, quelques années après, élevé à l'évèché de Saint-Asaph.

Charles, après avoir prorogé le parlement, pour prévenir la présentation d'une remontrance au sujet de la levée des droits de tonnage et de pondage, porta son attention vers les guerres étrangères. Une flotte et une armée considérables avaient été préparées pour aller secourir La Rochelle dont le siège continuait toujours, Buckingham se rendit à Portsmouth pour prendre le commandement de l'expédition. Arrivé dans cette ville, il eut un entretien avec Soubise, chef des huguenots de France ; mais au sortir de la conférence, un enthousiaste désespéré, nommé Felton, le frappa brusquement d'un coup de couteau dans la poitrine, pour venger, disait-il, sa religion et son pays. Le duc, arrachant le couteau de sa blessure, n'eut que le temps de s'écrier qu'il était assassiné et rendit aussitôt le dernier soupir.

Pendant que la mort de Buckingham occupait les es- • prits, la nouvelle de la prise de La Rochelle parv int en Angleterre. Les désastres d'une ville pour laquelle la sympathie de religion avait inspiré tant d'intérêt à la nation, ne pouvaient manquer d'affaiblir l'autorité de Charles au parlement dans la prochaine session. Aussi les communes ne furent pas plus tôt assemblées , qu'elles reproduisirent la question du tonnage et du pondage, et voulurent enlever cç droit à la couronne qui en jouissait depuis plus d'un siè-

cle(t629). Charles congédia encore une fois le parlement, et résolu à ne plus convoquer cette assemblée redoutable, il fit la paix avec la France et F Espagne, contre lesquelles il soutenait une guerre peu nécessaire et peu glorieuse à la nation (1630).

Dans toutes les affairés ecclésiastiques^ Laud, évèqûe de Londres, exerçait un grand empire sur le roi. C'était un homme savant et vertueux , mais sans prudence et sans flexibilité dans le caractère. Son zèle était infatigable pour la cause de la religion , c'est-à-dire pour faire adopter, par les moyens les plus rigoureux , les cérémonies et les observances de son invention. Les puritains mécontens proclamèrent dès-lors que l'Eglise anglicane allait retomber sous le joug du papisme. Charles, qui était lui-même un zélé canoniste, éleva Laud à l'archevêché de Cantorbery, dont le siège était vacant. Cette élévation fut regardée comme une nouvelle tentative pour ramener le catholicisme.

Charles, débarrassé du parlement, ne se contenta pas de faire lever le tonnage et le pondage en son nom et d'exiger les anciennes impositions arbitraires; il en créa même de nouvelles sur diverses espèces de marchandises, sous le prétexte d'entretenir la marine. Les mêmes motifs qui avaient porté le peuple à refuser au roi des subsides volontaires, le disposèrent, mais avec beaucoup plus de raison, à murmurer contre les taxes ir régulières. Tous ceux qui firent résistance à la volonté royale furent condamnés par la chambre étoilée 1 à l'amende ou à la prison. Ce fut dans cette circonstance que John Hampden rendit son nom à jamais célèbre par la fermeté avec laquelle il soutint les libertés et la constitution de son pays ( 1637). Quoique sa taxe ne montât qu'à vingt schelings (vingt-cinq francs),

t Tribunal en dernier ressort et dépendant de la cour, institué par Elisabeth.

CHARLES- t. 19!?

Ce grand citoyen , plutôt que de ratifier par son silence tme imposition contraire aux lois, aima mieux essuyer tes poursuites de la justice. La cause fut plaidée, dans la chambre de l'Echiquier, devant tous les juges d'Angleterre, et la nation suivit, avec la plus inquiète sol I ici lu de, chaque circonstance de cet important procès. L'issue n'en était point douteuse; les juges, à l'exception de quatre y rendirent une sentence en faveur de la couronne. Mais Hampden atteignit le but pour lequel il avait si généreusement sacrifié sa sûreté et son repos. Le peuple fut réveillé de sa léthargie, et comprit enfin quels dangers menaçaient ses libertés.

Au milieu de ce mécontentement général , Charles entreprit d'introduire la liturgie anglicane en Ecosse. Cette tentative lui aliéna le cœur de ses sujets écossais et mit en feu ses deux royaumes. Aux violens désordres que commirent les Ecossais pour repousser le culte qu'on voulait leur imposer, Charles ne put opposer qu'une proclamation qui produisit bientôt une protestation publique. L'insurrection, qui s'était préparée par degrés, éclata tout d'un coup. Les quatre ordres, réunis à Edimbourg, se mirent en possession de l'autorité du royaume, formèrent une ligue ou covenant, et s'engagèrent par serment à rejeter toutes les innovations religieuses et à se défendre mutuellement contre'toutes sortes d'oppressions. Une foule immense d'Ecossais de tout rang , de tout âge et de tout sexe, donnèrent leur adhésion au covenant. Plus de soixante mille hommes se réunirent aux environs d'Edimbourg. La Hollande et la France, non-seulement fomentèrent les troubles, mais fournirent secrètement aux covenantaires des armes et de l'argent. Le comte d'Argyle devint chef du parti, et le commandement des troupes fut confié à Leslie , soldat d'expérience et de mérite. Charles marcha contre les insurgés à la tête d ? une armée formidable (1639). Dès le premier engar

gement partiel, les Anglais lâchèrent pied. Charles, effrayé , proposa un accommodement. Les chefs convenairtaires l'acceptèrent, et les deux armées furent dissoutes.

Fidèle à ses principes , l'assemblée du covenant ne se contenta pas de déclarer l'épiscopat illégitime dans l'église d'Ecosse. Elle nota d'infamie la liturgie , les canons et le papisme, contrairement au vœu du roi qui désirait seule- , ment qu'ils fussent abolis. Le parlement qui succéda à l'assemblée se montra disposé à ratifier tous ses actes, mais Charles le fit proroger par son commissaire. La guerre était donc de nouveau déclarée. Les covenantaires , que leurs chefs avaient avertis de ne pas se croire délivrés de l'invasion anglaise et de se tenir prêts au premier appel, curent bientôt repris les armes (1640). Mais les ressources de Charles étaient épuisées, et après douze ans d'interruption, Charles, pressé par la plus impérieuse nécessité, se vit contraint d'assembler pour la quatrième fois ce parlement anglais , autrefois si dur et si intraitable. Les communes , au lieu de prêter Toreille aux plaintes du roi sur ses sujets d'Ecosse , ou à la demande d'un subside, recommencèrent leurs récriminations sur les malheurs publics. Charles, Toyant que le nombre de ses adversaires dans la chambre remportait sur celui de ses partisans, que les mêmes principes qui avaient produit taut d'oppositions et de troubles étaient toujours (dominans; informé d'ailleurs qu'on était résolu de porter un bill par lequel son revenu de la taxe des vaisseaux devait être anéanti , prit brusquement la résolution de casser le parlement et de recourir à son expédient ordinaire, les emprunts forcés. Pendant ce temps, les covenantaires étaient entrés en Angleterre, tenant le langage le plus pacifique; ils déclaraient n'avoir d'autre but que de mettre leurs très-humbles requêtes aux pieds du roi. A Newburn sur la Tyne , ils rencontrèrent un corps anglais sous les ordres de lord Conway, qui voulut leur dis*

puter le passage de la rivière, lis l'attaquèrent avec valeur* lui tuèrent beaucoup de monde et le mirent en fuite. Ils s'avancèrent de là sur Newcastle dont ils s'emparèrent. Pour arrêter leur marche , le roi consentit à la proposition d'un traité, et nomma seize seigneurs anglais, qui devaient s'assembler à Rippon avec onze commissaires écossais. Dans l'intervalle, une adresse fut rédigée parles habitans de Londres, pour demander la convocation d'un parlement» Charles, perdant tout espoir de résister au torrent , se décida enfin à y céder. 11 assembla donc le dernier parlement de son règne, que l'histoire a surnommé le long parlement, à cause de la longueur de sa durée. Les difficultés qui s'élevèrent dans la négociation avec les covenantaires firent ensuite proposer de transférer les conférences de Rippon à Londrej; proposition qu'embrassèrent les Écossais avec ardeur, parce qu'ils prévoyaient qu'ils obtiendraient de meilleures conditions dans une ville où le roi

serait entouré de ses plus implacables ennemis.

Les sujets de plainte, qui depuis plus de trente ans s'étaient multipliés chaque jour en Angleterre, étaient par- Tenus au comble, et une grande révolution était imminente. A peine les communes, qui n'avaient jamais été si nombreuses, furent-elles assemblées, qu'elles apportèrent dàns la discussion des affaires le même esprit d'hostilité que précédemment. Elles s'attaquèrent d'abord aux catholiques, et forcèrent le roi à les chasser de la cour et de l'armée; ensuite elles cassèrent les jugemens de la chambre étoilée, rappelèrent de leur exil les citoyens qui avaient refusé le paiement des taxes arbitraires, et mirent en accusation Wentworth , que Charles avait fait son premier ministre après l'avoir détaché du parti presbytérien et qu'il avait créé comte de Strafford (1641). Les chefs d'accusation contre ce grand homme d'Etat étaient au nom- >re de vingt-huit, et concernaient sa conduite en qualité d«

202 niSTOIRE D'ANGLETERRE.

gouverneur d'Irlande, de conseiller et de commandant des troupes en Angleterre. Après quatre mois de débats r durant lesquels Strafford déploya dans sa défense beaucoup de présence d'esprit, d'éloquence et de modération t un bill ftattainder ou de proscription fut adopté contre hii ; il fut condamné à mort. La chambre des lords, obéissant à la peur que lui inspirait chaque jour l'émeute populaire grondant autour de son enceinte, approuva cette sentence inique. Le roi , qui avait donné Passurance au mat* heureux comte qu'aucune violence ne pourrait le forcer à sacrifier la vie d'un ministre qui l'avait servi si fidèlement^ se refusa d'abord à signer l'arrêt de mort; mais la populace furieuse ayant assiégé les portes du palais de White- Hall en demandant justice contre celui qu'elle appelait traître et apostat, le monarque sévit contraint de désigner quatre lords pour donner au bill , en son nom , la sanction qui lui était si impérieusement demandée. Strafford, supérieur à son sort, marcha à l'échafaud la tète haute et avec une diguité fière : son ame élevée conserva toute sa fermeté contre les terreurs de la mort et le triomphe insultant de ses ennemis. En passant au pied de la Tour oû l'archevêque Laud, accusé comme lui, était renfermé, it appela le prélat pour lui demander de le bénir. Le vieillard parut à la fenêtre , et , passant ses mains à travers les barreaux, il commença une bénédiction que l'émotion lui empêcha d'achever. Strafford continua sa route, et ses paroles, avant de poser la tète sur le billot, furent d'un sage et d'un chrétien. Telle fut la destinée d'un des plus grands hommes que l'Angleterre ait jamais produits. I* Après l'exécution de Strafford, les communes cond* nuèrent vigoureusement leurs empiètemens sur la préro* gative royale, désormais sans défense. Elles arrêtèrent que le parlement se réunirait à l'avenir 'ous les trois ans, sans être convoqué par le roi, et qu'il ne pourrait être

dissous on prorogé que de son consentement préalable. Les covenantaires furent déclarés bons et loyaux sujets, et furent pendant un an entretenus aux frais du parlement. L'Ecosse, satisfaite après plusieurs concessions de la part de Charles , qui abdiqua presque entièrement la faible portion d'autorité qu'il conservait dons ce royaume, se prêta à un accommodement, et un traité dç paix fut signé.

Tandis que Charles s'efforçait de pacifier l'Ecosse , il reçut tout-à-coup la nouvelle d'un soulèvement général en Irlande, accompagné du plus affreux carnage. Les in* digènes de cette contrée , toujours impatiens du joug de leurs conquérans, avaient, à l'exemple des Ecossais, résolu de recouvrer leur indépendance. Au jour et au signai convenus, ils s'étaient rués en furieux sur les colons anglais , et en avaient massacré plus de quarante mille sans distinction d'âge ni de sexe. Les chefs des rebelles , pour justifier aux yeux du monde les actes horribles qu'ils avaient encouragés, avaient eu recours à l'imposture; ils avaient publié un manifeste où ils déclaraient qu'ils étaient autorisés à prendre les armes par le roi et la reine, et le prétexte qu'ils donnaient à l'insurrection était la défense des prérogatives royales , usurpées par un parlement puritain. Charles, indigné, désavoua toute participation au mouvement insurrectionnel, et, dans l'impuissance où il était de subjuguer les révoltés, il abandonna â la prudence et aux soins des communes une guerre qui, dans l'intérêt du royaume et de la religion , ne pouvait être commencée trop tôt ni poussée avec trop de vigueur (1641).

Les communes se hâtèrent d'accepter la direction que leur abandonnait le monarque; les chefs populaires levèrent de l'argent sous le prétexte d'une expédition en Irlande, mais ils le réservèrent pour des vues qui les tou-

chaient de plus près; ils prirent des armes dans les arsenaux du roi, mais ils les gardèrent dans l'intention secrète de les employer contre lui. Enfin , pour régulariser leurs attaques contre le pouvoir royal , les communes prirent le parti de former une remontrance générale sur l'état du royaume. Cette remontrance, qui est devenue si célèbre, et qui produisit bientôt des effets d'une si haute importance, n'était point adressée au roi: c'était un véritable appel au peuple, et la dureté du sujet était soutenue par la rudesse du style. Aussitôt qu'elle fut publiée, Charles y fit une réponse, dans laquelle il protesta de son attachement à la religion réformée, rappela ses concessions à la liberté civile, et blâma les infâmes libelles distribués chaque jour contre sa personne et son gouvernement.

Les nombreuses usurpations des communes finirent cependant par rencontrer de l'opposition dans la chambre haute; la plus grande partie des lords, prévoyant l'abaissement de la noblesse, se déclarèrent pour le roi; il n'y en eut que quelques-uns qui se hasardèrent à favoriser les désordres populaires, dont ils se flattèrent vainement de régler ou de suspendre le cours. L'abandon des principes démocratiques par les lords ne fit qu'augmenter l'audace des communes; elles proclamèrent qu'à elles seules appartenait le droit de sauver l'Angleterre, puisqu'elles étaient la vraie représentation nationale. Dès-lors l'effervescence fut au comble. Les chaires retentirent du danger qui menaçait la religion. La populace s'approcha de White- ! Hall et se permit d'insolentes menaces contre le roi. Dans cette confusion, plusieurs gentilshommes offrirent leurs services à Charles. 11 y eut entre eux et les gens du peuple de fréquentes escarmouches qui ne se terminèrent pas sans effusion de sang. Les partisans de la cour donnèrent à la multitude séditieuse le nom de Têtes- Rondes, par allusion aux cheveux courts qu'elle portait alors; et le

peuple appela ironiquement ses adversaires Cavaliers. Le cri qu'on ne cessait pas d'entendre était contre les évèques au cœur pourri. Comme ils étaient un objet de haine pour tous les sectaires, ils furent exposés aux plus dangereuses insultes. Personne dans les deux chambres n'osa prendre la parole en leur faveur, et ils furent forcés de se retirer du parlement. Quelques jours après, le roi commit une imprudence à laquelle doivent être justement attribués tous les désordres qui suivirent. Il envoya au parlement le procureur-général Herbert, avec ordre d'accuser de haute trahison , en son nom , lord Kimbolton et cinq membres des communes, Mollis, Haselrig, Hampden, Pym et Strode. L'accusation portait qu'ils s'étaient traîtreusement efforcés de détruire les lois fondamentales du royaume , et qu'ils avaient tenté , par les plus noires imputations contre Sa Majesté, de lui aliéner l'affection de ses sujets (1642). Un sergent d'armes vint demander à la chambre les cinq accusés, et fut renvoyé sans aucune réponse positive. Le roi, irrité, résolut d'aller lui-même aux communes le jour suivant pour faire exécuter ses ordres. Mais les cinq membres, avertis secrètement, eurent le temps de s'échapper avant l'arrivée du monarque. Charles laissa son escorte à la porte, s'avança seul à travers la salle d'assemblée et prit possession du fauteuil d'Etat. Lorsqu'il demanda si les accusés n'étaient pas présens, le président de la chambre lui répondit qu'il n'avait des yeux pour voir, une langue pour parler, que suivant la volonté de la chambre dont il était le serviteur. Le roi se leva pour se retirer, et entendit partout autour de lui murmurer : Privilège l privilège!

Ainsi le gant était jeté! Les cinq accusés s'étaient retirés dans la Cité dont les habitans prirent les armes pour les protéger. Peu de jours après, ils furent ramenés en triomphe à la chambre par Skippon , que le parlement , de sa

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propre autorité , avait nommé major-général de la milice de Londres. Lorsque sa tumultueuse armée défila devant White-Hall, elle demanda avec des cris insultans : « Ce qu'étaient devenus le roi et ses Cavaliers, et de quel côté ils avaient pris la fuite?» Charles en effet , ne se trouvant plus en sûreté à Londres , s'était retiré à York , accablé de chagrin, de confusion et de remords. Le parlement l'invita à revenir : il s'y refusa. Dès-lors l'autorité royale cessa tout-à-fait d'exister. Les communes changèrent tous le* gouverneurs des comtés et ordonnèrent la levée des milices. Elles firent ensuite un appel au patriotisme de leurs pieux partisans, qui leur apportèrent en moins de dix jours une immense quantité de vaisselle d'argent; les femmes elles-mêmes se dépouillèrent de tous leurs joyaux. Le commandement des troupes levées au nom du parlement fut confié au comte d'Essex. De son côté, Charles , voyant que sa situation n'admettait plus de dé* ' lai, s'occupa des préparatifs de sa défense; il pressa ses adhérens de se réunir en armes sous sa bannière. Les parlementaires, pour ôter à leur souverain tout espoir d'arrangement, lui envoyèrent les conditions auxquelles ils consentaient à traiter. Ces conditions contenaient dix-neuf articles qui renfermaient l'abolition totale de l'autorité monarchique. Le roi préfera la guerre h une paix ignominieuse, et désormais la querelle ne pouvait plusse vider que par les armes.

La haute noblesse et une partie de la bourgeoisie , craignant un bouleversement de tous les rangs et de toutes les conditions, embrassèrent la défense du monarque. La reine Henriette , qui était passée en Hollande, envoya à son époux des armes et des munitions. Londres et la plupart des grandes villes prirent parti pour le parlement, et embrassèrent avec chaleur les principes démocratiques

sur lesquels «es prétentions étaient fondées. Chaque parti

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était en outre animé par l'enthousiasme religieux. Les Cavaliers se faisaient honneur de défendre les droits de la monarchie, et les Têtes-Rondes étaient de zélés partisans du presbytérianisme.

Charles, qui n'était pas dépourvu de bravoure, déploya enfin l'étendard royal ; il partit de Shrewsbury à la tête de dix mille hommes, et s'avança, après s'être emparé de Banbury et du château de Warwick, jusqu'à Oxford, où il fut reçu avec des transports de joie. Les chambres, effrayées de ce premier succès, firent proposer un arrangement ; mais Charles, à son tour, fit des conditions si dures, que la fierté parlementaire s'en indigna et les rejeta. Pendant le temps des négociations, Essex , général des Têtes-Rondes, rassembla vingt-quatre mille hommes, et les hostilités recommencèrent avec fureur» Un engagement eut lieu à Chalgrove, dans lequel le célèbre John Hampden fut blessé mortellement (1643). William Waller, qui commençait à se distinguer parmi les généraux parlementaires, battit d'abord les royalistes en plusieurs rencontres; mais ses premiers avantages furent suivis de deux défaites consécutives. Après ces succès multipliés, Charles n'ayant pu déterminer toute son armée à marcher immédiatement sur Londres où tout était en confusion , et où l'on pouvait espérer qu'une victoire terminerait promptement la guerre civile, entreprit le siège de Glocester, qui lui offrait une conquête plus aisée; cette résolution fut fatale à sa cause. Glocester était défendue par une garnison et un général décidés à s'ensevelir sous les ruines de la place plutôt que de se rendre. Elle était à la dernière extrémité, lorsqu'Essex , à la tète d'une armée de quatorze raille hommes, s'en approcha et força le roi à se retirer. Essex > tfosant pas risquer une bataille contre les troupes royales, supérieures aux siennes en cavalerie, retourna sur ses pas après ayoir délivré la ville assiégée, et hâta «a marche vers

208 HISTOIRE d'àngleterrb.

Londres. En arrivant à Newbury, il y rencontra le prince Rupert, neveu du roi, qui l'avait devancé avec une partie de l'armée royale. Un engagement était inévitable; des deux côtés, on se battit avec un courage désespéré; mais la nuit vint terminer Faction et laissa la victoire indécise,

Dans le nord, le comte de Newcastle était parvenu à rassembler pour le roi des forces considérables; mais il eut bientôt affaire à deux adversaires qui commençaient alors à se distinguer par leur valeur et leur conduite militaire : c'étaient le chevalier Thomas Fairfax et Olivier Cromwell. Dans cette partie du royaume, la fortune balança aussi ses faveurs, et le succès de la lutte engagée devenant plus douteux de jour en jour, les deux partis cherchèrent des secours. Le parlement eut recours à l'Ecosse, et Charles à l'Irlande. Bientôt une armée de plus de vingt mille covenantaires, sous les ordres du comte de Leven,se trouva prête à entrer en Angleterre. De son côté , le roi conclut une suspension d'hostilités avec le conseil de Kilkenny, par lequel l'Irlande était gouvernée; il rappela ses troupes, et un grand nombre dlrlandais catholiques se joignirent à l'armée royale.

Charles, pour faciliter les préparatifs de la campagne suivante , imagina l'expédient de convoquer à Oxford tous les membres de Tune et de l'autre chambre qui s'étaient déclarés pour sa cause (1644). Il y vint un grand nombre de pairs, mais la moitié à peine des membres des communes. Ce parlement, pour procurer au roi le moyen de recruter son armée, lui accorda une somme de 100,000 livres sterling, qui devait être levée à titre d'emprunt. Les troupes venues d'Irlande, sous le commandement delorcfc fiyron, obtinrent d'abord de grands avantages dans le Cheshire, et formèrent le siège de Nantwich. Mais elles furent promptemeut dissipées par le chevalier Fairfax. Le comte de Manchester, s 'étant emparé de Lincoln, joignit

■ B i y i l i zmJ Uy Guu^fc

CHARLES î."; 209

seétrôùpèsS celles de Fairfax et de Leven. Leurs forces réunies investirent York, et, quoique cette ville fût vigoureusement défendue parle comte de Newcastle, elle était réduite aux plus pressantes extrémités, lorsque rapproche du prince Rupert , à la tète de vingt mille hommes , répandit l'alarme parmi les assiégeans. Les généraux parlementaires levèrent le siège et prirent position dans les marais de Marston. Le vaillant Rupert donna immédiatement Tordre du combat. Cinquante mille Anglais, condamnés à s'entr'égorger, se ruèrent les uns contre les autres. La victoire parut long temps indécise; mais, après de merveilleux efforts de valeur dans les deux partis , elle se dé-' clara pour le parlement; le prince Rupert perdit le champ v de bataille et toute son artillerie. Cet engagement, dans* lequel Cromweli déploya un rare talent militaire et une résolution extraordinaire, fut excessivement funeste à la cause royale.

Peu de temps après, la ville de Ncwbury fut pour IcT seconde fois le théâtre des sanglantes animosites de la tion anglaise. Les soldats parlementaires, s'exhorlant mutuellement à réparer une défaite qu'ils venaient d'essuyer,* fondirent avec impétuosité sur les royalistes ; ces derniers,' malgré leur intrépide résistance , furent accablés par le nombre , et la nuit, qui survint heureusement, les garantit ! seule d'une ruine complète. Charles se retira à Oxford,? après avoir abandonné son artillerie et son bagage. Le succès de cette journée fut encore en grande partie l'œuvre de Cromweli. Cet homme extraordinaire était cousingermain de Hampden et représentant de Cambridge au parlement, qu'il étonnait par l'énergie de son éloquence. Chef des Indépendans x , secte presbytérienne (juidevait.

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i Le fanatîsmc des indépendans n'admettait aucun gouvernement ecclésiastique, dédaignait les formules et les systèmes de foi, rejeUil

210 HISTOIM D'ANGLETERRE. '

bientôt occuper seule la scène de l'action, il était parvenu, par sa sagacité et ses insinuations, à acquérir une trèsgrande influence dans Farmée. Dès-lors son esprit entreprenant rêva les projets les plus hardis et les plus dangereux. Son naturel le portait à la magnanimité et à la grandeur; mais il possédait à fond l'art de cacher ses vues ambitieuses sous les dehors de la simplicité et de la modération. Ami de la justice, quoique sa conduite en fût une violation constante; dévoué à la religion, quoiqu'il en fit l'instrument de son ambition, ses crimes prirent leur source dans la soif du pouvoir suprême ; si quelque chose peut un instant faire oublier l'horreur qu'inspirent ses attentats, ce n'est que le bon usage qu'il sut faire d'une autorité à laquelle il parvint par la fraude et la violence. . * Charles, pour satisfaire son parti qui commençait à se lasser de la guerre, consentit à entamer des négociations avec le parlement (1645). Mais les commissaires presbytériens vinrent à la conférence avec des propositions si dures et si honteuses, qu'il eût été impossible au roi, même prisonnier et dans les chaînes, de les accepter. Après vingt jours d'inutiles contestations, les pourpalers furent rompus , et les hostilités recommencèrent. Une action décisive et vaillamment disputée s'engagea à Naseby. Charles déploya dans cette journée toute la conduite d'un prudent général et toute la valeur d'un brave soldat.

toute espèce de cérémonies et confondait tous Jes rangs et tous les ordres. Le soldat, le négociant, l'artisan, se livrant chacun aux transports de son zèle, et guidé par l'émanation de 1* Esprit-Saint , s'abandonnait à sa direction intérieure. Le système politique des indépendans allait de pair avec leurs principes religieux ; ils aspiraient à l'abolition totale , non^seuleracnt de la monarchie , mais de l'aristocratie même. Leur maxime était : « Que celui qui tire une foisTépCe contre son souverain, doit en môme temps jeter le fourreau. »

CHARLES ï. 211

Fairfax , Cronrwell et Skippon justifièrent la réputation qa'Hs s'étaient acquise. L'infanterie royale ayant été mise en' déroute, Charles se vit forcé de céder à l'ennemi le champ de bataille et la victoire.

Le parlement , après avoir fait conduire à l'échafaud • Land, archevêque de Cantorbery, le plus favorisé des ministres de Charles et retenu dans la tour dès avant l'exécution de Stralford, établit enfin le gouvernement presbytérien dans l'Eglise, à la place de l'autorité épiscopale. Les habitans de chaque paroisse eurent ordre de s'assembler pour élire des Anciens, qui partagèrent avec les ministres de la religion la direction entière de tous les intérêts spirituels. Charles, retiré dans sa chère ville d'Oxford, s'était quelque temps flatté que les contestations ardentes des indépendans et des presbytériens lui fourniraient un inoyen de salut ; mais lorsqu'il apprit que Fairfax s'approchait avec une armée puissante et victorieuse, il prit la résolution de se réfugier dans le camp écossais, espérant que ses sujets primitifs, zélés partisans du presbytérianisme, ledéfendraientcontrelesindépendans(1646).Lesgénéraux écossais montrèrent une extrême surprise à son apparition. Le parlement anglais, instruit d'un événement si peu prévu, demanda aussitôt que le roi lui fût livré. Les Écossais, profitant de cette occasion pour réclamer une somme considérable qu'ils prétendaient leur être due par la nation anglaise, déclarèrent qu'ils garderaient Charles pour caution de cette somme. Après bien des discussions, le parlement consentit à leur accorder 400,000 livres Sterling, et l'infortuné monarque fut remis entre les mains de ses plus implacables ennemis. C'est ainsi que la nation écossaise se couvrit de la tache indélébile d'avoir marchandé et vendu son roi pour une somme d'argent, lorsque Charles reçut la nouvelle de cette résolution, il était à jouer aux échecs; son empire fut si grand

sur lui-même, qu'il n'interrompit pas son jeu. Quelques jours après, des commissaires anglais étant venus pour le recevoir des mains des Ecossais, il fut conduit à Holdenby, dans le comté de Northampton. Ses anciens serviteurs furent congédiés, et toute communication avec ses amis W sa famille lui fut interdite.

La puissance du parlement dura peu. Les presbytériens conservaient encore la supériorité du nombre à la chambre des communes, mais les indépendans prédominaient dans l'armée. Des symptômes de mutinerie s'étant manifestés parmi les troupes, le parlement envoya Cromwell, Ireton et Flettoood , pour s'informer des causes de leur mécontentement. Ces officiers étaient eux-mêmes les instigateurs secrets des désordres qu'on les chargeait d'apaiser. Aussi leurs insinuations aggravèrent-elles le mal au lieu de le guérir. On opposa un parlement militaire à celui de Westminster (1647). On établit un conseil des principaux officiers, sur le modèle de la chambre haute ; et pour représentai de l'armée, on élut, dans chaque compagnie, deux soldats ou deux sous-officiers sous le titre agitateurs. Cette terrible cour frappa bientôt un coup qui décida la Victoire en sa faveur.

Un corps de cinq cents chevaux se rendit à Holdenby, sous la conduite du cornette Joyce. Cet officier se présenta devant le roi, armé de pistolets, et lui déclara qu'il fallait partir à l'heure même. « Pour aller où? dit Sa Majesté. — A l'armée, répliqua Joyce. — Par quel ordre? » demanda le roi. Joyce montra d'un signe quelques-uns de ses cavaliers , grands , bien faits et bien équipés. « Votre ordre, dit Charles en souriant, est écrit en beaux caractères , qui se font lire sans épeler. » La résistance étant inutile , le roi prit le parti de monter en voiture et fut conduit à l'armée , qui était en mouvement pour se rendre àTriplo-Heath, près de Cambridge. Son arrivée étonna tout

le monde, excepté Oomwell, par le conseil de qui l'entreprise avait été dirigée.

Le parlement , qui avait déjà perdu toute sa popularité, Vit alors son autorité disputée pied à pied par une faction I redoutable. L'armée, dans cette circonstance, suivit exacment la route que les chambres législatives lui avaient tracée dans leurs usurpations récentes sur la couronne. Chaque jour les demandes augmentaient. Une prétention n'était pas plus tôt satisfaite qu'elle était suivie d'une autre plus exorbitante encore. Bientôt des séditieux de Londres, poussés par les presbytériens, se présentèrent à Westminster , et par leurs menaces et leurs violences forcèrent la chambre des communes à rapporter plusieurs ordonnances qu'elle avait rendues relativement à la milice et aux impôts. A cette nouvelle, toute l'armée quitta Readinget se dirigea sur la capitale, sous le prétexte de rendre au parlement la liberté dans ses délibérations; mais à peine eût-elle fait son entrée triomphante dans la ville, que la servitude des deux chambres fut lout-à-fait consommée. Onze membres presbytériens des communes furent chassés sans retour comme fauteurs de la sédition, et sept pairs mis en accusation. Le maire de Londres, un sheriff et quatre aldermen furent conduits à la Tour, et tous les actes du parlement, depuis le jour du tumulte jusqu'à rentrée des troupes, furent annulés.

Les chefs de l'armée ayant établi leur empire sur le parlement et la capilalc, firent conduire le roi au château de Hamptoncourt; ce prince, informé des menaces qui échappaient sans cesse aux agitateurs contre sa personne , prit subitement la résolution de s'évader. Il quitta secrètement sa nouvelle résidence , et arriva sans obstacle au château de Tichfield. Mais ne pouvant espérer d'y être longtemps caché, il se remit imprudemment entre les mains de Hammond, gouverneur de l'Ile de Wight et fougueux

214 histoire d'a^gieterue.

partisan de Cromweil; U se laissa conduire au château cte Carisbroke , où , malgré les marques de respect dont tl fui entouré , il ne fut pas moins prisonnier.

Cromweil, maître du parlement et libre de toutes inquiétudes à régard du roi, songea à réprimer l'esprit séditieux de l'armée qu'il avait lui-même excité avec tant d'adresse. Il publia des ordrek pour faire cesser les assemblées des agitateurs. Mais les levellers (niveleurs), nom qui fut donné à cette faction, répondirent à son injonction par des remontrances et des pétitions. Cromweil choisit l'occasion d'une revue pour répandre la terreur parmi cette sodatesque séditieuse ; il fit saisir les chefs des mutins aux yeux de leurs compagnons, en fit exécuter un sur-lechamp, et tous les autres revinrent à l'obéissance.

Cependant le roi, jaloux de dissiper les craintes qu'on alléguait perpétuellement pour justifier la violation des lois à son égard , offrit, de sa prison de Carisbroke , de se démettre pendant sa vie de plusieurs prérogatives, â condition qu'après sa mort elles retourneraient à son successeur. Mais le parlement, prenant le ton du vainqueur, ne respecta plus, dans ses négociations avec lui, ni justice ni raison. A l'instigation des indépendans et de l'armée, les deux chambres dressèrent quatre propositions qu'elles lui envoyèrent sous le titre de préliminaires, en exigeant, avant de traiter avec lui, son approbation positive pour ces quatre articles. Charles rejeta cette condition humiliante et extraordinaire. A cette nouvelle, la portion démocratique de la chambre basse prit feu (1648). Crom-» well, après avoir exalté, par de grands éloges, la valeur et la piété de l'armée], s'écria : « Prenez garde qu'en négligeant la sûreté du royaume, les soldats ne se croient, trahis. Gardez- vous — à ces mots il porta fièrement la main sur la garde de son épée — gardez-vous de les réduire au désespoir , et de leur faire chercher leur salut

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par quelque autre voie que leur attachement pour vous. » Quatre-vingt-dix membres eurent encore le courage de repousser les menaces <le Cromwell ; mais la majorité décida qu'on ne recevrait plus ni messages ni lettres du roi, et que quiconque entretiendrait des relations avec lui, $ans l'aveu des deux chambres, serait déclaré coupable de haute trahison. Un tel acte détrônait réellement le monarque.

Ce fut alors que les Écossais, qui avaient porté le premier coup fatal à l'autorité royale, se déclarèrent subitement on sa faveur (1648). Croyant voir le presbytérianisme, qui leur était si cher , menacé d'une ruine certaine par la faction des indépendans, ils levèrent une armée de quarante mille hommes et s'unirent avec les royalistes du nord de l'Angleterre. Cromwell et le conseil militaire firent aussitôt leurs préparatifs de défense avec autant de vigueur que d'habileté. Les confédérés furent attaqués à Preston, dans le Lancashire, et taillés en pièces, malgré leur courageuse résistance. Cromwell poussa vivement ses avantages et pénétra jusqu'en Écosse, où H exerça la plus sév ère vengeance sur ceux qui avaient pris les armes pour la défense de leur légitime souverain.

Ces succès multipliés ayant réduit tout ce qui s'opposait aux indépendans, Cromwell fit dresser par le conseil des officiers une remontrance qui fut envoyée aux deux chambres, et par laquelle ils demandaient la punition du roi pour le sang répandu pendant la guerre, et la^issolutien du long parlement. En même temps, ils firent avancer l'armée jusqu'à Windsor, enlevèrent le roi et le firent transférer au château de Hunt, situé sur un roc solitaire de la côte du Hampshire, où il fut plus étroitement resserré que jamais.

Dans un danger si pressant, les deux chambres, résolues de s'opposer de tous leurs efforts a*x vues sanguinaires

216 HISTOIRE D*AKC LETERKE*

de l'armée, qui n'étaient que trop évidentes, envoyèrent aux généraux Tordre de suspendre leur marche sur h capitale; mais elles avaient affaire à des hommes qui n'étaient guère susceptibles de se laisser intimider par des paroles. Les généraux entrèrent dans Londres , et le parlement fut entouré de troupes. Lorsque les communes voulurent s'assembler, le colonel Pride, à la tète de deux régimens, arrêta au passage quarante-un membres du parti presbytérien. Plus de cent seize autres membres furent exclus, et l'entrée ne fut permise qu'aux indépendans les plus fougueux. Cette atroce violation de la représentation nationale fut appelée la purgation du colonel Pride, et le petit nombre d'indépendans et de puritains qui composèrent désormais le parlement reçut, par mépris, le nom de Rump (croupion), qui lui est resté.

Le conseil des officiers, pour rendre le calme aux esprits, prit en considération un nouveau projet , appelé la Convention du peuple, et qui n'était autre chose qu'un plan de république. Ils résolurent ensuite le procès et l'exécution publique de leur souverain ; mais ils voulurent associer le parlement à cette inique et criminelle entreprise. Sur le rapport des commissaires de la chambre basse, Charles fut déclaré coupable de haute trahison , comme ayant fait la guerre au peuple et au parlement. Le bill fut présenté à la chambre des pairs qui eut le courage de le rejeter. Un si faible obstacle n'arrêta pas les communes; elles décidèrent qu'étant assemblées en parlement par le peuple, de qui, après Dieu, émane tout pouvoir, elles avaient le droit de faire des lois sans le consentement du roi ou de la chambre des pairs. L'ordonnance pour le procès de Charles Stuart fut relue et généralement approuvée.

Le colonel Harrison, fils d'un boucher, et le plus furieux enthousiaste de l'armée, eut ordre d'aller chercher le

roi avec uq corps dç troupes et de l'amener à Londres.

Charles, dépouillé de tous les signes extérieurs de la souveraineté, comparut devant une haute cour de justice, composée de cent trente-trois personnes nommées par la chambre des communes. Quoiqu'afFaibli par une longue captivité, il n'oublia pas sa qualité d'homme et de prince, et déclara, avec calme et dignité, que, ne reconnaissant point l'autorité de la cour, il ne pouvait se soumettre à sa juridiction. Amené trois fois devant ses juges, il renouvela trois fois sa protestation. Enfin, dans une quatrième! séance , plusieurs témoignages ayant établi que le roi s'était montré, les armes à la main, contre les troupes du parlement, son arrêt de mort fut prononcé. L'unique grâce qu'il obtint de ses ennemis, fut un intervalle de trois jours entre sa sentence et son exécution. 11 consacra ce temps â des lectures , à des exercices de piété et à des entretiens avec ses fils et sa fille, les jeunes ducs de Glocester et d'York , et la princesse Elisabeth, les seuls membres de sa fomille restés en Angleterre.

L'éehafaud fut dressé sous les fenêtres même du palais de White-Hall. Le matin du jour fatal (30 janvier 1649), Charles se leva de bonne heure et s'habilla avec autant de recherche que pour une grande solennité. Il avait demandé l'assistance de Juxon, évèque de Londres, des mains duquel il reçut la communion. Il sortit à pied du palais de Saint- James, et traversa le parc entre deux haies de soldats. Lorsqu'il fut prêt à coucher sa tète sur le billot, le vertueux prélat lui rappela avec tendresse qu'il allait passer de la terre au ciel, et que là il trouverait la vraie couronne de gloire, | a Oui, répondit le roi, je passe d'une couronne corruptible & celle qu'aucune corruption ne peut atteindre et que je suis sûr de posséder sans trouble. » D'un seul coup, sa tète fut séparée du corps par un homme masqué. Un autre, sous le même déguisement, prit la tète sanglante et la moatra au peuple , en décriant : « Voici la tête d'un traître ! *

11 est impossible de décrire la douleur, l'indignation et Fétonnement qui s'emparèrent de la nation entière à la nouvelle de cette horrible exécution. Chacun se reprocha avec amertume d'avoir abandonné le roi ou d'avoir servi sa cause avec trop d'indolence. Le généreux Fairfax surtout, qui avait refusé d'être au nombre des juges, éprouva le plus violent remords. Iî avait résolu d'arracher Charles à J'échafaud avec le secours de son régiment. Mais il fut la dupe des artifices de Cromwell qui, ayant eu connaissance de son projet, persuada au crédule général que le Seigneur avait rejeté Charles, et l'engagea à joindre ses prières à celles de l'hypocrite Harrison pour obtenir quelques lumières du ciel dans cette importante occasion. Pendant ce temps, la tète du monarque tombait.

Peu de jours après l'accomplissement de ce terrible drame, le Rump abolit la chambre des pairs comme inutile et dangereuse; la monarchie éprouva le même sort, et un nouveau grand- sceau fut gravé, avec cette inscription : « L'an premier du rétablissement de la liberté, par la bénédiction du ciel. 1649.»,

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