CHAPITRE XVi
ïtègne de Charles ÎI. —te comte de Clarendon. —Réaction catholique. — Acte du test. —Réaction prolestante. — Bill deYHabeas corpus. — Les Whigs et les Tories. — Nouvelle réacUon catholique. — Mort de Russel et de Sidney.
Charles 11 était âgé de trente ans lorsqu'il monta sur lt
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trône. II admit à son conseil diverses personnes d'un mérite reconnu, sans égard pour les distinctions de part». Le chevalier Édouard Hyde, créé comte de Clarendon , fut à la fois chancelier et premier ministre; le duc d'Ormond fut grand-maître de la maison du roi; le comte de Southampton, grand-trésorier; le chevalier Édouard Nicholas, secrétaire d'État. Monk , en récompense de ses services signalés, fut créé chevalier de l'ordre delà Jarretière et duc d'Albeinarle.
Les fêtes de la restauration passées, les vengeances commencèrent. Les régicides qui n'avaient pas quitté le royaume, trompés par la proclamation royale, se présentèrent pour profiter de l'amnistie. Cinquante-un furent en effet amnistiés; mais vingt-neuf furent mis en jugement, et, dans ce nombre, dix furent condamnés au supplice, qu'ils subirent en se proclamant martyrs. On se hâta ensuite de licencier l'armée dont on redoutait le génie enthousiaste et l'esprit d'insubordination. On rétablit l'épiscopat , tout en ayant l'air de ménager les presbytériens. Une tentative de soulèvement, faite par les millénaires, fanatiques qui pensaient que Jésus devait régner seul sur la terre pendant mille ans, servit de prétexte pour persécuter les diverses sectes. En Écosse , le covenant fut aboli, et les évèques reprirent leurs sièges (1661).
Un nouveau parlement osa encore davantage contre la liberté religieuse. Un bill d'uniformité mit le comble au triomphe de l'épiscopat sur le presbytérianisme (1662). Ce bîll portait : « que tout ministre qui n'aurait pas reçu l'ordination épiscopale, serait obligé de la recevoir; qu'il approuverait tout ce que contient le livre des prières ordinaires ; qu'il prêterait le serment d'obéissance canonique; qu'il abjurerait le covenant et la ligue solennelle , et qu'il renoncerait au principe qui autorisait à prendre les armes contre le roi. » Ainsi se trouvaient anéanties les promesses
de Charles en faveur de la liberté de conscience. Dans un seul jour, plus de deux mille ministres presbytériens abandonnèrent leurs bénéfices, et sacrifièrent leur fortune à leurs principes.
Les subsides que lui accordait le parlement ne suffisant pas à ses dépenses et à ses prodigalités, Charles, pour se procurer de l'argent, eut recours à une mesure qui commença à dépopulariser son gouvernement : il vendit Dunkerque aux Français, moyennant la somme de 400,000 livres sterling. Il publia ensuite une déclaration de tolérance, sous le prétexte avoué d'apporter quelque adoucissement aux rigueurs du bill d'uniformité, mais dans le but réel de procurer aux catholiques le libre exercice de leur culte, pour lequel il avait toujours eu du penchant. Cette démarche, désapprouvée par le parlement, indisposa la nation dont la majorité était protestante. '
Dans une nouvelle session du parlement (1664), le roi demanda et obtint la révocation du bill des convocations triennales. La rivalité commerciale força bientôt l'Angleterre à se livrer aux chances incertaines d'une guerre avec la Hollande. La flotte, consistant en cent quatorze vaisseaux, sans y comprendre les brûlots et les Caïques, fut commandée par le duc d'York, frère du roi, qui s'était signalé en France sous les drapeaux de Turenne et de Condé (1665). Opdam, amiral de la flotte hollandaise, n'évita point le combat. Dans la plus grande chaleur de l'action, son vaisseau , engagé de fort près avec celui du duc d'York, sauta en l'air. Cet accident effraya les Hollandais et leur fit tourner leurs voiles vers leurs côtes. Tromp seul, fils du fameux amiral de ce nom, soutint avec son escadre l'effort des Anglais, et protégea l'arrière- garde. Il en coûta aux vaincus dix-neuf vaisseaux pris ou coulés à fond.
Le grand pensionnaire Jean de Witt, ame des conseils de la république hollandaise! déploya toute sa capacité
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militaire pour ranimer le courage de ses compatriotes. En vertu d'un traité d'alliance conclu avec la France en 1662, il réclama l'appui de Louis XIV. Ce monarque ordonna au duc de Beaufort, son amiral, de faire voile de Toulon, et de se diriger vers la Manche. La flotte hollandaise, sous le commandement de Ruyter et de Tromp, eut ordre de se joindre aux Français. Le duc d'Albemarle et le prince Rupert commandaient la flotte anglaise , qui n'était que de soixante-quatorze voiles. Albemarîe, accoutumé à mépriser le nombre de ses ennemis, détacha le prince Rupert pour s'opposer au duc de Beaufort, et attaqua lui-même les Hollandais à la hauteur de North-Foreland(1666). La bataille qui s'engagea aussitôt est une des plus mémorables des annales maritimes, soit par sa durée, soit par l'opiniâtre acharnement des deux partis. Après une lutte de quatre jours, avec alternative de succès, les Anglais furent obligés de se retirer dans leurs ports, et Ruyter alla se poster à l'embouchure de la Tamise. Là, le combat recommença avec un nouvel acharnement. Dès le premier choc, trois amiraux hollandais furent tués. L'intrépide Ruyter soutint le combat jusqu'à la nuit , qui vint terminer l'engagement. Mais le lendemain , voyant sa flotte dispersée et découragée, son ame fière fut obligée de céder à la nécessité d'une retraite. Dans son indignation, on l'entendit plusieurs fois s'écrier : a Pourquoi de tant de boulets n'y en a-t-il pas un qui ait mis fin à ma misérable existence? » Il opéra sa retraite avec la plus grande habileté , et emmena sa flotte dans les ports de sa patrie. Les Anglais furent dès-lors maîtres de la mer.
Au milieu du fracas de la guerre, Londres fut frappée d'une calamité qui répandit la plus grande consternation parmi ses habitans. Un incendie éclata dans la Gté, et, se propageant en dépit de tous les efforts humains, réduisît en cendres six cents rues et treize mille maisons (sep-
tembre 1666). Les progrès du feu ne cessèrent point pendant trois jours et trois nuits, et ce ne fut qu'à force d'abattre des maisons qu'on parvint à l'éteindre. Le peuple accusa de ce terrible fléau les catholiques qu'il détestait, et quoiqu'il n'y eût aucune apparence de preuve ni de Vraisemblance qui pût autoriser cette imputation, on grava Sur le monument commémoratif du désastre une inscription qui vouait tout un culte à l'exécration publique.
Cependant la Hollande faisait de nouveaux préparatifs militaires. Charles, qui n'était ni passionné pour la gloire, ïii tourmenté par l'ambition, voulut, avant de recommencer une guerre à la fois infructueuse et nuisible, faire fies propositions de paix à son adversaire. Des conférences s'ouvrirent à Breda. Après de longues discussions, durant lesquelles Ruyter pénétra dans la Tamise et menaça Londres, un traité fut enfin conclu. Chacune des deux nations conserva ses possessions récemment acquises dans l'un ou l'autre hémisphère (1667).
Cette conclusion peu honorable de la guerre indisposa le peuple anglais. Il accusa le chancelier Clarendon, auquel il reprochait déjà la vente de Dunkerque à la France, d'en être l'auteur. Bientôt le ministre fut en butte à la haine la plus acharnée. Le roi lui-même, dont les sentimens pour le chancelier tenaient plutôt du respect que de l'amitié, n'eut plus que de l'éloignement pour lui ; il supportait impatiemment, au milieu des mœurs dissolues de Isa cour, l'austère vertu et l'inflexible dignité de son ministre. Ainsi la politique et le penchant du roi concoururent à préparer la chute de Clarendon ; le souvenir même de ses longs services ne put la retarder. Le grand-sceau lui fut retiré, et donné au chevalier Orlando Bridgeman. En vain le duc d'York employa tout son crédit en faveur . de son beau-père. Les communes votèrent sa mise en accusation. Clarendon, prévoyant que son innocence et ses