‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 40 sur 51 · OURLES II · texte numérisé non relu

OURLES II

services ne produiraient aucune impression sur des juges prévenus, prit le parti de se retirer en France, où il survécut six ans à l'arrêt de bannissement prononcé contre lui par le parlement. Il employa ses loisirs à terminer l'histoire des guerres civiles de sa patrie, ouvrage qui fait le plus grand honneur a sa mémoire.

Dès ce moment, le roi éloigna de son conseilles hommes dont l'honneur et l'intégrité inspiraient la confiance. Tout le secret des affaires fut confié à cinq personnes : Clifford, Ashley, Buckingham, Arlington et Lauderdale. Ce nouveau conseil reçut le nom de cabale, parce que les lettres initiales des cinq noms composaient le mot anglais cabaL Ces ministres dangereux excitèrent la défiance du monarque contre le parlement ; ils l'engagèrent à ressaisir cette autorité dont ses prédécesseurs avaient joui sans contradiction pendant une si longue suite de siècles; ils lui persuadèrent en outre de se détacher de la triple alliance protestante, récemment conclue entre l'Angleterre, la Suède et la Hollande, et à s'unir d'intérêts avec la France, qui pourrait au besoin l'aider à agrandir son autorité intérieure. La duchesse d'Orléans, sœur du monarque, acheva, par ses flatteries et ses artifices, de lui faire oublier toutes les maximes de l'honneur et de la politique; elle lui fit signer l'engagement de s'allier â Louis XIV pour la ruine de la Hollande (1670).

La guerre fut donc déclarée de nouveau à la république batave, et jamais agression ne fut justifiée par des raisons; ' plus frivoles. Entre autres griefs], le manifeste de Charles se plaignait de torts causés à la compagnie anglaise des Indes-Orientales, quoique cette compagnie les eût désavoués. Cette déclaration fut suivie de celle de la France, qui fut plus digne, en ce que Louis XIV eut au moins la franchise de ne pas donner d'autres motifs de sa résolution, que son mécontentement de la conduite des États. De Witt,jus-

tement alarmé de cette funeste confédération, se mît en devoir de conjurer Forage près de fondre sur sa patrie. Il hâta l'équipement de la flotte, qui fut encore une fois placée sous le commandement de Ruyter. Cet armement formidable ne contenait pas moins de quatre-vingt-onze vaisseaux de guerre et de quarante-quatre brûlots. Ruyter surprit les flottes anglaise et française dans la rade de Soiebay. La première était commandée parle duc d'York, la seconde par le comte d'Estrées. Pendant plus de deux heures, on combattit si furieusement, que l'amiral hollandais, qui avait assisté à trente-deux actions navales, déclara qu'il n'en avait jamais vu où la victoire eût été disputée avec plus d'acharnement. L'engagement dura jusqu'à l'entrée de la nuit. Les Hollandais se retirèrent alors et ne furent pas suivis par les Anglais. La perte fut à peu près égale départ et d'autre (1672).

Louis XIV entra en Hollande à la tète de ses troupes et prit possession du pays sans rencontrer de résistance. La seule ville d'Amsterdam essaya de se défendre; elle ouvrit ses écluses et inonda toute la contrée environnante pour arrêter les progrès du vainqueur. Les États de Hollande, dans un tel état d'infortune et d'humiliation, envoyèrent des ambassadeurs aux deux monarques pour implorer leur pitié. Mais le pensionnaire de Witt , trop obstiné à défendre son système de liberté, combattit toute espèce d'accommodement. Sa résistance excita la fureur ♦ de la populace hollandaise. Bientôt les séditieux ne connurent plus de frein , et dans leur rage ils se disputèrent l'honneur de tremper les premiers leurs mains dans le sang de celui dont les vertus et les talens excitaient depuis long-temps l'envie des factions. Après le massacre de Witt, les souverains alliés employèrent tous leurs efforts i séduire le jeune prince d'Orange, auquel la république venait de confier ses destinées, à cause du sang héroïque

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dent il était sorti. Ils lui offrirent la souveraineté de la Hollande, avec la protection de la France et de l'Angleterre. Leurs propositions furent généreusement rejetées , et lorsque Buckingham demanda au prince ce qu'il espérait faire, cjans la situation désespérée où se trouvait sa patrie : « Défendre mes concitoyens jusqu'au dernier soupir , répondit-il , et mourir, s'il le faut, dans le dernier retranchement. »

La guerre continua donc entre l'Angleterre et la Hollande. Le roi, après avoir obtenu du parlement un subside de 60,000 livres sterling, équipa une flotte de quatrevingt-dix vaisseaux (1673). Le duc d'York s'étant démis de tous ses emplois, parce qu'il n'avait pas voulu prêter le serment du test, qui annulait la déclaration d'indulgence en faveur des catholiques dont il était le zélé protecteur, le commandement fut confié au prince Rupert. Un armement aussi formidable n'amena cependant aucun résultat. Après trois combats contre Ruyter, dans lesquels les succès furent balancés , l'escadre rentra dans les ports de l'Angleterre. Le parlement fit éclater son mécontentement. Il fut dèslors évident pour Charles qu'il ne devait plus attendre aucun subside pour la continuation d'une guerre qui était devenue impopulaire dans ses États. H résolut aussitôt de faire une paix séparée avec la Hollande par l'entremise de l'ambassadeur d'Espagne. Cette paix fut en effet signée à des conditions honorables pour l'Angleterre, et publiée & Londres avec de grandes acclamations de la part du peuple (1674). Charles n'en conserva pas moins des liaisons secrètes avec la France qui continua de faire la guerre à la république batave. Les communes conçurent alors de nouvelles défianees contre la cour. Le ministre Shaftesbury, précédemment ardent promoteur de la guerre contre la Hol- ' lande et dévoué aux volontés du monarque, rentra dans lç parti delà nation. L'opinion publique se prononça forte-

ment contre la continuation des hostilités entre Louis XIV et la Hollande , et pressa Charles de se déclarer arbitre dans cette grande lutte. Leroi, persuadé que l'impatience de ses sujets ne lui laisserait aucun repos, demanda aux Communes une somme de 600,000 livres sterling pour entreprendre ce qu'on exigeait de lui. Ce riche subside allait être voté et la rupture avec la France allait avoir lieu lorsqu'on apprit la conclusion de la paix de Nimègue (1678). Par ce traité Louis acquit la Franche-Comté et plusieurs places importantes de la Flandre. La Hollande humiliée se reposa de ses longues guerres sous le stathoudérat du prince d'Orange , récemment marié à Marie d'Angleterre , fille du duc d'York.

Les mesures adoptées par Charles augmentaient chaque jour les préventions et les défiances de ses sujets. Le rétablissement du papisme et de la royauté absolue semblait % être le but constant de ses efforts. Tandis que le peuple était dans ces dispositions hostiles, le bruit d'un complot tramé par les catholiques se répandit tout-à-coup. Ua nommé Titus Oates, le plus infâme de tous les hommes, qui s'était fait chasser du collège des jésuites de Saint- Orner pour sa conduite déréglée , se fit le révélateur ou plutôt l'inventeur d'une conspiration qui avait pour but de tuer le roi et de placer la couronne sur la tète du duc d'York, à condition qu'il la recevrait comme un don du pape, et qu'il consentirait à l'extirpation entière de la religion protestante. Cette conspiration devint bientôt le sujet de toutes les conversations et de la terreur publique. Le grand-trésorier Danby, ennemi de la France et des catholiques, encouragea les révélations d 1 Oates, et fit arrêter Colman , secrétaire de la duchesse d'York. Parmi les papiers de cet homme se trouva sa correspondance avec le P. La Chaise, confesseur de Louis XIV, avec le nonce du pape à Bruxelles , et d'autres catholiques étran-

gers. Ces lettres renfermaient plusieurs passages relatifs aux sentimens personnels de Charles en faveur du papisme et de l'alliance avec la France. Leur publication mit le comble aux frayeurs que le complot avait déjà répandues dans la nation. Le meurtre du sheriff Geoffrey qui avait reçu la déclaration d'Oates vint encore augmenter l'effroi général et fut regardé comme l'œuvre des papistes. Au milieu de cette fermentation des esprits , le parlement s'assembla; le cri du complot retentit d'une chambre à l'autre. Une adresse fut présentée pour l'indication d'un jeûne public , et pour demander que les papistes récusans fussent éloignés de Londres. Le roi, qui ne croyait nullement à la réalité du complot et qui le couvrait même de ridicule dans l'intimité, jugea cependant nécessaire d'adopter l'opinion populaire en présence des deux chambres. On introduisit un nouveau test où la religion catholique fut traitée d'idolâtrie , et tous les membres qui firent difficulté de le recevoir furent exclus du parlement. Les délateurs se présentèrent en foule , et des personnes d'un rang distingué ne rougirent pas de remplir cet odieux office. Montague, qui avait été ambassadeur de la cour d'Angleterre à Paris, produisit devant la chambre des communes une lettre du grand-trésorier Danby , cbntre-signée par le roi , et contenant des preuves irrécusables des intrigues de Charles avec la cour de France. Danby fut immédiatement jdécrété d'accusation par les, communes ; mais la chambre des pairs refusa de le faire arrêter : les communes insistèrent, et l'on s'attendait à un conflit orageux entre les deux assemblées, lorsque Charles prit le parti de proroger le parlement. Cette prorogation fut bientôt suivie d'une dissolution.

Cependant le besoin d'argent força le roi à convoquer un nouveau parlement (1679). La nouvelle chambre des communes ne se montra pas moins opposée à la cour que

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la précédente. Charles, alarmé de l'orage qui se formait contre lui, crut devoir, pour apaiser le peuple et ses représentai, obliger le duc d'York à passer la mer, afin r qu'il ne restât aucun soupçon de l'influence des papistes sur les affaires publiques. Le duc ne refusa pas d'obéir; mais il exigea un ordre signé de son frère, pour que son absence ne fût pas regardée comme une preuve de culpabilité ou de frayeur. Il demanda en outre que Charles déclarât publiquement l'illégitimité du duc de Monmouih, un de ses fils naturels, qui, secondé par les intrigues de l'audacieux Shaftcsbury, se flattait de l'espoir de succéder à la couronne. Charles., autant pour faire évanouir les espérances du jeune duc que pour dissiper les alarmes de son frère, fit en plein conseil la déclaration qui lui était de • mandée , et le duc d'York satisfait se retira à Bruxelles.

Malgré cette précaution, Charles ne put obtenir la confiance du parlement. Dès le commencement de la session, les communes firent revivre l'accusation formée contre Danby. En vain le roi voulut-il accorder d'avance un entier pardon à son ministre. La chambre basse prétendit qu'un pardon de la couronne ne pouvait suspendre une procédure commencée par elle, et elle soutint ses prél entions avec tant de fermeté , que Danby fut envoyé à la Tour.

Shaftesbury ayant été créé président d'un nouveau mi- ' nisière, les communes, animées par les cabaes de cet homme dangereux , dressèrent un bill pour exclure entièrement le duc d'York de la couronne. Ce bill portait qu'après la mort ou par l'abdication du roi sa succession passerait à son héritier le plus proche; que si le duc dTotk paraissait dans l'un ou l'autre des trois royaumes, il serait déclaré coupable de trahison, et que ceux qni soutiendraient son titre seraient punis comme traîtres et ïebçlles. Après ce bill de bannissement et d'exclusion, qui

passaS la majorité de soixante-dix-neuf voix, les communes s'occupèrent des libertés de la nation. Elles exclurent dfc leur sein tous les membres qui recevaient des pensions ou un salaire de la cour; elles déclarèrent illégales les troupes permanentes et la garde royale , et votèrent la fameuse loi de YHabeas corpus, cette inappréciable garantie de la liberté individuelle dont se glorifie l'Angleterre, Par cette loi, aucun sujet du royaume ne pouvait être déporté ; le geôlier était forcé de produire Taccusé devant ses juges toutes les fois qu'il en était requis; le motif de l'emprisonnement devait être certifié, et si un prévenu était acquitté par une cour, il ne pouvait être remis en prison pour la même cause. Les communes poussèrent ensuite avec vigueur l'accusation contre Danby ; mais un débat s'étant élevé entre elles et la chambre des pairs, an sujet de l'admission des évèques au procès, Charles en profila pour casser le parlement.

Une mesure si vigoureuse déconcerta les mécontens ; cependant, malgré l'absence du parlement, les procédures contre les catholiques accusés du complot ne souffrirent aucune interruption. Le roi se vit obligé de céder à la furie populaire. Colman, Whitebread, provincial des jésuites, et plusieurs religieux de cet ordre , furent condamnés à mort et exécutés en persistant jusqu'au dernier souffle dans leurs protestations d'innocence. Gales fut applaudi, caressé et nommé le sauveur de la nation. On récompensa son infamie d'une pension annuelle de 1200 liyres sterling,

tes mécontentemens de la nation anglaise excitèrent lés espérances des puritains écossais, qui ne cherchaient qu'une occasion de sortir de l'oppression sous laquelle ils gémissaient depuis si long-temps. Ils se soulevèrent et assassinèrent le primat Sharp , qu'ils regardaient comme un apostat et comme Fauteur de leurs longues persécutions*

Charles, redoutant les suites de cette insurrection , fit partir immédiatement le duc de Monmouth avec un corps de cavalerie anglaise. Monmouth attaqua les rebelles au pont de Bothwell, entre Hamilton et Glasgow, où ils avaient pris position sous la conduite de leurs prédicateurs. Leur nombre n'excédait pas huit mille. L'artillerie anglaise les mit promptement en déroute. Plus de sept cents furent tués , et douze cents faits prisonniers. Monmouth les traita avec la plus grande douceur, dans l'intention de se faire des partisans, et obtint du roi une amnistie pour tous les covenantaires.

Charles étant tombé malade à Windsor, ses principaux conseillers l'engagèrent, à l'insu de Shaftesbury, à rappeler secrètement le duc dTork pour qu'il pût faire valoir ses droits contre les obstacles qui les menaçaient. A son arrivée, le prince trouva son frère hors de danger. Toutefois son voyage ne fut pas perdu. Durant son court séjour à Windsor, il parvint à enlever la faveur du roi au duc de Moumouth qui ne dissimulait plus ses projets, et à lui faire ôter le commandement des troupes. Il obtint ensuite la permission de se retirer en Écosse, sous prétexte de calmer les craintes de la nation anglaise, mais dans le but réel d'attacher ce royaume à ses intérêts.

Les mécontens eurent recours aux pétitions tumultueuses pour amener le roi à convoquer un parlement (1680). Les partis, dans leur ardeur à s'injurier, inventèrent cette année les célèbres épithètes de Whig et de Tory, qui ont. divisé si long-temps et qui divisent même encore l'Angleterre. Le parti de la cour reprochait à ses antagonistes 1 leur ressemblance avec les fanatiques d'Ecosse connus: sous le nom de Whigs ( perruques ). Le parti populaire prétendait trouver du rapport entre les royalistes et les rebelles papistes d'Irlande, auxquels on avait donné le nomdç Tories (brigands). Le roi, après ayoir long-temps .

résisté, se décida enfin à une convocation. Le discours flatteur qu'il prononça à l'ouverture du parlement fut sans effet sur les communes. A peine étaient-elles constituées, qu'elles reproduisirent le bili d'exclusion contre le duc d'York. Les débats dans les deux chambres furent très-violens. Le bill rencontra une forte opposition dans la chambre haute, et fut rejeté à une majorité considérable. Les cornmunes firent éclater beaucoup de mauvaise humeur en yoyant renverser leurs espérances. Elles reprirent immédiatement leur accusation contre les lords catholiques renfermés dans la Tour. Le vicomte de Stafford, que son âge et ses infirmités rendaient incapable de se défendre, fut la première victime. II fut mis en jugement et condamné. La populace, qui avait d'abord applaudi à sa condamnation, fondit en larmes à la vue de la douce constance qui brilla jusque sur l'échafaud dans les traits et la contenance du noble vieillard. Ce fut le dernier sang versé à l'occasion du complot papiste. Les communes passèrent encore plusieurs autres bills qui témoignaient hautement de leurs dispositions peu bienveillantes pour la cour; elles laissèrent même entrevoir dans leurs dernières déclarations l'intention de former une association contre le monarque. Charles, voyant la guerre civile imminente, se hâta de casser le parlement et d'en convoquer un nouveau.

Pour prévenir les désordres qui accompagnaient les séances des deux chambres à Westminster, dans le voisinage d'une factieuse et puissante cité, il voulut que le parlement siégeât â Oxford. Cette mesure ne servit qu'à eu-/ flammer la nation. Les représentans populaires se rendirent à Oxford, escortés non-seulement de leurs serviteurs, mais de leurs amis et de leurs partisans, et bientôt l'assemblée ressembla plutôt à une diète polonaise qu'à un parlement régulier (1681). Les communes, presque entièrement composées des mêmes membres, en revinrent à leurs anciennes

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vues^ c'est-à-dire l'accusation de Danby, la recherche du complot papiste, et surtout le biil d'exclusion. Elles poussèrent si loin la violence sur ce dernier article, qu'elles ne voulurent entendre aucunç proposition. Charles, perdant tout espoir de les ramener à la modération sans sacrifier son frère, cassa encore un fois le parlement. Il était résolu à ne pas confier de si tôt au peuple une nouvelle élection, et à foire régner la plus grande économie dans son administration pour ne pas demander de subsides*

Dèsque Charles se vit maître du royaume et ne redouta plus les clameurs des communes, il rappela le duc d'York auprès de lui (1682). L'autorité absolue du monarque ne laissa cependant pas de rencontrer de puissans obstacles, surtout de la part de Londres, qui était entre les mains des méconiens. Un ordre de quchwarranto fut porté contre la capitale, c'est-à-dire uu ordre du roi pour lui faire rendre compte de la validité de ses chartes. La cause de Londres fut plaidée par deux avocats contre le procureur et le solliciteur général. Après une sentence tout-à-fait favorable à la cour, les citoyens se virent obligés d'adresser les plus humbles supplications au roi pour obtenir le rétablissement de leurs chartes ; mais cette faveur leur fut vendue cher : on exigea qne le lord maire, les sheriffs et les aldermen ne fussent plus admis à exercer leurs fonctions sans l'approbal ion du, roi, ( t que ces fonctionnaires eussent le droit de choisir tous les autres magistrats de la cité.

Les autres villes du royaume jugèrent, par l'exemple de la capitale, combien il leur serait inutile de vouloir lutter contre la cour; la plupart consentirent à livrer leurs franchises municipales entre les mains du roi. On leur fit payer de fortes sommes pour en obtenir la restitution , et tous les offices demeurèrent à la disposition du roi. Mais il existait un parti de mécontens qui, même avant la nais- §a.Qoe de ces injustices, avait formé un plan d'opposition

contre la couronne. Le duc de Monmouth , lord Gray, lord Russel , poussés par l'inquiet Shaftesbury, virent avec une espèce de satisfaction les entreprises audacieuses de la couronne. Outre leurs sollicitations dans Londres, ils s'efforcèrent d'engager la noblesse et la bourgeoisie de plusieurs comtés à prendre les armes pour reconquérir leurs privilèges. Le complot allait éclater lorsque la circonspection de Russel fit consentir les autres conjurés à en ajourner l'explosion. L'impatient Shaftesbury, irrité de ce retard, abandonna la partie et passa en Hollande, où il mourut bientôt sans causer ni chagrin à ses amis, ni joie à ses ennemis.

Après le départ de Shaftesbury, les conspirateurs recommencèrent on projet régulier de soulèvement (1683). Les principaux chefs étaient Monmoulh, Russel, Essex, Howard, Algernon Sidney et John Hampden, petit-fils du fameux chef parlementaire sous Charles I er . Ils se mirent en relation avec le comte d'Argylc et les mécontens écossais, qui s'engagèrent à soulever les covenantaires. Ces divers chefs populaires différaient essentiellement d'opinion et de principes. Sidney et Essex étaient passionnés pour la république ; Monmouth nourrissait l'espoir de s'ouvrir le chemin du trône; RuSsel et Hampden, également attachés à l'ancienne constitution, ne se proposaient que l'exclusion du frère du roi et la répression des abus. Des caractères si opposés n'étaient d'accord que sur un point, la haine contre le duc d'York et contre le gouvernement.

Parmi les conjurés se trouvait un nommé Kiiling, qui , placé sous le coup d'une accusation capitale, révéla le complot au secrétaire-général Jenkins,dans le but d'obtenir son pardon. Sur sa dénonciation, l'ordre fut donné d'arrêter les seigneurs engagés dans la conspiration. Monmoulh se cacha. Russe! fut envoyé ù la Tour. Howard, homme sans honneur, se voyant découvert , n'hésita pas a acheter

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sa grâce en vendant ses complices. Essex, Sidney et Hampden furent arrêtés sur son témoignage. Les procédures de la justice commencèrent par lord Russel, aussi distingué par ses éniinentes qualités que par sa grande popularité. Sa défense fut très-faible. Il se borna à protester qu'il n'avait jamais pensé à attenter aux jours du roi. Sa probité ne lui permit pas de désavouer qu il fût entré dans un complot de soulèvement. Les jurés, après une courte délibération, prononcèrent un verdict de culpabilité. Les instances furent vives pour obtenir sa grâce du roi. Le vieux comte de Bedford, son père, alla jusqu'à offrir cent mille livres sterling. Charles fut inexorable. La noble compagne de Russel , femme d'un mérite distingué, se jeta ax genoux du monarque et les arrosa de larmes, en demandant grâce pour les égaremens de son mari. Lorsqu'elle vit l'inutilité de ses prières, elle rappela son courage, et s'efforça d'affermir par son exemple la constance de l'infortuné lord. Le jour de l'exécution, quand il se fut séparé de cette admirable épouse, il s'écria : «Maintenant l'amertume de la mort est passée.» Arrivé à l'échafaud, sa fermeté ne l'a* bandonna point; il prononça quelques paroles, et livra sa tète au glaive de l'exécuteur.

Après Russel, ce fut le tour de Sidney, cet apôtre de la liberté. Sidney, fils du comte de Leicester, avait pris une part très-aclive aux guerres civiles du dernier règne ; mais il s'était constamment opposé à l'usurpation de Cromwell; après la restauration , il avait mieux aimé se condamner au bannissement que de se soumettre au gouvernement d'une famille qu'il détestait. La cour avait donc un très-grand intérêt à se débarrasser d'un adversaire aussi prononcé. Le sanguinaire Jeffries était alors chef de la justice; par ses inspirations, le jury fut aisément disposé à prononcer contre l'accusé. Sidney se plaignit de l'injustice de sa sentence , mais il se fit gloire de mourir pour cette vieille

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cause dans laquelle il s'était enrôlé dès l'enfance. Quant $ Essex, aussi distingué par ses vertus que par ses talcns, il fut trouvé étranglé dans sa prison. Les officiers chargés de vérifier cet accident déclarèrent qu'il s'était tué de sa propre main. Hampden, déchargé de l'accusation de haute trahison, en fut quitte pour une amende considérable.

Toutes ces rigueurs ne s'aceordant guère avec la douceur bien.connue du caractère de Charles, la nation les rejeta sur le duc d'York, entre les mains de qui le roi, par indolence, semblait avoir résigné les rênes de l'administration. On rapporte même que l'imprudente violence du i duc lui causait de l'inquiétude, et qu'un jour que celui-ci s'efforçait de le pousser à de périlleuses entreprises, il lui dit : « Mon frère, je suis trop vieux maintenant pour recommencer mes courses. Vous le ferez, vous, si cela vous' est agréable. » Ces paroles annonçaient évidemment qu'il regrettait le système qui avait été suivi, et qu'il méditait un nouveau plan d'administration; en effet, il était décidé à renvoyer le duc d'York en Ecosse, à rappeler Monmouth, à convoquer un parlement et à se défaire des ministres que la nation repoussait. Mais au milieu de ces sages projets, il eut subitement une violente attaque d'a- >plexie, suite de l'intempérance à laquelle il s'était livré. Après quelques jours de langueur, il expira dans la cinquante-cinquième année de sa vie, et la vingt-cinquième de son règne ( 1685). Sa mort excita les regrets de l'Angleterre, qui ne pouvait haïr un roi plutôt frivole que méchant, dont elle redoutait le successeur.

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