‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 4 sur 51 · HEPTARCHIE · texte numérisé non relu

HEPTARCHIE

guerre et les révolutions furent les conséquences naturelles de cette rupture. Enfin, environ quatre cents ans après la première irruption des Saxons en Bretagne (827), tous les royaumes de FHeptarchie se réunirent et ne formèrent plus qu'une vaste monarchie régulière, sous Egbert, dont la prudence et la politique achevèrent ce qui avait été inutilement tenté par plusieurs princes avant lui. Ses possessions avaient à peu près la même étendue que ce qu'on appelle aujourd'hui FAngleterre proprement dite.

Les Saxons, à cette époque, n'étaient pas plus avancés que les Germains, leurs ancêtres, dans les arts, les sciences et la soumission aux lois. Le christianisme même n'avait pu jusqu'alors bannir leur ignorance, ni adoucir leurs mœurs; chez eux cetté religion était entachée de superstition et de cruauté ; la vénération pour les saints et pour les reliques semblait avoir pris la place du culte de l'Être-Suprème; le merveilleux des miracles était substitué à la connaissance des causes naturelles, et la charité envers l'Église ex piait les mauvaises actions contre la société; partout l'habit ecclésiastique était, pour ainsi dire, le seul respecté; la noblesse préférait la sûreté et l'oisiveté du cloître au tumulte de la guerre et à la gloire des armes, et ne s'occupait que de l'administration des monastères qu'elle avait fondés.

Depuis la réunion des royaumes de l'Heptarrhie sous Egbert jusqu'à la conquête des Normands,

La réunion des royaumes de l'Heptarchie en un seul État fit concevoir aux habilans des différentes provinces

l'espérance d'un avenir plus prospère; mais cette espérance ne tarda pas à être détruite par l'apparition des Danois. Cinq ans après qu'Egbert eut établi sa domination sur l'Angleterre, ces hommes du Nord (Normands) descendirent dans l'île de Shephey, qu'ils pillèrent impunément. L'année suivante, ils débarquèrent dans le Dorsetshire, et furent attaqués par Egbert , A Charmouth , où ils perdirent un grand nombre des leurs. Ils s'allièrent ensuite avec les Bretons de Cornouailles, et deux ans après furent encore battus par le vaillant Saxon à Hingesdown. Mais la mort d'Egberl vint bientôt ranimer leurs espérances.

Ethelwolf, fils et successeur d'Egbert, n'avait ni l'habileté ni le courage de son père. 11 commença son règne (838), en donnant à son fils aîné, Athelstan , les provinces d'Essex, de Kent et de Susscx. Les Danois renouvelèrent leurs incursions. Quoique repoussés quelquefois, ils remplirent toujours leur principal objet, qui était de piller le pays et d'emporter le butin. Ils finirent même par s'établir dans les îles de Thanet et de Shephey, d'où ils étendaient constamment leurs ravages sur les Côtes voisines

La situation mal affermie de l'Angleterre n'empêcha pas Ethelwolf de faire un pèlerinage à Rome. Il y séjourna un an, pendant lequel il se livra aux exercices de piété et combla l'Eglise de ses largesses. En revenant dans ses États, il épousa Judith, fille de l'empereur Charles-le- Chauve; mais lorsqu'il débarqua en Angleterre, il y rencontra une opposition à laquelle il ne s'attendnit pas. Son fils aîné, Athelstan, était mort, et le second, Ethelbald, après s'être emparé du gouvernement, avait formé le projet d'exclure son père du trône. Le faible Ethelwolf céda à la plus grande partie des prétentions du rebelle; il lui abandonna la souveraineté des provinces occidentales de

ETHERED — ALFRED. 11

son royaume, et ne se réserva que la portion située à l'orient, qui était la moins considérable.

Ethelwof ne vécut que deux ans après avoir fait cette concession. Par son testament il partagea le royaume entre ses deux fils aînés, Ethelbald et Ethelbert (857). Le premier eut la partie occidentale, et la partie orientale échut au second. Ethelbald, qui épousa Judith sa belle-mère, et dont le règne fut court, était un prince de mœurs corrompues. Sa mort réunit toute l'autorité entre les mains d'Ethelbert, qui régna pendant cinq ans avec justice et prudence, et laissa le sceptre à son frère Ethered.

Le règne d'Ethered fut sans cesse inquiété par les incursions des Danois, qui descendirent dans l'Estanglie, pénétrèrent dans le Northumberland et s'emparèrent de la ville d'York (866). Ethered fut secondé, dans toutes ses entreprises, par Alfred, son plus jeune frère. Les Danois, défaits dans une action, se fortifièrent dans Reading, d'où Ds infestèrent les provinces voisines. Peu de temps après, il y eut à Aston, dans le Berkshire, une affaire où, grâce à la bravoure du jeune Alfred, les Anglais obtinrent l'avantage. 11 se donna ensuite une autre bataille à Basing, où les Danois furent plus heureux. Au milieu de ces troubles, Ethered mourut d'une blessure qu'il avait reçue, et laissa son royaume et le soin de le défendre à Alfred, qui n'était alors âgé que de vingt-deux ans.

Ce prince, dès sa jeunessé, avait révélé les vertus et l'habileté qui , dans les temps les plus difficiles, sauvèrent son pays d'une ruine complète. La lecture d'un poëmc saxon avait exalté son génie; il avait étudié avec succès la langue latine, et avait fait le voyage de Rome avec son père. A peine avait-il achevé les funérailles de son frère, qu'il fut obligé de se mettre en campagne pour repousser

12 HISTOIRE D'AlVGtETERRE.

les Danois, qui s'étaient emparés de Wilton et qui ravageaient le pays environnant (871); H leur livra bataille et remporta le premier avantage ; mais ayant voulu pousser trop loin sa victoire, il fut accablé parla supériorité du nombre et obligé d'abandonner lechampde bataille. La terreur de son nom força cependant les Danois à traiter aveelui et â promettre l'évacuation du royaume. Mais ces barbares , se jouant de leurs sermens, n'en continuèrent pas moûts leurs brigandages. Alfred rassembla de nouvelles troupes, leur livra huit batailles dans une année (876), et les ré* dufsit à la dernière extrémité. 11 consentit alors à ce qu'ils s'établissent dans quelques parties de l'Angleterre, à la condition qu'ils s'engageraient à ne point ouvrir l'entrée du royaume à leurs compatriotes ; mais pendant qu'il attendait l'exécution de ce traité, il apprit tout-à-coup qu'un nouveau corps de Danois venait de débarquer, et que ces brigands, réunis aux autres troupes de leur nation, s'é* taient emparés de Chippenham.

Ce dernier événement réduisit les Anglo-Saxons au désespoir. Se croyant abandonnés du ciel, les uns se retirèrent dans le pays de Galles, ou s'enfuirent au-delà des mers; les autres se soumirent aux conquerans, dans l'espoir de désarmer leur cruauté par une obéissance servile. Alfred fit en vain les derniers efforts pour relever leur courage; il fut obligé, pour échapper à la poursuite de ses ennemis, de quitter les insignes de la royauté , et de se retirer dans la cabane d'un pâtre, où il travailla quelque temps comme esclave.

Lorsque les recherches de ses ennemis se furent ralenties, Alfred réunit quelques partisans et se retira dans un marais, au milieu de la province de Somerset; il trouva deux acres de terre ferme, sur laquelle il bâtit une habitation qu'il fortifia , et d'où il fit plusieurs sorties sur les Danois , qui sentirent souvent la force de son bras , sans se

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