‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 5 sur 51 · ALFRED · texte numérisé non relu

ALFRED

qu'Oddune, comte du Devonshirc, avait battu et tué Hunna, chef des Danois, et s'était emparé du fameux étendard magique, dans lequel les barbares plaçaient toute leur confiance, et qu'ils appelaient Reafen, parce qu'il représentait la figure d'un corbeau. A la nouvelle de cette résistance de la part de ses sujets , Alfred quitta sa retraite ; mais, avant de rassembler ses partisans sous les armes, H résolut de s'assurer par lui-même des forces de l'ennemi. Déguisé en joueur de harpe, il s'introduisit dans le camp des Danois ; son chant et sa gaieté lui ouvrirent la tente de Guthrum, leur prince, et là il put se convaincre de leur indolente sécurité et du mépris qu'ils professaient pour les Anglais. Encouragé par ces apparences favorables, il dépêcha secrètement des émissaires auprès de ses partisans les plus considérables , et leur enjoignit de se rendre, avec leurs vassaux, à Brixton, sur la lisière de la forêt de Selwood. Les Anglais accoururent avec transport se ranger sous la bannière d'un monarque qu'ils croyaient mort depuis long-temps. Alfred les conduisit immédiatement contre les Danois, qui, surpris de voir une armée anglaise, n'opposèrent qu'une faible résistance et furent taillés en pièces. Ceux qui échappèrent au massacre implorèrent la générosité du vainqueur. Alfred sut se faire, de ces ennemis acharnés, des sujets et des alliés fidèles. Il leur proposa de repeupler les royaumes d'Estanglie et de Northumberlancl ; mais il stipula que, pour gage de leur soumission, ils embrasseraient le christianisme. Les Danois y consentirent, et Guthrum , adopté comme fils par Alfred , reçut le nom d'Athelstan.

Après cet arrangement, l'Angleterre jouit de plusieurs années de tranquillité. Alfred en profita pour doter son royaume d'institutions civiles et militaires, et pour le garantir du retour des calamités qu'il avait souffertes. Il re-

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bâtit les villes ruinées , éleva plusieurs forteresses et créa une milice régulière. Persuadé qu'une bonne marine est la meilleure défense d'une île, il augmenta le nombre de ses vaisseaux, et encouragea ses sujets à s'exercer aux combats sur mer.

Cependant Hastings, le célèbre capitaine danois, après avoir ravagé toutes les provinces de France, le long de la Loire et de la Seine , parut sur la côte de Kent avec trois cent trente voiles (893). La plus grande partie de ses soldats débarquèrent et s'emparèrent du fort d'Apuldore. Lui-même , à la tète d'une escadre de quatre-vingts vaisseaux, entra dans la Tamise, et fortifiant Milton, il répandit ses troupes dans la contrée et y commit les plus affreux ravages. Alfred, à la première nouvelle de cette descente, rassembla les milices et entra en campagne avec des forces supérieures à celles de l'ennemi. Les Danois, maîtres d'Apuldore, levèrent aussitôt leur camp, dans l'intention de marcher vers la Tamise et de pénétrer dans le cœur du royaume; mais Alfred, à la vigilance duquel ils ne purent échapper, les atteignit et les battit à Farnham. Ils se réfugièrent alors sur leurs vaisseaux qui les transportèrent à Mersey dans l'Essex , où ils se fortifièrent de nouveau. Hastings, dans le même temps, fit un mouvement semblable : il abandonna Milton , et se retira à Bamflete , près de File de Canvey, où il éleva aussi des fortifications.

Un nouvel ennemi éveilla bientôt l'attention d'Alfred. Guthrum venait de mourir, et les Danois de i'Estanglie et du Northumberland, enhardis parla présence d'un corps nombreux de leurs compatriotes, se révoltèrent; ils s'embarquèrent sur deux cent quarante vaisseaux, et parurent devant Exeler, dans l'ouest de l'Angleterre. Alfred marcha aussitôt contres les rebelles, les défit et les poursuivit jusqu'à leurs vaisseaux en en faisant un grand carnage. Dé-

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