‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 41 sur 51 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Hcgne de Jacques II. — Triomphe et chute du parti catholique. —

Fin de la maison de Stuart.

•* Le premier acte de Jacques II fut d'assembler le conseil privé, et de déclarer sa résolution de maintenir le gouvernement établi dans l'Église et dans l'État. Mais il ne tarda pas à montrer qu'il n'était pas sincère dans ses protestations d'attachement aux lois, en levant des taxes sans l'aveu 'du parlement, et en allant publiquement à la messe avec les insignes de la royauté. Celait déployer imprudemment ses dispositions à l'arbitraire et son zèle pour le papisme. Malgré sa répugnance personnelle, il se décida cependant à convoquer la représentation nationale. Son discours aux deux chambres ne fut pas ambigu; ïl leur déclara ouvertement qu'au moindre mécontentement, il saurait user de sa prérogative et se dispenser d'une mesure qu'il regardait comme libre et volontaire. Les communes, presque entièrement composées de zélés tories, accordèrent au roi, pour sa vie, tout le revenu dont Charles II jouissait à sa mort. La chambre des pairs ne se montra pas moins complaisante. Elle s'attacha. particulièrement à faire disparaître toutes les traces du fameux complot papiste. Oates fut condamné , comme parjure, à «ne amende, au fouet et à une prison perpétuelle. Les seigneurs papistes, au nombre desquels figurait le grand-trésorier Danby, furent déchargés de l'accusation portée contre eux.

Le cours des travaux parlementaires fut interrompu par la nouvelle subitement répandue que le duc de Monmouth avait quitté la Hollande avec trois vaisseaux, et qu'il était débarqué sur la côte occidentale de l'Angleterre. Ce prince,

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cédant à Fimpatience de ses partisans et à celle du comte d'Argyle, qui était parti avant lui pour soulever FÉcosse, avait commencé sa folle entreprise avec moins de cent hommes ; mais son nom était si populaire, que dans Fespace de quatre jours il en comptait plus de deux mille. A Tauton il prit le titre de roi, et fut proclamé à Bridgewatcr, Wells et Fronce. Oubliant que le succès des entreprises désespérées dépend de la seule audace, il hésita d'abord à attaquer les troupes royales , et leur laissa le temps de se concentrer. Pressé enfin par les instances de ses adhérens, qui jurèrent de défendre sa cause jusqu'à la dernière extré- • mîté, il tomba sur le général Feversham, dans le camp de Sedgemoor, près de Bridgewater. Après trois heures d'une vigoureuse résistance , les rebelles furent mis en déroute : il en périt près de quinze cents. Monmouth put s'enfuir; mais, après avoir couru plus de vingt milles, son cheval tomba sous lui. Il changea d'habits avec un paysan, dans l'espérance'de se cacher plus facilement ; mais il finit par être trouvé au fond d'une fosse, couvert de fange, le corps épuisé de fatigue et de faim. Il écrivit à Jacques dans les termes les plus humbles , et le conjura d'épargner le sang d'un frère. Le roi, lui voyant tant d'abattement, le fit amener devant lui , et se flatta de lui faire avouer le nom de tous ses complices. Mais quelle que fût la passion du malheureux prince pour la vie , il ne voulut point l'acheter par une pareille lâcheté. Voyant tous ses efforts inutiles, il ne pensa plus qu'à se disposer à la mort avec des sentimens dignes de son rang et de son caractère. Les témoignages de l'affection populaire l'accompagnèrent jusque sur l'échafaud.

A la suite de l'invasion de Monmouth , le féroce colonel Kirk et l'implacable juge Jeffries, ministres de la vengeance de Jacques, firent exécuter, dans Fouest de F Angleterre, plus de deux cent cinquante personnes. Eu

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Écosse, le comte d'Argylc ayant, comme Monmouth, échoué dans sa tentative, fut pris et conduit à lui imbourg. Après avoir enduré avec courage toutes sortes d'indignités, il monta sur l'échafaud, et le parlement de son pays fut assez pusillanime pour adopter les maximes du gouvernement absolu que lui dicta la cour d'Angleterre.

Plein de sécurité et poussé par son zèle religieux, Jacques proposa au parlement de dispenser les catholiques du test protestant; les chambres retrouvèrent leur indépendance : elles résistèrent, et le monarque les cassa (1686). En déclarant ouvertement son penchant pour la religion romaine, il répandit l'alarme dans toute la nation, jeta la terreur dans l'Église anglicane, et dégoûta l'armée. L'ancienne horreur contre le papisme se réveilla plus vive que jamais, et fut encore excitée par la révocation que fit Louis XIV, à cette époque, du célèbre édit de Nantes, accordé par Henri IV pour protéger les protestans de France. Jacques, décidé à ne pas abandonner son projet, qu'il n'avait pu faire adopter au parlement, fit une tentative plus heureuse pour l'établissement du pouvoir dispensatif par l'autorité des juges. Quatre lords catholiques furent ensuite admis au conseil privé, et les protestans des trois royaumes virent bientôt le pouvoir civil et l'autorité militaire entre les mains de leurs plus redoutables ennemis.

Tous les esprits sensés appartenant à la communion catholique blâmèrent hautement un système dont il était facile de prévoir l'issue. Mais Jacques était entièrement gouverné par les imprudens conseils de la reine et du jésuite Peters, son confesseur; non cornent d'accorder des dispenses aux particuliers, il s'attribua le pouvoir de suspendre, par une déclaration d'indulgence générale , tous les statuts qui exigeaient la soumission à la religion établie. Il envoya même le comte de Castlemaine à Rome , avec la qualité d'ambassadeur extraordinaire (1687), pour rendre

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au pape le tribut d'obéissance, et réconcilier l'Angleterre avec le Saint-Siège. Le pape , au lieu d'approuver cette démarche précipitée, conclut qu'un projet, conduit avec tant d'indiscrétion, ne pouvait avoir une heureuse fin, et reçut l'ambassadeur anglais avec la plus grande indifférence. L'unique témoignage de complaisance que Jacques reçut de Sa Sainteté, fut l'envoi, à la cour d'Angleterre, d'un nonce, qui fit une "entrée publique à Windsor, en habits pontificaux, contrairement au bill du parlement qui avait déclaré toute communication avec le pape haute trahison.

Le roi, pour parvenir plus promptement à son but, publia, de sa propre autorité, une déclaration de liberté de conscience. Six évèques gallicans refusèrent de la lire dans leurs églises après le service divin. Un drdre de Jacques les fit immédiatement conduire à la Tour. Mis en jugement , ils furent acquittés, et leur élargissement fut un triomphe pour toute la nation. L'armée elle-même se laissa aller à L'entraînement général et refusa d'admettre la liberté de conscience. Jacques n'en continua pas moins à marcher en avant : il chassa deux juges qui s'étaient montrés favorables aux évèques, et ordonna qu'on recherchât tous les ministres qui n'avaient pas lu sa déclaration , c'està-dire le clergé entier, moins deux cents de ses membres.

Quelques jours avant l'acquittement des évèques, la reine, ù la grande satisfaction du roi et de tous les zélés catholiques, avait donné le jour à un fils (1688). Mais la haine contre la cour était si violente, que la calomnie alla jusqu'à prêter à Jacques l'intention d'avoir voulu en imposer au monde par un enfant supposé. Le jeune prince fut baptisé sous le nom de Jacques, et fut connu plus tard sous le titre de Prétendant.

Le prince d'Orange, gendre du roi, s'élit renfermé, depuis son mariage, dans les bornes de la prudence, rela-

tivement atre affaires britanniques. Jacques ayant sollicité son concours pour la révocation des lois pénales «et du test, n'en obtint qu'une déclaration qui blâmait hautement $es entreprises contre l'Église anglicane. Cette déclaration inspira du courage aux protestans, et excita l'indignation du monarque, qui ne laissa échapper aucune occasion dl faire éclater son mécontentement. Le prince , de son côté, décidé à pousser les choses avec vigueur, fit partir pour Londres un agent qui s'acquitta de sa mission avec tant de zèle, que tous les ordres de la nation anglaise, whigs, tories, protestans et non -conformistes, tournèrent les yeux vers la Hollande; puis, cédant aux instances des Anglais réfugiés auprès de lui, Guillaume ne fit pas difficulté d'embrasSer la défense d'un peuple qui, dans ses alarmes, le regardait comme son seul protecteur. 11 augmenta la flotte hollandaise, leva de nouvelles troupes, et mit en réserve «de fortes sommes d'argent pour les frais d'une expédition, en apparence dirigée contre la France. En vain- Louis XIV instruisit-il plusieurs fois Jacques des projets de son gendre; il ne voulut rien croire, et refusa même les offres généreuses que lui faisait le monarque français. Cependant, lorsque son ambassadeur à La Haye l'avertit qu'il n'avait pas un instant à perdre pour se défendre d'une puissante invasion, il se rendit enfin à l'évidence. 11 ne vit d'autre moyen de salut que dans une prompte rétractation de toutes les funestes mesures qui lui avaient suscité tant d'ennemis intérieurs et extérieurs* Mais il n'était plus temps. Un manifeste du prince d'Orange était déjà répandu dans tout le royaume et n'y rencontrait que des applaudissemens: il renfermait une longue énuméralion des souffrances de la nation; et c'était, disait le prince, pour remédier à tant de maux qu'il se disposait ^ passer en Angleterre avec une armée.

• Après une heureuse navigation, Guillaume débarqua

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