JACQUES II
sans obstacle àTorbay , le 5 novembre 1688. Son armée se dirigea d'abord sur Exeter, où fut publiée solennellement ta déclaration du prince. Toute l'Angleterre se trouva bien* tôt dans une vive commotion; chaque jour révéla les pror grès de la conspiration universelle où la nation était entrée contre les mesures du souverain. Mais le plus dangereux de tous les symptômes fut la désaffection de l'armée. Tous les officiers parurent disposés à défendre la cause de leur patrie et de leur religion. Lord Conbury passa sous les dra* peaux de Guillaume avec trois régimens.Faversham refusa de tirer l'épée, et lord Churchill 1 qui, du rang de page^ était parvenu à un commandement supérieur dans l'armée; Churchill, qui devait toute sa fortune à l'affection du roi, ne craignit pas, dans cette fâcheuse extrémité, d'abandonner son protecteur.
' Jacques ne put retenir ses larmes lorsqu'il apprit que le prince George de Danemark, son gendre, et Anne, sa fille chérie, étaient également allés rejoindre le camp de Guillaume. Dans le transport de sa douleur, il s'écria: « Grand Dieu î prends pitié de moi , puisque mes propres enfans m'ont abandonné ! » Le dernier usage qu'il fit de l'autorité royale, fut d'expédier des ordres pour la convocation d'un parlement et d'envoyer trois commissaires pour traiter avec le prince d'Orange. Il prêta bientôt 1'oreiHe au plus imprudent de tous les conseils, celui de quitter le trône. Alarmé d'une défection presque générale, pressé d'ailleurs par ses propres craintes et celles de ses partisans, il prit précipitamment la résolution de passer, en France. Après avoir fait partir d'avance la reine et le jeune prince, sous la conduite du comte 4e Lauzun, favori de Louis XIV, il disparut pendant la nuit. Ar- . rêté à Faversham, il fut ramené à Londres, où la popu>
# Devenu plus tard le célèbre duc do Marlborougb*
lace, toujours inconstante, parut touchée de son sort et le salua des plus vives acclamations. Pendant le séjour qu'il fit à White-Hall, il sembla s'abandonner lui-même et ne montra pas la moindre intention de reprendre les rênes du gouvernement. Il se borna à demander humblement la permission, qui lui fut facilement accordée, de se retirer à Rochester, ville peu éloignée de la mer. De là, il gagna furtivement la côte, s'embarqua sur une frégate qui l'attendait , et qui le transporta heureusement au port d'Ambleteuse en Picardie, d'où il se rendit à Saint-Germain, Dans cette résidence, il reçut du monarque français la généreuse hospitalité qu'une famille jacobité, propriétaire du château de Lullworth, devait rendre de nos jours à un petit-fils de Louis XIV, aussi proscrit par une insurrection victorieuse.
Une assemblée nationale, convoquée à Westminster sous le nom de Convention, vota d'abord des remerciemens au prince d'Orange, pour le service qu'il venait de rendre à la nation, et déclara ensuite (février 1689): «que le roi Jacques s'étant efforcé de renverser la constitution du royaume, en rompant le contrat passé entre le roi et le peuple, ayant violé les lois fondamentales par le conseil des jésuites, et s'étant évadé du royaume, avait abdiqué le gouvernement , et qu'ainsi le trône était vacant. » Alors fut passé le bill qui donnait la couronne, au prince et à la princesse d'Orange, et l'administration au prince seul. Le trône devait appartenir après leur mort à la princesse Anne. La Convention joignit à ce règlement une déclaration des libertés légales du peuple anglais, où tous les points contestés entre le roi et la nation étaient enfin décidés, la prérogative de la couronne réduite à de justes bornes et plus exactement définie que jamais. Peu de temps après, une Convention écossaise ayant adopté une semblable déclaration, Guillaume et Marie furent proclamés dans les deux