‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 43 sur 51 · CHAPITRE XVni · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVni

Règne de Guillaume III et de Marie. — Jacques II en Irlande. — Guerre contre la France. —Traité de partage. —Règne d'Anne. — Marlhorough. — Guerre de la succession d'Espagne. — Réunion des deux parlemens d'Angleterre et d'Ecosse,

Si l'Angleterre et l'Ecosse s'étaient empressées de re«* connaître Guillaume d'Orange, l'Irlande en revanche, travaillée par le parti catholique, ne se montra guère disposée a se soumettre à un prince protestant. Cette île, où corn* mandait le comte de Tyrconnel^ zélé jacobite, se déclara bientôt ouvertement pour le monarque fugitif. Jacques, instruit de ces dispositions favorables, obtint de Louis XIV des secours en hommes et en vaisseaux, et partit de Brest après avoir pris congé de son royal hôte, qui lui dit en l'embrassant que son vœu le plus sincère était de ne jamais le revoir. Débarqué le 22 mars 1689 à Kinsale, il fit son en» trée solennelle à Dublin, aux acclamations de la multitude; il marcha ensuite sur Londonderry, ville protestante, qu'il assiégea et devant laquelle il perdit neuf mille liommes, sans pouvoir la réduire. Presque toute l'Irlande lui fut bientôt soumise, et il devint urgent pour l'Angle* terre de s'opposer à ses progrès. Guillaume envoya contre lui le duc de Schomberg avec une armée de dix mille hommes. Les maladies qui se répandirent parmi ses troupes empêchèrent le général anglais de rien entreprendre d'important. Cette inaction excita le mécontentement

des communes; Guillaume se vit tellement obsédé par les whigs et les tories en même temps, qu'il songça un instant à abandonner l'administration du royaume à la reine et à se retirer en Hollande. Il fallut les instances de ses partisans les plus dévoués pour le faire renoncer à ce projet. Il se décida enfin à se rendre lui-même en Irlande pour terminer plus promptemeut la guerre. A peine débarqué, il se dirigea vers la rivière de Boyne, où Jacques occupait une position avantageuse. Le combat commença aussitôt, et la victoire se déclara pour l'armée anglaise. Les Irlandais et les Français auxiliaires furent mis en pleine déroute. Jacques n'eut qye le temps de regagner Dublin, d'où il repartit pour la France (1690).

Les jacobites ne se tinrent pourtant pas pour vaincus. La nouvelle d'une victoire remportée par une escadre française sur la flotte anglo-hollandaise leur rendit l'espérance. La guerre continua; Guillaume s'empara de plusieurs forteresses, et, après avoir laissé le commandement de l'Irlande au général Ginckle avec de pleins pouvoirs pour finir de dompter les rebelles, il retourna en Angleterre. Ginckle s'acquitta avec bonheur de la mission qui lui fut confiée ; il attaqua sur les bords de la petite rivière de Shannon les bandes irlandaises réunies à de nouveaux auxiliaires français et les força à mettre bas les armes (1691). Les hostilités cessèrent, des négociations s'ouvrirent à Limerick, et l'on signa une capitulation par laquelle il fut stipulé que les catholiques irlandais jouiraient de la même liberté que sous le roi Charles II; que nul ne serait attaqué en jusr tice pour aucun délit antérieur, et que chaque individu aurait le droit de quitter l'Irlande et de se retirer où bon lui semblerait avec sa famille et sa fortune. En vertu de cette capitulation, douze mille Irlandais aimèrent mieux abandonner leur patrie et passer en France que de recoanaître Guillaume.

CUIIXAUME ET MARIE. 257

Après la réduction de l'Irlande* Gutfiauroepassa en Hollande pour «c concerter avec ses alliés. Il avait, dès le coin* menée; nent de son règne, formé une alliance offensive et défensive contre la France avec l'Empereur , l'électeur de Brandebourg et les Etats-Généraux de Hollande. Cette ligue est connue dans l'histoire sous le nom de ligue d'Jugsbourg. Louis profita de son absence pour entreprendre une descente en Angleterre. Un corps considéra^ ble de troupes françaises, auquel se joignirent un grand nombre d'Irlandais et d'Écossais fugitifs, se rassembla entre Cherbourg et La lingue sous les ordres même du roi Jacques; L'amiral Tourvilie, à la tête de soixante-trois vaisseaux de ligne, avait ordre de protéger le débarquement A la nouvelle de ces préparatifs formidables, l'amiral anglais Russel mit en mer avec toute la célérité possible et se réunit à l'escadre hollandaise. Il fit voile pour la France, et découvrit près de La Hoirie l'ennemi qui se disposa aussitôt à. lui livrer bataille (19 mai 1 692). Après une lutte de douze heures, la victoire se rangea du côté du nombre. Les Français, vaincus, perdirent quinze de leurs vaisseaux. Jacques, voyant ses espérances renversées, retourna à Saint-Germain. La reine Marie mourut peu de temps après ce nouveau désastre de son père.

La guerre continua sur le continent, pendant plusieurs années, avec des succès balancés; mais l'épuisement de la France, autant que celui des alliés , portait les peuples à désirer ardemment la fin des hostilités. La paix fut enfin signée à Ryswick le 20 septembre 1697. Par ce traité, la France reconnaissait le roi Guillaume sans restriction ni réserve, et la liberté de commerce entre les deux nations était rétablie.

Guillaume, de retour en Angleterre, essaya de donner plus de force à son autorité. Durant sa lutte avec la France, il avait été plus d'une fois oblige de faire des concessions

aux chambres, parce qu'il avait besoin d'argent : c'est ainsi qu'il avait consenti au bill triennal, en vertu duquel le parlement devait être convoqué au moins une fois en trois ans, et ne devait durer que trois ans au plus. Quoique délivré de la guerre.étrangère, il ne pouvait se faire à l'idée d'être roi sans armée. Il voulut donc garder, durant la paix , les troupes qui ne lui avaient été accordées que pour repousser le danger. Mais les communes tinrent ferme : elles décidèrent que toutes les forces soldées par l'Angleterre, excédant sept mille hommes, seraient licenciées, et que celles mêmes qui resteraient sous les drapeaux ne seraient composées que de nationaux. Guillaume se montra vivement indigné de ce vote des communes, et refusa d'abord de le sanctionner. Mais ramené par ses ministres à de meilleurs sentimens, il se détermina enfin à congédier sa garde hollandaise (1698).

Ces altercations entre le roi et le parlement durèrent jusqu'à la fin de son règne. Elles éclatèrent surtout au sujet du traité de partage de la monarchie espagnole, conçu par Louis XIV et approuvé par Guillaume. Par ce traité, PEspagne et les Indes-Orientales devaient appartenir au jeune fils de l'électeur de Bavière, que Charles II, n'ayant pas d'hérilier direct, avait désigné pour son successeur; le Dauphin, fils de Louis XIV, devait posséder Naples et la Sicile; l'archiduc Charles obtenait le Milanais^ Mais le prince de Bavière étant mort avant le roi d'Espagne, ces dispositions testamentaires furent modifiées. Charles choisit pour son héritier le duc d'Anjou, petit- fils de Louis XIV. Le monarque franc» te accepta la succession et se retira du traité de partage. A cette nouvelle, Guillaume irrité convoqua les chambres et leur présenta la conduite du roi de France sous le jour le plus défavorable. Les communes désapprouvèrent hautement le traité de partage, et témoignèrent énergiquement

Page 1