GUILLAUME ET MARIE
leur mécontentement de ce qu'il avait été conclu sans leur participation. Elles engagèrent cependant le roi à continuer les négociations, et promirent de l'aider à soutenir Piionneur de la nation anglaise. Une alliance offensive et défensive fut signée secrètement à La Haye entre l'Angleterre et les Provinces-Unies. L'Empereur, qui, de son côté, avait fait proclamer l'archiduc Charles roi d'Espagne, et avait déjà envoyé le prince Eugène de Savoie à la conquête du Milanais, ne tarda pas à se joindre à cette nouvelle ligue contre la France (1701).
Sur ces entrefaites, Jacques II mourut à Saint-Germain. Louis, qui n'ignorait pas les intrigues de Guillaume pour lui susciter des ennemis, s'empressa de reconnaître le jeune prince de Galles comme roi d'Angleterre. Dès que celle circonstance fut connue, un cri de guerre contre la France retentit dans toute l'Angleterre. La ville de Londres présenta au roi une adresse dans laquelle elle protestait de son attachement à sa personne et de sa ferme résolution de défendre ses droits à la couronne. Le parlement vota des subsides et porta un bill d'attainder contre le prétendu Jacques III, qui fut déclaré coupable de haute trahison. Mais la mort vint mettre un terme aux projets et à l'ambition de Guillaume. Comme il se rendait de Kensington à Hamptoncourt, son cheval s'abattit sous lui ; le prince fut renversé avec tant de violence que l'os du cou fut fracturé. Pour une constitution robuste, ce n'eût été qu'un léger accident; il fut fatal pour lui dont la santé était naturellement faiole. La fièvre l'emporta le 8 mars t702, dans la cinquante-deuxième année de son âge et la treizième de son règne.
Guillaume laissa la réputation d'un profond politique, quoiqu'il n'eût jamais été populaire, et celle d'un grand général, quoiqu'il eût rarement été victorieux. Son extérieur était sévère et sombre, et il ne montra jamais d'ar-
deur que sur le champ de bataille. Il détestait la flatterie, et cependant il aimait à dominer. Il épuisa l'Angleterre d'hommes et d'argent; mais les généreux efforts qu'il fit pour protéger la liberté de l'Europe contre les projets ambitieux de Louis XIV lui méritèrent la reconnaissance des peuples qu'il gouverna. Engagé dans des guerres continuelles, il ne put ni protéger les lettres, ni faire fleurir les arts pour lesquels il avait d'ailleurs peu de goût. Dryden, Newton et Locke furent les seuls génies remarquables de son règne. Ce fut sous Guillaume UI que la liste civile commença d'être réglée, et l'Angleterre lui doit l'établissement de sa Banque.
Anne, seconde fille du roi Jacques, et mariée au prince George de Danemark, monta sur le tréne, en vertu de l'acte de 1689, à la satisfaction générai de tous les partis. Quoique sous le règne précédent -elle eût essuyé toutes sortes de mortifications, la douceur de son caractère l'empêcha cependant d'en marquer aucun ressentiment. Son premier soin fut de déclarer aux chambres qu'elle était décidée à maintenir la religion et les lois établies, et à poursuivre les préparatifs commencés par son prédéceseur. La guerre fut donc déclarée à la France par l'Angleterre, l'Allemagne et la Hollande àla fois. Marlborough, alors en grande faveur, vit sa passion pour la gloire militaire satisfaite par le titre de généralissime des troupes anglo- hollandaises. Peu d'hommes étaient plus dignes d'une telle distinction. Calme au milieu du danger, infatigable dans le conseil , Marlborough fut pour la France l'adversaire le plus redoutable que l'Angleterre lui eût suscité depuis les désastres de Crécy et d'Azincourt.
Le général anglais, àla tète d'une armée de soixante mille hommes, qui comptait dans ses rangs les (meilleurs officiers du siècle, entra en campagne au mois de juillet
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1702. Louis XIV lui opposa le duc de Bourgogne, son petit-fils, sous lequel commandait le maréchal de Bonf- Âerrs, officier plein de courage et d'activité. Quelques jours suffirent aux alliés pour conquérir la Gueldre espagnole. Les Français, contraints de battre en retraite, regagnèrent le Brabant, où Marlborough n'avait pas envie de ies suivre. Content de terminer la campagne par la prise de Liège , où il fit un butin immense, il retourna en Angleterre; la chambre des communes lui vota des remerciemens , et la reine le créa duc. Sur mer, les armes anglaises furent également couronnées de succès. Après une vaine tentative contre Cadiz, le duc d'Ormond débarqua près de Vigo, tandis que la flotte, sous les ordres de Faillirai George Rooke, pénétrant dans le port, forçait les Français qui s'y étaient réfugiés à brûler leurs vaisseaux : huit furent ainsi incendiés ou échoués, et dix bâtimens de guerre furent pris avec onze galions et plus d'un million d'argent monnayé.
En 1 703 , Marlborough commença la campagne par la prise de Bonn , de Huy, de Limbourg et de Gueldre. Il fut arrêté au milieu de ses succès par l'inaction des Hollandais, qui commençaient à se laisser influencer par le parti de Louvestein, toujours opposé à la guerre contre la France. le commencement de la campagne suivante, le général anglais, déterminé à porter un coup décisif, vola au secours v de l'Empereur; il prit avec lui environ quinze mille hommes d'excellentes troupes, arriva sur les bords du Danube, et défit un corps de Français et de Bavarois (fui l'attendait à Donawert. Bientôt réuni au prince Eugène, son rival en gloire et en science militaire, il attaqua le maréchal de Tallard et le duc de Bavière, postés sur une hauteur, près de la ville de Hochstœdt. Jamais lutte ne fut plus acharnée. La victoire finit parité fixer sous les drapeaux des alliés. Douze mille Français et Bavarois furent tués sur le champ
de bataille, ou noyés dans le Danube, et treize mille faits prisonniers. Le maréchal de Tallard fut pris. Landau se rendit à la suite de cette victoire. Pendant ce temps, l'amiral sir George Rooke, après avoir fait une tentative infructueuse sur Barcelone, enlevait aux Espagnols la ville de Gibraltar, qui, depuis cette époque, est restée au pouvoir des Anglais. La campagne de 1705 offrit peu d'événemens importans ; les succès et les revers furent partagés.
Au printemps de 1706, Marlborough quitta de nouveau l'Angleterre, où le peuple l'avait accueilli avec une joie frénétique, et ouvrit la campagne avec une armée de quatre -vingt mille hommes. Il avait affaire cette fois au maréchal de Villeroy, favori de Louis XIV et compagnon de sa gloire. Les deux armées se rencontrèrent au village de Ramillies, près de Tirlemont. Les Français furent vaincus et perdirent près de huit mille hommes, tués ou blessés, et six mille prisonniers. Tout le Brabant fut le prix de cette victoire, presque aussi éclatante que celle de Hochslaedt, et la France consternée sembla perdre courage. En Espagne, les affaires du nouveau roi Philippe V paraissaient aussi désespérées; ce prince avait vainement essayé de reprendre Barcelone sur son compétiteur, l'archiduc Charles, et le comte de Galway, envoyé par la reine d'Angleterre pour aider le fils de l'Empereur dans la .conquête de la vaste monarchie espagnole, était entré triomphant à Madrid. De son côté, le prince Eugène, commandant une armée allemande en Italie, gagna la bataille de Turin, et força les Français à évacuer le Piémont. Marlborough fut reçu, en Angleterre, comme le libérateur de la nation. Le château de Woodstock lui fut conféré, par les deux chambres, comme une récompense de ses services ; lorsqu'il se rendit à la chambre des pairs, le lord garde-des-sceaux prononça un discours en son honneur.