ANNE
La réunion des royaumes d'Angleterre et d*Écosse, que la reine Anne eut le bonheur d'opérer vers cette époque, fut un événement bien plus important et bien plus glorieux que les triomphes les plus éclatans des armes anglaises. Le traité d'union , rédigé par des commissaires choisis dans les deux nations, fut enfin, après de longues discussions, signé et présenté aux parlemens des deux pays. 11 y était principalement stipulé que l'Angleterre et TÉcosse ne formeraient plus qu'un seul royaume, sous le nom de royaume uni de la Grande-Bretagne, et jouissant des mêmes droits et privilèges; que la succession au trône serait dévolue à la princesse palatine Sophie, petite-fille de Jacques I er , et mariée à l'électeur de Hanovre ; que l'Écosse serait représentée dans le parlement britannique par seize pairs et quarante-cinq membres de la chambre des communes , et que le reste des pairs conserveraient leurs titres et leurs privilèges. Cet acte si sage produisit la plus violente effervescence dans toute l'Écosse. Les puritains, unis aux jacobites, prirent les armes, et la populace d'Édim* bourg se porta aux derniers excès. Dans les deux chambres, l'opposition ne fut pas moins ardente. Mais l'habileté des ministres anglais triompha de ces résistances , et le traité fut enfin approuvé par les parlemens des deux nations, i
Après la bataille de Ramillies, le roi de France fit écriré en son nom à Marlborough, pour demander la paix (1708). Leduc, qui était résolu à suivre sa bonne fortune, rejeta ses propositions. A la tète d'une armée nombreuse, il s'avança jusqu'à Oudenarde, où les Français avaient pris position. Il y eut un engagement terrible ; l'ennemi, mis en déroute, fut obligé de se retirer, laissant trois mille morts sur le champ de bataille et sept mille prisonniers. A la suite de cette victoire, Lille, la plus forte place de la Flandre française, fut prise après un siège opiniâtre. Louis XIV échoua également dans une tentative de descente
en Écosse. Pour faire diversion à la guerre des Pays-Bas, il rassembla une flotte à Dunkerque, et fit partir le Prétendant, qui se faisait appeler le chevalier de Saint-George, avec une armée. Arrivé au golfe d'Édimbourg, Forbin, . qui commandait les vaissaux français, rencontra une forte escadre anglaise. N'étant pas assez fort pour tenter un engagement, il remit à la voile pour se diriger sur Inverness; mais les mauvais temps l'obligèrent à ramener le Prétendant à Dunkerque.
• Les victoires réitérées des alliés en Espagne et en Piémont engagèrent le roi de France à faire de nouvelles propositions de paix. Une conférence eut lieu. Les alliés, que le succès rendait arrogans, présentèrent des demandes si exagérées, que la France, malgré son épuisement, se prépara à un dernier effort. Le maréchal de Villars, l'espoir de sa patrie, fut renvoyé en Flandre. Tournay fut le premier objet des opérations de l'armée alliée. Malgré son héroïque résistance, cette importante place fut obligée de se rendre. Peu de temps après, se livra la sanglante bataille de Malplaquet (1 er septembre 1709), où les Français cédèrent le champ de bataille, mais non sans avoir vendu chèrement la victoire. Villars fut dangereusement blessé, et l'armée opéra une brillante retraite sous la conduite de Boufflers. Les vainqueurs perdirent plus de vingt nnille de leurs meilleurs soldats. La ville de Mons fut le prix de cette victoire.
Cependant le crédit de Marlborough touchait à sa fin. Les tories, ennemis des whigs dont ce général était le chef, ayant ressaisi la majorité au parlement, les écrivains de ce parti attaquèrent l'avarice du duc, son orgueil', «es intrigues et son pouvoir toujours croissant. Une partie de leurs plaintes était vraie, une partie exagérée. La reine, profitant de l'occasion, retira sa confiance à Sarah Jennings, épouse de Marlborough, dont la conduite altière lui était