‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 46 sur 51 · AME · texte numérisé non relu

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devenue insupportable. Bientôt elle secoua tout-â-fait le joug des whigs en renvoyant ses ministres et en donnant tous les hauts emplois aux tories les plus prononcés. Tant que la guerre continuerait, il était impossible de dépouiller Marlborough de son commandement. On résolut donc de faire la paix. Des négociations furent secrètement entamées avec la France (1711). Un événement important permit bientôt de les continuer ouvertement. L'empereur Joseph I er étant mort, l'archiduc Charles son frère, que les { alliés voulaient placer sur le trône d'Espagne, lui succéda. Les ministres Harley et Saint-John représentèrent au parlement combien il serait dangereux pour l'équilibre européen que la maison d'Autriche réunît à sa puissance d'aussi vastes possessions que celles de la monarchie espagnole. Les chambres les autorisèrent à signer les préliminaires d'un traité de paix, malgré l'opposition de l'empereur et des États de Hollande. Les récriminations contre Marlborough recommencèrent. La reine, cédant aux clameurs du peuple qui demandait avec instance la chute de celui qui avait été précédemment son idole, enleva le commandement de l'armée à l'illustre général; et celui-ci clôtura sa carrière de gloire en forçant les lignes de Valenciennes. »

Après l'éloignement de Marlborough, une suspension d'armes fut conclue entre la France et l'Angleterre (1712). Les alliés, quoique privés de l'assistance des Anglais, continuèrent à pousser la guerre avec vigueur. Une victoire signalée, remporiée à Dénain par le maréchal de Villars, sauva la France et servit à hâter la paix qui fut enfin signée à Utrecht entre la France, l'Angleterre et la Hollande (1713). Par ce traité fameux, auquel Fempereur n'accéda qu'un an après, Philippe V, reconnu roi d'Espagne, reuonçait à tous ses droits à la couronne de France; Louis XIV cédait à l'Angleterre TAcadie, la baie d'Hudson et Terre- Neuve; il abandonnait la cause du Prétendant , etrecoa-

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naissait la succession constitutionnelle de la maison de Hanovre; l'Espagne était dépossédée de Gibraltar et de Minorque, et l'empereur obtenait le royaume de Naples, le duché de Milan et les Pays-Bas espagnols. La plus grande part fut faite à la gloire et aux intérêts de l'Angleterre ; ses plénipotentiaires obtinrent encore que les fortifications de Dunkerque fussent démolies et le port comblé.

Les Anglais, ainsi délivrés de leurs ennemis extérieurs, curent tout le loisir de recommencer leurs disputes de partis. Les ministres Harley et Saint-John, en récompense de leurs éminens services, venaient d'être créés, le premier comte d'Oxford, le second vioomte de Bolingbroke. Ces dèux hommes d'État, étroitement unis tant qu'il ne s'était agi que de disputer le pouvoir aux whigs, devinrent rivaux dès qu'ils furent vainqueurs de leurs adversaires. Oxford, plus circonspect, était pour la modération et la succession hanovrienne; Bolingbroke, au contraire, ardent et impétueux, tenait pour les mesures de rigueur à l'égard des whigs et avait quelque espérance de porter le Prétendant au trône. Lear animosité fut bientôt au comble, et les altercations les plus violentes éclatèrent chèque Jour dans le conseil privé. La reine , influencée par lady Masham, se déclara pour Bolingbroke, qui flattait d'ailleurs son penchant pour son frère et son aversion pour la maison de Hanovre. Oxford fut dépouillé de son emploi de trésorier.

5 Anne, dont la santé déclinait depuis long-temps, fut tellement affligée des intrigues des partis pour s'emparer du pouvoir, qu'elle tomba subitement dans un état d'insensibilité léthargique. Malgré tous les secours que lui prodiguèrent ses médecins, la maladie fit de si rapides progrès que bientôt ils désespérèrent de ses jours. Elle expira le 1 er août 1714, dans la quarante-neuvième année de son âge, après avoir régné trcke ans $ur uo pçupte qui s'était

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élevé au plus haut degré de civilisation. Son époux , le prince George de Danemark, homme de mœurs paisibles, qui n'avait été que son premier sujet, l'avait précédée de quelques années dans la tombe. Anne avait plus d'amabilité que de grandeur, plus d'agrément que de beauté ; son esprit et son instruction n'étaient point remarquables. Sa bonté et la douceur de son administration lui firent donner par son peuple le nom de Bonne Reine. Elle finit t la ligne des Stuarts, famille dont les fautes et les infortunes n'ont rien de comparable dans l'histoire. Newton , Locke, Pope, Swift, Addison, Prior, Bolingbroke et Congrève firent briller son règne du plus vif éclat.

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