‹ Histoire d'Angleterre abrégée de Hume et SmolletChapitre 47 sur 51 · CHAPITRE XTX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTX

Règnes de George I» et de George II. — Révolte en Êcosse. — Le parlement déclaré septennal. — Guerces continentales. — ..Robert Walpole. — Charles-Edouard en Écosse. — Guerre de JHanovre. — . Conquête duCanada.

Conformément à l'acte de succession , George, fils d'Ernest-Auguste, électeur de Hanovre, et de la princesse Sophie, petie-fille de Jacques I er , fut proclamé roi de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, sous le nom de George 1 er . Son âge mûr — il avait alors cinquante-quatre ans — son expérience, ses alliances nombreuses, la tranquillité de l'Europe, tout concourait à lui promettre un règneJieufeux et paisible. Arrivé à Londres, ïl s'empressa d'exclure les tories de toute l'administration, et fit le plus grand accueil au duc de Marlboreuf^h qui reprit le coTrnnandemçftt de l'armée. Oubliant que le roi d'un parti tfeSf qw

le souverain de la moitié de ses sujets, il n'admit dans les emplois que les chefs du parti whig. Ceux-ci dominèrent bientôt à la cour et au parlement. Une telle partialité souleva des mécontentemens parmi le peuple. Les tories se rendirent populaires en contrôlant les dépenses et en défendant les intérêts de la nation. Il y eut de graves désordres à Birmingham , à Bristol , à Norwich et à Reading; le cri de ralliement était : « A bas les whigs! Vive Sacheverel 1 !» Les prédicateurs, dans leurs sermons, proclamaient que l'impiété et l'hérésie allaient reparaître sous une administration whig. Le ministère imposa silence au clergé, en lui interdisant toute espèce d'allusion politique dans ses sermons. Le roi convoqua un nouveau parlement, où les whigs continuèrent à l'emporter. A peine constituées, les communes, sur un rapport de Walpole, mirent en accusation les ministres tories, Oxford, Bolingbroke et Ormond. Le premier fut acquitté après avoir langui deux ans dans la Tour; les deux autres se dérobèrent par la fuite aux poursuites dirigées contre eux.

La violence des communes fut imitée au dehors par une violence égale. Les troubles devinrent de jour en jour plus fréquens, et chaque émeute ne servit qu'à augmenter la sévérité de la législature, qui alla jusqu'à suspendre le bill de Vhabeas corpus. Le feu de la rébellion s'alluma bientôt en Écosse. Les tories de ce pays s'associèrent avec les jacobites. Le comte de Mar, assemblant trois cents de ses vassaux dans les montagnes, proclama le Prétendant à Castletown , et prit le titre de lieutenant-gé-

i Sacheverel était un docteur qui avait prêché l'intolérance et l'obéissance passive sous là reine Anne. Ses sermons , dénoncés an parlement où les wighs étaient alors en majorité, le firent condamner; mais, quand les tories ressaisirent le pouvoir, il fut réhabilité et comble d'honneurs.

Tiéral de Sa Majesté (1715). Plusieurs chefis de clans jacobites se réunirent à lui, et il se vit bientôt à la tête de dix mille hommes bien armés et bien approvisionnés. Le duc d'Argyle, animé d'une haine héréditaire contre les Stuarts, • s'avança contre les rebelles, à la tête des forces anglaises qui se trouvaient dans le nord de la Grande-Bretagne. Quoique ses troupes fussent de moitié inférieures à celles de l'ennemi, il le battit à Dumblaine. Les clans découragés se dispersèrent. La révolte fut encore moins heureuse en Angleterre. Le général Willis, à la tête de sept mille hommes, attaqua les insurgés qui, sous le commandement de Forster, nommé général en vertu d'une commission délivrée par le Prétendant, s'étaient emparés de Preston. Après avoir investi la place de tous côtés, le général anglais les força à se rendre à discrétion. Plusieurs chefs furent jugés par une cour martiale et passés par les armes; d'autres furent envoyés à Londres, et conduits à travers les rues, enchaînés par le bras les uns aux autres, afin d'effrayer leur parti.

Dans cette situation désespérée, le Prétendant résolut de hasarder sa personne au milieu de ses partisans. Traversant la France sous un déguisement, il s'embarqua à Dunkerqueet arriva sur la côte d Écosse. Le 5 janvier 1716, il fit son entrée solennelle à Dundee, et , deux jours après r àScone, où il avait l'intention de se faire couronner* Toutefois cette vaine parade ne dura pas long-temps. Instruit que le duc d'Argyle allait recevoir des renforts considérables d'Angleterre, le chevalier de Saint-George réunit ses principaux partisans, et leur apprit que le défaut d'argent, d'armes et de munitions, le mettait dans la nécessité de les quitter. Il se rembarqua sur un vaisseau français, et son départ mit fin à la rébellion. Quoique l'ennemi eût disparu, la fureur des vainqueurs ne parut point diminuée par le succès. Les lois furent exécutées

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dans toute leur rigueur. Les communes décrétèrent dteeh cusation tous les nobles qui avaient pris part à la révolte. Le comte de Derwentwater et lord Kenmuir furent condamnés à mort et exécutés. Mille malheureux prisonniers, coupables seulement de s'être laissé égarer, implorèrent la clémence du roi et furent transportés dans l'Amérique dï* Nord. Dans ces circonstances, les ministres, profitant de l'empressement du parlement à seconder leurs vues, et voulant s'assurer plus long-temps la majorité, firent passer, après de vifs débats , un bill qui étendait le terme de ladurée de la chambre élective à sept années, et révoquait celui qui ordonnait de la renouveler tous les trois ans.

Le roi d'Espagne, Philippe V, s'étant emparé de la Sardaigne,. George, qui ne voyait pas sans jalousie le développement que prenait la marine espagnole, conclut avec l'empereur, la France et la Hollande , le traité qu'on appela h quadruple alliance. L'amiral sir George Byng reçut l'ordre de faire voile pour Napies, alors menacée par Tannée espagnole (1718). Près du cap Fara il décou-* vrit la flotte ennemie', forte de vingt-sept voiles. Un engagement eut lieu, dans lequel les vaisseaux espagnols furent presque tous détruits ou pris. La fortune se montra également contraire à Philippe dans une autre entreprise qu'il tenta en faveur du Prétendant. Le réfugié d'Orraond l'ut chargé d'opérer une descente en Écosse avec une , flotte de dix vaisseaux; mais il fut assailli par une tempête, et ses bâtimens furent dispersés. Ces divers échecs engagèrent Philippe à faire la paix etàsigaer la quadruple alliance (1717).

A la même époque où l'Écossais Law plongeait la France dans la plus grande détresse, en formant une compagnie, sous le nom de Banque clu Mississipi, le peuple anglais se: laissait prendre à uu projet entièrement semblable , désir gné sous le nom de Compagnie de la mer du Sud , proiçt

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qui fit des milliers de malheureui, et dont le contre-coup se fit long-temps sentir (1721). Cette compagnie obtint du gouvernement l'autorisation d'acquérir, par achat ou par souscription, toutes les dettes rachetables ou non rachetables de la nation. Pour attirer les actionnaires, elle répandit le bruit que la plus riche partie du Pérou allait lin être concédée. Aussitôt, chacun voulut échanger son argent contre du papier; toutes les classes et toutes les professions furent possédées de la fureur de l'agiotage, qui ne se calma que lorsqu'on reconnut que les avantages qu'on s'était promis étaient purement imaginaires. Le monarque et le parlement partagèrent l'indignation générale. Les directeurs de la compagnie furent chassés des sièges qu'ils occupaient dans les deux chambres; pour rétablir le. crédit public et pour indemniser les victimes de ces spoliateurs habiles, on confisqua tous 4es biens et domaines qu'ils avaient acquis pendant la durée de la fièvre populaire.

Les mécontentemens occasionés par ces calamités publiques donnèrent au parti tory quelque espoir de succès. Le duc d'Orléans , régent de France , informa le roi d'une conspiration tramée contre sa personne et son gouvernement (1722). Plusieurs persoimes de distinction furent arrêtées, et de ce nombre était Francis Atterbury, évêque de Rochester, qui, sans autres preuves que ses lettres interceptées et écrites en chiffres, fut privé de sa dignité et banni du royaume à perpétuité. Ce procès fut suivi de celui du chancelier Maclesfield, qui fut traduit à la barre de la chambre des pairs, comme coupable de crimes au premier chef et de malversations. Il fut condamné à une amende de trente mille livres sterling et à l'emprisonnement jusqu'à l'entier jyaieroent de cette somme.

Le traité conclu avec l'Espagne ne tarda pas à se rom-* pre; l'esprit de commerce était si ardent, qu'aucune res-*

triction ne pouvait l'enchaîner. Une flotte fut envoyée dam l'Amérique du Sud, pour intercepter les galions espagnols; mais la plupart des matelots périrent de l'intempérie du climat et de la longueur du voyage (1726). Pour se venger de ces hostilités, les Espagnols entreprirent le siège de Gibraltar, mais sans aucun succès. Dans cette conjoncture, la France offrit sa médiation, et réussit à opérer une réconciliation entre les deux parties.

En 1727, George voulut aller visiter son électoratde Hanovre, qu'il n'avait pas vu depuis deux ans. Arrivé A Osnabruck, il fut subitement frappé de paralysie, et mourut à l'âge de soixante-huit ans, après en avoir régné treize. Son corps fut transporté à Hanovre et déposé parmi ceux de ses ancêtres.

Aussitôt après la mort de George I er , son fils George II monta sur le trône. L'administration n'éprouva que de légers changemens, et le système politique fut le même que celui du précèdent règne. Le soin du gouvernement fut particulièrement confié à sir Robert Walpole, zélé partisan de la maison de Hanovre. Nommé chef de la trésorerie, cet homme d'Etat essaya d'abord de servir son pays; mais bientôt, rencontrant une forte opposition, il employa ses efforts à garder sa position plutôt qu'à la rendre honorable. En corrompant la chambre des communes, il en augmenta les richesses et le pouvoir; elles votèrent volontiers les millions qu'elles devaient partager avec le ministre.

Pendant les premières années de l'administration de Walpole, l'Europe jouit d'une paix si profonde, qu'il ne se passa aucun événement que l'histoire doive rapporter. En 1732, un plan formé »par le ministre rappela l'attention publique. H proposa une taxe {excise) sur le tabac. Cette proposition excita une violente fermentation dans

la chambre et au dehors. Le ministre, effrayé de ces démonstrations^ retira son projet. L'opposition acquit, par cette victoire, une telle popularité, qu'elle résolut d'essayer ses forces en demandant la révocation du bill de la septennalité; mais la motion fut repoussée par la majorité. Dans un nouveau parlement (1734), on proposa un bill pour fixer à 100,000 livres sterling la maison du prince de Galles, qui se montrait le chef du parti populaire; le parti de la cour parvint encore à faire rejeter le bill , et obtint même la disgrâce du prince, autour duquel se rallièrent désormais tous les mécontens. Les Anglais, pour se venger, se servirent des seules armes qui leur restaient, la satire et le ridicule; chaque soir le ministère fut traduit sur la scène et fut exposé à la risée publique. Walpole, pour réprimer ce qu'il appelait la licence du théâtre, proposa et fit adopter, par sa majorité, un bill qui soumettait tous les ouvrages dramatiques à la censure du lord chambellan (1737).

Depuis le traité d'Utrecht, les Espagnols n'avaient cessé d'insulter et de troubler le commerce de la Grande- Bretagne dans l'Amérique du Sud. Les plaintes des marchands anglais s'élevèrent enfin assez haut pour que la chambre des communes y fit attention. Le ministère, afin de répondre au désir général, accorda d'abord des lettres de représailles contre les Espagnols. Bientôt une rupture ouverte éclata entre les deux nations. L'amiral Vernon, nommé commandant de la flotte envoyée aux Indes-Occidentales, attaqua et détruisit toutes les fortifications de Porlo-Cabello (1739). Cet heureux début donna aux communes le désir de poursuivre la guerre avec toute la vigueur possible. Une escadre fut équipée et placée sous les ordres du commodore Anson (1740). L'intrépide marin doubla le cap Horn , attaqua les étabjissemens espagnols dans la mer (lu Sud, s'empara du galion d'Acapulco, et

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revint en Angleterre chargé d'un riche butin, après avoir triomphé de mille dangers et avoir fait le tour du globe dans l'espace de tmis ans et neuf mois. Dans le même temps* une flotte de plus de soixante-dix voilés fut en* voyée, sous la conduite de sir Chaloner Ogle, pour re* joindre l'amiral Vernon à la Jamaïque. Les escadres combinées se dirigèrent sur Carthagène, dans la Nouvelle-Espagne. On s'empara promptement de cette opulente cité. Mais les pluies qui survinrent, et la division qui s'éleva entre l'amiral et le commandant des troupes de débarquement, forcèrent bientôt les Anglais à se rembarquer. Dès que le mauvais succès de cette expédition fut connu en Angleterre, des cris d'indignation s'élevèrent contre le ministre Walpole. Dans cette situation, sir Robert, voyant la chambre des communes soulevée contre lui, se détermina à céder à Forage. II se démit de toutes ses charges, et peu de jours après le roi le créa comte d'Oxford (1741). Lord Carteret lui succéda dans la confiance du roi.

La guerre se ralluma bientôt sur le continent par la mort de l'empereur Charles VI. Marie-Thérèse, filière ce monarque, et descendante de tant d'illustres empereurs, se vit attaquer à la fois par la France , la Prusse et la Bavière, et perdit en peu de temps la plus grande partie de son héritage. Mais l'Angleterrre, la Hollande, la Russie et le Piémont se déclarèrent en sa faveur. Stair, général expérimenté, battit les Français au village cle Dettingen, eu Bavière (1743). Pour faire diversion, la France résolut une descente en Angleterre. Elleappela à cet effet, de Rome où il vivait obscurément, le jeune Charles- Edouard, fils du vieux Prétendant. Les troupes destinées à cette expédition devaient s'émbarquer à Dunkerque, sous le commandement du fameux comte de Saxe, fHs naturel du dernier roi dePologne. Mais l'entreprise échoua par l'apparition de sir JohnNorris, qui, avec une flotte supérieure, vint attaquer

la flotte française, et la força de retourner en arrière. Une tempête affreuse endommagea les transports, qui ne purent être réparés. L'année suivante (1744), les flottes combinées de France et d'Espagne prirent leur revanche eu attaquant avec succès la flotte anglaise à la hauteur de Toulon.

Sur le continent, les armes anglaises n'étaient pas plus heureuses. Les Français avaient rassemblé, dans les Pays- Bas, une armée de cent vingt mille hommes, sous les ordres du comte de Saxe; au printemps de 1745, ils investirent la forte ville de Tournay. Les alliés , commandés par le duc de Cumberland , résolurent de sauver cette ville en hasardant une bataille. Ils marchèrent contre l'ennemi et l'attaquèrent au village de Fontenoy. Pendant près d'une heure, les Anglais, renversant tout ce qui leur résistait, furent victorieux; mais exposés, de trois côtés, au feu continuel de l'artillerie française, ils furent obligés de faire retraite. Les alliés laissèrent douze mille hommes sur le champ de bataille, et la victoire coûta presque aussi cher aux Français, qui s'emparèrent de Tournay et conservèrent leur supériorité tout le reste de la guerre.

Ce fut en ce moment, où la fortune se montrait contraire aax Anglais, que le jeune Charles-Édouard résolut de tenter un dernier effort pour conquérir la couronne de ses ancêtres. Emportant avec lui quelque agent, des armes pour deux mille hommes, et les promesses de la France qui encourageait son ambition, il s'embarqua pourl'Écosse, accompagné du marquis de Tullibardineet de quel^. ques autres réfugiés dévoués à sa cause. Il alla aborder sur la côte de Lochaber, à l'ouest de FÉcosse ; en peu de temps il fut joint par quelques chefs des clans de montagnards (fughlanders); et répandant des proclamations <lans tout: le royaume, il se vit bientôt à la tète de quinze mille; hommes. Le jeune aventurier s'empara d'abord de Perth^

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où son père fut proclamé roi de la Grande-Bretagne. De là, descendant des montagnes, il marcha sur Édimbourg et y entra sans résistance. Sir John Cope, avec un petit corps de troupes anglaises, voulut arrêter ses progrès; mais il fut complètement défait à Preston-Pans, à douze milles d'Édimbourg, par les montagnards. Si le Prétendant eût profité de cette victoire, s'il se fût immédiatement porté en avant, les conséquences eussent pu être fatales à l'Angleterre; mais il se laissa amuser par des promesses de secours qui ne vinrent point, et resta à Édimbourg pour s'y faire traiter en roi. Pendant ce temps, le ministère anglais fit ses préparatifs et fut bientôt en état de lui résister avec succès. Après plusieurs conférences avec ses officiers, Charles- Edouard résolut cependant de faire une irruption en Angleterre. Il y entra par l'ouest, et investit Carlisie, qui se rendit en moins de trois jours. De là il se porta sur Penrith, marchant à pied et portant le costume de highlander; il ne s'arrêta qu'à Derby, où il ne se trouvait plus qu'à cent milles de Londres; s'il avait toujours marché avec la même célérité, il se fût certainement emparé de cette capitale, où régnaient la terreur et l'inquiétude; mais il temporisa. Le roi résolut alors de se mettre en campagne. A celte nouvelle, les chefs des clans de montagnards voulurent retourner dans leur pays, où il leur était plus facile de faire la guerre. Ils battirent, à Falkirk, le général Hawley, qui était à la tète d'un corps considérable de troupes régulières (1746). Mais les succès de Charles-Édouard approchaient de leur fin. Le duc de Cumherland, rappelé de Flandre, prit le commanderaeut des forces anglaises réunies à Édimbourg, se mit à la poursuite des insurgés, qui se retirèrent à son approche, et les atteignit dans la plaine de Culloden , à neuf milles d'Inverness. En moins de quelques heures les montagnards furent mis dans une déroute complète par la cavalerie

anglaise, et le champ de bataille fut couvert de leurs morts et de leurs blessés, au nombre de plus de trois mille. Ainsi s'évanouirent les espérances de l'infortuné Charles- Edouard. Blessé lui-même, le jeune prince, immédiatement après le combat, s'enfuit avec un Irlandais, qui partagea tous ses malheurs. Il erra pendant plusieurs mois au milieu des déserts affreux de Glengary, n'ayant d'autre abri que des cavernes et des chaumières, et poursuivi sans relâche par les troupes du vainqueur, qui avait promis une récompense de 30,000 sterling à celui qui le prendrait mort ou vif. Réduit à l'état le plus déplorable, sans linge, sans autre vêtement qu'un plaid de highlander, et la santé altérée par la faim et la fatigue, il trouva enfin le moyen de s'embarquer à bord d'un corsaire de Saint- Malo, qui fit voile pour la France et le transporta à Morlaix. Après avoir coulé sur le champ de bataille, le sang de ses partisans coula sur les échafauds. Dix-sept officiers de l'armée rebelle furent pendus, leurs entrailles arrachées et leurs membres écartelés dans la commune de Kennington, près de Londres. Neuf autres furent exécutés de la même manière A Carlisle, et onze à York. Le comte de Kilmarnock, lord Balmerino et lord Lovât furent décapités à Tower-Hili. Pour les insurgés appartenant aux classes inférieures, un très-grand nombre furent déportés dans les colonies de l'Amérique du Nord, et les autres obtinrent leur grâce. Tel fut le résultat de la dernière tentative des Stuarts pour remonter sur le trône.

Tandis que les Français obtenaient des avantages signalés dans les Pays-Bas, deux flottes, qu'ils destinaient, l'une à faire une descente dans les colonies anglaises d'Amérique, l'autre à agir dans les Indes-Orientales, furent attaquées par Anson et Warren, qui leur prirent neuf vaisseaux. Bientôt après, le commodore Fox prit plusieurs bâtimens français richement chargés et partis de Saint-

Domingue (1747). Après ces victoires et ces défaîtes successives, les puissances belligérantes commencèrent a voir qu'elles s'étaient affaiblies et n'avaient obtenu aucun avantage. Elles ouvrirent un congrès à Aix-la-Chapelle, et * conclurent un traité de paix, qui eut pour conditions préliminaires de rendre toutes les conquêtes faites durant la guerre; il jrfut stipulé que la démolition des fortifications de Dunkerque, prescrite par la paix d'Utrecht, serait enfin effectuée (1748).

Cependant la guerre né tarda pas à se rallumer entre l'Angleterre et la France , au sujet de la Nouvelle-Écosse , contrée stérile de l'Amérique du Nord, sur laquelle les Français, qui l'avaient les premiers cultivée, faisaient valoir leurs droils. Les Indiens s'allièrent naturellement avec ceux-ci, qui sympathisaient davantage avec leur caractère, car ils étaient hardis, entreprenans et pauvres. Les colons anglais, riches et laborieux, furent attaqués sur plusieurs points. Le ministère anglais songea alors sérieusement à protéger ses colonies. Quatre expéditions à la fois furent entreprises en faveur de l'Amérique , mais sans aucun succès. L'ennemi s'empara de plusieurs forts situés sur le Niagara. Des ordres furent alors donnés pour courir sus aux vaisseaux français partout où on les trouverait ; et bientôt les piorts anglais furent remplis de bàtimens capturés. Après de tels actes d'hoslilités, la guerre fut formellement déclarée des deux côtés (1756). La flotte française attaqua Minorque, que les Anglais avaient prise aux Espagnols sous la reine Anne, et s'en empara , à la face de l'amiral Byng, accouru en toute hâte avec dix vaisseaux pour sauver la forteresse assiégée. Le peuple anglais poussa un cri de fureur contre l'amiral. A son arrivée dans sa patrie, Hnfortuné marin fut jugé à Porstmouth par une cour martiale. Déclaré coupable de n'avoir pas fait tou$ ses efforts pour éloigner l'ennemi , il fut condamné à

mort et exécuté. Ses amis implorèrent en vain, en sa faveur, la clémence du roi; Voltaire, en France, fit entendre pour sa défense le langage de la raison et de l'humanité.

La guerre n'étendait pas seulement ses ravages en Amérique et dans l'Inde, où les Anglais s'emparaient de Chandernagor, établissement prospère appartenant à la France; elle était encore allumée sur le continent, où le roi de Prusse venait de s'allier avec l'Angleterre contre l'Autriche, la France et la Russie. Une armée française, sous les ordres du maréchal d'Estrées, envahit le Hanovre et battit , à Hastenbeck, le duc de Cumberland. Le général anglais, cerné dans les environs de Statdes, n'eut bientôt que l'alternative de se battre ou de mourir de faim ; îl sollicita la médiation du Danemark, et obtint la fameuse capitulation de Closter-Seven , par laquelle son corps d'armée posa les armes. Tout le Hanovre se soumit à la France, qui dirigea ses troupes victorieuses contre le roi de Prusse (1757).

'Le ministère anglais pensa alors à opérer une diversion en faveur des armées d'Allemagne. Deux escadres formidables, destinées à faire une tentative sur Cherbourg et Saint-Malo, furent équipées; mais elles échouèrent dans leur entreprise. En Amérique, la fortune se montra plus favorable à la Grande-Bretagne; le général Abercromby s'empara de Louisbourg, et le colonel Forbes força la garnison française à abandonner' le fort Duquesne. L'année suivante, le général Wolf, chargé de la conquête du Canada , attaqua les Français sur les hauteurs qui commandaient Québec. Wolf fut vainqueur, mais il perdit la vie dans le combat , ainsi que le général Montcalm son adversaire. Québec se rendit néanmoins; et dès ce moment le Canada appartint à l'Angleterre (1760). Dans l'Inde, la Grande-Bretagne ne fut pas moins heureuse. Le général Lally, après une vigoureuse défense , se vit forcé de ren-

dre la place de Pondichéry, et le commerce de la France sur la côte de Coromandel fut anéanti. Maîtresse de la mer, la marine anglaise attaqua toutes les possessions françaises; elle s'empara successivement du fort Louis au Sénégal, de la Guadeloupe et des Antilles.

En Europe , la victoire ne se montrait pas aussi constante sous les drapeaux de l'Angleterre et de ses alliés : les campagnes de 1759 et de 1760 furent une suite incertaine de succès et de défaites; mais au moment où la guerre était dans toute sa vigueur, un événement imprévu frappa la nation anglaise. Le roi George II mourut subitement d'un épanchement sanguin au cœur (25 octobre 1760). Il était âgé de soixante-dix-sept ans et en avait régné trentetrcii. Ce prince n'avait point de qualités brillantes, et, pour avoir le temps de gouverner ses domaines allemands, il abandonna l'administration de la Grande-Bretagne à ses ministres. Sous son règne, qui fut une ère remarquable de prospérité matérielle et de puissance maritime pour l'Angleterre , les chambres instituèrent la milice, réglèrent le commerce des grains, les exportations et les importations du royaume , réprimèrent la piraterie et améliorèrent le système électoral. Quoique George II n'encourageât pas les lettres parce qu'il était lui-môme doué de peu d'instruction, son époque vit cependant fleurir les poètes Pope, Young, Thompson et Gray, les romanciers Fielding et Richardson, et les historiens Hume et Robertson.

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