GUILLAUME IV
anti-unioniste qu'il fallut dissoudre par la force. En Angleterre, il y eut, dans plusieurs comtés, des émeutes d'ouvriers pour augmentation de salaires. Au milieu de cette fermentation, les ministres prétendirent avoir découvert un complot formé contre la vie du duc de Wellington, et saisirent cette occasion pour empêcher le roi et la reine d'assister au banquet de Guild-Hall, offert, à chaque avènement, par le corps municipal. L'opposition s'écria que le ministère avait l'intention de séparer le monarque de la nation. Elle eut bientôt l'occasion d'essayer ses forces dans un vote contre les pensions de la liste civile et les sinécures. La majorité échappa au ministère qui prit le parti de se retirer. Dès-lors la réforme électorale fut à l'ordre du jour. Le roi manda lord Grey et le chargea de composer un ministère qui pût conjurer l'orage dont l'Angleterre était menacée. Lord Grey, jaloux de faire triompher les principes qu'il soutenait depuis trente ans, choisit ses collègues parmi les whigs aristocrates et les tories modérés : M. Brougham devint lord chancelier, lord Althorp chancelier de l'échiquier, les lords Melbourne, Palmerston et Goderich secrétaires d'État , le marquis de Lansdown président du conseil ; lord Grey était premier ministre.
Le nouveau ministère s'occupa d'abord de faire passer un bill qui nomma la duchesse de Kent régente et tutrice pendant la minorité de sa fille. Il ajourna ensuite le parlement au 3 février (1831), déclarant que cet intervalle lui était indispensable pour préparer la grande mesure de la réforme parlementaire dont il avait fait son drapeau.
Lorsque le terme de l'ajournement fut expiré, lord John Russel soumit à la chambre des communes le bill proposé par le ministère. Les tories , prévoyant leur défaite prochaine, réunirent toutes leurs forces pour la reculer, et firent des efforts inouis d'éloquence. Malgré les efforts non moins grands des whigs, le bill fut rejeté par une xnajo-
rité de 299 voix contre 291 . Après un pareil échec, le ministère n'avait pas d'autre alternative que de se retirer ou de dissoudre la chambre. Le roi, comprenant qu'il jouait sa couronne, s'il ne s'associait pas franchement à ses ministres, se rendit lui-même au parlement, s'assit sur le trône , et annonça que son intention était de consulter la nation sur une mesure législative aussi importante. En conséquence, la chambre fut dissoute et une autre fut convoquée pour le 14 juin. De brillantes illuminations dans Londres et les principales villes du royaume accueillirent cette décision royale.
La lutte engagée entre les tories qui s'appelaient conservateurs, et les whigs qui prenaient le titre de réformistes, rendit les élections tumultueuses. La victoire fut vivement disputée. Le parti populaire triompha cependant de ses adversaires, et les ministres obtinrent une chambre qui deux mois après vola le bill de lord Joli n Russel ; mais il fut rejeté par la chambre des lords. Le roi prorogea le parlement, en annonçant que la mesure serait reproduite.
Les communes, irritées du rejet du bill, déclarèrent, pour empêcher les ministres de se retirer, qu'ils avaient bien mérité de la nation. Quant au peuple , il témoigna son mécontentement en attaquant les hôtels des lords qui avaient voté contre le bill. L'exaspération ne fut pas moins grande dans les provinces qu'à Londres; à Derby, à Newcastle, la populace pilla et incendia plusieurs châteaux. Mais nulle part ses excès ne furent aussi effrayans qu'à Bristol ; elle chassa les autorités civiles et militaires, ouvrit les prisons et brûla tout un quartier. Il fallut déployer une force armée considérable pour faire rentrer dans le devoir ces hommes ivres et couverts de sang. Il y en eut plus de cent tués ou blessés.
Le parlement, prorogé au mois d'octobre , s'assembla au mois de décembre. Lord John Russel reproduisit le bill