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couragës par cet échec, ils se rembarquèrent et retournèrent dans leurs colonies. En même temps, les Danois qui s'étaient fortifiés dans l'Essex se joignirent au corps commandé par Hastings et se livrèrent à leurs brigandages accoutumés. L'armée anglaise laissée à Londres par Alfred attaqua leurs retranchemens à Bamflete, défit la garnison et enleva la femme et les deux fils d'Hastings. Alfred ne rendit ses prisonniers au chef danois qu'à condition qu'il abandonnerait l'Angleterre.
Mais un grand nombre de barbares refusèrent de retourner dans leur patrie. Après le départ dTIastings, ils se réunirent, prirent et fortifièrent Shobury, à l'embouchure de la Tamise, et s'avancèrent jusqu'à Boddington dans le Glocester. Alfred les y bloqua avec toutes ses forces. Réduits à la dernière extrémité par le manque de vivres, ils firent une sortie désespérée sur les Anglais, et le plus grand nombre d'entre eux parvint à s'échapper; mais plusieurs ayant été faits prisonniers, Alfred les fit conduire à Winchester, où ils furent pendus comme des ennemis du genre humain.
Cet acte de sévérité assura pour l'avenir la tranquillité de l'Angleterre. L'autorité d'Alfred fut reconnue non-seulement par les Danois de TEstanglie et du Northumberland, mais encore par les Gallois. Sa domination s'étendait sur toute la partie méridionale de l'île, depuis le canal jusqu'aux frontières de l'Ecosse, lorsqu'il fut surpris par la mort dans la vigueur de son âge, après un règne glorieux de vingt-neuf ans et demi (901). Sa justice et sa valeur lui méritèrent le surnom de Grand et le titre de fondateur de la monarchie anglaise. Pour réparer le désordre dans lequel les guerres continuelles avec les Danois avaient plongé l'Angleterre, Alfred créa plusieurs institutions relatives à la justice; il divisa tout le royaume en counties ou comtés; ceux-ci en hundreds ou cantons, et les hua-
drcdsen tithings ou dizaines de familles. Dix maîtres de maisons, réunis ensemble, formaient une communauté et répondaient réciproquement de leur conduite et de celle de leurs enfans, de leurs esclaves, de leurs hôtes mômes. Les crimes commis dans le hundred étaient jugés par douze free-holders (francs-tenanciers), qui se réunissaient tous les mois sous la présidence du hundreder (chef du canton), et prêtaient serment d'administrer une justice impartiale. (Test là qu'il faut voir Torigtne de l'institution du jury, celte admirable garantie des justiciables. La cour, d'où relevait immédiatement celle des cautons, était la counly-court (assemblée de comté), qui se tenait deux fois Fan; elle se composait de tous les francs-tenanciers de la province , et était présidée par l'évèque et par Xalderman ou comte, qui possédait en même temps l'auto^ rité civile et militaire. Alfred, pour contrebalancer la puissance de ce dernier, lui adjoignit un sheiïff, qui était chargé de faire respecter les droits de la couronne et de surveiller l'emploi des impôts. Afin de guider plus sûrement les lumières et l'équité des magistrats, le monarque coordonna et rédigea un corps de lois sages, qu'on regarde généralement comme la source de ce que nous appelons le droit commun. Le soin qu'il prit d'exciter ses sujets à cultiver les sciences et les arts mérite les plus grands éloges; il attira auprès de lui les hommes les plus savansde l'Europe; il établit des écoles, fonda ou plutôt releva l'université d'Oxford , qu'il combla de privilèges, et donna des emplois dans l'Église et dans l'État à tous ceux qui possédaient les plus légères connaissances. Il ne crut point au-dessous de sa dignité de cultiver lui-même les lettres; il composa des apologues et des allégories en vers, traduisit en saxon les fables d'Esope, les deux historiens Bède et Orose et les Consolations de la Philosophie par Boëce. Il ne négligea pas davantage i'cocou-
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ragement des arts mécaniques. Il appela en Angleterre les étrangers les plus industrieux. Il introduisit et favorisa les manufactures de toute espèce, et consacrait habituellement la septième partie de son revenu à rebâtir les villes ruinées, des châteaux, des palais et des monastères. Enfin, de son vivant et après sa mort , Alfred fut regardé, aussi bien par les étrangers que par ses propres sujets, comme un des plus grands princes qui aient jamais régné sur le monde.
Edouard, l'aîné des fils qu'Alfred laissa après sa mort, hérita de la couronne et des talens militaires de son père. Ethelvvald, son cousin-germain, voulut lui disputer la souveraineté les armes à la main ; mais il prit la fuke à rapproche de son adversaire, et, après avoir lié ses intérêts à ceux des colonies danoises , il rentra en campagne. Une action s'engagea près de Bury, dans laquelle les peuples de Kent repoussèrent vigoureusement les Danois, qui perdirent leurs chefs les plus braves, et entre autres Ethelwald (911). Le règne d'Edouard fut une suite continuelle de victoires remportées sur les Northumbres, les Estantes et les Danois; il mourut (925) après avoir occupé le trône pendant vingt-quatre ans, et son royaume passa sous l'administration d'Athelslan, son fils naturel, que son âge et son mérite firent préférer à l'héritier légitime «core dans l'enfance.
Athelstan sot résister aux invasions étrangères et aux factions intérieures. Il dompta Alfred , puissant seigneur anglais, qui avait conspiré contre lui, entra en Ecosse avec une armée , et força Constantin , roi de ce pays , à se soumettre; il réduisit à l'obéissance les turbulens Northumbres , et battit complètement les Danois et les Gallois. C'est â l'esprit élevé de ce prince que l'Angleterre
dut la loi remarquable qui conférait le titre de thane, c'est-à-dire de gentilhomme, à tout négociant qui aurait exécuté ù ses frais deux longs voyages sur mer. Il mourut à Glocester (941) après un règne de seize ans, et eut pour successeur son frère Edmond.
Le règne d'Edmond fut court et sa mort violente. Après avoir remporté de nouvelles victoires sur les Danois du Norlhumberland , qui ne laissaient échapper aucune occasion de se révolter, il périt assassiné (946) par un certain Leof , scélérat connu , contre lequel il avait rendu une sentence de bannissement à cause de ses crimes.
Edred, frère et successeur d'Edmond, ne fut pas plus tôt monté sur le trône, qu'il eut, comme ses prédécesseurs, à réprimer la révolte et l'invasion des Danois norihumbres. Ce prince, qui ne manquait cependant pas de courage, était asservi à l'empire de la superstition la plus vulgaire ; il abandonna aveuglément sa conscience à Dunstan, abbé de Glastonbury, qui, sous l'apparence de la sainteté, cachait l'ambition la plus excessive. Le directeur prit un tel ascendant sur l'esprit du roi dévot, qu'il sévit bientôt placé à la tète des finances du royaume. Convaincu qu'il devait son avancement à l'austérité de ses mœurs, il se montra rigide observateur des règles monastiques. Le célibat, à cette époque, était recommandé par l'Église de Rome comme le devoir le plus indispensable des prêtres , et le pape avait entrepris de faire renoncer le clergé des églises occidentales au mariage. Dunstan seconda ses efforts en Angleterre, et introduisit la réforme dans les couvens de Glastonbury et d'Àbingdon; mais le clergé Séculier, riche et nombreux, défendit vigoureusement ses privilèges. Edred mourut au milieu des troubles violens qu'excitaient ces controverses religieuses (955),
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Les fils d'Edred étaient dans un âge si tendre, que son neveu Edwy leur fut préféré et monta sur le trône. Ce jeune prince était doué de la plus belle figure , et possédait toutes les qualités qui font concevoir les plus grandes espérances. Malheureusement il épousa, malgré les avis de ses plus sages ministres, Elgiva, jeune et belle princesse du sang royal et sa parente au quatrième degré. Ce mariage alluma le courroux des moines, et Edwy n'eut que trop tôt lieu de se repentir d avoir irrité de si redoutables ennemis. Le jour du couronnement, Dunstan , accompagné d'Odo, archevêque de Caniorbery, força l'appartement des nouveaux époux, accabla Edwy des reproches les plus amers, et après avoir prodigué à la reine les épithètes les plus outrageantes, il arracha son époux de ses bras. Pour se venger de cette insulte, Edwy accusa Dunstan de malversation dans l'administration des finances, et le bannit de son royaume. Mais les partisans du proscrit ne restèrent pas inactifs pendant son absence; ils ne cessèrent de déclamer contre l'impiété du roi et de la reine, et se livrèrent même aux attentats les plus hardis contre l'autorité royale. L'archevêque Odo, à la tète d'une troupe de soldats , enleva la reine, lui brûla le visage avec un fer rougi au feu , et l'entraîna de force en Irlande. Edwy, reconnaissant qu'il lui serait impossible de résister, consentit à son divorce. Plus tard, le même archevêque fit horriblement mutiler la malheureuse Elgiva, qui mourut dans les douleurs les plus aiguës.
Non contens de cette vengeance , les moines encouragèrent Edgar, le plus jeune des frères d'Edwy, à se révolter contre lui , et le mirent en possession de la Mercie, du Northumberland et de l'Estanglie. Dunstan revint en Angleterre protéger Edgar et son parti, et fut installé, après la mort d'Odo , sur le siège de Cantorbery. Le malheureux Edwy fut excommunié et persécuté avec fureur;
mais sa mort vînt bientôt assurer h son adversaire la paisible possession du trône (959).
Edgar déploya une capacité rare pour l'administration des affaires, et son règne est un des plus fortunés des annales anglaises. En se tenant toujours prêt pour la guerre, il assura la paix publique; il tint en respect les Danois du dehors et de l'intérieur , et reçut la soumission de la plupart des princes voisins. Un des principaux moyens dont il se servit pour assurer son autorité, fut de ménager Dunstan et les moines auxquels il devait la couronne. Mais malgré les éloges que lui ont prodigués ceux qu'il combla de faveurs, on doit dire que ses mœurs furent excessivement dépravées; il eut plusieurs concubines, et ne craignit pas de forcer la clôture d'un couvent pour enlever Edith, une des religieuses, qui avait excité ses désirs. Pour l'expiation d'une action aussi sacrilège, Dunstan se contenta de l'obliger à rester sept ans sans ceindre son front du diadème. C'est A Edgar que l'Angleterre est redevable d'être débarrassée des loups; il parvint à leur extinction complète en changeant le tribut imposé par son prédécesseur aux princes du pays de Galles en un tribut annuel de trois cents tètes de ces animaux voraces. Il mourut après un règne de seize années, et eut pour successeur son fils Edouard (975), né d'un premier mariage qu'il avait contracté avec la fille du comte Ordmer.
Edouard fut couronné par Dunstan à Kingston, et ne vécut que quatre ans après son avènement. Aucun événement important ne se passa sous son règne. Un jour qu'il était à la chasse, il fut ass-ssiné par un domestique , instrument de la haine de sa belle-mère Elfrida; sa mort tragîque et son extrême jeunesse lui firent donner le nom de Martyr (97 8).
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Ethelred, fils d'Edgar et d'Elfrida , recueillit le fruit du crime de sa mère, et monta sur le trône : c'était un prince faible et irrésolu, auquel l'histoire donne le surnom cY Indolent. Sous son règne, les Danois recommencèrent leurs ravages; mais il ne montra ni assez de courage ni assez de capacité pour repousser un si formidable ennemi. li fit un traité honteux avec Sweyn, roi de Danemark, et fut assez lâche pour consentir à lui payer un tribut. Désireux <te s'allier avec les pirates du Nord pour prévenir leurs invasions , il demanda en mariage Emma . sœur de Richard H , duc de Normandie, dont la famille descendait de l'aventurier danois Rollon.
Cependant les Danois , quoique depuis long-temps étflhlis'en Angleterre, n'avaient rien perdu de leur ancienne férocité; Ms étaient toujours prêt* à se joindre aux brigands de leur nation et à seconder leurs violences et leur pillage. Pour satisfaire la haine des Anglais. Etheïred prit l'horrible résolution de faire massacrer tous les Danois qui sa trouveraient dans ses États. Des ordres secrets furent don* nés pour que l'exécution eût lieu partout le même jour ( 1002) , et ces ordres forent si bien exécutés, que la rage de la multitude, autorisée par le souverain, ne distingua point l'innocent du coupable . et n'épargna ni sexe ni âge.
Cette politique barbare ne resta pas long-temps san» vengeance. Sweyn et ses Danois, qui n'attendaient qu'un prétexte pour faire une nouvelle invasion en Angleterré,; parurent bientôt sur les côtes occidentales. Ils s'emparèfent d'abord d'Exeter, et répandirent ensuite la désolation dans les campagnes. Une famine vint mettre le comble à la misère des habitans, et Ethelred fut obligé d'acheter une paix momentanée, en payant à l'ennemi une somme de 30,000 livres. Toutefois les Danois, profitant des haines intestinesqui divisaient les Anglais, recommencèrent bientôt leurs déprédations , et se firent donner une nouvell
somme de 88,000 livres pour se retirer. La noblesse anglaise, réduite au désespoir, fit alliance avec le roi Sweyn et lui demanda dos otages comme garans de sa fidélité. Ethelred, également épouvanté de la violence de l'ennemi et de la trahison de ses propres sujets, s'enfuit en Normandie auprès de son beau-frère. Il y était depuis six semaines à peine lorsqu'il apprit la mort de Sweyn ( 1014 ). Les prélats et la noblesse d'Angleterre l'invitèrent alors à revenir dans son royaume. Mais l'adversité ne l'avait point corrigé; il se montra à son retour aussi incapable et aussi indolent que précédemment.
Les Anglais trouvèrent dansCanute, fils et successeur de Sweyn, un ennemi non moins redoutable que son père. Ce prince, après avoir ravagé les côtes orientales et méridionales, fondit sur les comtés de Dorset, de Witset de Somerset, où une armée anglaise se rassembla contre lui sous le commandement d'Edmond , l'aîné des fils dEthelred. En vain les troupes réclamaient-elles à grands cris la présence de leur souverain; rien ne put lui faire quitter Londres sa capitale, et son refus les découragea tellement qu'elles abandonnèrent insensiblement leur camp. Après quelques expéditions infructueuses dans le nord, Edmond se retira à Londres qu'il trouva dans le trouble et la confusion ù cause de la mort du roi. Ethelred venait de terminer son règne de trente-cinq ans, sans avoir acquis aucune espèce de gloire. Edmond recueillit sa succession (1016).
Edmond H, à qui sa bravoure avait mérité le surnom de Côte de Fer, n'avait pas assez d'habileté pour relever sa patrie de l'état déplorable où elle était tombée. Il livra aux Danois deux grandes batailles dans lesquelles la trahison d'Edric, ducdeMercie, lui fit perdre les avantages que son intrépidité lui avait d'abord procurés. Ses ressources lui permettaient cependant encore de tenir la campagne