EDMOND CÔTE DE FER — CAIWÏTE
lorsque les nobles anglais èt danois , également épuisés par les fatigues de la guerre, obligèrent leurs rois à en venir à un accommodement et à se partager le royaume. Par ce traité qui fut signé à Glocester, Canute se réserva le nord et laissa le midi à Edmond , qui ne survécut qu'un mois à celte transaction. Il fut assassiné à Oxford par deux de ses chambellans, complices d'Edric. La roule du trône d'Angleterre se trouva ainsi ouverte au Danois Canute (1017).
Canule, avant de s'emparer de l'héritage qui appartenait 'aux deux jeunes fils d'Edmond , voulut voiler son usurpation sous des prétextes plausibles. Il convoqua une assemblée générale des États du royaume pour disposer de la succession ouverte. Quelques nobles qu'il avait gagnés attestèrent que dans le traité de Glocester, il avait été convenu qu'à la mort d'Edmond, il lui succéderait, et ce témoignage, joint à la crainte qu'inspirait sa puissance, lui fit décerner la couronne. Il ne fut pas plus tôt parvenu au faîte de son ambition, qu'il se débarrassa des jeunes princes qu'il venait de dépouiller, en les envoyant au roi de Suède son allié. H fit ensuite mourir plusieurs seigneurs anglais , dont la fidélité lui était suspecte , et dans le nombre se trouva le traître Edric qui avait osé lui reprocher les services qu'il lui avait rendus. Ainsi affermi sur le trône, Canute, en prince sage, pensa à rendre son joug tolérable aux Anglais. Il tint une assemblée générale des États, et rétablit les coutumes saxonnes; il ne mit aucune différence, dans la distribution de la justice, entre les Danois et les Anglais, et les vainqueurs s'incorporèrent insensiblement avec les vaincus. Effrayé des préparatifs que faisait Richard, duc de Normandie, pour rétablir sur le trône de leurs ancêtres , ses neveux , alors à la cour de Hongrie, où les avait envoyés le roi de Suède, Canute résolut d'acquérir l'amitié d'un prince aussi puissant, et lui
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demanda sa sœur Emma en mariage. Richard y consentît, et la veuve d'Ethelred donna salnain à l'ennemi mortel de son premier époux, à condition que, s'il naissait des enfans de cette union , le trône leur appartiendrait.
Après avoir repoussé les attaques du roi de Suède', Canule, qui tenait toujours le Danemark, envahit et subjugua la Norwège, qu'il conserva jusqu'à sa mort. Ce fut alors que n'ayant plus de guerre à soutenir, iî commença à jeter les yeux sur son existence future, et crut pouvoir racheter les actes de violence qu'il avait à se reprocher en bâtissant des églises, fondant des monastères , et en faisant un pèlerinage à Rome. Ce prince était ennemi de la flatterie. On rapporte qu'un de ses courtisans s'élant un jour écrié devant lui que rien ne devait être impossible à un si graiid monarque, Canute fit dresser son trône sur le bord de la mer et s'y assit dans le moment du reflux. Lorsque tes eaux s'approchèrent , il leur ordonna de se retirer et d'obéir à la voix du maître de TOcéan. Mais les vagues eontmirant d'avancer et ayant déjà mouilié ses pieds, il se retourna du côté de ses flatteurs et leur fit observer que toutes les créatures de l'univers étaient faibles et impuissantes, comparées à l'Être suprême qui tenait tous les élémens dans ses mains et qui pouvait dire à l'Océan : « Tu n iras pas plus loin ! » Canute mourut à Shaftsbury, la dixneuvième année de son règne ( 1031 ), laissant trois fils, Sweyn, Harold et Hardicanute. Sweyn fut couronné roi de Norwège; Harold régna en Angleterre, et Hardicanute, qu'il avait eu d'Emma, eut le Danemark en partage.
Le règne d'Harold , qui ne dura que quatre ans, se passa sans aucun événement mémorable. Ce prince ne se distingua que par sa légèreté à la course qui lui fit donner le sor- »om de Pied de lièvre. 11 mourut peu regretté de ses su-
HARDICANUTE" — ÉDOCARD LE CONFESSEUR. 25
jets et laissant la succession ouverte à son frère Hardicanute(1035).
Hardicanute s'empressa de quitter le Danemark et fut reçu avec des transports de joie en arrivant en Angleterre; il fut aussitôt reconnu roi par les Danois et les Anglais. Mais sa mauvaise conduite lui fit bientôt perdre l'affection de ses sujets. Il mourut aux noces d'un seigneur danois, et sa mort offrit aux Anglais l'occasion de secouer le joug du Danemark (1039).
Les descendans d'Edmond Côte de Fer, héritiers légitimes de la maison saxonne , se trouvaient alors à la cour de Hongrie. Tout délai pouvant devenir dangereux, la couronne fut offerte à Edouard, fils d'Elhelred et d'Emma. Comme son avènement pouvait éprouver de grands obstacles de la part de Godwin, comte de Wessex, qui avait épousé une fille de Canute et auquel son crédit, ses alliances et son habileté procuraient une grande influence, il , fut convenu que le nouveau roi épouserait la fille du comte. Le long séjour d'Edouard en Normandie lui avait fait contracter des liaisons intimes avec les seigneurs de ce pays; il en appela plusieurs à sa cour, et leur langue, leurs coutumes et leurs lois furent bientôt à la mode dans le royaume. Les faveurs dont le roi les combla excitèrent la jalousie des Anglais, et surtout celle du comte Godwin, qui leva l'étendard de la révolte. Mais, incapable de résister aux forces de son souverain , à cause de l'abandon de ses adhérens, il se réfugia en Flandre. Le comte de cette province lui ayant permis d'armer une flotte nombreuse dans ses ports, Godwin reparut sur les côtes d'Angleterre; un accommodement eut lieu entre lui et le roi, et la plupart des Normands furent renvoyés.
A la mort de Godwin, arrivée peu de temps après, le
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gouvernement de Wessex passa à sonffls Harold, aussi ambitieux que son père, mais plus habile et plus vertueux^ Le roi Edouard, épuisé par l'àgcet les infirmités, et n'ayant pas de postérité, songea à se désigner un successeur; il jeta les yeuxsur son parent , Guillaume de Normandie. Ce fameux Guillaume était fils naturel de Robert, duc de Normandie, et de Harlote, fille d'un tanneur de Falaise. Son illégitimité n'avait pas empêché les Normands de le reconnaître comme leur duc; et les talens qu'il déploya bientôt pour la guerre et pour le conseil encouragèrent ses partisans et consternèrent ses ennemis. Il ne fut pas plus tôt instruit des intentions d'Edouard en sa faveur, que son imagination s'ouvrit à cette ambiîieuse perspective, tandis qu'Harold, de son côté, redoublait d'efforts pour se frayer le chemin du trône. Mais le faible et incertain Edouard changea bientôt de résolution. Au milieu de ces incertitudes, il fut surpris par la mort dans la vingt-cinquième année de son % règne. Ce prince, surnommé le Confesseur, fut le dernier de la ligne saxonne qui gouverna l'Angleterre.
Harold monta aussitôt sur le trône sans aucune opposition. Dès que le duc de Normandie apprit son élévation, il ressentit l'indignation la plus vive. A peine eut-il fait connaître sa résolution d'entreprendre la conquête de l'Angleterre , qu'il lui fut moins difficile de compléter ses levées que de refuser les offres de tous les hommes d'armes qui aspiraient à l'honneur de servir sous ses ordres. Il se trouva bientôt à la tète d'une flotte de trois mille bâti mens de toutes grandeurs, portant une armée de soixante mille hommes. Parmi ces guerriers se comptaient les noms les plus célèbres de la noblesse de Normandie, de France, de Bretagne et de Flandre. Guillaume promit à ces vaillans capitaines les dépouilles de l'Angleterre pour prix de leur fcravoure. L'armement arriva sans aucune perte impor-
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tante à Pevensy , en Sussex, où les troupes opérèrent leur débarquement. Au moment où Guillaume mettait le pied sur le rivage, il fit un faux pas;et tomba; mais il eut la présence d'esprit d'interpréter cette chute à son avantage, en décriant qu'il prenait possession du pays (1066).
Harold venait de remporter une victoire signalée sur les Norvégiens qui avaient envahi son royaume, lorsqu'il apprit le débarquement de Guillaume. Il résolut aussitôt de lui livrer bataille en personne , et se rapprocha à cet effet des Normands qui avaient établi leur camp à Hastings. Les deux partis se préparèrent alors à une bataille décisive. Dès le matin, Guillaume assembla ses principaux officiers et les harangua pour stimuler leur courage. 11 donna ensuite le signal du combat, et toute l'armée, entonnant l'hymne guerrier de Roland, fameux pair du temps de Charlemagne , s'avança avec joie vers l'ennemi.
Harold, ayant l'avantage du terrain, se tenait sur la défensive. Accompagné de ses deux vaillans frères, Gurlh et Leofvvin , il descendit de cheval , se mit à la tête de son infanterie et annonça la résolution de vaincre ou de mourir. La première attaque des Normands fut impétueuse, et les Anglais la soutinrent avec bravoure; les soldats de Guillaume commençaient à plier, lorsqu'il accourut à leur secours avec une troupe d'élite. Sa présence rétablit le combat, et les Anglais furent, à leur tour, obligés de reculer; mais, protégés par l'avantage du terrain, ils continuèrent la plus vigoureuse résistance. Guillaume eut alors recours h un stratagème : il simula une fuite. Les Anglais poursuivirent les Normands dans la plaine; mais ceux-ci, faisant bientôt volte-face, repoussèrent leurs ennemis dont ils firent un carnage affreux. L'intrépide Harold fut tué d'un coup de flèche, en combattant à la tête des siens, et ses deux frères éprouvèrent le même sort. Les Anglais , découragés par la mort de leurs princes, s'enfuirent de tous
les côtés , et l'obscurité de la nuit seule sauva ceux qui échappèrent au fer des vainqueurs. Ainsi fut gagnée par Guillaume de Normandie la mémorable et décisive bataille de Haslings, qui dura depuis le lever jusqu'au coucher du soleil. Les Normands ne quittèrent point le lieu du combat sans rendre au ciel de solennelles actions de grâces, et leur duc se disposa à poursuivre ses avantages.