GE0H6E$ III
«Oit de tons côtés, ne se présentoient au parlement que pleins d'inquiétude et de trouble.
Dans le discours émané du trône, le roi déclara au 27 nor. parlement qu il persistoit dans sa résolution de lutter blëe d» contre les puissances coalisées jusqu'à ce qu'il pût en P"'*®' obtenir des conditions de paix compatibles avec soa honneur, et avec les droits et la sécurité de son peuple. L'ambition jalouse qui avoit fait prendre les armes à ses ennemis prolongeoit encore les maux de la guerre ; . cependant jamais on ne le verroit consentir à sacrifier, soit à soé désir particulier de la paix, soit au soulagement momentané de ses sujets, les droits inaliénables et les intérêts permanents de l'état. Il rappela, avec un sentiment pénible de douleur, les malheureux événements de la campagne de Yirgitiie ; mais il êspéroit que la faveur de la Providence, la justice de sa cause, le concours et l'appui du parlement, la valeur éprouvée de ses armées, et le déploiement énergique de toutes les ressources nationales, procureroient à son empire une paix avantageuse et honorable.
Lord Shelbume proposa un amendement à l'adresse , D^at» et déclara que le discours émané du trône ne le surpre- *** de^** noit aucunement ; que c'étoit le langage d'un prince ^'•d''e«#. brave et généreux, inébranlable au milieu des revers, et conservant sa dignité et son courage malgré les malheurs qui pesoient sur son peuple et sur lui. 11 n'étoit pas étonné que les ministres, se prévalant de cette dis* position du monarque, eussent composé un discours qui flattoit ses nobles sentiments ; mais, dans l'épuisé* ment actuel du royaume, ils auroient dû résister à l'impulsion des sentiments de leur souverain, et lui donner
des conseib propres à rétablir les 'afFaires de l'état. Il décria ensuite la conduite entière de la guerre, et il en imputa les désastres au défaut d'ensemble dans les opéi*ations des généraux, et de méthode 'dans les plans du Ijonvemement. En ne marchant jamais qu'à la suite des ïYançôis, nous leur avons cédé, dit-il, tous les avantages ;. et par-tout àii ils se sont présentés avec des forces redoutables, nous ne sommes venus qu'après eux, et pour être témoins de leurs succès. C'est ce qui est arrivé à la Ghestipeak, à la Jamaïque , à la Barbade et anfx Antilles ; et l'on peut maintenant s'attendre chaque jouri voir Wymouth devenir une autre Chesapeak. Il qdufifia de perfide la guerr« déclarée à la Hollande : il sembloit, d'après le secret profond gardé à loccasion de cette intrigue, qu'on auroit pu espérer quelque grand avantage pour compenser le déshonneur d'une aussi injuste agression; mais, au lieu de diriger une attaque vigoureuse contre les îles à épices, contre Ceylan, par exfemplé, ou toutç autre place importante, on n^voit pris que l'île de Saint-Eustache; et peut-être encore devoit-ou attribuer la redditiôti de Comwallis à la mamère dont le général et l'amiral avoient disposé des munitions trouvées dans cette île. Lord Shdbume termina son discours par cette observation de lord Ghathanî : ^ Si l'on ft s^obstine à suivre le système actuel, je ne dis pas que « sa ttaajesté perdra l'empire, mais les affaires ^evien- > dront tellement malheureuses et désespérées que la tt couronne ne sera plus qu'un fordeau. »
En partageant la feçon de penser de lord Shelbume, Ife duc de Richmond poussa la censure encore plus loin ; il dit qu'on ne devoît pas attribuer les calamités du régne actuel à l'ambition des ennemis, mais à Fextra-
vagance des ministres. H décria la représentation nationale, et affirma qtre Tétat étoit gouverné par des commis; qu'il n'y avoit plus ni harmonie d'opinions, ni responsabilité, ni ensemble; et que les ministres, se renfermant étroitement dans-leur office, se montroient foibles, tlivisés et corrompus. Tous ces vices du gouvernement avoient leur source dans Tintérieur du conseil ; et pour prouver que le conseil exerçoit cette pernicieuse influence, il s'appuya de Fautorhé de lord Chatham, qui avoit déclaré « qu à son entrée dans le cabinet du roi il n'y avoit aperçu que corruption, et s'^étoit trouvé loiHtnéme déçu et trompé. »
Le marquis de Rockingham établit une comparaison entre Tépoque actuelle et celle de l'avénemént de sa majesté. « A la mort du magnanime, du bon prince Geoi^esII, disoit-il, nos armes étoient triomphantes dans -toutes les parties du globe : un Pitt tenoit le timon des affaires , un Newcastle administroit les finances , un Legge présidoit à 1 échiquier, et un Anson à la marine ; et ces grands hommes ne formoient pas seulement une administration sage et habile, mais, ce qui est plus important en ce pays, ils formoient une administration populaire. Ges hommes ont quitté le ministère, et depuis ce temps la faveur et une secrète influence ont tout dirigé. C'est cette influence secrète, ce désir d'une puissance illégale, qui ont poussé le gouvernement à entreprendre d'asservir l'Amérique comme il avoit asservi déjà l'Angleterre ; cette même influence, ce même désir, qui ont fait naître la guerre, la font misérablement prolonger; aussi cette assertion du discours royal, que la guerre a été suscitée par Fàmbitioù jalouse de l'ennemi , est-elle d'une insigne fausseté. »
ii6 iiiaToiBE d'angletërae.
Lord Camden s'éleva avec aigreur contre la dii^ectioa entière de la guerre; il en attribua les revers au délabrement de la flotte , au manque de résolution et de vigueur dans le conseil, et principalement à Terreur déplorable qu'on avoit commise en continuant de diriger contre TAmérique les principales forces de 1 état. « Maintenant , dit-il , Tassujettisement des colonies ne devoit plus être qu'un objet secondaire à nos yeux ; et ce que nous devons nous proposer dans nos efiPorts, c'est de rendre à la marine son ancien éclat , sa puissance réelle et sa supériorité accoutumée. Il est bien tard sans doute pour une entreprise pareille, mais rien ne nous empêche encore de la tenter; et si nous échouons, nous nous soumettrons alors à la Providence. Rappelonsnous que dans la dernière guerre nous gardâmes constamment l'ofFensive ; que nous confondîmes par-tout nos ennemis, qui ne savoient ni comment ni en quel lieu se défendre ; que le désespoir et la consternatioii succédèrent chez eux à la honte, et que la victoire couronna toujours nos armées. »
Lord Stormont et le comte d'Hillsborough s'attachèrent sur- tout à justifier la conduite du gouvernement , mais leurs arguments ne furent pas en proportion de la vigueur de l'attaque. Le lord-chancelier, après avoir donné de grands éloges à l'éloquence et au jugement de lord Camden, combattit cependant l'amendement, en alléguant principalement que son adoption seroit contraire à l'usage suivi jusqu'à ce jour par le parlement. L'amendement fut rejeté à une majorité considérable (i), et trois pairs insérèrent une courte protestation dans les registres.
(i) j5 voix contre 3i.
Dans la chambre des communes, M. Fox présenta un amendement semblable à celui de lord Shelbume. Il loua ironiquement le ministère de ce qu'il avoit engagé de jeunes membres à proposer et à seconder l'adresse ( i ), proposition qui ne pouvoit être faite que par des membres sans expérience , et que leur ignorance rendoit complaisants. Quoique jeune homme lui-même, disoit-il, on ne pourroit cependant l'appeler un jeune membre ; il avoit su voir tout le système des ministres, leur aveugle extravagance, et leur ihcapacité ou leur perfidie sans cesse croissantes; mais leur audace à présenter à la chambre un discours tel que le discours du trône, à proposer une semblable adresse, étoit pour lui lin sujet d'étonnement et d'horreur même. Des hommes qui ne connoitroient pas, ajoutoit-il, la constitution britannique, qui ignoreroient que le discours du trône est fait par le conseil des ministres, prendroient ' ce discours pour celui d'un despote arbitraire, impitoyable et inhumain , qui , ayant entraîné ses sujets esclaves dans une guerre ruineuse et barbare , pour satisfaire sa haine ou assouvir sa vengeance, seroit déterminé à la poursuivre en dépit de toutes les calamités et du sort même. L'attente générale étoit que le roi témoigneroit au parlement ses regrets d'avoir été abusé, et réclameroit son assistance pour rendre à l'état la paix, la sécurité et le bonheur; mais cette attente avoit été frustrée, et l'on n'avoit entendu qu'un discours respirant la vengeance et la haine, et annonçant encore des combats études calamités. . ; . •
En réponse à l'observation faite, lors de la proposition
(i)M..Percival et M. Thomas Orde.
de l'adresse , qu'il y avqit dans le pariement des membres assez vils , assez dégradés , assez perdus d'honneur; pour désirer le succès de Tennemi, ^«nter Fédiat de ses conquêtes, et se i^orifier de Fappui quils avoient prêté eux^ mêmes aux rebelles, et que c'étoit à de pareils hommes quHl falloit attribuer tous les malheurs de Fétat; M. Fox rappela le témoignage de lord Chatham, qui, à la naissance des troubles, a louoit Dieu de ce que l'Amérique opposoit de la résistance aux prétentions de sa mère-patrie. » Il s'écria ensuite : «rTous les malheurs de Fétat, ne «c. les attribue-t-on pas chaque jour aux désirs , aux vœux a et au langage de l'opposition? MiséraUes mmistres! « hommes inhabiles et aveugles, qui ne montrent ni pré- « voyance ni fermeté dans leurs projets ! Quel est le mé- « prisable politique qui n'a songé à assurer les mesures «qu'il adopte, ni contre les accidents de la fcMtune, ft ni contre Fimprudence, la foiblesse ou la perversité « des hommes? Ik)it-on s'attendre qu'il ne se trouvera « dans le royaume ni imprudents ni malintentionnés? ft ou les ministres sont-ils eux-mêmes si inconsidérés et « si pervers, qu'ils adoptent exprès des mesures telles, « que l'intervention de toute circonstance étrangère led « doive faire échouer, et doive entraîner le royaume « vers sa ruine? Les ministres, continuoit M. Fox, re- « poussent toutes les censures qu'on leur adresse au « sujet de leur administration passée ; mais il faudra « bien qu'ils finissent par consentir à écouter ces cen- « sures : ils seront bien contraints de le souffrir le jour « où les représentants du peuple, levant le voile dont « ils aiment à s'envelopper, découvriront les honteuses « iniquités qui ont attiré sur la Grande-Bretagne de si « épouvantables malheurs. Ce ne sera pas alors seule-
CEOtlGES III. 339
A ment le parlement qui leur adressera des reproches ; « sans éoiîte traînés devant le tribunal dé la justice ^ ils
• entendront ceux d'un peuple indigné appelant sur « leur téie la vengeance, et ils iront expier leurs crimes
* sur Fécbâfiiud. Lé jour n'est pas éloigné où le peuple « seeouerà le jotig dont on Faccable , et où les ministres « recevroftt le ptix de leurs forfaits. Je ne dirai pas que « je suis porté à croire de ces ministres qu'ils sont venir dus à la France, c'est un fait qu'il ni'est impossible de « prouver; mais ils ont sefvi le grand monarque plus « fidèlement, phis^ heureusement qti'aucan ministre n'a « jantâfis' servi son maître. Si la France a prodigué ses « irês&t^' po^ir satisfaire leur avidité, elle a acheté son « d^rândissement à vil prix ; et ils ont fait, pour les prête tentiâkis de cette puissance à la monarchie univer- « selle, plos^ qu'aucun homme d'état qu'elle ait jamais •t employé, plus même que les conquêtes de Louis-te» « Grand. » A l'appui de ces assertions, M. Fox rappela TorigUie et là cbuduite entière de la guerre, et il termina ensuite son discours en affirmant que la perte de Farmée de Virginie, et celle des treize proyiùces américaines, ne dévoient être attribuées qu'à finfluence pernicieuse de la couronne; que toutes les calamités nationateé avdîent leur source dans le système qu'on avoit suivi ^dans les ministl*es qu'on avoit appelés au piouvoir, et ^u'ocr ne pouvoit en: arrêter le cours qu'en adoptant un autre système, et en éloignant ces ministres du <;diiseil.
Divers- autres membres de l'opposition décrièrent dans leurs discours la situation de la flotte et le système ll^énéral du gouvernement. M. Thomas Pitt ne craignit pas d'affirmer « que le parlement et le peuple ne joui-
34o HISTOIRE D^ANOLETERRET.
« roient d'aucune considération, et que l'administratioR « chancelleroit dans sa marche, tant qu on ne feroit pas «rendre compte de leur conduite aux hommes qui « avoient attiré tant de disgrâces et de calamités sur Té- « tat. » Il ne desiroit pas cependant unchangement de ministres ; peu lui importoit en effet qu'ils fussent choisis de l'un ou de l'autre coté de la chamhre, pendant que l'on seroit soumis à cette influence corruptrice qui n'a- Yoit cessé d'aller croissant depui« le commencement du régne actuel. Mais il espéroit que lorsqu'on les repous^ serôit , la nation , indignée de la honte et des malheurs qu'ils auroient attirés sur elle ^ vengeroit sur leur tête ses revers. Il adoptoit l'amendement; mai^ dans le cas où cet amendement passeroit, il déclaroit qu'il rejeloit le reste de l'adresse , et qujl ne voteroit pas un seul schelling, s'il devoit être employé à la continuation d'une guerre que ses concitoyens avoient déjà trop long-temps soutenue pour leur malheur.
liord Mulgrave répondit habilement aux censures amères dont la situation de la flotte avoit été le sujet, réfuta plusieurs assertions par des faits constatés qu'il leur opposa, et déclara qu'à aucune époque antérieure l'état n'avoit eiitretenu une si redoutable marine, ni aociployé, comme actuellement, cent dix-huit mille hommes sur ses vaisseaux. Il hasarda dans son discours cette opinion extraordinaire, que jamais l'Angleterre n'avoit été supérieure à la France sur les mers , lorsque cette puissance avoit appliqué toutes ses ressources à l'équipement de ses vaisseaux (r); et à l'appui de cette
(i) Cette assertion ud peu hasardée da noble lord fat attaquée et coiBibaltae par sir Jean Sinclair. Voyez Sinclair*s TKoughts on the naval atrengih of Great Britain, a® édition. ^
OEORGES m. 3ii
assertion, il rappela que, sous les régnes de Guillaume m (t) et de la reine Anne, la France étoit plus puissante que la Hollande et la Grande-Bretagne réunies. Il soutint ensuite que la guerre d'Amérique , quoique mêlée de revers, n'étoit cependant pas déshonorante, et quejamais dans les siècles passés le courage et Thonneur du peuple anglots n avoient été si dignes d'être admirés. Dans un discours de peu d^étendue, mais plein de talent, lord North réiîita la philippique emportée de M. Fox ; et repoussant avec mépris cette insinuation que les ministres étoient aux gages de la France, il n hésita pas à dédarer hardiment que pareille chose nétoit crue ni de M. Fox lui-même, ni d'aucun membre du parlement, ni d'aucun citoyen dans tout Tétat. On a attribué^ <&t-il, les calamités nationales à Tincondùite et à Tincapacité ou à la perfidie des iliinistres ; mais quelque idée qu'on ait dé ia -capacité de ces ministres , leur zélé pour le bien de leur pays ne sauroit être du moîfis contesté, et leé fautes qu'ik ont pu commettre sont des'foutes d'imprévoyance où leur volonté n'a point eu de part. Si nous continuons encore la guerre d'Amérique , ee n'est pas avec l'infâme dessein d'élever le pouvoir de la couronne sur les ruines de la constitution , et de faire régner un roi despote sur des sujets dans les fers; c'est pour conserver au contraire cet antique et préci^ix gouvernement du roi, des lords, et des cofaimunes, que rjSorope entière nous envie, et pour lequel nos ancêtres ont versé leur seing tant de fois. Les Américains, à l'origine des troubles, n'ont pas méconnu l'au-
(•i) Gaillaume et Anne 8*étant p'articulièrement attaches à entretenir de grandes armées de terre, on ne peut regarder Fargument dm lord Mnlgrave comme concluant. ^
343 HISTOIRE d'aNOLETER&E.
torité de la couronne : ils se sont opposés sepieûraiit k tpule intervention du parlement ; et si Ton a pris les armes, c'est afin de surmonter oettei Qpp^itipn. « La « Virginie, continua le ministre, vi^it d etfa* il est vrai, « le théâtre d un dépWable revers , maû» «eNWQesrnous «accablé^ pour cela? pon : nous devons trouver plutôt « dans nos désastres des motifs poul* re^ublerde cou* f( r£|ge, de p§r^évérance et d'ardeur ; par dies réso^uticKis f piagnanim^s, nous pouyops efiQore tofit sapytr^aa n lieu <}ue tout peut être .regardé «omnfte perdu si PQPs « nous laissons abattre çt 4é^e$pérer. » iQu^iW «e.crQÎe pas par des n^enaçes de dbâtifinçliil; nj^'iQtiœîder, et i^*empéch§r de défendre .plus loiig-ten1p$ le^ drdiis et lautonité législative du parlement ^1^ guerre a élémaif heur^use , m^iis elle éi^it légitîiiûus et.ii^ces6a]^ : tel a fpuJQurs étéiaaon sentiment, et tel il ne cessera ja«iais d'être, dût -on ine (H^nduire àTéobafaud pour la pm't que j'ai prise aux hostilitéa* . .
A ce discours,, <}u'il ^uaUiia 4e témér^âre tet d'jîmprudent, ^. Purke se leya{>l€Îui d'uiie indignation ^u'il ne pouvoit contenir; elle faispit houilIottAer son. sang, et le mettoit, pour ainsi' dire, hors de lui. Si Texperience n'instruit poiiitles minidlines, sHls ne «ontpoint tciucfaés 4es calamitéade l'état, h la voix 'de jk Frovidexice ellemême ne leur inspire auouneeagea^ef. que peuvent dcme espérer, s'écria-t-il, d^iim^ceuts et d'infortunes cosdtoyens? L$| guerre Ji'est pas malhemr^lise^ aUeeetpIutôt déshonorante pour nous*On ppurroit l'appeter uaalheureuse si la fortune seule s'étoit attachée à nous nuire; mais l'on n'a suivi dans sa conduite ni plan ni dessein déterminés, Qn a vu des victoires et des défaites, des villes prises ou évacuées, des générante nommés ou
rappelés; et les victoires n ont pas été moios funestes que les défaites , les unes comme les autres ayant inspiré également le clesirde prolonger les hostilités. Gependant le discours éoiané du Irène fait prés^^er les plus gi'akïd)S malheurs; on y voit Tintention des ministres de. ne pas revenir sur leurs pas, de persévérer au coixti?$iire dans leurs mesures I et d'ajouter eneore aux calamités et aux revers de la nation. Mais qui pourroit entendre parler de sang-froid de ces prétentions qui -déjà nous ont tant coûté, et auxquelles on njous force dé sacrifier tout^ce qui nous reste? « Grand Dieu! devons^nous donc revenc diquer encore ces mêmes droits pour le mainti^i des- « quels nous avons èpmmenoé la guerre? droits admi- « râbles! droits précieux, qui ont coûté à Tétat treize ^ ^.provinces., quatre Mes» cent miiUe bpmmes, eiplus de « soixantendix millions, et Tettipice de l'océan^ eiiCjette tt supériorité g^ieuse et toule^uisisante, ^^ moyen de « laquel^^a Grande-Bretagne inûmidoii; runi'Vif^sl droits ■ inestimables , qui nous <Hit fait perdre le ratigqne nous M tenions parmi les puissai^cea de TEiirope, et notre- imm portaiice au-<iehors, et notre félicité an-de^aps, et m qui ont ruiné notre coi|i«|]9rQe,.afié9Ati np^.mauii&c- M tures, et réduit notre florissd]tkte monarchie au rang « des états les plus obscur$! dix)it$ admirables, auxquels m nous allons encore sacrifier le peu de ressources qui « nous restent! Mais nous avons le droit d'imposer des « taxes à rAmérique, et puisque nous avons ce droit, il m faut en user : il faut tout hasarder, tout compromettre, « et ne considérer que notre droit, sans réfléchir aux m moyens que. nous avons pour le soutenir. Ministres « insensés et misérables ! pays innocent et infortuné ! ne « pas savoir que la volonté n est rien sans la puissance,
« et que les prétentions sont dérisoires quand - on ne « peut les faire valoir! Oh! dit un sot, plein de Fidée « qu il est le maître de toutes les bétes qui sont dans son' c champ, il y a de la laine excellente sur le dos d un « loup, par conséquent il faut que je le tonde. Mais •f pourrez-vous en venir à bout , lui dira-t-on , avez-vous « songé aux difficultés quHl y aura? Moi! je nai songé « à rien autre chose qu'à moi^ droit, répondra-t-il : le « loup est une béte à laine; on tond les bétes à laine ^ « par conséquent je tondrai le loup. Voilà au juste «quelle est la manière de raisonner du ministre, et '« quel est le conseil qu'il nous donne. »
Après cette longiie discussion, 4'amendement fut re- 28 nov. jeté (i).
Les débats se renouvelèrent quand on soumit à la chambre le rapport sur l'adresse, et M. Guillaume Pitt prononça un discours fort éloquent qui lui attira des applaudissements de toiis les côtés de la salle. A son début, il fit éclater les sentiments d'indignation qu'il éprou- Toit, sentiments qui rendoient sa situation trop pénible pour qu'il pût garder plus long-temps le silence. Ce que je dois à mon souverain, dit-il, etià mon pays, m'impose l'obligation de m'élever contre la continuation de la guerre, et de combattre le système funeste qui a amené par degrés l'un des plus florissants empires à un état d'abaissement et de décadence qui annonce sa dissolution prochaine. Je ne puis concevoir comment les ministres osent engager le parlement à adopter leurs mesures, lorsqu'ils ne lui offrent ni un plan déterminé, ni même la première ébauche d'un plan. Pourquoi, en effet, le parlement consentirojit-^il encore à la guerre? se
(i) ai 8 voix contre 129. '
GEORGES ÎIÎ. 345
propose-t-ondans cette guerre quelque objet d'un intérêt national? non éertes ; et le seul objet que Ton se propose est de conserver au premier lord dé la trésorerie une branche^de ses attributions à laquelle îl tient trop pour I abandonner; car c'est par elle qu'il se maintient au mépris de la constitution violée, et c'est par elle qu'il étend l'influence de la couronne, qui seule fait sa sécurité. Mais de quel droit les ministres espéreroient-ils obtenir la confiance du parlement, lorsqu'ils sont eiixmémes désunis? « Je suis intimement convaincu que « tous les lords de la trésorerie se méfient les uns deâ « autres , et cependant ils né craignent pas de demander « au parlement une confiance qu'ils se refusent entre « eux. »
• Almrs M. Pitt analysa les différents motifs que l'on avoit fait valoir la veille pour justifier le prolongement des hostilités. Lord North a soutenu , dit il, que la guerre étoit juste et nécessaire; je n'examinerai point si elle est juste, l'univers sait assez à quoi s'en tenir; mais, quàtid on la dit nécessaire, je ne conçois pas ce qu'on entend : en effet, parle-t-on d'une nécessité physique, et pousset-on l'absurdité jusqu'à prétendre que le parlement , lors même qu'il en auroit pris la résolution', ne la pourroit arrêter dans son cours? Lord Georges Germaine a paru conserver une plus grande modération dans le plan qu'il a adopté, et qu'il pense être praticable, en voulant que l'on envoyât seulement en Amérique des forces suffi* santés pour mettre les royalistes en état de triompher des partisans du congrès. Mais pour apprécier la sagesse de ce plan , il suffit de jeter les yeux sur les événements de la guerre, sur ceux.de la dernière campagne en particulier, et sur-tout sur le dixième article de la capitula-
tioQ de Gorawallis , par lequel on a eu la perfidie d'sd[>an-^ donner aux poursuites judiciaires des Américains tous les royalistes qui ^ervoient dans les rangs de Tproiée anglotse. J'ignore sur quelles lois est fondée la justice en Amérique; mais» si Ton persévéroit dans le système de perfidie qui a déshonoré si long*tem[tô la Grande- Bretagne, la justice civile ne manqueroit pas de frapper ceux qui ont encouru sa vengeance,/ à plus juste titre que tant de malheureux dont tout le crime est d'avoir sacrifié leur sang et leur fortune aux promesses trompeuses d'un ministère pervers. .
M. Burke revint à la charge, et s^appesantit sur la capitulation de ComwaUis , et sur cet horrible spectacle offert aux yeux d'un prince du sang (i), qui ne pouvoit s'approcher des côtes d'Amérique sans apercevoir, sur tous les caps , les fidèles sujets de son père expirants dans des tortures <;ruelles. Il préten<Ut que le sang de tous les Américains qui avoient perdu la vie par suite de la reddition d' York-Tovm devoit retomber sur la tête de lord Comwallis ou des ministres; et il assura que^ pour lui, on le verroit demander sans cesse. vengeance, jusqu'à ce que le n<^le comte, dont il e^timoit d'ailleurs infiniment les qualités, eût expliqué une conduite qiii déshonoroit également et le nom anglois et rhumanité. Il compara ensuite la convention d' York-Town à celle de Saratoga, représenta les ministres comme la cause de tous ces honteux revers, et attaqua l'adresse comme la pièce la plus hypocrite, la plus mensongère et la plus infâme sur laquelle la diambre eût jamais été appelée à voter.
(i) Le pt'iDce Gaillaume-Henri , maintenant duc de Clarence, qui •voit un Qrade tubordoim^ dans la flotte.
OEOROE5 llî. 847
M« Courlenay s éleva av^c iadignation cioiitre ceUe comparaison odieuse entr^ 4?^x généraux tDalbeureux. Il rappela que lord Gorawallis n'âvoit pas suocombé avec déshonneur dans una lutte contre des milices , qu'il ^
avoit eu à soutenir les efforts combinés de Tarmée fran* çoise et américaine, et avoit contraint Tennemi à Fadmirer. « Ce général, s écria ensuite le généreux orateur, « mérite d^étre couronné de lauriers; il honore sa pro- « fesaion; et, quelque haute dignité qu'on lui conférât ^ « il en rehausseroit le lustre, et le peuple applau^roit « avec enthousiasme au choix d'un monarque édairé. « Le rapport fut accueilli ( i ), Lord Gorawallis ne fut pas seul exposé à la censure. r^cLats à
Tocca-.
M. Burke ne tarda pas à signifier à sir Georges Rodney ^^^^ ae la et au général Vaughan qu^il se proposoit de denmnder )'J^?^ ^® une copie des mstructions qui leur avoient ete données Eustache^ à l'époque où ils s'étoient emparés de Saint^^Eiistache; et, sur leur déclaration qu'ils étoient prêts à sobir une en«quête, il présenta sa motion. Dans son discours, il oauyrit de r^ux)ches injurieux ces commandants, qu'il accusa de s'être -montrés lâches et cruels dans leur attaque de Saintr Vincent , et d'avoir exercé un brigandage odieux aux dépens, des babilants de SaintrEustache. Il nioatra quelle conduite absurde on avoit tenue, eu donnant à l'ennemi , par la manière dont on avoit disposé-des mn*nitions, la facîltté de se procurer des seçoars, dont sans cela il auroit été cimtraint de se passer; -et il accusa Famiral d'avoir servi les entreprises -des François, en s'obstinant à séjourner dans une ileoii ses intérêts par* ticuliers le retenoient, pendant que l'ennemi recevoit
(i) i3i voix contre 54*
348 HISTOîllÉ D'ANGLEtERIlE.
des renforts et s'emparott de Tabago. Il espéroit qu on ne laisseroit pas ces deux commandants se féliciter tranquillement de leurs succès, et s'appuyer du crédit de leurs amis. Il étoit permis à un simple particulier de dire :
Populus me sibilat^ at mihi plcuido,
Ipse domi simul ac nummos contemplor in arcâ;
mais la justice et le peuple demandoient quelque chose de plus: aussi étoit-il dans son intention de solliciter avec persévérance une enquête. Le caractère d*accusateur étoit odieux seulement quand on s'attachoît à poursuivre les foibles, les opprimés, les malheureux; mais il ne l'étoit pas quand on poursuivoit des coupables chargés de décorations (i) et de dignités, et soutenus par leur opulence et leur grandeur.
L'amiral Rodney déclara qu'il avoît attaqué Saint- Eustàcfae afin d'enlever à l'ennenû les secours que cette île lui foumissoit , et bien déterminé à n'accorder aucune condition aux habitants, que leur qualité d'alliés particuliers de l'Angleterre n'avoit pas empêchés de favoriser l'ennemi. Il avoit trouvé parmi* eux plusieurs Anglois; mais comme ils n'avoient pas eu honte de participer à un commerce de munitions entrepris pour la ruine de leur pays, il avoit rejeté toute réclamation de leur part, pensant qu'ils ne méritoient point de faveur. Loin de souffrir que les munitions trouvées à Saint-Eustache parvinssent par une voie quelconque dans les iles de 1 ennemi, il les avoit expédiées pour les dépôts de sa majesté à Antigoa ; et, afin d'être plus sûr qu'on suivroit
(i) Rodney avoit été décoré de Tordre du Bain en novembre 1780.
CEORGKS III. 3^9
ses ordres, il n'avoit laissé aux vaisseaux chargés de les transporter que les vivres nécessaires pour le voyage. Au lieu de rester inactif, comme on avoit voulu le faire entendre, il avoit tenté deux expéditions, Tune contre Curaçao, et Tautre contre Surinam; mais, ayant appris alors qu^une flotte françoise de dix ou douze vaisseaux faisoit voile pour la Martinique, escortant soixante-dix vaisseaux de transport environ, il avoit envoyé contre . elle Famiral Hood avec quinze bâtiments. Ensuite il avoit eu Tintention de livrer bataille au comte de Grasse; mais, cet amiral ayant reçu quelques avis, il n avoit pu venir à bout de le décider au combat. A Tappui de ces déclarations , Rodney rapporta en détail un grand > nombre de faits qui montroient clairement qu^il ne mé*^ ritoit aucun reproche pour n'avoir pas secouru Tabago, ou prévenu le désastre,de Virginie.
Le général Yaughan commença par affirmer, sur son honneur, qu'il ne s'étoit pas enrichi d'un seul schelling à la prise de Saint-Eustache, et qu'il avoit traité l'ennemi avec la plus grande douceur. Il avoit fait embarquer les juifs, dont on se plaisoit sur-tout à représenter le sort comme digne de compassion , et leur avoit permis de se rendre à Saint-Thomas; mais, en apprenant qu'ils étoient débarqués à l'établissement anglois de Saint-Christopjie, il leur avoit fait restituer leurs biens ; et pour montrer combien ils avoient été satisfaits de sa , conduite, il produisit une adresse de tout leur corps assemblé, où ils témoignoient qu'ils s'estimoient fort heureux de vivre sous le goi^vernement modéré de Georges IH ( i ) . Enfin il s'étoit toujours proposé dans sa
(i) En conséquence d'une pétition de M. Ilohcn et d'une motion
î5o HISTOIRE d'^AIWîLETERRE.
ecmdilke te bieR de son pays, et non son intérêt particulier; et, comme il n'étoit ni jurisconsulte, ni négociant, il se co»portCTl>it encore delà même manière, si des ^circonstances semblables se présentoient. La motioil de M. B«Tke ftit rejetée (i).
On veat Des discassions s'étant élevées sur l'état présumé des *à toute dépensas de l'armée, on soumît le principe dé la guerre conces- ^ Hfi nouTel examen, et l'opposition prit la résolution subsides, sans exemple de so^)poser à toute concession de subsides. Cette tentative extravagante atyaftt échoué (a), sir Jacqifes' Lowther interrompit Tordre dti jour, qui étoit la discussion du budget de Farméc, et proposa de décla- , rer a que la guerre d'Amérique n'^ayoit pas mieux servi Sir Jac- * à protéger }es sujets fidélesdu souverain', qu'à déjouer cjues ^ [^ complots pernicieux de ses ennemis. » Il antionça demande quc, si l'on àccueiUoit cette résolution, il en présentemené un ^^ uue autre portant « que toutes les mesures que l'on terme à la ii pourroit prendre à Férveûir, poiir soumettre les coçuerre. „ j^^^j^ révoltécs, étoïcnt contraires aux intérêts vé- « ritables du royaume, parcequ 'elles diminueroient l'éa nergre de ses efforts Contre Aés ennemis puissants et « invétérés. »
M. Powys prononça, à l'appui de cette motion, un discours- aussi remarquable qu'éteArdu , ofi il' 0t ééntir eomlnen étoit illusoire et ti^ikipeuse^l'éspéranc^e de çub-
de M. Burke, un oomitë s'occupa d'une enquête sur l'expulsion des juifs, et sur les pertes qu'ils ayoient éprouvées dans le pillage de leurs Biens. Le résultat de ceUe enquête fut peu honorable pour le (]fénéral et l'amiral, et celui-ci fut condamné à de graildes restitutioùs pour des biens saisis iliégâetettièbt^ quoique. Us pooptiétatres ones^nt mé* rite de les perdre. .
(ï) i63 VOIX contre 89.
(2) Cette mesure fut écartée par 172 voîx contre 77.
G£OUGES m. 35ff
juguer l'Amérique, et où il lemploya, pour peindre la décadence du royaume et Tinficsibilité intempestive da gouvernement, les mêmes paroles dont l'éloquent Gibbon s'étoit servi pour peindre Fétat de Teptipire romain sous les régnes de Valentinien III eC d'Honorius. Il exhorta ensuite la chambre à porter son attention sur la nature d'une guerre dont Tissue ne pouvoit qu'être fu« neste à l'Angleterre , et où il ne s'agissoit pas de limites et de frontières , comme dans les querdles ordinaire^ entre états rivaux. Depuis le commencement des hostip* lités , dit-il, on a en recours successivement à des fourberies de toute espèce; on a violé toutes les promesses, décrédité toutes les déclarations, abandonné tous les objets qu'on se proposoit. D'abord on a ftiit la guerre pour soutenir le droit d'imposer àes taxes , ensuite pour maintenir la suprématie de la métropole , plus tard pour assujettir les colonieà, et maintenant on ne se propose plus que de contracter une alUance étroite avec elles^ Ainsi le peuple et le parlement ont été long-temps abusés et confondus ; les subterfuges ont rendu les subterfuges nécessaires, les fourberies ont conduit à de nouvelles fourberies, et des pertes multipliées ont converti en obstination la fermeté, et en frénésie l'attaclmnent à d'anciens principes de parti. Qu'est-il besoinde s'arrétef ici à de vaines distinctions, quand tous les bons citoyens du royaume sont unanimes dans leurs sentiments, et^ prêts à faire cause commune pour détourner les imminentes calamités qui no^ns menacent? La nation, depuis long-temps abusée, nesauroit l'être encore aujourd'hui; elle ne compte plus sur les revenus de l'Amérique; elle ne voit plus dans la guerre un moyen d'alléger le poids de ses charges. Quel est donc le motif qui pousse encore
35l HISTOIRE D'ANGLETERRE.
les îDinistres à prolonger les hostilités? ils veulent conserver leur pouvoir exorbitant, et les trésors dont ils. disposent à leur gré. Certes, il n'y auroit aucun inconvénient à déclarer que le continent de T Amérique ne doit plus être le théâtre de la guerre; au contraire nos ennemis d'Europe seroient alarmés, la consternation se répandroit parmi eux, et ils trembleroient pour leurs grandes et nombreuses colonies.
. Lord North reconnut que les motions que venoit de présenter sir Jacques Lowther étoient. modérées, exemptes de passion et de tout ressentiment particu* lier, et conçues en termes auxquels on ne pou voit trouver à redire; mais il refusa de les accueillir, alléguant, pour motif principal, qu'elles instruiroient l'ennemi de la manière dont on seiproposeroit de conduire les opérations à la campagne suivante, et il proposa l'ordre du jour. Il avoua néanmoins « qu'il ne seroit ni raison- « nable ni prudent de poursuivre plus long -temps la « -guerre en Amérique sur un plan continental , ou de « faire traverser les colonies par de nouvelles armées « pour les contraindre à l'obéissance au moyen de ces , a marches. » Quand même il n'auroit pas fait cet aveu, ajouta-t-il, on auroit pu facilement apercevoir, par l'état présumé des dépenses, que le gouvernement, en se montrant si modéré dans ses demandes, n'avoit pas l'intention de remplacer l'armée de Comwallis. En effet rpn se bomeroit à conserver les postes occupés , et à mettre le commerce britannique à l'abri des croisières américaines ; ce que l'on ne pourroit faire si les motions de sir Jacques Lowther étoient accueillies.
Lord Georges Germaine dit qu'il partageoit l'opinion de lord Nortli; mais il déclara en même temps qu'il ré'
signeroit ses fonctions du moment où la chambre anroit ^accueilli la proposition d^abandonner TÂmérique ; selon iiii on ne pouvoit reconnoitre Findépendance américaine sans ruiner totalement la Grande-Bretagne. M. Dunning, quoiqu'il acquiesçât aux motions de sir Jacques Lowther, manifesta les mêmes sentiments, et ajouta, xl un ton extrêmement animé, que la proposition de déclarer TAmérique indépendante lui paroissoit presque suffisante pour constituer le crime de haute-trahison ( i ). ' Plusieurs membres distingués des deux côtés de la chambre parurent successivement à la tribune ; enfin rordre du jour fut adopté, mais seulement à la majorité de quarante-une voix (2) , vingt des partisans accoutumés du ministère s'étant réunis à ropposition(3).
Cette discussion se renouvela à la séance suivante, Ladiscuset M. Pitt prononça un discours fort éloquent où il en- renouvetreprit de prouver que tous les membres du conseil lée. étoient divisés d'opinion. Il montra d'abord les contradictions de la politique de lord North : «Ce ministre a commencé, dit -il, par déclarer qu'il étoit résolu à ne point jgoursuivre la guerre sur un plan continental; mais, comme effrayé du son de ses propres paroles, ou ^omme s'il eût craint d'avoir trop dit, et de s'être engagé par quelque expression qui lui auroit échappé, il a ajouté des explications qui ont altéré, modifié, et .même totalement changé la signification de sa déclaration primitive. Il a dit qu'on ne devoit pas continuer la guerre plus long-temps sur son premier plan , ou dans le dessein de soumettre l'Amérique par la voie des
(i) Annual Hegister, 178a, p. 146.
(a) aSovoix contre 179.
* (3) Annual Réciter, ubi suprà,
354 HisToms d'aim^IiEterre.
vmfis.; et had Oeorgas Garmaiofi a pFeteodu que tew le$ iKiiaistr^s 4loùdfkt d'accord à ne pas abandcmiier Tol^ jet de la guerre. Le secrétaîreMl'éCal pour l'Aioéiique, fioatinuoii rorateori a déclaré que la Grande-Bretagae eeroU totalement .rainée dii mameai où Tea «luroît reconnu Findép^MlaDoe amérioaine; loaid H a do»né eeite déclaration coHune son opkii«a partkmUère, sans aW quiéter de TopiDioil d autrui. Peut^n supposer ^'noe adniststration deat okaoun des membres ignore ainsi rofânion de aeS oottégues soit unanune dane sa Isçon de penser? Mon : cette supposition est trepuonstfnease peur n'être pas réj^ée] dwis un moHieBtemHtont Dùla désnuiott des ministres est plus sensible que jamais, v M. Pitt appuya ensuite son assertion par la comparâtson de plusieurs discours» assura que Tun des deux ministres^ lord lïorth ou lord Georges Germaine, avoit la bassesse de retenir ses fonctions, et de se cfaai|[er d'une respansahUité9.1orsquon suivoit un plao de.con*dnite qu il n'approuvoit pas, et exhorta la chambre à repousser d§ pareils hommes , dont les vues méprisables la désbonoroient. Ils n'é^oient d'accoid, dtsoit^^il, que dans une seule résolution ^ et cette rédolnlion étoit de détruire Tempire qu als étoieot appelés à sauver; et il craîgnoit qu'ils n'exécutassent leur preget avant que la nation souffrante et indignée n'eftt fait retomber sur leur tête le châtiment qu'ils méritoient. « Puisée, s'écria-tHll, ce ohAtiment u être pas assez long-temps différé pour qu'un peuple innocent aok viotinw de ces infemes complots auxqtteb il n'a point participé l »
Sir Georges Savile s'attacha à tourner l'adresse en ridicule, et compara la couronne et le pa{:Iement à des danseurs qui iîgur^roient un menuet sur un air de la
OEORces iiL 355
coiDpo3itipnile8 mioistres, k La cQ9roi|iie a prh, diiril, une dir^tioBy \^ paiement w ft pps mie confire, l'un et ^^atre sç so^t 9^è$ c^U donné la m^, et la dançeâ'ç^t tenninéeçoinme e)Ie pvoit eomipencér ¥ Pra* nant ensuite up ten plu9 $érieu^ , il aaaora que ladre^e^ ^uQiqiie représentée comme une afbire de pur c^H^ moai^U M raltacboit à d'aqtres meam^i, et ^"wit pou^ o)>jet d'abuser le parlemem sur }a^ contipuatiop de U ^erre avec TAmérique ; il compara )es ininistres à cf Spartiate qui , dans une bataille navale, percUt saccessi** . vçment ses deux bres en saisissant une galère ei^tteaaie , et oberobe ensuite h la retenir encore avec ses dents, 4iasi le ministère, dans la lutte contre TAmérique, avoit déjà perdu deux armées qu'on pouvpit appeler ses dau^ bfiis, et néanmoins il se montroit déter^niné d^ îjDi^ter le valeureui Spartiate, et à ne pa» Jâcher prise poar.pela ; mais il devmt ne pas oublier que le Spertiate avoit payé de sa vie son obstination.
. Quoique cette discussion eût été fort longue et fort unméep qependant, comme la motioii n'avoir d'autre çbjet que d'entraver la marche du gouvérnenHmt en lui faiaai^t attendre long*temps des subsides» la divi* sion fuit moiqs favorable à Toppp^tion que celle du jour préoédent ( i ) • '
Dans la chambnç des lords, le marquis de Bod^- ip ,]^. gham tenta vaineme^tt de s'opposer à la trefsième |ec- 9>^ tente tore di^ bill sur Timpôt de la drèclie^ et sur le^ fsoi^tri* chambre butions foncières. Sa proposition ^t rejette» q^oiqii'il ^^^^^^^^ leût appuf ée avecl>eaucoup de force > et qu'elle ^ f9À^ «^lisr ^* n^atre un louf débat.
^(i) i66 voii contre 84»
356 HISTOIRE Ix'ANGLBtERRE. '
lecture Les chambres, aVdnt leur ajournemeikt; ne s'occttrinipôr pèrent d'aucune autre affaire qui mérite d*être particude la lièrement rémarquée ; seulement M. Burke présenta une 3 et 17 motion au sujet de M. Laurens , qui étoit encore détenu dëc. à la Tour. Cet orateur peignit avec de vives couleurs sion rela- les mauvais traitements qu'essuyoit ce prisonnier, et fit manière '^^sortir ironiquement le contraste existant entre sa dont M. conduite, son caractère et ses droits, et la conduite, le est"raUé Caractère et les droits de ses oppresseurs. Il raconta dans sa toutes Ics démarches qui avoient été faites poiir obtenir prison. ^^ délivrance au moyen d'un échange de prisonniers, et lut une correspondance que le docteur Franklin avoit eue à ce sujet avec lui. Lord Georges Germaine réfuta complètement Timputation de mauvais traitement, en montrant une lettre que M. Laurens avoit écrite lui-même au commencement de sa détention (i), et où il remercioit les ministres des ménagements qu on avoit pour lui. Cependant on présenta ensuite une pétition où ce prisonnier se plaignoit, en termes vagues et généraux, de la rigueur de sa captivité, et demandoit quelque soulagement ; et M. Burke déclara son intention de proposer un bill pour régler l'échange des prisonniers , et de présenter un amendement à l'acte qui sûs- M. I^n- pendoit Vhabeas corpus; mais cette déclaration n^eut "^éiaVi!* point de suite, M. Laurens ayant été mis en liberté. Ajourne- On s'opposa vivcmeut , comme de coutume , à l'ajournement du parlement ; cependant le parti de Topposition y trouva de grands avantages : le ministère parois- > soit chancelant ; ceux qui jusqu'alors avoient soutenu
ses mesures se montroient disposés à rabandonnèr^
(1) Norembre 178a.
GEORGES m. 3^7
sans quon pût. toutefois leur reprocher de vouloir en« traver la marche du gouvernement ; ropinion que le^ funestes divisions du conseil étoient un obstacle à- toute tentative vigoureuse trouvoit plus de partisans que ja« mais, et le peuple souffroit avec impatience lonéreux prolongement d une guerre dont les désastres lui pa^ roissoient avoir leur source dans ladministration même qui.la dirigeoit.
Cette fureur pour les assemblées politiques , les clubs , 6 éée. et les comités de délégués, duroit encore, et de tous côtés Londres Ton délibéroit sur des pétitions ou des proiets de ré- ^«««ûde, forme. Avant 1 ajonmement du parlement, une assem-;* adresse, blée de la cité de Londres vota une adresse à sa majesté , ^\ P^^^'
'' '' et le ren-
où elle désapprouvoit le discours du trône et la conduite toî des des ministres, rappeloit les désastres de la guerre, et"*"**®^"** leurs funestes effets, déclaroit son éloignement pour une lutte malheureuse et Ulégîtime, et demandoit 1^ renvoi de tous les conseillers publics et secrets de la couronne (i). Une semblable adresse fut votée par les ,, ^^^ électeurs de Westminster, que M. Fox réunit, et aux- Autre» quels il adressa une harangue populaire où il cpmpara blés pétu les sentiments et la conduite de lord Chatham avec *^^'^*^' les sentiments et la conduite du ministère actuel. Les francs-tenanciers de Middlesex et de Surrey, les plan* teurs des Indes occidentales , et plusieurs autres corporations, votèrent aussi des adresses qui ne difiFéroient en rien quant au fond.
Quoique la guerre ne fOit point encore impopulaire,
(i)Lor8 de la présentation de cette pièce, on essaya de faire re« TÎyre une ancienne querelle, en demandant que le roi la reçût assis tar son trône, et le conseil commun passa une résolution k ce sujet, Voye^ Aan^ul Rcgister, 1783, p. 19$.
3^6 UISTOltlE D'AiCÔLETERnE.
le fardeau des charges publiques, et les désastres qu'oii éJ)rouVoît de tous côtés, exaspérbfent vivemëât Ifes esprhs: <!«petidant, si Fou eût déployé de la vigueur^ et si quelque important succès eût couronné les artoes b^itaUY^iqués, le mitiistère auroit rallié à son pafti uq^ ^^nd notabre de ceux qui en ce momeht se pronon- ^oient avec lé plus d'emportement pourlii paix. Eipédi- Malgré les mesures sages et vigpureù&ès dii goiiverfnl^J^r. netttent jliout^iïétidre la supériorité aux armés àiigloises, «e «Je les affitîrès prirent à la fin de Tannée 1 781, et dans les ^fX!"" première inoîs de Fannée^suivànté, un aépect des plus désespâ^ànts. Sur la nouvelle qu'un artnêment, destiné à retifttt'cei- les flottes des Indes orientales et des Antflles, deroit bientôt rnettre à la voile du port dé Ërest, on dépêcha pour fintercepter Tamiral Itémpënfelt avec dbu2e vaisseaux dé ligné, un bâtiment de cinquante canons et tpiatre frégates. Lé gouverneinent, dont Tes renseignements étoîent précis sur tout le reste,' avoit été trohipé sur tés forces de Ténnémî. t'âifrirèl' anglôîs , ayant rencontré à cinquaiité HeUes dt)tiessant là flotté franÇoise,xju'iine tempête venoit dé dispenser, réussît à s'emparer de vingt bâtiments dé tiransport chargés de grosse artillerie, de muuitiôtis dé guerre et dé bôilche, et portant onze cents boînmes de troupes de débarque* nient avec cinq cent quarante-huit matelote. Ensuite il aperçut Tennémi qui Ibrmoit sa fignè de bataille, et ^'avança contre lui; mais, ayant décoiivert dé pïûis près que ïeè? ÏVançbîs Fattendoient avec dix-neulf vaisseau* de ligne, dont quelques uns avoient l'avantagé de Féchantilloh, deux bâtiments armés en flûtes, et un grand nomJ^re de frégates,. il évita le combat et cingla vers ks côtes d'Angleterre. La val€ur des pri-ses qu^ ramena
6£0AGftd HI. 3S9
fil ^iow oomltten cette expédition écoil impûrcante, et ajoute ai| «éconteatesMoi du public; le ministère fat hauteweot censuré po«r sa négligence ft se procurer d'exacts pcpiseigueiaeirts , et avant l'âjourneDient lu chambre des cuoiniunes avoit déjà* retenti plusieurs fois des plaintes de lopposition.
De nowveaux événenents, dont on fut histrûii peu Prise de après l'ajournement, ne furent pas moins défavorables christôau ministère, et influencèrent ta condcdte éa parler P^®ment» Le marqub de Bouille, après avwr repris- Sâim* Eustache, et ftnt tous les préparatifs nécessaif'es pour assurer la conquête de Denterary et d'issèquibo, se >>]»»▼• porta contre Tîle de Sâint<*Ghristop!ke , où il dâ)arqua â ' -^ ^' la tète de huit milte bomuses» Le comte deOrasse proté*geoh ees opérations aveo une flotte êe imnte-deux vaisseaux de ligne. Basse-Terre, capitale de l^le, construite en bois, et Hors d*étet d'opposer lu moindre «ésistance, ayant oapttuté, la flotte, frànçoise jetu Fanere dans fa rade de oette viUe. Les troupes angloises et les milices do pay9, au nombre d'environ neuf cent dnquante hommes, aous les ordres du général Fraser et dn gon^verneur Sbirley , se retirèrent à la- hâte au mohië dé firimstone-HiU, sitmiâon très farte par elfe-méme, mais qu'efies ne pouvoient espérer de défendre longtemps , vu lem' petit nombre et leur dénuement presque total de munitiotts et d'artillerie. Le générai françois se vit néanmcnns obligé de les assiéger dians les formel^; et ses soldëts, après avoir surmonté de grande obstaeles pour trmspoiter rartiHerie nécessaire, commencèrent le feu , et ouvrirez}! les tranchées. Cependant sir Samuel Hood , qui avoit quitté là Barbade avec vingt* deux vaisseaux. >de figne, résolut de courir ks haôard$
i5 janY<
d'un engagement avec les forces supérieures dé Ten^ nemi, afin de sauver rétablisf^mept important de Saint -Christophe. Il avoit,à peine formé sa ligne de bataille, que le comte de Grasse, pour profiter des avantages de sa supériorité numérique, leva Tancre et s'avança en pleine mer. L amiral anglois, avec une pré- ' sence d'esprit admirable, feignit de céder, attirant de ' , plus en plus Tennemi loin du rivage, et vint se placer habilement au lieu même que les François avoient qurtté. De Grasse, après avoir essayé vainement de couder l'arrière-garde des Anglois, et le^ avoir ensuite attaqués par deux fois sur toute leur lign«, eut la mortification de voir que toute communication étoit interceptée entre lui et les troupes débarquées; :
Cette circonstance n'empêcha pas le marquis de Bouille de pousser le siçge de Brimston^-HiU avec la même vigueur; quoique la garnison ne pût recevoÎF aucun secours de la flotte aiigloise, ce général n'étoit pas sans inquiétude sur l'issue de son expédition : comme il craignoit de -voir. arriver Rodney> qui^amcT uoit de^ renforts d'Angleterre, et que le siège lui a voit déjà, coûté un millier d'homiQes , il résolut de bât^r la reddition de la place , ; en poi^açant de livrer aux flammes les plantationsi de la colonie , et de renouveler les dévastations qu'il avoit commises à Tabago; La milice alarmée pressa les commandants de se rendre , et le général françois consentit à toutes les demandes qu]on lui fit relativement aux propriétés publiques ou particulières, à la garnison et aux habitants. 3 £ç'^^ Le général Fraser et le gouverneur Shirley ne furent pas traités comme des prisonniers de guerre; le premier eut la liberté de rejoindre son régiment, et le se-
CEOftCËS III. • 36f
cond, cette de reprendre son gouvernement à'Antigod.' L'amiral Hood, quiavoit conçu de grandes espérances en voyant les François, dont toutes les opération sf indiquoient le découragement , démonter les batteries de Basse*Tèrre, fut vivement indigné lorsqu'il apprit que la garnison s'étôk'rendue sans le consulter. Cependant il pourvut à la sûreté de son escadre en faisant couper à-la-fois totis ses câbles pendant la nuit ; pour que ses vaisseaux pussent mettre à la voile en même temps, et marcher «plus serrés ; cette manœuvre lui réussit, et il gagna là Barbade sans obstacle. Les Prise <Ycs îles de Neviset de Montserrat étant tombée^, peu après -^^^i^ et 3Ù& départ, au pouvair de la flotte françoise, il né «leMomresta plus à la Grande-Bretagne de ses lies sous le "vent, que la Barbade et Antigoa.
La perte de Miliorque ne fut pas moins sensible que Prise de celles que Ton venoit d'éprouver dans les Antilles; Lé *„e^" fort Saint-'PbiKppe avoit une garnison de deux mille six cent quatre -vingt -douée hommes, y compris quatre cents matelots invalides, un corps de marins et un petit détachement de Grecs et de Corsés* Les fessés et tous les ouvrages souterrains de la place, étoèent taillés dans le roc, et capables dasstii*er la déiense la plus prolongée; mais les remparts n'étoient pas d'une force proportionnée^, et la garnison se trouvoit de moitié trûpfoible pour garder des fortifications aussi vastes. Les assiégeants étoient au nombre'de seize mille hommes, et avoient ceïit neuf pièces de la plus grosse artillerie, et trente-six grands mortiers; cependant le duc de Crillon n^eut pas honte de recourir à un expédient indigne de lui : il tenta de séduire lé gouverneur, et d'obtenir par corruption ce qu'il désespé-
363 BISTOIBK t^'ASetBtERKE.
roit d'enlever par force^ Le général Murray nponsea les offres de eo» eoHMÛ avec autaDt de noblesse que d'indignation , et lui rappela ce qu'il se dcroit à luimême, et ee qu'il deToit à l'honneur d'un homme sorti d'un sang non moins îllustve que le sien. La oowhiite du siégQ, néanmoins fnt très i^orieuse poor Cnllon; par un sage emploi de ses fiants , il vint à boat d'in^ teroepter tous les secoun que la ganueon nufoît pu recevoir de l'intérienr du pays, et le feu etraiiiiuel et bien nourri qu'il entretint contre b place ne bientôt d'autre asile aux assiégés que leurs i et leurs souterrains. Ce &Et en vain qu'ils se aîfpialàrent par des actes d'une héroïque valewr, qn'ila s'^apanè* rent dans une sortie vigoureuse du cap Mois , qnsir* tier-général de Grillon; que leurs batteries firent savter un magasin à poudm de l'enanemi , et oonlèrent à £snd un bâtiment avec lartiUerie , les bombet ^t les mumvtiens dont il éteât diargé ; le petit nombre auquel ils étoient réduits l^ftr rendait ce triomphe passager pins nuisible que proâtable. Quelques difSérenta surrenus entre le gouverneur et le lieutenant* gouverneur .JMbe^ vèrent de foire évanouir le peu d'espoir qui leur reesek encore de résister. D'ailteurâ , quoique ht gouwemcient eût abondamment pourvu la place de pruvisiona de bouche et de remèdes médicinaux , le manque abioki de végétaux^ et l'entassement des sfUats dnae les ca* semâtes, engendrèrent en peu de temps le scorbut, qni fut suivi de la dysseaterie et d'une fièvre pn^ride, et £t les plus horribles ravages. La médecine éioit smpuissfKnte contre cette effroyable oontagioa, et dans les premiers joiurs de février la garnison se trouvm réduite à six cents hommes effectifs; ka chirurgimia vin-
CÈÔRGfiS tll. 363
reht représenter nlors au gouverneur qu'une plus longue résiscance entràlneroit la perte du petit nombre cle bmves qui restoient , et qu'un air plus pur et des alimenis rafmictHssants pouvoient ireuh les rappeler des portes du tembeau. Les assiégeants accordèrent avec «tnpressecnent les conditions les plus honorables, -et témoignèreÉt Une compassion généreuse à fa yue de cette poignée de guerriers s'avançant, à travers les rangs de l'armée nombreuse qui les avoit assiégés, vers le lîeU où ils dévoient déposer leurs armes ; ils ne pwreM même refuser de leur payer un juste tribut d'adiHiràtien , lorsqu'ils les entendirent s'écrier qu'ils ïie rendoient les aitnes qu'à Dieu seul. On peut dire à la gloire des Espagnols et des Ft*ançois qu'ils oublièrent en cette occasion* foute inimitié nationale, et prodiguèrent, avec les attentions les plus nobles et les plus délieateè , des secours et des consolatiouB à leurs ennemis maHieureux.
Avant ces derniers événements, le parlenient avoft M. Fox l'épris se» séances , et M. Fox avoit donné le signal à ^''ôiion l'opposition , en demandant une enquête sur les désas- ^'"f ^ entres maritimes. 8'3 restoît encore à la chambre , dît cet îi"^dc'«a8âoquent orateur, quelque vigueur, quelqtrc pudeur, tre« mariquelque indépendance , j'am'ois demandé le renvoi de a5 jauv. lord Sandwich ; mais tête ont été les funestes cfïfets de l'influence ministêriefle , que FinteIKgence et la voloîité du pariement sont également €X)rrotnpues. On a accusé, ajouta-t-il ensuite, l'opposition d'avoir main»* t^iu le premier lord de l'amirauté dans ses fonctions , par les efforts mêmes qu'elle faîsoit pour l'en écarter ; on l'a accusée encore de s'être liguée avec Franklin ; avec l'Amérique , avec la îPrance , avec fEspagne , et
364 HISTOIRE d'angletebrK.
d'avoir contribué à Fiadépend^Bce des coloniesi. Certes il eût mieux valu pour TAngleterre que I0 parlejoieai . favorisât TAmérique, la France^ TEspagne et la Hoir lande y que le ministère auquel il s'est abandonné; car, sans ce ministère pervers , en vain Franklin eût été sage^ Washington vaillant; jMaurepas, de Sartkies et deCastries, vigilants, rusés, et politiques ; et l'Amérique' eût montré en vain sa fermeté ; la Maison de Bourbon , ses ressources , son courage et sa vigueur ; et la Hollande , sa haine secrète contre son plus ancien alUé. L'orateur fit remarquer alors qu'il falloit consi-: dérer deux choses dans sa demande; l'une, si le. premier lord de l'amirauté avoit les moyens d'entretenir une flotte capable d'assurer la défense de l'état ; et l'autre , s'il employoit avec sagesse et discernement les forces réelles qu'il avoit à sa disposition. Ensuite il retraça le cours des opérations maritimes depuis Tannée 1776; et montra que, dans chaque occasion, on avoit négligé, différé, ou entrepris sans aucune prévoyance , toutes les expéditions importantes. Il insista particulièrement sur les opérations de la dernière campagne : Rodney, dit-il, avoit souvent flatté le royaume par la promesse de porter un coup terrible à l'ennemi dans les Indes occidentales, et cependant tous ses exploits s'étoient bornés à ne pas être vaincu dans un petit nombre de combats. Le même amiral, tout entier au honteux pillage de Saint - Eustache , avoit laissé prendre Tabago , et ensuite n'avoit su trouver aucun moyen de prévenir la catastrophe de Gbrnv^allis. Mais dans l'expédition de Kempenfelt , plus que dans aucune autre, perçoit cette négligence coupable du gou* vernement : on avoit envoyé cet offider avec des forces
GtoftOES III. 365
insuffisantes , pour intercepter un ennemi supérieur , pendant qu*on employoit des vaisseaux de guerre à des entreprises d'une bien moindre importance, notamment à inquiéter le commerce des RoUandois. La Providence y protectrice constante des Anglois, avoit foit tocbber entre leurs mains quelques bâtiments de transport, et dispersé le reste des vaisseaux par la tempête; et cependant Tamiral n'avoit eu rien de plus pressé alors que de rentrer dans le port , aii lieu de harasser la flotte ennemie, et de Tempéchtr de se rallier. Le parlement s^étoit lai&sé trop long- temps décevoir par de frivoles espérances; maintenant il devoit revenir à des mesures plus sages, ne pas repousser les sentiments d'une nation magnanime et souffrante , et ne pas consommer la ruine de tout un peu- I^e pour le maintien d'un individu.
Le capitaine Jean Luttrel donna l'explication de divers points sur lesquels le public étoit depuis longtemps abusé. Il observa que lord Hawke n avoit pas laissé la marine dans imétat aussi florissant qu'on le pensoit, et que cependant on ne pouvoit lui en faire un reproche, ses' efforts ayant été sans cesse arrêtés par la |>arcimonie du parlement. Sous l'administration de lord Sandwich , on avoit accordé dés subsides plus considérables, et leur emploi avoit été si sagement dirigé, que jamais, depuis que l'Angleterre étoit une puissance maritime , les chantiers n'avoient été si bien fournis. Il ne vouloit pas prétendre néanmoins que l'administration de la flotte fût parfaite , il s'y étoit glissé au contraire beaucoup d'abus; mais il pensoit que, pour les détruire' tous, il serôit suffisant de montrer de Tunanimtté, de la confiance et de l'harmonie. Pendant
366 HISTOIQE d'ANG(.KTERRE.
que des wiir^ux teU 4{;pa le$ Aoaoai l^s fi«wlE;r, led Bo|$caweii» les Saunders e^ les J(e|ipel, %YoèeM été à la tête de la mariiie , pu a;^Qi( vu rignew em^ tous lea ofSciers une émuIatioA el une bîeaveiU^taçe I^m^iJ;^^ ceux du plus haut grade mettoieut leur orgueil ^ m-* struire leurs subordcm^ép 4 U carrière 4^ ravaucenenl étoit indistinctemeut ouverte pour tous» et les. petits différei^ts qui pouvoient U9ixrf éloiout toujours 9psàses par Tinterveotiou cou«iiiatoire des chel^f'iftisûute» naut réguoieut uue désunion et une dualité funestes; les officiers n'étoieut jamais admis à la table de leurs supérieurs; ils nesetrouvoîeutaveçeuKquep^dai^le temps du service; aussi ue leur témoigooieutnlsmic^me espèce de confiance. Il peasoit 4que, pour reaviédier à ces déplorables abus , il follait rappeler les vétérans dont la capacité , le courage et rei&périeuee étoieut :g4uéf!9h lemént reconnus, la plupart des coaMnaDdauts actuels n'étant que des capitaines encore très jeunes à Tépo*» que où la dernière guerre «voit fini. L'orateur conclut eu rejetant Tenqulte proposée, qu il regardoit aomme une mesure propre seulement à entretenir les dissent sions sur la flotte, et à tromper le parlement en faisant comparottre devant lui lâ^ témoins dévoués fm parti de l'opposition, et qui, au sortir delà obraobre, s'ap^ plaudiroient, comme on Tavoit d^vu pluf leiirsr fois , du succès de leur impostupe^
Lord Mulgrave s Vttacba à défendre en général les opératio|is maritimes de la guerre; et M. Fitabei^st attribua Tinsuffisanee de la flotte au manque de char-' pentiers pour la marine. La France , dit ce dernier membre, occupe trois mille de ces ouvriers au port de Brest; et, dans le chantier royal de Portsmouth^ on en
oiroiOBS iiî, 367
compte o peioe irait cents. C'est pour eela qiï^eii Angkterne on eet si k^i^-taDips à construire deé vaisseaux^ quoiqu'on ait des matériaux de toute espèce en abondante. Le motif ijui éloigne amsi les ouvriers dès chantiers de la nation, e'est Texignité dn salaire qu'on hmf aoeofde, en comparamon de oeloi qu'ils reçoivent d«a armateurs particuliers^
Lopd ISorth déciiaea que lord Sandwi<& ne desiroit pas moms que lui une enquête approfondie et lumi^ neuse ; et la motion fut accueiBie sans division. On éleva ensuile dsflfiârentês disoissions fort animées au sujoi des pièces que Ton demanderoit à Famirauté; et M. Pitt se fit particulièrement remarquer par une éloquence entratnanle, et une laeilité admirable à préaei^er les af%âres avec clarté. Tons les renseignements demandés furent aoonrdés, et à la première discussion du comité il fut décidé q»e Tott ferait Tappel de la chambre.
Après la lecture des pièces , M. Fox , dans un dis- . |^^^ cours éloquent et étendn, renouvela les attaques contre ktrd Sandwich, et oondui en proposant de déclarer ^ne « durant Tannée 1 781 , les opérations maritimes Q voient été mal dirigées. « dette proposition int écartée; mais radministration ne remportn qu'une victoire peu glorieuse, n'ayant eu qu'une majorité de vingtdeux voix^ sur trois cent trente-huit votants (1).
L'éloîgnement que montrooent les représentants des Motions l^onrgs pour le parti du minière ranima les espé- ^jâ*^^ raocea de Topposition , qui présenta successivement ^^^^ «^ ^ pluaieiirs motions relatives à la conduite du gou- tion de*
(i)!io$ voix contre 18%
368 HISTOIRE DAtXGLETERAE.
plasiears .veraemept , et au caractère personnel de ceux qui se
au parle! -^écfeï'oi®^^ ^03 appuis ; cils motions donnerait là«a
ment, aux débats les plus acharnés. Le duc de^lïîcliaioad en
etiîéy\ présenta une au sujet de rexéoutioo du colonel Hay-
Motion iiçs^ Qi censura vivement à cet égàvà la conduite de
de Rich- lord Bawdon et du lieutenant-coloael Balfour, quoique
mond au j^ reste il ne leur refusâjt pas ses éloges ; et- le duc
rexécu- de Ghandos demanda une enquête sur les crises de k
roione? Capitulation d'Yqrk-Town, et une copie cfe la corres-
Iiaynes. pondauce ministérielle de Clinton pendant l'année
février. 17S1. Cfts deux propositions furent accueillies après
Motion quelques débats fort animés; mais elles nentrainè-
d une en- ' * *
quête sur rent aucun résultat.
lie iTred- ' ^^f^ Georges Germaine, ne partageant pas la façon
«lition de de voir dcs autres membres du conseil sur la conduite °^?s*** " .ultérieure de la guerre , résigna ses fonctions de secré-
Ile'signa- taire-d état pouT l'Amérique , et fut élevé à la pairie lord avec le titre de lord vicomte Sackville. M.- Welbore
Georgeg ^\\[^ }ç remplaça au ministère. A cette nouvelle, le ne. marquis de Garmarthen , oubliant lui-même les pour-
ïl esfcréé ^"^^^^ dout SOU aïcul, Ic comtc de Danby, avoit été pair. 4 objet, proposa de déclare^ « qu'on avoit porté atteinte
àiîes^u^t. ^ ^^ dignité de la chambre des lords, en recommandant .à la couronne , comme digne du titre de pair , un individu contre lequel une. cour martiale avoit prononcé une si grave sentence. » Le lord chancelier fit sentir l'irrégularité d'une pareille proposition , et son incompatibilité avec les^ formes du parlement; et lord Denbigh assura que non seulement la motion étoit irrégulière, mais qu'elle n'avoit même. aucun précédent en sa faveur. Il observa qu'à l'époque, où s'étpit tenue cette cour martiale à laquelle on faisoit allusion, le
GEORGES Ilf. 369
conseil étoit soumis à une influencô particulière; mais que , quatre ans affres , Tadministratidn Bockiogham ^ dont la plupart des membres se trotivoient actuelle*» ment dans- le parti de Topposition, avoit désiré que Ton rendît à lord. Georges Germaine sa. placQ dans le conseil -privé) preuve qu'elle considéroit son avis comme d'une grande importance pour Tétat.. Jugeant la motion, inutile , et la regardant comme capable de porter att^ifitje à la prérogative, royale , il conclut en proposantrL'ajpurnement \ et sa proposition fut accueil* lie. On prononça ensuite différents discours très peu modérés, Ç|ù,r0& cçnsuroit la conduite de lord Georges^ et où on le menaçpit d'un jugement.
Quand lord Sackville vint siéger à sa place au par- 18 fé?. lement, le. marquis de Carmarthen renouvela la dis-: cussion paj^ une motion à peu près semblable. à la pren mière-, et rappela M sentence de la cour martiale ^ et les ordonnances royales donteUe avoit été suivie, jur geai^t inutile. d'apporter des preuves spéciales de cettô sentence; attendu cfu'aucun membre de la chambre pe l'avoit encore oubliée. Lord Abingdon prononça ^ à l'appui de cette motion , un discours très peu mesuré , et soutiiU qu admettre le nouveau pair dans la chambre, c^toif a^r au mépris du bon sens , de la décences et des vertus publiques^ et encourager tous les vices particuliers. ,
Lord Çackville déclara qu'il ne connoissoit pas oeui^ à qui il étQJjt redevable de sa digi^ité de pair, mais il Sfs croyoit autorisé à l'accepter, la cour martiale n'ayant point prononcé sa dégradation. Ç'étoit vingt- tmis ans auparavant que cette cour martiale avoit tenu ses séapces, et à cette époque une faction dominante l'avoit
rendu là victime d^une persécution inbtiïe. On Tavoît condamné sans reutendre, et puni avant de Ta voir jugé. Quoique dépouillé de ses grades militaires sur une simple rumeur, et sur les insinuations calomnieuses de ses ennemis, c[m n'apportoient aucune preuve de leurs assertions, il avoit défié ses accusateurs, provoqué une enquête, et, fort du témoignage de sa conscience, demandé avec persévérance un jugement. Tout le tempsque la cour martiale avoit siégé, on avôit encouragé tous les bruits, et fomenté toutes les préventions. Oe* pendant il n'avoit pas Tintention de demander que Ton revit cette affaire, et il se soumettoit à la seutence que l'on avoit portée contre lui. Si néanmoins on vouloit revenir sur la procédure, il ne s'y opposeroit nullement; au contraire il étoit prêt à s'en remettre, sur son honneur et sur sa vie, à la décision de la chambre, ou même à celle du marquis. Maintenant la chambre n'avoit sous ses yeux ni les charges, ni la défense, ni les témoins, et cependant on demandoit qu'elle sanctionnât une se* coude fois la sentence qui l'avoit cbÂdamné. Une semblable manière de procéder décupleit)it la sévérité des lois militaires, en faisant accompagtier le jugement porté d'après ces lois de là cehsure d'un tribunal civil. Mais ce qui étoit plus iiijaste encore^ c'étoit de joindre à la ^ntencé de la cour martiale les commentaires du pouvoir exécutif. La cour martiale étoit compétente peut proftonopr; c'étoit par etle qu'il avoit été jugé, et il .netbït responsable en aucune sorte des explications que Georges II avoit données.
Lord Southampton, Fun des ténioins examinés dans celte affaire, déclara que l'esprît de pai^ti li'eh avoit pa» dicté le jugement; et le duc de Riclimond, qui s'é»oit
trouvé à la bataille de Minden, assura, quoique la cour martialenereûtpointappelécommetémoiD,quele temps perdu par lord Georgerôeroiaine étoit uue heure et de* mie. C'étoit un fait qu'il pouvoit particulièrement affirmer, « ayant eu sa montre à la main pendant tout le « temps. »
Lord Walsingham et lord Stormont prirent la défense de lord Sack ville; et le lofd- chancelier déclara que ce* lui, quel qu'il fÙt, qui avoit cons^Ué au dernier roi de publier les ordonnances que cette motion rappeloit, lui avoit conseillé de faire une action fort injuste, et de flé-> trir le noble lord plus que ne le comportoient la sentence , et même les charges élevées contre lui. La proposition du marqpis de Carmarthen fut rejetée à une majorité considérable (i), et neuf pairs signèrent une protestation (a) par laquelle ils soutenoient la sentence et les ordonnances royales, et déclaroient que Télévalion de lord Sâckville étoit une mesure fatale à la gloire et aux intérêts de la couronne, et à la dignité du parlement, et une insulte à la mémoire du dernier souverain , et à tous les membi*es de lUlustre maison de Brunswick.
L'espoir de mortifier le nouveau pair par cette indécente protestation paroît âvoimété l'objet principal de la motion. Une excessive animosité de parti pouvoit seule porter les défenseurs déclarés de la liberté à faire valoir de pareils arguments en faveur d'une doctrine aussi injuste et aussi tyrannique que celle qu'ils soutenoient dans cette circonstance : savoir, que, vingt ans
(i) 93 voiiE coDtre 38.
(2) Cetoient le marquis de Carmarthen, le duc de Rutland, les comtes de Pembroke, de Graven, de Ghatham, de Derby, et d'Egremont; le duc de Deyonshire , et le comte d'Âbio^doc*
après la mort du roi, son opinion sur le jugement d'une cour martiale suffisoit pour lier son successeur, et in- 19 fev. fluencer les opérations delà législature entière.
Censures • ^ iii'^^ ^l
dirigées La faveur dont le gênerai Arnold jouissoit auprès du ^^éaér 1^ €®uvernemeut anglois fut le motif principal des cen- Arnold. sures qui furent dirigées contre lui. L'acte sur les re^ belles ayant été renvoyé à un comité, M. Burke saisit cette occasion pour témoigner combien il désapprouvoit viveipent qujEi Ton eût admis dans les rangs de Tannée angloise un ojBcier qui étoit rebelle à des rebelles. Il pensoit que i on auroit pu reconnoître convenablemei^t ses services par quelque pension ou gratification pécuniaire, mais que Ton n'auroit pas dû le mettre à même Nouvelle de commettre ime nouvelle trahison.
uus^iet L'opposition , dans ces attaques personnelles , faisoit de la mau- Tessai d'uu plan d'assaut général qu'elle médltoit , et qui , miDistra' étant couduit avec non moins de persévérance que d'hation delà bilcté, fut à la fin couronné du succès. M. Fox présenta 22 fev. à la chambre la motioû, déjà rejetée dans le comité, sur la mauvaise admijaistration de la flotte , et déclara que ses efforts n'étoient p^s dirigés contre lord Sandwich en personne, mais contre tout le conseil de l'ami* rauté. Sa motion fut vy^ement appuyée par M. Pitt ; et quoique la chambre fïit beaucoup plus< nombreuse que la veille, la division fut encore moins favorable au mi- Motion nistère , qui n'eut qu'une majorité de dix-neuf voix ( i ).
<la Au moment de la division, M. Thomas Townsend
Conway avertit la chambre que l'on soumettroit sans délai à son contre la examen une question relative à la continuation de la
(guerre. ,
22 féy. guerre d'Amérique. En conséquence le général Conway proposa de supplier sa majesté, par une adresse, de
(1) a36 voix contre 2*7.
Digitizèd by VjOOQ IC
CEOfiGES III. 373
prendre en considération les malheurs de la guerre, et les chargées énormes sous lesquelles le peuple gémissoit , «t d*écouter les humbles remontrances des communes, -qui jugeoient tout-à-fait impossible de continuer plus •long-temps la guerre sur le continent américain , et d'en réduire les habitants par les armes, et qui promettoient tout leur dévouement pour hâter une réconciliation sincère avec les colonies révoltées. Il observa que pour le moment actuel , comme il paroissoit à-peu-près certain qu'on se proposoit de continuer la guerre, il jugeoit nécessaire de demander au nouveau secrétaire-d'état , qui , pour n'être pas un jet^ne homme, n'en étoit pas moins un jeune ministre, quels étoient les principes et les sentiments qu'il professoit relativement à la guerre d'Amérique. Le roi , disoit-il , avoit témoigné dans son discours que la paix étoit l'objet de ses vœux ; et des personnages dignes de foi avoient déclaré que l'Amérique, de son cèté, montroit des dispositions pacifiques. C'étoit à la chambre à réaliser de pareils vœux ; et tout homme qui me desiroit pas la fin de la guerre étoit non seulement impitoyable et dur, mais encore inhumain et féroce au xlernier degré. Lord Jean Gavendish parla à Tappui de •la proposition de M. Townsend, censura amèrement la ^prolongation de la guerre, et fit un appel solennel aux sentiments de la chambre.
M. Welbore Ellis répondit sur-le-champ à la provocation du général Conway, et développa les opinions suivantes , qu'il appela sa profession de foi : Jusqu^alors , et Ijps événements ultérieurs seroient incapables de changer sa façon de voir, il avoit toujours pensé que la guerre .ctoit juste dans son principe ; mais jamais cependant il n'a voit regardé la force comme un moyen suffisant pour
374 HISTOIRE b'aNGLETERRE.
assurer l'obéissance. Il avoit cru qu'il y avoit en Amérique une multitude de partisans du gouvernement anglois, et qu'en leur prêtant un ferme appui on pourrok anéantir cette faction qui desiroit la guerre par des motifs d'ambition, ou par haine pour la monarchie. Ces partisans de l'Angleterre étoient encore très nombreux, et il avoit les plus fortes raisons de le juger ainsi , quoiqu'il ne voulût pas exposer actuellement devant la chambre ce qui faisoit le fondement de sa confiance. Personne ne desiroit la paix plus que lui, et il ne consentoit à supporter encore la guerre que pour donner à la paix un fondement plus solide et plus durable. Pour connoitre les vues du ministère dans la prolongation de la guerre , il suffisoit de jeter les yeux sur le budjet, où Ton ne faisoit aucune demande relative au recrutement de l'armée. Quant à lui, il né seroit jamais d'avis que ce fût un bon moyen pour obtenir une paix avantageuse que de retirer ks troupes britanniques du terri toii^e de l'ennemi, et de le délivrer de ces alarmes qui font si vivement désirer aux hommes le retour de la tranquillité. Se conduire ainsi, ce seroit déclarer son désespoir, et donner, pour ainsi dire, carte blanche aux Américains ; au lieu que leur faire ressentir les inconvénients, le fardeau et les calamités de la guerre, étoit un moyen infaillible de leur inspirer un vif désir de la paix. M. Welbore EUis fit ensuite sentir l'absurdité qu'il y avoit à employer un terme aussi vague que celui de guerre américaine, lorsque totite l'armée continentale étoit chaussée, vêtue et payée par le roi de France; il prétendit que la guerre ne devoit pas toujours tirer son nom du lieu qui en étoit le théâtre, et assura qu'on
pouvoit considérer celle é^an&^ laquelle on se trouvoit actuellement engagé comme une guerre avec les François , qui portaient leurs armes en iUnérique de même cjue dans la dernière guerre ils les avoient portées en Allemagne. Le préopinant, ajouta-t-il ensuite^ paroit demander dans sa proposition que Ton rappelle les armées d'Amérique : si la chambre juge que le temps est venu de faire une déclaration pareille, on s'empressera il effectuer ce rappel; mais la motion présentée laisse beaucoup d'incertitude dans l'esprit. Les ministres ne peuvent prendre que des mesures incertaines et sans résultats s'ils ne possèdent pas la conl^ance du parlement; et, s'il n'est pas en leur pouvoir d'acquérir cette ^confiance, il ne. leur reste de parti que celui de se retirer; mais, tant que cette détermination n'est pas néœssaire, on doit les laisser user avec liberté de leur pou* voir, profiter de tous les incidents favorables, et ne pas les gêner par des entraves dont l'intérêt public pnurroit les inviter à s'afirancbir.
M,. Burke tourna en ridicule cette pn^sion de foi du ministre, et la compara à une multitude d'autres pvo* fessions semblables, inintelligibles pour tous ceux qui n'étoient.pas éclairés par quelque flambeau intérieur. Jamais peut-être , pour le malheur de l'espèce humaine , on n'avoit composé et pul;>lié de profession de foi plus obscure, plus entortillée et plus absurde; et celle-ci, comme toutes les professions au-dessus de l'intelligence, ne pouvoit être appuyée que par des miracles» La seule idée nouvelle qu'on y aperçût étoît que les localités ne dévoient être comptées pour rien dans la guerre : ainsi Ton venpit de conférer la dignité de pair
à un individu qui démembroit son pays, en disant que la guerre avec l*Amérique n'étoit plus qu'une guerre avec la France. Il s'attacha ensuite à démontrer cqmbien cet argument étoit propre à induire en erreur, et combien il étoit ruineux pour Fétat de combattre la France «ur le continent américain, lorsque les dépenses qu'il en coûtoit à cette puissance pour soutenir la guerre en Amérique étoient vingt fois moindres que celles qu'il en coûtoit aux Anglois. Le nouveau plan de M. Ellis n etoit dans le fait rien autre chose que Fancien plan de «on prédécesseur; et le dernier ministre se trou voit •avoir laissé, p(^ur ainsi dire, son ombre à la place qu'il Bvoit quittée, son successeur ayant adopté non seulement ses plans, ses projets et ses mesures, mais encore «es idées, son langage et ses termes; concevant les mêmes espérances, ayant la même opinion relativement aux nombreux royalistes d'Amérique, et ignorant xomme lui tout ce qui pou voit contribuer à la paix. M. Burke rappela alors les funestes désastres de Saraloga et d'Yôrk-Town , et fit sentir quelle folie il y avoit eue dans tous les temps à compter sur les partisans de TAngleterre en Amérique, et combien cette folie seroit plus grande depuis la dernière capitulation, circonstance où ils avoient été tput-à-fait abandonnés. Il témoigna qu'il n'accorderoit jamais sa confiance à des ministres déterminés à poursuivre une guerre si impolitique et si insensée, et finit en déclarant que, si l'on ii'adoptoit un nouveau système, jamais il ne surviendroit de circonstances favorables au peuple anglois.
Différents orateurs parlèrent sur la même question avec une habileté remarquable, et s'attachèrent surtout à développer les arguments qu'on avoit déjà pré-
GEORGES ni. 377
sentes : la division ne donna au ministère que la triste majorité d'une voix (i).
' Prévoyant que Topposition alloît enfin remporter, et qu'elle ne pouvoit manquer de parvenir au ministère lorsqu'on auroit terminé les affaire» de finance, M. Fox, aussitôt après là division, reprocha à lord North de différer la présentation du bùdjét , et il lui fut répondu que cette présentation auroit lieu définitivement lé 25 . , Le colonel Barré témbima combien il étoit surpris de f^tc»"*^»-
" 1 1 1 V Uon entre
cette conduite indécente et scandaleuse de lord North, lord qui après avoir épuisé le s«ng des peuples pour ainsi i^^^j^^^i dire jusqu'à la dernière goutte ; désiroît encore l'épuiser Barrç. davantage, s'il se pouvdît. Utie pareille conduite étoit une insulte odieuse, et l'on en étoit à ce point qu'il sembloit que la chambre n'eût d'autre objet en se rassemblant que celui de voter les impôts. ^ • Lord North,' à cette attaque imprévue, perdit son sang-froid ordinaire , et répliqua avec feu ; il supposoit que la grande minorité de la dernière division avoit encouragé à ces outrages le colonel, dont le langage n'avoit jamais été décent à son égard , mais qui maintenant portoit au plus haut point l'insolence et la brutalité. Les murmures de la chambre obligèrent l'orateur d'interposer son autorité, et le ministrç, recouvrant sa bonne humeur accoutumée , présenta ses excuses à la chambre et au colonel. Ce^iîi-ci s'excusa à son tour de son manque de modération ; il ne paAageoit pas, dit-il, les opinions politiques du noble lord, il le méprisoit au contraire comme ministre, mais il l'estimoit infiniment comme simple particulier, et par conséquent il seroit moios dis-
(i) 194 voijf contre 193.
posé à lui tenir un langage incivil qu'à tout autre homme. Tels étoient à cette époque les effets de l'aveu* gle fureur de Tesprit de parti sur les esprits doués de plus de bienveillance et de retenue.
Quoique les membres de l'opposition ne vissent pas avec pdne que le ministre devoit traiter le sujet impor polaire des taxes, avant de résigner ses fonctions, iU n'oublièrent rien cependant afin.de rendre encore plus 35 fëv. impopulaires les mesures qu'il ét<Ht contraint d'adopter, *î^ "«^'^- et prodiguèrent les plus amères censures à l'occasion I occasion dcs nouvelles taxes que Von se propiosoit d'établir. ^veiT** M. Fox s'éleva contre Içs conditions de l'einprunt, actaxes, eusa les ministres de favoriser, dans de honteux mar* chés, les contractants , les employés et des membres dv parlement , et. observa qu'après avoir rendu la banqueroute nécessaire fils regardoient comme peif important sans doute de se déclarer insolvables pour quelque somme que ee fût. M, Burke slatts^oha à faire voir comr bien il seroit difficile d'imaginer de nouveaux impôts, et remarqua d'un ton de raillerie qui lui étoit particulier, que dix taxes nouvelles se présentoient comme les heureux finiits de l'administration de lord North : c'étoient celles imposées sur la bière, le vin, le savon, le cuir, les chevaux, les voitures, les chaises de poste, les chevaux de poste, les domestiques et le papier timbré. Se rappelant qu'il avoit omis le sucre dans cette longue énumé^ ration, il observa que cette ouftission étoit de peu d'im-* portance, puisque l'Angleterre, à qui Ion avoit enlevé déjà Saint-Christophe , et qui étoit sur le point de perdre la Jamaïque et la Barbade, n'auroit bientôt plus de sucres à taxer. » Quelle charge nouvelle, ajouta-t-il, peut « imposer le noble lord sur un peupje déjà si malheu-
OEOfiiGiiâ ni. 379
* reux, quafnd on est taxé également pour voyager «a « voiture ou à cheval, ou seolement pour se promener; « pour rester chez soi et pour en sortir, p©iu*.ôtre maître
* et pour être domestique, pour boire du vin et pour « boire de la bière, et enfin pour tous les motifs imargi* ft nables? » Il termina ensuite son discoirris en observant qu'en échange des trésors «que lui avcit cofÉrtés cette guerre , l'Angleterre n avoit obtenu que de^ désastres , et que si d'un côté ses pertes lui avoient fait cfntraeter un emprunt de cent millions , de Tautre elles Tavoient mise dans une situation où elle avoit à réclamer cent mille hommes, treize provinces continentales, et en outre Saint- Vincent, la Dominique, la Grenade, Saint-Chris^ tophe, Tabago, le Sénégal, Pensacola et Minorque.
Cinq jours après le glorieux échec qu'il âvoit essuyé, 27 feV. lé général Conway représenta dans une motion , « que motion te la poursuite des hos^tilités, dans la vue de contraindre ^^^^^,1 ^ les colonies révoltées à se soumettre, n'étoit prc^re Conway. * qu'à faire languir les opérations militaires de TAngle- « terre contre ses ennemis européens^ à aigrir davantage ti une inimitié également funeste aux Américains et aux « Anglois, et à frustrer les désirs de sa majesté pour le ^ « rétablissement de la paix. » Il s'attaîdia particulièrement à réfuter, dans son exorde, les arguments qu'on avoit opposés à sa. première motion; il trouva généralement répréhensible la manière dont on avoit conduit les hostilités jusqu^alors, témoigna qu'il lui auroit semblé plus avantageux de se fortifier dans un petit nombre de places, et de se tenir simplement sur la défensive, et rappela, à l'appni de son opinion, les sorties vigou* reuses du général EUiot à Gibraltar, et du général Mur^ ray au fort Saint-Philippe. Dans le cours de la discussion
S8o HISTOIRE d'aNGLETERRE.
qui s éleva, plusieurs membres ministériels firent conuoitre rintention où ils étoient de voter contre les ministres; et l'opposition , sûre de la majorité, demandoit déjà à grands cris qu'on recueillit les suffrages, quand lord North parvint à se faire écouter.
, Si la motion avoit la paix pour objet , observa-t-il , on ne manqueroit pas de rac^ueillir par d'unanimes suffrages; quant à lui, ce qu'il desiroit le plus.c'étoit la paix; mais^l étoit persuadé que les moyens que l'on avoit proposés jusqu'alors étoient plus propres à reculer qu'à avancer l'époque de cet événement fortuné. Personne n'avoit osé conseiller de rappeler les troupes d'Amérique; une pareille proposition auroit été généralement condamnée. D'un autre côté, les ministres avoient déjà expressément déclaré qu'ils ne songeoient point à remplacer l'armée de Cornwallis; la chambre ne devwt donc pas s'alarmer : si cependant elle n'étoit pas satisfaite d une semblable assurance, si ellemettoit en question la bonne foi , IsT capacité ou l'intégrité des ministres, ce n'étoit pas par une motion pareille à celle qu'on venoit de proposer, qu'elle devoit manifester ses sentiments à leur égard ; le seul parti qu'elle eût à prendre étoit de solliciter leur renvoi par une adresse à sa majesté. Un ministre devoit être comme la femme de César, non seulement innocent, mais encore à l'abri de tout soupçon; et, si le parlement lui retiroit sa confiance, il étoit de son devoir de résigner ses fonctions, et d'abandonner le ministère. Lord North développa habilement en cet endroit tous les obstacles qui s'opposoient à la paix, pendant que l'Amérique étoit unie par un traité d'alliance avec la France ; il représenta qu'on ne pou voit pas même conclure une trêve sans lever des difficultés
GEORGES III. 38f
fort grandes, provenant des actes portés par h parle* ment , de la nécessité de Fintervention du pouvoir légis* latif , et de la confiscation d*un grand nombre de propriétés en Amérique; toutes choses qui ne pouvoient être traitées qu'avec une attention minutieuse et d'ex- . trémes ménagements. Mais il avoua du reste que la proposition n'a voit rien d'inconstitutionnel , et demanda un court délai pour convaincre la diambre que les ministres avoient pris sincèrement le parti de ne pas re<« cruter l'armée d'Amëriqtie.
Le procureur-général, M. Wallace^ raisonna d'après les mêmes principes , déclara son intention de présenter un bill qui laisseroit aux ministres la liberté de conclure une trêve , et proposa d'ajourner la discussion.
Divers orateurs du parti de f opposition s'élevèrent contre ces propositions du préopinant : M. Pitt combattit en particulier l'ajournement, et s appuyant sur la déclaration même de. lord North, sollicita la chambre |)ai^ toutes les considérations de prudence et de devoir; de retirer sa confiance au ministère actuel. « Quelle pro- A messe, s'écria- t-il, les ministres n'ont*îls pas violée? « quel système ont-ils suivi avec accord? deux d'entre « eux ont-ils jamais embrassé les mêmes vues? bien loin M de là, ils n'ont cessé d'être divisés un seul instant : R leur conduite entière n'a été qu'un tissu de^fourberies, « et le parlement ne peut mettre en eux sa confiance, m;
La chambre mit aux voix l'ajournement , et 11 fut L'opposîadopté pèi- deux cent trente-quatre membres contre ^°" *'®™"*
ir r 1 . T porte sur
deux cent quinze;, pour la proposition du général Cou* le miniiH way, elle fut accueillie sans division. Èe roi ayant ré- /^n,'*^ pondu d'une manière favorable à cette adresse, le général Seconde Cîonway, pour sonder les dispositions des ministres, * ^^^^^