‹ Histoire D'Angleterre Depuis 1760 (volume 2)Chapitre 16 sur 31 · HISTOIRE D*ANGLET£RA · texte numérisé non relu

HISTOIRE D*ANGLET£RA

cune façon ses sentiments. Ami sincère de la paix , il dësiroit voir établir une administration qui pût agir avec succès et dhm commun accord pour le bien public, et il ne mettroit aucun obstacle à une réunion de tous les partis , dans la vue de former un nouveau ministère où il ne seroit point admis.

Cette idée fut vivement appuyée par M. Dundas, et combattue avec non moins de chaleur par M. Pitt : celui-ci dit qu'il pensoit que, dans une réunion de cette espèce, on ne devoit comprendre que des gens intégres et judicieux, capables de travailler de concert au bien public; et que, comme Tsfdministration actuelle, qui grâces à Dieu alloit bientôt se dissoudre, n'avoit cessé de machiner des intrigues et de faire agir son influence, il espéroit que la chambre n'aviliroit pas ses propres mesures en laissant aux ministres le soin de se donner des successeurs. D'ailleurs la nomination des ministres fiiisoit partie de la prérogative royale, et il n'appartenoit pas à la chambre de s'en mêler.

La motion fut rejetée à la majorité de neuf voix ( i ). Lord ^ Yox annonça aux membres de l'opposition que nonce dans pcu uuc nouvcUe proposition sur le même objet

imnistère ^croit présentée à la chambre ; et au jour indiqué la est salle se trouva remplie d'un concours extraordinaire de

1^0 mars. Hiepbres et d'auditeurs. Au moment où le comte de Surrey alloit faire la motion que le roi fût supplié de renvoyer ses ministres, lord North demaûdia la parole, et, après quelques murmures de la chambre, lord North déclara « que sa majesté s'étoit occupée de cet objet, et feroit bientôt connoître ison nouveau choix. » Les dis-

(i) 236 voix contre 227.

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eussions que fit naître 1 etonnement où cette déclaration . jeta rassemblée s'étant terminées, il proposa un ajour« nement de cinq jours, à l'expiration desquels lord Sur*^ rey, s'il le jugeoit nécessaire, seroit libre de présenter sa motion.

Prenant ensuite congé de la chambre comme mi- " v^^^^ nistre, il lui rendit grâces de Tappui bienveillant et dé-» h chamclaré qu elle lui avoit accordé si long*temps dans des ^^^ fonctions auxquelles il n'avoit jamais cru lui-même que ministre, sa capacité fût proportionnée. Getpit à la chambre, disoit-il , qu'il devoit tout ce qu'il étoit devenu ; c'étoit la conduite qu'il a voit tenue dans le parlement qui lui avoit valu la. confiance du souverain : aussi garderoit-il une reconnoissance éternelle de la faveur que les mem* bres de cette assemblée n'avoient cessé de lui montrer, et de l'indulgence qu'ils avoient souvent eue pour lui. Les mortifications qu'il venoit d'essuyer en dernier lieu ne pouvoient lui faire oublier tine protection continuée x pendant tant d'années, qu'il regardoit comme les plus glorieuses de sa vie. Il pensoit que, quelles que fussent les intentions de lord Surrey, le court délai qu'il avoit demandé ne pouvoit occasioner rien de funeste, et il . déclara en finissant qu'il étoit prêt à rendre compte à son pays de tous les actes de son administration, et que, si l'on vouloit entreprendre l'examen de sa conduite, il s'offroit sans hésiter à le subir.

Les opposants du ministère renversé ayant fait éclater leur contentement, M. Burke condamna les transports indiscrets de leur joie, et les rappela, dans un discours éloquent, à une conduite plus modérée, les exhortant à se tenir en garde contre la vanité, Tamourpropre, l'ambition, et toutes les autres passions non

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mains dangereuses qui déshonorent Tesprit bàtûain, ei leur faisant sentir ce que le public étbit en droit d^at-^ tendre de leurs propres déclarations, et les difficultés immenses qu'ils étoient tenus d'aplanir.

Un grrand nombre des plus anciens partisans de lord North ne lui montrèrent , comme il arrive ordinairement eti de pareils eiiSy que de la froideur dans sa mauiraise fbl'tune; d^aûtres au contraire rendirent un té^ moignage honorable à son mérite, et justifièrent leur conduite passée en exprimant hautement Testime sincère qu'ils lui eonservoient. Sir Jean Husséy Délavai èmbi'assa avec fermeté sa défense ; et M. Gourtenay, quoique fréquemment interrompu par des murmures, prononça son éloge, et lança quelques sarcasmes amers sur le parti triomphant. Fl déclara que, dans la persua** sion oii il étoit de la droiture des intentibns du dernier ministre, il l'avoit toujours soutenu, et que rien n a voit jamais ébranlé sa conviction. Malgré quelques incidents fÀcbeux qui, en de certaines circonstances, avoient fait échouer ses mesures, on n'avoit pu qu'applaudir à son Sféle pour les intérêts de son pays ; son caractère aimiaLble et liant lui avoit fait un grand nombre de partisans, et le charme entraînant de son esprit ne lui avoit pas valu moins d'admirateurs ; affable et prévenant dans ses manières, il n'avoit jamais eu d'ennemis dans une longue administration de douse années; et si quelquefois son Sang-froid l'avoit abandonné, sa vivacité même n'avoit eu rien que d'honorable pour ses sentiments. « Dans « des circonstances telles que celles ou nous nous trou* « vons aujourd'hui, ces louanges, ajouta l'orateur, ne • sauroient paroitre suspectes : je pardonne aisément à . «r l'opposition de célébrer son triomphe ; mais le vœu le

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« plus ordent que jç fonone p^vr h jbôsjbeur de inon m pay^, c'eat que, dans oes jours d^ caldDoité et de dé- « tresse, ou puisse créer une adinmid!lrati(m ausai ha- « bile , aussi désintéressée, mais pkis heureuse que Fad* « miuisti^ûoii^ de lord ]!ïonli, »

La chambre des lords n avoit pas eufiore pris pwt à ^Jfîj^JJJ*^^^ la discuasÎQu de cette affaire importante; aeulepiient le par lord comte de Shdburne lui avoît fait part de l'int^lio» où ^^''^^^'" il éioit de demander le renToi deis ministres ; mais au jour fixé pour la présentation de.sa motion, le^ membres du conseil ayant fait agréer leur.démission > rfaonorable pair allégua les raisons pour lesqi^elles il ne Caisoit point la proposition qu'il avoit annoneée quelques jours au** paravant. Lorsqu'il eut cessé de. parler, lord Stormont pronooiça un discours remarquable où, en..so^ nom comme en jeelui xie lord Kortb^ il définit toute aocusation et soUicitoit une enquête, et où il s'étendent en* suite en éloges sur ce ministne, dont lenohle caractère, . disoit-il, avait fait taire l'envie, et qui aux talents les plus distingués avoit joint le zélé le plus ardent pour la prospérité de son pays et ld.gk»ire de son souverain, et un désintéressement si parfait que la calomnie même l'avojf» respecté.

Telle fut la fin de la seule administration qui eût eu Caractère r^rt de se maintenir plusieurs années depuis l'avé- Nq^^ nement de Georges III. Le premier ministre, dont on a déjà tracé le portrait à l'époque où on Ta vu appelé aux fonctions de chancelier de Téchiquier, et que la suite de l'histoire a dû achever de faire connoître, imprima son caractère à tous les actes du gouvernement. Jamais ses antagonistes les plus déclarés n'accusèrent aucun de ses partisans de lui avoir prodigué des louanges exa-

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gérées. Son éloquence étoit moins éclatante que remar^ quable par la douceur et la lucidité; Elle fàisoit sur les esprits une ÎQipression profonde, que fortifioit encore son air ingénu de 'bonne foi, et de candeur, que Ton savoit n'être pas emprunté^ et qui persuadoit sies auditeurs de la pureté de ses intentions, alors même qu'ils n'approuvoient pas ses mesures. Il sortoit rarement des bornes de la modération ; et si quelquefois il répondit par des sarcasmes piquants à des attaques réitérées, il ne laissa jamais aucun ressentiment dans l'esprit de ceiix contre lesquels il les dirigeoit. Son honneur fut toujours sans tache, et son intégrité incontestable. « Dans le cours d'une administration longue et ora- « geuse, dont la fin fut marquée par des revers, s'il eut «un grand nomt^re d'adversaires pohtiques, on 'peut « dire qu^il n'eut aucun ennemi personnel, (i) » On a pensé c[ue l'effet de ces qualités estimables fut détruit en partie par une trop grande facilité de caractère, qui lui laissoit adopter aisément les conseils des autres. Manquant de cette fermeté inébranlable qui estsouvent nécessaire pour assurer le succès des opérations, il paroissoit quelquefois être incertain , et son hésitation se faisoit ressentir dans tous les départements dp ministère.

(i) Gibbon*s Décline and fall of the roman Empire, vol. 7, in-S*, préface.

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