‹ Histoire D'Angleterre Depuis 1760 (volume 2)Chapitre 17 sur 31 · LIVRE XLIII · texte numérisé non relu

LIVRE XLIII

Nôdveau ministère. — ^Mesures qu'il étoit convenu d'adopter avant que d'entrer en fonctions. — Affaires d'Irlande. — Assemblée des délé^és des associations volontaires. — Motion prftentée par M. Eden dans le parlement britannique. — Message royal. — Déclaration des droits votée par le parlement irlandois. — Conduite que tient en conséquence le parlement britannique. — Il prend des mesures qui ont pour objet de restreindre l'influence de la couronne. — Bill relatif aux contractants. — Bill relatif aux officiers du fisc. — On biffe les résolutions passées à l'occasion de l'élection de Middlesex. — On ôte au bourg de Cricklade ses privilèges. — Bill qui oblige à la résidence les individus revêtus de fonctions actives. — Les clubs et les associations politiques prennent des mesures pour. obtenir une réforme parlementaire. — Motion de Pitt. — Mesures relatives à l'économie. — Message royal. — Le plan de Burke est adopté avec amendements. — On comble le déficit de la liste civile. — Ouverture d'une négociation avec la Hollande. — Cette négociation est rompue. — I^ouvelles offres de médiation. — M. Grenville est envoyé à Paris poui^ entamer une négociation directe. — Conditions qu'il propose. — Ëfibrts de la France dans les Antilles. — Rodney remporte une victoire sur le comte de Grasse. -^ Il est rappelé. — Honneurs qui lui sont rendus. ^ — Lenteurs des négociations. — Mort du marquis de Rockingbamu — Changements dans le minis^ tère. — Prorogation du parletnent. — Discours dé la couronne.

V oiGi quelle fut la composition du nouveau conseil : i<^82. le marquis de Rockingham , qui donna son nom à Tad- Co™posiministration entière, fut nommé premier lord de la tré- nouveau sorerie ; lord Jean Cavendish , chancelier de Téchiquier ;

ministère.

394 RISTOIBE d'aNGIBTERBB.

Tamiral Keppel, créé vicomte, premier lord de Tamirauté ; le duc de Grafton , lord du sceau-privé \ le comte Camden, président du conseil; le duc de Bichmond, grand-maître de Tartillerie, et chevalier de Tordre de la Jarretière; le comte de Shelburne et M, Fox, secrétairesd'état; le général Gcmway, commandant en chef; et M. Dunning, chancelier du duché de Lancastre, avec le titre de lord Ashburton. Le seul membre de la dernière administration qui continua de siéger au conseil, fat le lord-chancelier Thurlow.

Plusieurs autres personnages d'un rang et d'un talent distingués farent élevés à d'autres dignités fort importantes de letat : le duc de Portland fat nommé lordlieutenant d'Irlande; M. Burke, trésorier-général des armées et conseiller-privé; M.Thomas Tov^rnshend, secrétaire au département delà guerre ; le colonel Barré, trésorier de la marine ; M. Sheridan , sous-secrétaîred'état; sir Guillaume Howe, lieutenant-général de l'artillerie; son frère, créé vicomte, commandant de la grande flotte; l'honorable Thomas Pelham, intendaotgénéral de l'artiUerie ; le duc de Manchester, lord*cbambellan ; et le comte d'Effingham , trésorier de la maison du roi. M. Kenion et M. Jean Lee furent nommés, l'un procureur, l'autre solliciteur-général ; et bientôt après sir Fletcher Norton fut créé pair, avec le titre de lord Grantly,

^*, , Les talents et l'intégrité de la nouvelle administramanière . . . 1 . /v> • .r» 1,

de voir et tion paroissoient devoir suinre pour justifier 1 attente

ulents iîûpatiente dq public ; mais les bons esprits ne tardèrent

pas à s'apercevoir qu'un ensemhle composé d'élémente

si hétérogènes ne pouiToit long-temps subsister. Déjà,

dans la chambre des cimimunes, on avoit dit qoe cet

«8semblage confus de parties étrasgèrei Ynùe à Tautre n'étoil, pour ainsi dire, uni que par une chaîne de sable (i); et l'on avoit vu, à deux reprises différentes, les membres qui composoient ce ministèi*e , divisés entre eux d^opiûions, se livrer à des contestations emportées au moment même de leur triomphe sur lord North (2).

Quoique M. Fox ne fût pas nommément à la tête du UHnistère, il en étoit regardé comme le personnage prin* cîpal ; sa grande popularité, et la supériorité dé ses talents» reconnue également par tous les partis, le plaç6ie»t à une si prodigieuse distance de ses collègues, «{ue, s'il en exA eu raddoitioa, il auroit pu, à la faveur de ropînion publique, diriger à son gré les résolutions du conseil. Cependant il ne chercha pas de distinction particulière, et il n'usa de sëi popularité que pour faire rejaillir sur tout le corps de l'administration un vif éclat qui anima ks espérances du peuple et attacha 9e8 regards^Mais, quoique supérieur aux petits artifices de l'intrigue, la vivacité et l'inflexibilité qu'il mettoit à soutenir son opinion firent souvent élever des plaintes contre lui. Quelques membres de Fadministratîon avoient conçu une haine personnelle l'un pour l'autre ; lord Thurlow, dans une longue suite de débats parlementaires, étoit devenu particulièrement un objet d'aversion, et le ministère is'attendoit moins à trouver en lui un partisati qu'un advefrsaère opiniâtre. Peut-être étoit-ce seulement à la difficulté qu'il y auroit eu à accorder les prétentions rivales des nouveaux membres du conseil qu'il devoit d'avoir été conservé dans ses fonctions. Ce qui est certain, c'est que M. Fox, quelque

(i) JTofez les Débats, 6 mars 178a.

(3) Fb^'es les Débats, 4 ^^ ^^ motn 1782.

396 HISTOIHE D^ANOLETERBB.

temps avant la dissolution de Tancien conseil, avoit déclaré que les membres de l'opposition, quoique ennemis très prononcés de la façon de penser de lord Thurlow, ne laissoient pas cependant, par leur manière d'agir, d'empêcher qu'on ne pût lui donner un successeur (i). M. Fox ne s'étoit pas exprimé plus favorablement à legàrd du comte de Shelbume; car, après avoir parlé dans les termes les plus respectueux du caractère du marquis de Bockingham , il avoit représenté le caractère du comte comme entièrement opposé, et avoit déclaré que c'étoit seulement par un sentioaent de condescendance pour le marquis qu'il avoit surmonté la répugnance qu'il éprouvoit à se trouver assis dans le conseil à côté de lord Shelburne et de lord Thurlovr. ' Mesures Les mesures particulières que l'administration con- ^concer-" ^^^^ d'adoptcr, avant que de se charger de l'exercice du xées. pouvoir, furent arrêtées par deux de ses principanx membres : par la pre^mière on devoit offrir & l'Amérique mue indépendance absolue, comme la base d'une négociation pour la paix ; par la seconde on devoit introduire une réforme économique conformément au plan de M. Burke; et par la troisième on devoit affranchir les deux branches de la législature de l'influence corruptrice de la cour (2).

Affaires Avant Qu'aucunc de ces mesures eût pu recevoir un commencement d'exécution , des' circonstances impérieuses contraignirent les ministres à en adopter sans plus tarder une quatrième, qui avoit pour objet « d'assurer irrévocablement la libertç de l'Irlande (3). » La

(i) 8 mars.

(a) Ployez les discours du duc de Richmond et du général Conwaj, Débats, 9 et 10 juillet 178;!. (3) Discours du général Gonway^ 10 juillet.

GEOROES Ut. ^ 397

foiblesse da gouvernement anglois dans ce royaume, et le crédit dont jouidsoient ceux qui soutenoient qu'il étoit indépendant du parlement britannique, donnoient au parti des patriotes Tespoir d*arracher des concessions importantes. Dans chaque comté, on tenoit des assemblées populaires; on votoi^des adresses; on donnoit aux membres du parlement d'Irlande des instructions où il leur étoit recommandé de limiter la puissance du conseil, de faire une loi à^habeas corpus j d établir Tindépendance des juges, de supprimer les sinécures j de veiller à l'emploi du trésor public, et d'assurer la liberté du commerce; et en même temps, afin de vaincre la résistance du gouvernement, on ne leur permettoit d'accorder des subsides que pour six mois. On encourageoit aussi les associations volontaires qui se montroient animées du même esprit. Dans les débats survenus au sujet de l'adresse en réponse au discours du lord-lieutenant au parlement, M. Grattan, patriote distingué, s'éleva vivement contre le discours de la couronne, qui ne faisoit aucune mention particulière des volontaires irlandois, et témoigna le désir de voir sa majesté prononcer sans répugnance leur nom glorieux. Après l'adresse, on vota des remerciements unanimes aux membres des associations volontaires , pour leur persévérance dans une conduite qui leur faisoit le plus grand honneur. De semblables actions de grâces leur furent rendues dans la chambre des pairs, où lord Bellamont, le seul membre qui leur réfusa sa voix, établit une distinction entre les services qu'ils avoient rendus et le droit qu'ils 1 avoient eu de s'organiser. Il déclara qu'il étoit rempli d'estime pour leur zélé , qu^il admiroit leurs dispositions courageuses, qu'il marcheroit avec confiance à l'ennemi,

398 / HISTOIRE d'aI«OLET£RRB.

soit à leur tête» soit seulement dams leurs rangs, et qu'avec eux il ne craindroit d'affronter aucun danger; mais il ne croyoit pas devoir approuver une institution qui n'avoit pas reçu d'autorisation légale et il regardoil les éléments de ces associations comme des lingots précieux qui n'attendoient, |^our étra reconnus comme monnoie de bon aloi , que l'empreinte de Teffigte du souverain.

i3 noT. En conséquence des instructioos populaires que les représentants avoient reçues , M. Gratlan présenta ua bill dont l'objet étoit d'adoucir et de modifier les dispositions de l'acte sur les rebelles; mais sa proposition fut rejetée : et quand lord ^rran la reproduisit dans les pre^ 8 d^. miers jours du mois suivant, la prise en considération en fut ajournée à six mois. Six pairs protestèrent contre cette résolution, et soutinrent que la mesure proposée n'étoit pas moins avantageuse à la Grande-Bretagne qu'à l'Irlande.

i5 fév. Cette tentative de l'opposition ayant échoué, les vo- JT^îi' lontairep de la province d'Ulster s'assemblèrent à Dun-

Assem-

blée des gannon pour délibérer, affirmant qu'ils ne se croyoient délègues pgg pnvés diB ce droit, pour être venus en armes à leur dations rendez-vous. L't)bjet des résolutions qu'ils prirent étoit ^ rcT* * ^® régler plusieurs points importants du gouvernement : ils déclarèrent que la constitution et la justice étoient également violées par les prétentions du parlement bri^tannique à gouverner l'Irlande par ses lois ; par les pouvoirs que s'arrogeoient les conseils -privés des deux royaumes, sous prétexte de mettre à exécution la loi de Poynings; par toutes les entraves qui génoient le commerce de l'Irlande avec les pufssances neutres , en* traves que son parlement n'avoit point imposées lui-

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