I .^ égale au grand objet en considération .duquel le peuplé
s'étoit si vivement intéressé à son élévation au pouvoir,
je veux dire le rétablissement de la paix.
Mnrs La guerre, ne faisoit que d'éclater entre la Grande-
1781. Bretame et là Hollande, quand l'impératrice de Russiç^
re d'ane ut proposer par M. de Simoun, son ambassadeur, d ou-
nécocia- ^^jj. ,j jjg négociation pour le rétablissement de l'alliance
tion avec . , î', • 1 1 1
la Hol- qui 9voit SI long-temps uni les deux peuples; en même liiodc. temps le |)rince Gallitzin présenta aux états-généraux 'un mémoire dans les mêmes vues. Les états de Hollande et de West-Friesland déclarèrent qu'ils acceptoient la proposition; mais le cabinet britannique, après s'être expliqué avec franchise sur les causes qui avoient occasioné la rupture ^ et en particulier sur Tascendant que le parti qui tenoit.pour la France avoit dans les conseils de la Hollande , observa que , durant une guerre avec la maison de Bourbon , et dans les dispositions actuelles de la république, toute réconciliation sincère étoit devenue impossible, et que les Hollandois, sous le masque d'une alliance avec la Grande-Bretagne, demeureroient les auxiliaires secrets de ses ennemis. Il déclara cependant [que, si jamais la Hollande paroissoit avoir adopté d'autres sentiments, sa majesté britannique traiteroit volontiers avec elle pour une paix séparée, sous la médiatioQ de l'impératrice, qui là préinière avoit proposé ses bons offices (i).
Vers la fin de la même année de nouvelles n^ociation6 s'entamèrent: le parti qui tenoit pour l'Angleterre en Hollande acquéroit dé jour en jour plus d'autorité,
(i) Annual Résister, 1781, article State papers.
GE^ORGES m. 4^5 .
et Ton avoit conçu l'espoir cju'il pourroit à la fin remporter sur le parti François. Celui-ci cependant ne négli* geoit rien pour entraver les négociations, sans choquer ouvertement les intentions de l'impératrice , et il per- ^ suada à la Suéde de proposer sa médiation conjointement avec la cour de Russie: mailles offres de cette puissance furent rejetées, et l'Angleterre motiva son refus sur les promesses antérieures qu'elle avoit faites au cabinet de Pétersbourg (i). Quoique les états-géné- ,8 sept. raux parussent mieux disposés que jamais en faveur de la Grande-Bretagne , il étoit évident qu'on ne pourroit condure avec eux aucun traité séparé, tant que la France couserveroit une apparence de supériorité sur les mers , et entretiendroit de»- forces considérables dans un grand nombre d'établissements hoUandois. En effet cette puissance occupoit déjà depuis quelque tenips le cap de Bonne-Espérance, quand on reçut la nouvelle que le marquis de Bouille avmt repris les possessions les plus importantes de la Hollande dans les Indes occidentales. Les succès de cet aminal, le bonheur avec lequel Guichen avoit échappé à la poursuite de Kempenfelt , les grandes entreprises que la France et l'Espagne projetoie^ d'exécuter dans l'autre^ hémisphère, et en outre l'état désespéré des armes angloises en Eu* rope, la prise de Minorque et le blocus de Gibraltar, eurent bientôt déterminé les politiques de La Haye à prendre un parti décisif; leur réponse aux offres de l'impératrice ne laissa plus aucun espoir d'accommode-i Mars. luent, et ils s'engagèrent par de nouveaux articles avec la France à ne pas traiter séparément pour la paix.
(i) Annual Régister, 1781, article State j>apers.
4^6 HISTOIjïE D AMj&LCTERRE«
3o mars. On igaoA^oît en€or€ eo An^^^i^erre Tissue de cette négociation, qUai^ la gr^de révolution du miiiîstère sV péra. L'administrâtioa de âockingham s'empressa de faire connoitre au parlement son intemion de conclufe un arrangement séparé «vec la HoUaûde, et Fespoir qu elle avoît de réunir. Elle étoit encouragéô dans sesdé^ marches p€|r une lettre du prince Gallitzin et de M. de Marcow, ministre de Russie à La Haye, qui liai fusdent part des dispositions de k Hollande, et la pressoient de prendre à la hâte des mesures pour prévenir une al* liance durable entre la France et les états«*géaéraux. Cette né- M. Fox a^sura M. de l^molin des intentions pacifiqyes esrrom- ^^ ^^ majesté , de son désir de renouveler une alliance pue. si malheureusement interrompue! sur les anciens termes du traité de 1674» de Fempressement qu^elle met* troit à ordonner une suspension d'hostilités, et du plaisir avec lequel elle acceptoit les bons offices et riaterveotion conciliatoire de Timpératrice. En même temps le cabinet britannique , espéi'ant beaucoup de succès de ses démarches, donna ordre à ses ambassadeurs auprès des différentes cours europé^nes de témoigner dans toutes les occasions des égards particuliers aux ministres hollandoîs; mais la république jlersévéra dans sa première intention de resserrer scm alliance avec b France, et rejeta la médiation qu'on lui propo^oit. Avril. Les disposions pacifiques du nouveau ministère che"fait é^^i^t l>>^n connues, lambassadeur autrichien, ie comte proposer Belgioioso, offrit de uouveau les bons offices de sacoar, tion. dans une lettre, appelée en style diplomatique, uneJnsituation ^rbale. Le secrétaire-d'état répondit avec cor dialité et franchise, que sa majesté britannique ne vouloit préjuger aucune question, ni exclure de la négocia-
. . cfioao^Es III. 4^t
tion aucune paitie intéressée, ^it les élal^-généraux , sok l'Amérique ; qa elle formoil des vœux ardents pour la paix , mais qu'elle desiroit eb même temps que cette paix fut équitable. . "
L'Autriche n'avoit cependant aucun droit de présu* mer que la Grande-Bretagne mettrtHt une confiance implîcite dans ses offres de médiation. En effet le prince Kannitz iiaissoit apercevoir depuis Jong-temps à Tambaseadeur aoglois qu'il étmt mal disposé pour sa courte Il avoit prédit que l'Angleterre finiroit par succomber dans la lutte oii elle se trouVoit engagée, et qu'elle se verroit forcée à d'iikimenses concessions. L'on sait que lorsque des hommes d'état se sont permis de sembla* bles pronostics, ils aiinent mieux concourir eux-mêmes à l'événement, que de compromettre leur répûtaiioa de prescience. Kaunitis entra dans la confédération armée avec presque autant de zélé que Catherine elle-même, et il employa l'influence de Tempereur pour engager Venise à prendre le même parti» U ne parloit plus à l'ambassadeur angloisavec scm affabilité d'autrefois; il prenoit un ton superbe et arrogant; et à chaque revers qu'éprouvoient les armes britanniques, il se permettoil d'insultantes railleries sur la fierté nationale des Anglois trompés dans leurs preiûières espérances. Ce change*-' ment de conduite étoit d'autant plus offensant, que l'ambassadeur françois inecevoit un accueil plus gracieuse chaque jour^ et qu'on lui mai*quoi| une préfércftice décidée.
L'impératrice de Russie ne tarda pas à proposer sa La Russie
,,. f . 1.1 -. J fait faire
médiation ; mais comme , depuis le commencement des ^^ ^^^^ , hostilités, elle ôVoit constamment abusé l'Angleterre proposi-
, ' 1 11 . . • tioB.
par des esperanœs trompeuses , et qu elle n avoit rien
i^égiigé pour étendre la ligue des puissances neutres, dans des vues d'agrandissement personnel , en se lifbt étroitement avec l'Autriche, et montrant des dispositions favorables envers la France , on ne pouvoit attendre de sa médiation partiale aucun résultat avantageux. La cause de la Grande-Bretagne paroissoit presque entièrement désespérée : après ses nombreux revers, les puissances avides et intéressées du continent auroient . cru 9 pour ainsi dire , se déshonorer en épousant sa querelle , et c'étoit probablement dans l'espoir de profiter de sa foiblesse pour lui arracher des concessions importantes , que les deux cours impériales se mon* troient si empressées à lui offrir leur médiation. 7 mai. Au milieu de ces conjonctures délicates et c;ri tiques , ville'^est' '® ministère se conduisit avec une prudence et une macnvoyë à gnanimîté remarquables. Conformément aux réponses que lui a voient adressées les cours de France et d'Espagne, il transmit à sir RoÉert Murray Keith, ambassadeur anglois à Vienne , les pouvoirs nécessaires pour commencer de traiter sous les auspices de leurs majestés impériales ; mais comme M. Thomas Gren ville avoit été dépéché, quoique sans caractère public, pour ouvrir une négociation directe avec M. de Vergennes , et qu'on avoit résolu de traiter à Paris les affaires principales , sir Robert reçut ordre en même temps de ne pas faire d'ouverture pour une négociation à Vien^ie, et même de ne paroitre pas la désirer; il lui fut d'ailleurs recommandé d'éviter tout ce qui pouvoit choquer les puissances médiatrices , et leur faire révoquer en doute la sincérité de l'Angleterre.
Gonili- Les instructions communiquées à M. Grenville repo* *mopo"e! soient sur deux propositions principales : par la pre*
OÉORGËS Itl. 4^9
mîère, on sengageoit à reqpnBottre rindépendance des treize coloaies américaines ; et , par la seconde ^ on demandoît en retour que toutes les autres choses fassent remises dans Tétat même où elles se trouvoient avant la rupture de la paix. Si Ton trouve ces conditions trop favorables à la Grande-Bretagne ^ attendu qu'elle avoit déjà offert à l'Amérique une indépendance presque absolue, et quelle avoit perdu depuis presque toutes ses iles dans les Indes occidentales, il faut considérer, d'au autre côté, que hs finances de la France et de TEspagne étoient dans le plus déplorable état. Cette dernière puissance sur-tout n'avoit pour ressource État des principale que le produit cbétif de quelques souscrip- affaires lions particulières; ses colonies de TAménque méri- Espagne, dionale avoient levé letendard de la révolte; et il lui auroit fallu, pour les réduire, toute sa marine et de grandes forces de terre , si l'Angleterre leur eût prêté seulement quelque secours. Pour la France , elle com- en mençoit à revenir du rêve de ses illusions financières , Fraise, et à découvrir que I^ecker n'axpt soutenu la guerre sans recourir à de nouveaux impôts , qu'en grossissant chaque année ses emprunts de l'intérêt des emprunts antérieurs : système qui devoit entraîner après lui , comme une conséquence i^écessaire, ou un accroissement prodigieux de taxes , ou une banqueroute générale. Cependant on exagéroit en Angleterre les forces et les préparatifs de l'ennemi ; et quoique l'ancien ministère eût pris des mesures vigoureuses afin de regagner l'avantage dans les mers des Indes occidentales, on ne mettoit pas assez de confiance en ces mesures pour attendre tranquillement les événements d'une campagne dont les dépenses étoient déjà toutes faites.
terre.
Amérique.
43o HISTOfRB D^A'NGLEtËRAE. ^
«n Angle- Sans c^poir de scmmtltre désorarsas rAmérique , et coavakicue quQ toutes^ ses forces étoîent insuffisantes peur résîstep à tant tfennemis à-fa-*foi/, FAngleterre attendoît avec kopalnenee le terme des hostilités. Des succès cependant auroietH pa ranimer Ténergie dn peuple, et d^coBcerler tes mesures de Topposition, dfors même qu'elfe paroissoit près d^arriTer à son hut ; mais la fortune se déclara contre îôrd North , et les différents partis de roppositiof)-, en se coalisant pour accabler le conseil , réussirent , à force de persévérance et d''ardeur, à déj^mr tous fes pians qu'il méditoit , et à faire accoeUtir la propositimi^ de'reconnohre Tindépendance antérieaîne.
«t en Cependant neme aprèslà capitulation de Corn waffis , il étoi« encore aussi rft>utetix que jamais que rAmérique pût conquâ'ir son indépendance par la voie des armes. Ses ressources étoient épuisées , et la longue interruption de son commerce produisoit in^stinctement dans toutes les classes de citoyens une insupportable disette des objets les plus nécessaires. Le congrès employoit vainement des moyens coercitifs de toute espèce pour faire recevoir le paprer-monnoie ; tous les citoyens en général , les ennemis les plus ardents de la Cause royale et ses partisans les plus zélés , s'accordoient à consîdéret' Pentretien d'une armée pour l'année suivante comme une chose tout-à-fisdt impossible , et qui paroîssoit même à peine à désirer (i). Enfin le général Clinton, après la reddition de Cornwalîis, assura positivement l'adtoinistration que , si on lui envoyoit seuleineôt un- renfort de dix mille hommes, il répondoit dfe
(i) Fo^et' des lettres de Sileas Deane, Remembrancer, vi)l. |3, p. 71. ...
cains sort recoDDue.
G£QAQ£â III. 4^1
hà conqaéte cte5 a^ikutkles ( i ) ; mats sa proposition a éloît p9« euGone -arrivée aa Angleterre lorsque les ministres qui seuls auroient pu 1 accueillir £arent éloig[nés du conseiL Qa adofila de» ce moment un nouveau système ; les hostilités restèrent à-pc«i*près suspendues ; et Clin* ton 9 à c|ui l'on permit de se retirer, fiât reB»place au commandement de rarmée.pev le général Cai^leton.
Le ministère reoTcrsé fit un dernier «i^ort afin d'é- ^ s'opparg^r à l'Angleterre Thumiliation et la koBte dont «^^e^alns elle aUoit se couvrir en reconooissant TiiidépendaAce '^ p^rUamericaioe, et projpsa, ou de naroeieF encore 1 Ame^ que riii> , rique en continuant d'occuper les principaux postes , depenou de former une ligue avec elle pour comliattre les Amériennemis, du nom anglois. Quoique le parti de Bockin* gh^anoL eût déclaré depuis long-temps qu'il étoit juste autant q^m nécessaire de consentir à Fiodépendance dea A^néricains, lord Shelbume n'avoit pas soutenu moîdns vivement que VAngleterre sqvoit perdue et dés>^ honorée dès qu'elfe auroU fait une pareille concession ; et il avoit même affirmé expressément dans la chambre des lords « que jamais il ne seroit le collègue d'aucun n individu ^ quelque grandes que fussnat d'ailleurs ses « lumières , du moment où il auroit déclaré qu'il étoit a juste ou convenable de consentir h Findépendance des « Américaînâ (2) ; v et dadie la session actuelle du p»r«> li^ment ) M. ïtenning, le partisan et le oonseilleiede lord SbeUMrae , avoit coasidévé la même proposition comme presqixe suffisante pour constitueur le crime de haute*> .trahison. Maia kwd Shelburçe ne soutint pas long^temps uae telle profession de foi, soin qu'il eût réellem^^nt
(i^ ncnscignemeols particHliers. . '
^a) P^oj'fiM.hs' débau de 1« chwnbre d«s.Wrdsy 7 décenlu*» l77^*
432 Histoire d^ai^gleteruë.
changé de sentiment , soit qu'il craignit d être en butté
à une opposition pareille à celle qu'il av(Ht vue s'élever
contre lord North.
Coup Les ministres. s etoient décidés à consentir à Tindé*
jfur^les pendance des Américains, même avant la négociation
opéra- d'un traité , dans l'opinion oii ils étoient que la supério-
la^^guerre ***^é dcs forces navales de la^France et de l'Espagne étoit
dans les suffisante pour assurer cette indépendance, quand un
Antilles. , , ^ , , i i -x i . .
evenemen^ sagement prépare par Ja dernière adminis^ tration , et qui eut lieu bientôt après qu'elle eut cessé ' de tenir le gouvernail de l'état , montra le peu de fondement d'une pareille opinion.
Efforts Je L'Angleterre ayant perdu toutes ses îles sous le vent^ '^*°*^*' excepté la Barbade et Antigoa, les François, à qui ii ne'restoit plus de conquêtes à faire dans ces para'ges, résolurent d'opérer leur jonction avec les forces dô l'Espagne, pour attaquer de concert la Jamaïque; et le comte de Guichen, que Kempen£elt avoit été sur le point d'intercepter, leur amena des renforts dans cette vue. L'opposition, comme si l'ennemi eût déjà réussi dans ses projets , censura amèrement le ministère de ce qu'il avoit permis à sir Georges Rodoey de cingler directement vers les Indes occidentales , avec douze bâtiments de haut-bord , lorsque cet amiral, en joignant ses forces à l'escadre de Rempenfelt , aurôit pu eplever les secourt que l'on envoyoit aux François. Cependant les ministres avoient montré beaucoup de discernement et de prudence , en jugean( qu^on ne devoit pas abandonner, pour la poursuite précaire d'un moindre avantage, l'avantage bien plus important d'une supériorité décidée dans les Antilles , par la jonction des amiraux Hopd et Rodney. Arrivé de bonne heure à la- Barbade,
C£ORC£$ tlti 433
Bodney crut pouvoir secourir à temps Saint-Christophe, 19 tét. que les François a voient attaqué ;. mais comme il faisoit '^^e^^ voile vers cette île , il rencontra Famiral Hood , qui lui Rodney* apprit qu'elle s'étoit rendue ^ et que de Grasse étoit retourné à la Martinique.
Après avoir long-temps surveillé les mouvements de 9 «▼ni. la flotte Françoise , afin de prévenir sa jonction avec celle snh^' des Espagnols ) les amiraux anglois Tatteignirent enfin ^» Ao^* à la vue de la Guadeloupe, et engagèrent le combat^ mais le vent contrariant leur dessein, leur avant-garde seule put prendre part à Faction, et Tennemi eut la facilité de retirer ses vaisseaux et d'éviter un engagement général. Deux bâtiments François, fort maltraités dans cette rencontre, allèrent se radouber à la Guadeloupe ; les autres continuèr*ent leur marche, et la flotte britan^ nique les suivit de près^ Cependant Rodney commençoit à désespérer déjà de les atteindre, lorsqu'un heureux accident vint changer la face des choses : ayant aperçu >« »▼«'• un bâtiment de l'ennemi tombé sous le vent de sa flotte, il fit avancer sur-le-champ deux vaisseaux pour l'intercepter : de Grasse, jaloux de dégager ce bâtiment, ar^ riva sans perdre de temps à son secours; mais, par suite de cette manœuvre, il se rapprocha considérablement des Anglois, et rendit un engagement inévitable. La nuit, qui étoit déjà venue, fut employée de part et d'autre à faire tous les préparatifs nécessaires pour le combat; et le lendemain, à sept heures et demie du 13 avriL matin, les deux flottes, rangées en ordre de bataille, ^ft^^'T attendoient le signal de l'action. L'ennemi avoit l'avan*- àe tage du vent; cependant les Anglois, s^étam avancés à ^ /^^^ la demi*portée du canon, lâchèrent leur première bor-» dée, et commencèrent Fattaque* Les François reçurent 20. - a8
434 WMTôiAc d'âxgletérrc.
leur feu avec întrépiditc, et leur ripostèrent vivement: Après plusieurs heures de combat, pendant lesquelles les deux armées avoient déployé racfaarnement réciproque le pliis terrible, Tamiral Bodney se porta rapidément en avant avec le Duke, le Namur et le Canada^ et enfonça la ligne françoise à trois vaisseaux de dis* tance de la faille de Paris ^ vaisseau amiral du comte de Grasse; le reste de sa division le suivit bientôt : an même instant il fit virer de bord au Formidable, et donna ordre à Tamiral Drake, qui commandoit la dîvi<» éîon d'avant-garde, de s'approcher. Cet ordre ayant été promptement exécuté, toute l'armée angloise se trouva passée au vent de l'armée françoise. Cette manœuvre savante et hardie décida du sort de la journée, et il ne fat plus possible à l'ennemi, dont la ligne de bataille étoit rompue, de conserver ni ordre ni rang^ Sur ces entrefaites rarrière-garde de la flotte angloise, retenue jusque-là dans ufi calme, s'avança à la faveur d'une brise légère, et vint prendre part au combat. Cepen» dant, malgré le carnage hori*îble que faisoit l'artillerie angloise à bord des bâtiment^' françois encombrés de inonde, ils continuoient de se défendre avec la même opiniâtreté et la même audace : le comte de Grasse, sur son vaisseau amiral, repoussa jusqu'au soir tous les efforts des différents vaisseaux qui l'attaquoient; et les bâtiments de son centre imitoient sa résistance hé* rotqiie: le capitaine Cornwallis, qui commandoit le Ca* nada^ de soixante -quatorze csrnons^ ayant contraint f Hector à amener soh pavillon, se porta enfin ccmtre la FfUe^de Paris, et, en deux heures de ccmtbat, lavé^ dtiiàit è la dernière ^trémité, fie Grasbe luttoit cefien* 8*m èiltô»», «t Mft'ccmt^ indomptable refusoit dk
GEORGES lit. 435
plier : mais vers le coucher du soleil , Samuel Hood arriva sur lui avec le Barfleur^ qui jusqu'à ce moment n'avoit pris aucune part à raction, et dirigea contre la Faille de Paris un feu de mitraille épouvantable. L'amiral françois, après avoir soutenu pendant un quart d'heure les bokrdées meurtrières qui le foudroyoient de toutes parts ^ amena enfin sen pavillon, et se rendit, n'ayi^nt plus que trois hommes, au nombre desquels il étoit lui<> même,.quelelFeud6S Anglois eût épargnés. Outre la Fïlh de Pari$^ V Hector^ k César et le Glorieux y tous .les trois de soixante-quatorze, et tArde^a^ de soixante-quatre f restèrent au pouvoir du vainqueur ; et le Diadème , autre bâtiment de soixante-quatorze, s'enfonça après avoir reçu la première bordée du Formidable. L'obscurité ayant séparé les eombattants, l'ans^ral anglois rallia les yarsseaux de sa flotte, et s'assura des bâtiments qu'il avoit pris ; mais, par malheur, le César sauta en l'air au milieu de la nuit, pendant une révolte des matelot» françois sur son bord, et engloutit quatre cents prisonniers, et environ cinquante matelots anglois, ave<^ le capitaine qui les commandoit. La faille de Paris étoit chargée de trente-six coffres d'argent monnoyé» destiné à la solde des troupes qui dévoient attaquer l;i Jamaïque; et, par un heurenx effet du hasard , les bâtiments qui furent pris étoient ceux qui portoietxt J'artillerîe et tout l'attirail du siège préparé pour cette expédition (i).
(i) Xa Fille de Pam 4uÀt U plus grand bAtiment de la narine françoise ; il avoit été offert par la ville de Paris À Louis XV; et on ii*avoit rien épargné pour le rendre digne du monarque et de la yilla qui le lui offroit. Sa construction et son équipement atnrânt «oAté ^y^€fno livres Metltn^.
aS.
Dans les engagements du 9 et du 12 avril , la pepCé des vainqueurs, en morts et en blessés, ne s'éleva pas au-dessus d'un millier d'hommes , pendant que rennemi eut au moins trois mille morts et plus de six mille blessés. Tous les bâtiments de la flotte Françoise qui parvinrent à s'échapper étoient grièvement endommagés. Cette flotte étoit forte de trente-deux vaisseaux au commencement de Faction , et celle des Angleis de trentesix; mais six de ces derniers^ appartenant à la division de Hood, furent constamment retenus par un calme plat, et ne purent prendre part au combat.
Quatre des bâtiments françois qui s^échàppèrent cherchèrent un refuge dans l'île hoUandcHse de Curaçao; lés autres, sous le commandement ^e Bougain ville et de Vaudreuil , allèrent mouiller au cap François. Peu après
i9aTri!. Samuel Hood établit sa croisière dans le détroit de la Mona, qui sépare Saint-Domingue de Porto-Rico, et s'empara du Jason et du Coton ^ bâtiments àfi soixante* quatorze canons , et de deux frégates. Pour Rodney, il fit fouiller toutes les relâches franço^ises de ces parages, et se rendit ensuite à la Jamaïque, où on le reçut en triomphe, et avec toute la reconnoissance que Fon devoit à un libérateur.
La nouvelle de cette victoire excita en Angleterre les plus vifs transports d'alégresse, et porta atteinte à la popularité de la nouvelle administration. On se rappela avec indignation qu'elle avoit attaqué, par ses inveo
Rodney ^vcs , la réputation de courage et d'habileté de Rodney,
est rap- ^t l'oh n'apprit pas sans un extrême méconteiitement qu'elle avoit déjà expédié des ordres pour le rappel de cet amiral , que Pigott devoit remplacer.
17 mai. Lord Keppel proposa dans la chambre des fiair»
CEOBGfS III. 4^7
d'adresser des actions de grâces publiques au comman- Honneurs dant en chef, aux amiraux Samuel Hood et Drake, au ^^^^ j,"^, Commodore Affleck , à sir Charles Douglas , et à tous les <!»>. autres officiers et commandants de la flotte, et de témoigner aux matelots et aux soldats que Tétat avoit appris avec satisfaction leur conduite. Il s'éleva une contestation à ce sujet, non que Ton eût le dessein de s'opposer à cette motion , mais seulement parceque Tancienne administration vouloit faire décerner dé plus grands honneurs à la flotte victorieuse. On représenta la victoire de Rodney comme au-dessus de celle de lord Hawke; on déclara que Tétat ne pou voit récompenser les services de cet amiral qu'en l'élevant à la dignité de vicomte ou de comte ; et Ton reprocha au ministère la résolution qu'il avoit prise de le rappeler. Des deux côtés, pour chacun de ces motifs^ l'on se lança les traits les plus mordants ; et lord Keppel refusa de convenir qu'on eût eu l'intention d'éloigner ce commandant populaire ; il soutint qu'on ne pouvoit apporter de preuve de cette intention, et que ce n'étoit qu'une vaine rumeur dont on s'occupoit tj^ à propos dans les débats .
Dans la chambre des communes M. Fox vota des aa m»i. remerciements à Rodney; mais, sur la représentation de lord North, il étendit ces remerciements à tous lés officiers de la flotte, après avoir témoigné avec politesse à Tex- ministre qu'il lui savoit bon gré de son observation. Ensuite, en réponse à une question de M. Rolle, il avoua, sans hésitation et sans détour, que l'on avoit retiré le commandement à Rodney. M. RoUe, s'appuyant sur cet aveu, présenta deux motions, Tune pour constater, et Tautre pour Censurer le rappel de ce cpn^maQdaat. Alors M. Fôx ajouta que le parti de rap«
43d UISTOIHE d'aITGLBTERRE.
peler ramiral avoit été pris avant que Ton eût reçu !& Douvelle de ses succès , dans un moment où la conduite qu^il avoit tenue à Saint-Eustacfae avoit fait élever de nombreuses réclamations contre lui, et Tavoit rendu un objet de haine pour tous les colons ; mais que la gloire dont il venoit de se couvrir suffisoit pour contrebalancer ses torts, et que pour lui il^ consentiroit à eay sevelir dans Tonbli toute enquête, à moins que le zélé, inconsidéré des amis de Rodney n'empéchàt de prendre ce parti. M« Burke fut du même avis, et observa que quelques taches à la réputation de cet amiral n étoient pas une raison pour lui refuser les lauriers qu'il méritoit. Ces applaudissements , mêlés de blâme , furent amè< irement censurés dans la chambre, et le public en fut indigné ; cependant la première motion de M, BoUe fut écartée par la question préalable, et la seconde fut re^ tirée. On vota un monument à la mémoire des capitaines
•3 mai. Bayne, Blair et lord Robert Manners, qui avoient péri dans le combat du 12 avril. Rodney obtint une pension et le titre de baron d'Angleterre ; Samuel Hood fut créé baron dlrlande; et TamirâlfilDrake et le oommodore AfQeck, baronets.
Mai. Cependant on mettoit une lenteur décourageante
deg°nëgo- ^^^^ toutes les négociations pour la paix. Le ministère
ciationt. britannique avoit beau s'expliquer avec franchise, la France feignoit de révoquer en doute sa sincérité. En même temps le prince Raunitz parloit, avec une indi* gnation affectée, du mépris qu'on avoit montré, à ce qu'il prétendoit, pour les propositions des puissances médiatrices ; il raiUoit le cabinet de Londres de ce que, disoit-il, il alloit sollicitant la paix^ comme à chaque porte , refusoit d'avouer que la France étoit aussi bl6«
GEOBGES III. 4^9
iiiiiM% d'accepter les ouvertures de TAugleterre , que TAngleterre eUe-méxne de les proposer, et ne dissimu- Ipit pas le déplaisir que lui causoit la dernière victoire.
Cette indifférence que Ion témoignoit pour la paix ^ ^'"■• l^aissoit de la jalousie avec laquelle on voyoit la puissance maritime de l'Angleterre ; aussi le ministère s'empressa-t-il de déclarer, après la victoire de Rodney , que les articles convenus n'éprouveroient aucune altération. Cependant la France, qui espéroit beaucoup du succè9 de ses préparatifs dans les Indes orientales et devant la place de Gibraltar, songea à retarder encore la conclu- ~ sion du traité, en se ménageant toutefois les moyens de la bâter à son gré, si son attente venoit à être déçue. En conséquence M. de Yergennes fit remettre au cabinet de Londres une pièce où il consentoit à regarder le ai juin, traité de 1768 comme la base de la négociation, mais où il proposoit des restrictions si vagues et en si grand nombre qu'elles abolissoient presque entièrement ce même traité (i).
On n'avoit pu encore s'arrêter à aucune mesure dé- Mort du oisive, lorsque la mort du marquis de Rockingham oc- ™j(JJ^'* casiona une nouvelle révolution dans le cabinet. La kiogham. santé de ce ministre étoit depuis long - temps chancelante. Il n'avoit pris part à aucune discussion depuis le 3 juin. jour où l'on avoit présenté le bill qui privoit les officiers du fisc du droit de voter dans les élections , et il avoit . déclaré, à cette époque , qu'il sentojt quelquefois son entendement s'égarer au point qi^'il ne se reconno^ssoit plus lui même. Un mois ne s'étoit pas encore écoulé à i*'juiliec dater de ce jour, lorsqu'il expira. Lord Shelburûe ayant
(i) Nom avops puisé les parjûcularills d^ »tt$^ n^f ofi^ti^n ^aps U correspondance officielle. \
^0 HISTOIRB D'ANGLETERRE.
Change» été nommé pour le remplacer dans les fonctions d$ pre« ^*" 1* mier lord de la trésorerie , différents membres de Tadminuière. ministration de Rockingham donnèrent à*Ia-ft»s leqr démission , et les changements suivants s'opérèrent en conséquence dans le cabinet (i) : lord Grantham et M. Thomas Townsbend remplacèrent lord Shelburne et M. Fox dans les fonctions de sëcrétaires-d^état; Thonorable Guillaume Pitt fut élevé à la place de chancelier de Féchiquier , résignée par lord Jean Gavendish; Richard Jackson, Edouard-Jacques Elliot, Thonorable Jean Jefr feries Pratt, et Jean Aubrey, entrèrent dans les conseils de la trésorerie et de Famirauté à la pjace de lord Al» thorpe, Frederick Montagu, lordDungannon, et M. Jean Townsbend ; le colonel Barré céda sa place de trésorier de la flotte à M. Dundas , et devint payeur*général des armées , en remplacement de M. Burke ; Sir Georges Younge succéda, en qualité de secrétaire du département de la guerre, à M. Thomas Townsbend, créé, comme nous Favons dit, secrétaire-d'état ; le comte Temple remplaça le duc de Portland dans les fonctions de lord-lieutenant d'Irlande, et Fbonorable Guillaume Wyndham fut nommé secrétaire du lord- lieutenant , à la place du pitaine Fitzpatrick.
Ainsi Fanimosité mutuelle de ses membres désunit, après- peu de mois de prospérité , cette coalition formidable dont les attaques audacieuses avoient ébranlé les bases du gouvernement , qui avoit rendu odieux et difficile Fexercice de Iti prérogative royale , avoit familiarisé le peuple avec les idées d'insurrection , et avoit comme' emporté d'assaut le ministère.
{i)F'oyez lei débats des deux chambres, 9, 10 et 1 1 juillet, et 5 dc- •embrt 1782.
CEOROfiS fil. 44l
Ce changement dans le conseil n^en produisit aucun L« roi' pour le moment dans la conduite générale des affaires; jg'^^arul et peu de jours après le roi prorogea le parlement. ™e»^
Le roi annonça dans son discours qu'il ne desiroit P^^oura
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rien tant que de voir le terme d'une guerre si compli- ronne. quée ; déclarant en même temps que , si , par des dispo* sitions contraires , lennemi faisoit évanouir ses espé* rances de paix y il compteroit toujours sur le courage y Faffection et Tunanimité du parlement et du peuple, pour maintenir Thonneur de sa couronne , et préserver de toute atteinte les intérêts nationaux. « La victoire la « plus éclatante, ajouta-t-il , ne me porteroit pas à reje^ « ter des conditions équitables d'accommodement ; mais « aussi rien , je puis le dire , ne seroit capable de me con^ « traindre à accepter des conditions qui n auroiçnt pas 'tt ce caractère. » •' .