‹ Histoire D'Angleterre Depuis 1760 (volume 2)Chapitre 20 sur 31 · LIVRE XLIV · texte numérisé non relu

LIVRE XLIV

Affaires d'Amérique. — Les royalistes font mourir Huddy.

— Rappel de Clinton. — Démarches du général Garleton à son arrivée. — Discussion relative au capitaine AsgîU. — Opérations navales dans les Antilles. — Guerre d« l'Inde. -^ Les Anglois s'emparent des établissements françois. --^ Engagement entre l'amiral Vernon et M» de Tron* jolly. -^ Prise de Pondichéry. — Guerre contre les pa? tqrels du pays. — £{Forts de la France. — Le commodore Johnstone tente vainement de surprendre le cap de Bonne- Espérance. — Il s'empare de cinq bâtiments dans les possessions hoUandoises de l'Inde. — Les établissements hollandois tombent au pouvoir de l'Angleterre. — Combats entre les amiraux Hughes et Suffren. — Siège de Gondalour. — Opérations navales en Europe. — Des tempêtes submergent les bâtiments que Rodney avoit pris. — Ls Royal-Georges est submergé. — Siège de Gibraltar. — Construction de batteries flottantes. — Les alliés échouent dans leur attaque générale. — Lord Hovire ravitaille la place.

— Négociations de paix. — Traité provisoire entre l'Angleterre et l'Amérique. — État des difterejits partis en Angleterre.

1 78 1 . JDepuis la prise d' York-Town, les opérations militaires, dVAm '*•' ^^^ ^® continent américain , n'offrirent plus leur intérêt

que. accoutumé; les colonies, qui les premières avoient commencé la lutte , ^ralentirent aussi les premières leurs hostilités , et la capitulation de Cornwallis fut en effet le dernier événement de la guerre. Aussitôt après la bataille d'Eutaws , le colonel Stewart se retira dans le voisinage de Gharlestown , et le colonel Leslie, qui bientôt fut nommé au commandement de la province, s'enferma dans les murs de la capitale. De petites excursions et

€£ORG£S 111. ni

«quelques renccmtres insignifiantes annoncèrent seules, dès ce moaient, qise la guerre n'étoit pas encore termi*» née; les troupes angloises évacuèrent tout la pays qu'elles occupoient dans les provinces du sud , et ne conservèrent que Charlestown et Savannah , et un petit nombrede postes en dépendants. Pour les Américains, ils assemblèrent leur législature dans la ville de Jacksonburgb y éloignée de trente-cinq milles de Charlestown ; ^t leurs représentants se déchaînèrent contre le gouvernement anglois, publièrent des ordonnances réglementaires» et des édits sur le crédit public et les récompenses à accorder aux soldats , et portèrent des décrets de coa«> fiscation contre tous les partisans de la cause royale ( i ).

Les royalistes ayant témoigné leur indignation et leurs craintes au sujet du dixième article de la capitulation d'York-Tovirn, le général Clinton chercha à les tranquilliser y en faisant circuler dans les différents postes de son armée des ordonnances portant que , dans aucun cas « il ne seroit fait de distinction entre les royalistes et les troupes royales, etqu on veilleroitavec une égale sollicitude aux intérêts et à la sécurité de tous. Cette mesure judicieuse, dont sa^ majesté confirma bientôt après les dispositions , produisit en grande partie Teffet que Ton avoit désiré*

Cependant au moment où le départ de la flotte fran- Les roya« çoise pour les Indes occidentales , et les safi;es mesures ^^^^^^ ^V**^

* * " mourir

de Clinton, avoient fait évanouir toutes les craintes, la Huddv, haine invétérée et réciproque des royalistes et des répu«< blicains enfanta de nouvelles dissensions , et menaça d'un mode de vengeance et d'hostiUté plus épouvantable

(i) Remembr^ocer, vol. 14; p. i37, i4o.

c{u aucun de ceux qu'on eût encore employés. Les Américains avoient toujours affecté de considérer les royalistes pris les armes à la main, comme des traîtres justiciables de leurs tribunaux civils. On les avoit quelquefois empêchés, par des menaces, de s'abandonner aux excès d'une aveugle animosité ; mais dans plusieurs occasions, néanmoins, ils avoient refusé de faire quartier aux royalistes, et très souvent ils les avoient retenus dans une plus dure captivité que le reste des-prisonniers, les accablant d'insultes et de mauvais traitements , et leur faisant éprouver des privations qui mettoient leur vie en danger (i).

Les royalistes avoient établi depuis long - temps< à New- York un conseil de directeurs sous la présidence du gouverneur Franklin : ce conseil , dont le commandant en chef devoit ratifier les résolutions, étoit investi de pouvoirs administratifs , du droit de nommer les officiers , et de celui de poçter des règlements sur la conduite et le gouvernement des royalistes. Il avoit à sa disposition une prison particulière où il. tenoit enfermés les prisonniers qu'avoient faits ceux de son parti, et il étoit autorisé à les échanger ou à les relâcher à son gré, sous la condition expresse toutefois de n'en maltraiter et de n'en faire mourir aucun sous prétexte de représailles.

Après la capitulation d'York-Town, un grand nombre de royalistes sollicitèrent le général Clinton d'annoncer qu'il alloit tirer vengeance des mauvais traitements qu'on faisoit éprouver à ceux qui avoient pris les armes pour servir la cause royale. Le prudent général différa

(i) Voyez une lettre du conseil des royalistes à Clinton, datée de New-York, 27 avril 1782. Remembrancer, vol. i4) P* ^^7.

GEOAGËS in< , 44^

de publier des menaces qu^il n'étoit pas autorisé à ac^ complir , et même , d'après le conseil des principaux ré« fugiés^ il ne proclama pas le rétablissement du gouver* nement civil , parceque cette mesure auroit permis de juger comme, rebelles les prisonniers faits sur Tarmée continentale. Mais pendant qu'il étoit engagé dans des projets de défense, et que des commissaires négocioient, avec son autorisation et celle du général Washington , un échange de prisonniers , Josué Huddy, capitaine au service du congrès , qui avoit été pris par un parti de royalistes et livré , comme pour être échangé, au capitaine Lippencott , avec deux autres prisonniers , fut conduit dans le Jersey, en vertu d'un ordre du conseil des royalistes, et là fut pendu à un arbre, avec un écriteaù portant qu'on ne lavoit traité ainsi qu'en représaille9 de la mort de White. -,

Cliûton, sensible à cet outrage qu'on venoit de faire à l'humanité , et au mépris qu'on avoit témoigné pour ses ordres , fit arrêter Lippencott , et nomma un con^ 3eil' de guerre pour le juger comme homicide. Il de* •meuf a convaincu , dès ce moment , que les royalistes étoieut résolus à ne plus rien ménager, et qu'ils sui* vroient malgré lui des mesures auxquelles il n'avoit pas voulu consentir ; et il craignit que le général américain ne fit retomber sa vengeance sur les commissaires anglois qui se trouvoient actuellement en son pouvoir. En effet, Washington lui écrivit bientôt une lettre empor- j,, ^^pt^ tée^ pour le sommer de livrer Lippencott , ou tel autre officier qui auroit pu être accepté en échange pour .Huddy , menaçant d'user de représailles , si l'on refusoit de lui donner satisfaction. Clinton témoigna sa surprise et son mécontentement d'un langage si peu modéré ; il

44^ BISTOlftS D*AIfGLET£RRB.

%i sept. l^épôTQdit qu'il avoit pris des mesures pour que les cou-' pables fassent poursuivis en justice, mais qu'il né con-* Sentiroit jamais à autoriser des actes de barbarie , en sacrifiant des innocents , sous prétexte d'empêcher dé nouveaux crimes; et il représenta <jae, si les cruautés pouVoient servir à justifier les cruautés , celles qu^avoit commises le parti de Washinjjton étoient encore plffs odieuses que celles doiit on se plaignoit, et probablement %y avril, en avoient été le motif. Le conseil des royalistes appuya cette assertion du général , et déclaira que, dans les circonstances relatives à l'exécution de Huddy, Lippeocott, quoiqu'il eût dépassé ses pouvoirs , û'avoit faitqifté Suivre l'exemple des Américains dans le massacre de White. Là- dessus il rapporta plusieurs circonstance» Où des représailles seules avoient mis un t^rme aux cruautés exercées contre les royalistes.

Cependant le général Washington n'hésita pas à faire arrêter comme déserteurs MM. Hatfield et fiadgety , quoiqu'ils fussent revêtus du caractère de parlementati?es;«C lorsquVnsuite on lui demanda de les remettre en liberté, îl répondit qu'aucun caractère ne pouvoit rendre invio» labiés des personnes que leurs crimes exposoient aux poursuites judiciaires des tribunaux civils de leur pays. 5 mai. 11 tléclara en même temps qu'il avoit désigné un officier "anglois, pour être la 'victime expiatoire de Tassassinil commis par Lippencott , et qu'il avoit fixé le temps et le lieu de l'exécution (ï).

Rappel de Sou rappel, qu'il faisoit solliciter avec instance pars* Clinton. ^^Vg ^ ^^ q^tj j çjjj^jj,^ ^ la g j, ^ épargna à Clintoù le désa-

grémetit d'être plus long-temps le témoin de cette affââw-

( i) Bemembrancer, vol. i4, p. i55 et suiv.

GEOKOES III. 447

Durant le tours de son commandement em Amérique i ce général n'avoit cessé d'éprouver des contrariétés et des dégoûts ; il est vrai qu'on avoit approuvé ses pro«» jets , mais on n'avôit mis aucun zélé à le soutenir ; et lorsqu'il avoit demandé des secours , on ne lui en avoit presque jamais envoyé que d'insuffisants* Il se vit en butte, à son retour, aux attaques calomnieuses d'un partie et personne ne prit sa défense, pas même ceux à qui leurs principes paroissoient en faire un devoir; cepeûr dant iJ n'eut pas la foiblesse de se jeter àHaas les bras du parti contraire , pour obtenir que Ton examinât sa coaduite. Il reçut dans le cabinet , tant de la bouche du roi que de ses ministres, des témoignages éclatants d'approbation , et ces témoignages furent la seule récom«> pense qu'il obtint pour prix de sa valeur et de ses travaux.

Sir Guy Garleton, successeur du général Clinton, fit 7 »«î* communiquer au généralissime des Américaios , avec ches dû la nouvelle de son arrivée , le vote paèifiquè de la cbam* JB^"^**»*

1 1 j . »?i . 1, 1 . Carlelon

bre des communes , et le desir quil avoit a adouou* au- à son tant qu'il seroit en son pouvoir les matix de la guerre ; ■■•"^^' en inéme temps il lui fit demander un passe-port pour 9 mai* «on aide-de-camp, qu'il se proposoit d'enVoyer vers le congrès à Philadelphie. Washington refusa durement ce passe-port , et rappela avec aigreur qu'il avoit déjà fait connoitre ses résolutions à l'égard de l'affaire d'Huddy, ai mai. et qu'il étoit déterminé à n'en pas changer. Sa conduite reçut l'approbation du congrès, et cette assemblée re<- Bouvela ses arrêtés contre ceux qui feroient quelque arrangement particulier avec la Grande-Bretagne (i).

(i) R«in«mbranecr, vol. i4, p. 144-

44^ tlIStOIltE d^Anglkterre,

Différentes législatures provinciales renouvelèrent aussi ou adoptèrent de semblables arrêtés (i). Malgré cette opposition générale, le commandant aiiglois travailla de tout son pouvoir à faire cesser les hostilités, et à obtenir un échange de prisonniers , même à des condi- » août, tions avantageuses aux Américains ; et ses démarches cessèrent d'être tout-à-fait infructueuses , lorsqu'on Yetxt autorisé à faire part de l'ouverture d'une négociation avec la France.

Disons- = Mais, sur )^s entrefaites, une affaire bien triste et **t<i "^au ' ^^^ lui donAoit de vives inquiétudes, appeloit d'un capitaine autrc côté l'attention du général Carleton. Le jeune ca* *^^ ' pitaine Asgill, âgé de ig ans, et l'un des prisonniers faisant partie de la garnison d'York-Town, avoit été désigné comme uiie victime expiatoire de la mort de Josué Huddy. Le commandant anglois employa vainement les raison^ et les prières pour faire révoquer la . sentence qui le condamnoit ; rien ne put ébranler la résolution barbare de Washington. Cependant la reine de France, touchée des supplications pathétiques de la i3 nov. ttière d'Asgill > intercéda pour cet intéressant prisonnier , et le sauva de la fin ignominieuse qui l'attendoit. Le général Washington, en obéissant à une ordonnance du congrès qui remettoit le jeune Asgill en liberté, se ^ fit honneur de cet acte d'humanité, en déclarant que sa conduite, sous quelque jour qu'on pût la représenter dans cette affaire , n'a voit jamais été influencée par aucun sentiment de cruauté, et qu'il s'estimoit heureux de pouvoir épargnerle sangd'une victime innocente(:i)^

(i) Remembrancer, vol. i4î p» 143» iSa. .

(2) Voyez les lettres écrites à cette occasion dans l*Annaal Ref^ ter, 1783.

GEORGES m. 449

Après la grande victoire du douze avril , la guerre n^ Opërafit plus que languir dans les Indes occidentales. Don yai^ ^"^ Jean Manuel de Cagigal , gouverneur de Cuba , se porta lé$ inopinément avec trois frégates , et soixante bâtiments ^ mai** de transport chargés àe deux mille cinq cents soldats, 17^^* et d|un nombre égal de matelots, contre les îles de Ba- "Se, *' hama, dgnt le gouverneur, le lieutenantrcolonel M^V ^^•"■• well, n avoit que cent soixante-dixinvalides àlui opposer. Ces lies capitulèrent sans opposer aucune résistance , qt 8 mai. obtinrent des conditions honorables du vainqueur.

Peu de temps après une escadrille, forte dun bà^- 3i mai. ment de soixante-quatorze canons, et de deux frégates de ç^-^^^^S trente-six, et commandée parle capitaine la Peyrouse» tmisent (^puis si justement célèbre , mit à la voile du Cap Fran- Jlabi'swçois. Elle surmonta dans sa route de très grandes diffi- mentsaucultés , et franchit un passsige fort pénlfeux à travers ^ ^ les glaces ; ensuite elle attaqua quelques établissements sans défense sur les rivières d'Hudson, de Haye, et de Nelson, et les détruisit après s'en être emparée.

De leur côté les Anglois se rendirent maîtres de quel- Jniilet. ^ues forts appartenant auxJEspagnols sur les côtes de Ançlois Musqaito, et enlevèrent aux HoUandois, sur la côte ^ej®"''

i,.o . * r côte cn-

d Afrique , Acra avec quatre autres torts. lévemdif-

€1 est temps de porter actuellement notre attention f^'^^^J^^. sur les progrjès de la guerre dans llnde, dont nous nV ennemis, vous Éait aucune mention jusqu'ici , parceque , trop ^rînïef ^ éloignée du théâtre principal des opérations, ses alternatives ne pouvoient amener de résultats bien décisifs dans la querelle générale. Dès que la réponse de l'am- • bassadejor françois eut fait connottre que la cour de Versailles étoit irrévocablement déterminée à soutenir la révolte des'colonies , la compagnie des Indes orienao. . 39

45o HISTOIRE D*ANGLETERIIE.

taies pourvut avec prudence au salut de ses propres

t,es établissements, en attaquant immédiatement ceux de

Anglois f ennemi. Les comptoirs de Chandernagor , Yanam ,

tent des Garical et iMasulipatam, et di^éreuts bâtiments mouiUés

ëtabhsse- ^^^^ |g q^^^qq çi gm» jg ^f^^Q ^^ Coromandel , furent pris

François, aussitôt après Touverture des hostilités ; et dix mille Jm et. ijjjjq cen^g hommes, pafmi lesquels se trouvoient Août, quinze cents Européens , furent détachés , sous la con-

Siége de duite du brave et habile général Hector Monro , pour chéry. former le siège de Pondichéry.

Engage- * Pendant que les opérations du siège se poussoient

"!f °,î IV avec lenteur du côté du continent, sir Edouard Vernon,

ire I ami- ' '

rai après un combat peu décisif contre M. de Tronjolly , et M. de q^* commaudoit des forces supérieures , mais qui crtii- TronjoUy. gnoit d'engager une bataille rangée, vint bloquer la place par mer. M. de Bellecombe , gouverneur de la ville et commandant général de tous les établissements francois dans Tlnde , se défendit avec autant d'habileté que de courage. Il étoit seconde par une garnison composée de neuf cents Européens et de deux miUe indigènes; cependant, après avoir perdu à-peu-près autant ie 16 oct. monde que les assiégeants , il se vit contraint de capi- PoiTdi-* tuler pour préserver la placides horreurs d'un assaut, chéry. Le Vainqueur généreux n'épargna rien , dans.les conditions qu'il imposa , pour ménager l'amour-propre des militaires, et laissa jouir les habitants de privilèges extraordinaires , dont ils ne balancèrent pas dans la suite à faire usage contre lui.

Prise de Sans une guerre Sif&cile dans laquelle il se trouvoit j^ ' engagé contre les Marattes , Hyder-Ali, toujours l'ami ' des François , n'auroit rien négligé pour faire lever le ïiége de Pondichéry; cependant , malgré les représenta-

GEORGES III. J^Si

tioas qu'il fit adresser aux Anglois , et quoiqu'il alléguât que tous les étrangers qui tenoient des comptoirs dans ses états avoiént droit à sa protection, la France perdit Tannée suivante rétablissement de Malié , la dernière de ses possessions dans Tlnde. Ces victoires de TAngle* terre sur sa rivale étoient pour elle d'un prix d'autant plus grand dans la circonstance , que ses établissements Guerre couroient d'imminents dangers , par suite d'une lutte ^^.^Jj** qu'elle se voyoit obligée de soutenir contre les princes du pays, du pa|is« Mon intention n'est pas de développer ici les causes. et les progrès des hostilités ; je dirai seulement qu'Hyder»Ali étoit entré dans une ligue offensive avee les princes marattes et autres princes souverains de ces contrées, et avoit conçu le projet de chasser les Anglois de rinde. A la mie de cet orage qui paroissoit prêt à EfForu fondre sur son ennemie , la France se hâta de faire pas- Grince, ser des renforts dans ses établissements en Afrique , • <d'où elle espéroit qu'ils feroient une diversion puissante en faveur des princes indiens. Comptant sur la coopération des troupes françoises, et sur une armée immense qu'il avoit reissemblée , Hyder-Ali commença la 17S0. guerre dans le Garnate ; et quoique les François ne remplissent pas son attente, en agissant de concert avec lui, la perfidie des habitants de Pondichéry, qui obligèrent .les Anglois à partager leur attention et leur force, ne lui fut pas d'une petite utilité.

La guerre avec la Hollande fit prendre en Europe 1*^81. une marche plus active aux hostilités. Les Anglois ^"®"e

^ " avec la

préparèrent en secret une expédition contre le cap de Hollande. Bonne-Espérance, et en confièrent la conduite au com- tioï^r'' modore Johnstone commandant de l'escadre, et au gé- parée en néral Meadows , qui avoit sous ses ordres les troupes *^*^* *

45a HISTOIfiE D'ANGLETERRE.

de débarquement. Les François de leur côté, dâtts h vue de feire échouer cette entreprise, détachèrent le baiUy de Suffren avec une portion de la flotte du comte de Grasse. Sufiren, sans perdre de temps, se mit à la 16 avril, poursuite des Anglois : arrivé aux fles du Cap-^Vert , il «u^^^o^le ^®^ attaqua ibopinément à Pôtt-Praya, dans un terri*- «onmo- toire appartenait aux Portugais, où le commoédrè JohB^ Johnâtone s'étoit arrêté pour faire de Teati et renouve- •tone. 1er quelques pit)viàîotts. Quoiqtie pris ati dépourvu , tei AngloiSy indignés d'une pareille perfidie, se défendirent avec courage et repoussèrent victorieusement leuri agresseurs. Oettx-cî, cependàut, retirèrent dé leur expédition l'avantage de pouvoir secourir le cap de Bonne- Espérance^ Juin. Johnstone, ayant enlevé par hasard un bâtiment tepstone partenant à quelqu^un des établissements holfend^ «'empa- j^j^g n^Je^ apprit de loi que cinq bâtiments ridiement bâtimenu chargés setrouvoient à Fancre dans la baiedeSaldïinha^. ào*"' ^^ ^® porta aussitôt de ce coté ; mais à son approche on mit le feu à la flottille, et ce ne fut pas sans beauc6trp de peine qu'il parvint à arrêter les progrès des Ibmines. De tous ces vaisseaux, cependânl:, il n'y eut que k Midétteburgh de brûlé, les autres demeurèrent "en son pouvoir. Août. Lés Anglois attaquèrent bientôt avec autant devi- Undois." gueur que de succès plusîeui^ possessions des Hdllanperdent Jois dans Tludc ; un corps de troupes, parti du fort Maritam eT borough, sur la Côte de Sumatra, leur enleva tous leurs d'autres établisseïnents dans cette île. Negapatam , sur te côte Duaioct. duCoromandel, se rendit au ^général Hector Mkmro, aui2iioY. après un siéfçe très actif; et au commencement de Tan-

Janvier ^ . " *ç.ii 1 -j'

1782. née suivante, sir Edouard Hughes, avec un petit de-

tacbeiriéqt 4e cipayeiiet d'artilleurs, eropotta d'asaaut Je foçt de Trinquemale daus l'île de Ceylan.

L'arrivée de Suffren dans la »aer des Indes, et lacti- Hu^i vite infatigable avec laquelle la France faisoit passer 'renfort!* des renforts dans ses établissemants d'Afrique , firent espérer anx ennemis de la Grande-Bretagne qu'on allotl; enfin porter un coup déoisif h sa ^puissance maritime dans ces parages. Johnatone avoit fait voile pour l'Europe lorsque son escadre, restée sous la. conduite du capitaine Alms, fut assaillie et dispersée par une tem- .péte. Vu^nnibal de cinqu^xiite calons tomba entre les mains des em^emis ; les s^utres bâtiments, savoir le Héro de soJiKante^quatorze canons, le MonmQvXh de soixantequatre, et ïlsis de cinquante, §e rallièrent à l'escadre 3 f^^^ de Tamiral Hughes dans la rade de Madras. Suffren, qui n'étoit pas instruit de leur arrivée, se présenta pour attaquer la flotte angloise avec douze vaisseaux de U- ,5 f^-^ -gne, six frégates et huit grands bâtiments de trans- . port ; mais ayant aperçu ; à son approche , le renfort que venoit de recevoir son ennemi , il abandonna son .jsntreprise et s'éloigna. Leg Apglois reprirent cinq bâ- .timents qu'ils avoient perdus, et enlevèrent aux Fran- t'amiral çois le Lauriston y transport de treize cents tonneaux, s'empa* chargé d'un train d artillerie et d'une faraude quantité de f© de sa

r. ^ . , , . . " ^ , . bâtiment»

munitions; laisant échouer amsi , par une résistance de inattendue, les projets que l'ennemi avoit concertés ^^^"'' dans la vue de secourir Hyder-Ali. 16 fer.

Les efforts de Suffren pour protéger son convoi pro- Premier duisirent un engagement qui n'eut rien de remarquable ««(Jaseque l'audace et l'habileté avec lesquelles cinq vaisseaux tre cet anglois, séparés du reste de la flotte par un temps ora- ^^^ï^^ ^^ geux, isoutinrent le combat contre toutes les forces de

4^4 HISTOIRE d'aNGLCTERRE.

la avril. reDBemi. Après s'être réparé , ol avoir reçu d'Angle» engage- ^^^^^ ^^ renfort de deux bâtiment^, J'^i^^i^l Hughes ment, rencontra de nouveau la flotte Françoise, et lui livra bataille , le jour même où Bodney se couvroit d'une gloire immortelle dans les Indes-occidentales. Il déploya dans cet engagement des talents et un courage remarquables; mais Faction resta cependant indécise, et les deux flottes , sans avoir perdu de vaisseau , allèrent se radouber dans le port.

Effet qne Quoique la fortune dispensât également ses faveurs «ent ces ®^^ combattants dans la mer deslhdes, Hyder-Ali, faticombats. gué d'attendre si long-temps l'effet des promesses illusoires de la France, et reconnoissant la supériorité des Anglôis à la valeur qu'ils avoient si souvent déployée avec succès contre des forces disproportionnées , commença à se déclarer hautement pour le parti de la paix. Les François redoublèrent d'efforts et d'activité pour effacer ces impressions désavantageuses : ils envoyèrent de nouvelles troupes à Gondelour, sur la côte du Coromandel , et leur flotte réparée, ravitaillée et renforcée, 6 juillet, défia l'amiral anglois au combat. Hughes, malgré l'inme °en^- fé^^î^^^ité numérique de son escadre , n'hésita pas à acgement. ceptcr le défi. Pour la première fois l'engagement fut général ; et déjà la face de la bataille présageoit aux Anglois la victoire la plus complète , lorsqu'un grand vent, soufflant par raffales violentes, s'éleva tout-àcoup, et favorisant la retraite de l'ennemi*, le sauva d'une entière défaite. Le Séuère^ vaisseau françois de soixante-quatre canons, venoit en ce moment d'amener son pavillon devant le Sultan; profitant de cette circonstance imprévue, ce bâtiment lâcha traîtreusement sa bordée sur son adversaire et rejoignit la flotte françoise

GEORGES lit. 4^^

sans pavillon. Suffren et ensuite le gouvernement François ne punirent que très foiblement cette violation des • ^ lois de la guerre.

Les deux flottes ayant reçu des renforts, les François Août, profitèrent de la supériorité ^qu'ils conservoient pour ç^jf r^"' attaquer Trinquemale (i). L'amiral Hughes se porta prennent bientôt au secours de cette place, mais elle a voit capi- m"?«.*" tulé quand il arriva. Malgré ce contre-t/emps il ne craignit pas de présenter la bataille à Tennemi, et la valeur 3 sept. de son escadre compensa avantageu§|^ment son infério- ^" enJTal rite numérique. Le combat fut extraordinaireraent san- gèrent, glant, et Suffren ne dut son salut qu'à la fuite. Peu après cet amiral cassa six capitaines de sa flotte et les envoya prisonniers à l'Ile-de-France.

Les puissances rivales dans la mer des Indes ne Siège de firent auci^ne entreprise considérable pendant le reste lour. de Tannée, eit le siège de Gondelour fut Tévénement le plus important de la campagne suivante. Cependant, malgré Thabileté et le courage du général chargé de conduire les, opérations, de ce siège, la place, vaillamment défendue par le marquis de Bussy, résista jusqu'au moment où Ton apprit la nouvelle du rétabhssement de la paix. Dans cet intervalle, quoique le scorbut eût «fait d'effroyables ravages à bord de sa flotte, l'amiral Hughesne craignit pas d engager un cinquième et dernier iy83. combat avec son ancien adversaire. On se battit de loin, Ci"quièet, comme dans la dernière action, il ne fut fait aucune "^emeni. prise d'aucun côté (2).

(i) On trouve d'amples de'tails sur la prise et la reprise de Trinquemale dans Gaptain I^rcivars Account of Ceylan , p. 49*

(2) Nous avons puisé ces détails dans les jouruaux du temps, les ^relations des ofBciers, et les mémoires de la guerre d*Asie.

Optfra- Les ennemis de la Grande-Bretagne en Eai^pe me- ^*T* en ^^Ç^^^^^j ®û combinant leurs forces navales, de miner Europe, entièrement son commerce et de porter la désolation sur son territoire; mais les amiraux anglois réussirent, à force de vigilance et d'audace , à rendre leurs menaces vaines, et à faire échouer leurs projets. L'amiral Barrington, sorti de Portsmouth avec douze vaisseaux de ligne, rencontra une flotte françoise à peu de distancé d'Ouessant, lui donna la chasse et lui prit douze bâtiments de transport chargés de troupes, tfûe autre fois le capitaine Jervis, depuis comte Saint-Vincent, inonté s^r le Foudroyant de soixante-quatorze cànôns , rencontra le Pégase de même force, et, après un engagement très animé, le contraignit d'amener son pavillon. Ce qu'il y eut de plus remarquable, dans ce dernier combat, ce fut l'inégalité prodigieuse de la perte éprouvée pâf Fun et l'autre bâtiment; les François aysfht eu plus dé quatre-vingts morts, et le Foudroyant n'ayant eu dans tout son équipage que trois ou quatre hommes de bles« ses. Le Pégase étant presque entièrement délabré, Maitlànd, capitaine de la Queen^ fut chargé de le conduire en Angleterre : cet officier s'empara dans sa route de factionnaire^ bâtiment de haut-bord, mais armé seulement en flàte, et qui escortoit quelques transports chargés de munitions de guerre et de plusieurs sacs de monhoie. Le capitaine Jervis fnt fait chevalier de Tordre du Bain.

La L'amiral Barrington, qu'une tempête avoit obligé de

n'ose for- retourner dans le port, fut remplacé dans la croisière mer au- qu'il avoit quittée par l'amiral E«mpenfelt avec neuf treprise. bâtiments de haut-bôrd. Su^ ces entrefaites , Famiral Howe tenoit les Hollandois en alarme avec douze vais-

CE0BGE8 riT. 4^7

seai^x, et déconccrtoit les projets qu^ils avoient formés contre le commerce de la Grande-Bretagne dans le nord.

Cependant le comte de Gnichen ayant efFectué sa Jonction jonction avec la flotte espagnole commandée par don floueTde Louis de Cordova , les forces combinées des deux puis- l» France

,,, ; . . . j 1. et de TE».

sances , s élevant à vmgt-cinq vaisseaux de ligne , occu- pa^ne. pèrent les bouches du canal , et s^emparèrent de dix4iuit Perte esbâtiments appartenant aux flottes marchandes de Terre- ["g^flo^ês Neuve et de Québec. Lord Howe, de retour de son expé- marchandation contre les Hollàndois» ne tarda pas à arrêter les Qn'^becet entreprises de Tennemi, et la flotte de la Jamaïque ren- de Terrctra heureusement dans le port. Ainsi, avec des forces l^JJ-V inférieures , TAngleterre confondit les espérances de la Howe coahtion formidable qui avoit j€ré sa ruine. fj^com-

Mais si les efforts de Tennemi furent impuissants merce. contre la manne britannique, il n en nit pas de même pêtessabdes éléments, dont la fureur sembla conjurée contre elle. ^^^§1^^ Rodney avoit expédié pour FAngleterre, avec des vais- mentt seaux qui escortoient une flotte de commerce , quelques « ^^JJ^ unes des prises qu'il avoit faites dans les journées glo- sVtoit rieuses du lâ et du 19 avril. Ces bâtiments furent as- jo^^in* saillis dans leur route par les tempêtes les plus épouvantables dont on ai|pjamais ouï parler. La Ville de Paris j le Centaure^ le Glorieux^ t Hector, et le RamiUies furent successivement engloutis ; et les vaisseaux marchands éprouvèrent des avaries proportionnées. Un événement déplorable, qui eut lieu sur les côtes d'Angleterre, et excita dans tout le royaume une vive compassion, vint mettre le comble à ces désastres maritimes: 'lord Hovv^e, de retour de sa croisière contre les flottes combinées, pressoit avec activité l'équipement d'une escadre qu'il de voit conduire au secours de Gibraltar;

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39 aoAt. et Ton a voit couché sur le côté , pour le réparer ^Iç Bayai' Gewqts' ^^^g^^j vaisseau (^ cent huit canous, destiné à faire «st partie de l'expédition : un coup de vent soudain acheva de renverser ce bâtiment, et engloutit avec lui dans la mer le brave amiral Kempenfelt et un millier de victimes, niatelotSy soldats, femmes ou enfants. Un vaisseau a vitailleur qui se t rouvoit le long d u bord du Royal- Georges^ fut entraîné dans le gouffre qui s'ouvrit par la submersion d'une si énorme carcasse , et il se passa quelque temps avant que les flots profondément agités permissent d'envoyer des chaloupes au secours des malheureux qui ^urnageoient. Il y en eut à peine trois cents de sauvés; tous les autres périrent; et l'humanité nationale se signala par d'ab ^dantes souscriptions qui furent remplies en faveur de leurs familles infortunées.

Cet accident déplorable ne suspendit pas néanmoins les préparatifs que l'on faisoit pour secourir Gibraltar, dont le siège fixoit en ce moment l'attention de l'Europe entière.

T 78 1. Après les vaillantes sorties où la garnison avoit détruit clbral-^ les ouvrages avancés des assiégeants, en 1781, les Es- «ar- pagnols restèrent plusieurs jours sans rien entreprendre, interdits d'étonnement , et ne songeant pas même à» éteindre les ruines fumantes de leurs palissades. Revenus cependant de leur première consternation, ils recommencèrent leurs travaux avec une assiduité plus opiniâtre, et construisirent de nouvelles fortifications. Le bombardement continua dans Tintervalle avec plus ou moins de vivacité, et la garnison riposta toujours avec la même vigueur. Mais après la prise de Minorque, Avril le duc de Grillon , à la tête de vingt mille soldats tant es- * ' ^ pagnols que françois , vint se joindre aux assiégeants et

GE0R6E9 ItK 4^9

prît le commandement ^n chef. La garnison , instruite Grilloft de ces circonstances et du projet qu'avoit formé Fennemi ^mmande diriger son attaque principale du côté de la mer, au dément moyen de batteries flottantes nouvellement inventées, et qu'on disoit devoir être à l'épreuve des bombes et des boulets, n'en fut pas un seul instant intimidée, non plus que des préparatifs fbemidables qui se pressoient dans Juin, le port d'Algesiras. Elle montra au contraire sa confiance et son ardeur ordinaires, et l'on vit des soldats qui^n'étoienc pas de service s^offtir volontairement pour assister les artilleurs « Cependant dans le camp des ennemis régnoient la méfiance et la crainte, les assurances trom* penses, les promesses, les menaces, les châtiments, rien n'étoit capable d'empêcher les soldats de déserter par bandes et de se disperser dans le pays. Quelques uns même passoient du côté des Anglois. Pour Elliot, toujours prudent et actif, il faisoit tous les préparatifs de défense qu'il jugeoit les plus propres à déconcerter les projetsdel'ennemi; et ses soldats, animés de son courage, soutenoient avec intrépidité la canonnade effroyable des assaillants , et leur ripostoient avec tant d'habileté et de vigueur, que souvent ils endommageoient leurs ouvrages, et faisoient taire leurs batteries avancées. ^ •

Le duc de Grillon avoit déjà commandé les lignes es- Construcpagnoles devant la place de Gibraltar, et connoissoit par- batteries faitement l'état d^ la garnison. Ses opérations étoient *^<^"*'^^®** savamment secondées par M. d'Arçon, ingénieur habile, et Don Jean de Moreno, commandant de la flotte. On regardoit les nouvelles batteries flottantes comme à Tépreuve de la bombe et du canon ^ elles étoient doublées à la profondeur de sept pieds de grosses planches revêtues de Uége et de cuirs verts ; elles portoient de gros ca-

460 HISTOIRE b'aNGLBTERAE.

fions de cuivre, et les bombes glissoimit, sans s'arrêter. Juillet, ^ur leur toiture coastruite à dos d'âne. L'ennemi résolut de fixer par des chaînes de fer dix de ces batteries for^ midables à une demi-portée de canon des^ remparts^ pendant qu'à une petite distance de grosses embarca* tions chargées de troupes, et garnies de mantelets sus* ceptibles de s'abaisser et de foMBer comme un pont, à l'effet de f acHîter le débarquement , se ttendroient prêtes à agir comme le comporteroîent les circonstances. Dans le m^ne temps quarante mille Hbommes demeureroient sous les armes dans le camp , et une escadre de vaisseaux tle guerre, des chaloupes canonnières, des batteries flottantes et des bombardes , protégeroient la prindpdb attaque qui seroit faite du côté de la mer. Tels étoient les préparatifs qui faisoient la confiance de l'ennemi, et au moyen desquels il se glorifioit hautement de réduire en poudre les fortifications de Gibraltar. Prépara- Lorsque les batteries flottantes furent achevées , les dëfense. ^^siégeants différèrent encore pendant quelques jours la grande attaque qu'ils avoient projetée , et il» employèrent cet intervalle à pousser un peu plus avant les ouvrages du côté dii continent. Le général Ëlliot, qui ne négligeoit à son tour aucun moyen de défense, établit un grsuid nombre de fourneaux et de grSs pour faire . 4 sept, rougir les boulets (i); et peu de jours avant l'attaque décisive, il eut la satisfaction de timr un augure favorable du succès de ses préparatifs, en incaidiirnt les ohvrages les plus avancés et les mieux défendus de l'ennei&i.

(i) Ce fut sir Robert Doyd qui montra comnaeiit on devoit s'y prendre pour incendier les batteries flottantes au moyen ^&s boulets routes.

GjranGEs ui; 4^1

GetévéïiemeiiÉiieihqueprédpiterlagrandeattaqtie; 9 ^ ^o le due de Griilony Tivement irrité de cet étàsuec , 6t crai*- Au^ûe ' gnaint que le reste de la drconvaUation ne devînt'ao98t ?«>* terre. la pttoie des flammes, démasqua tout«à«coup ses battelies , quoiqu'elles fie fussent pas encore amenées à leur degré dé perfection, et foudroya les e^avrages anglois avec cent soixante-dix boudées à feu du plus gpos calibre. En même teuspsleis vaisseaux <ie guerre ^ les bombarcbset les dbaloupeMasronttières laneèrentde lein* côl;é contre la viUe et le fort une gnéle de bonds^es et de boulets. Dans Tespace de deux joute les batteries de terre tirère&t «eldes cinq millci cinq c^nt vingt^sept coups de canon , et deux miUe iroîs c^n deux bombes ; et la garnisoct «Dpe riposta que par quelques décharges dirigées coQla^ oettx qu'^Mi empieyok à la réparatieiQ des ouvragée iâcendiés.

Le lendemain la canonnade fut eneore plus •vive ; et 1 1 et 12 dans la matinée du jour eatvant , les Anglois aperçurent ^^^^' la flotte combinée moisiBée dans la baie entre le bois d'Omage et AigesÂras.

'I/ennemifai9€ntot*gueitteu9ementparadedesesforoe6 État des aux yeux de la garnison assiégée, comme s'il eût cru t*4n- yl^^^jj timrder par cette vue, et lui faire abandonner ses pré- «ur mer. paratifs de résistance. Il est vrai peut-être que jamais armement néfut plus capable d'inspirer la consternation et l'effroi : on voyoit à la fois <kns iabaie quarante^sept "vaisseaux de ligne, dix batteries flottantes, auxquelles -on «voit donné lesurnom d'invincibles , et qui f^rtoient deux cent vingt pièces de canon en batterie , et un nombre presqu'infini de frégates , de galîotes , de cutters , de bombaïKles , de chaloupes , et autres moindres bâtiments que l'on comptoît employer à débarquer les troupes

4^^ HISTOIRE d'aNGLETEREE.

et sur aussitôt que les fortifications seroîent minées. Du côté ^^"^' du continent les ouvrages, non moins étonnants, étoient garnis de deux cents pièces du plus gros calibre en batterie , et défendus par une armée de quarante mille hommes, que çommandoit un général entreprenant et victorieux, etqu'animoient la présence de deux princes du sang , celle des officiers les plus distingués de rËurope, et lattente universelle du monde.

Force de Le Commandant anglois ne pou voit opposer, à, des *Sn?* forces si redoutables qu'une garnison de sept mille hommes effectifs, y cottipris le corps de marine , quatre-vingts pièces de canon, sept mortiers, et neuf ^obusiers; mais ses soldats, pénétrés de Fimportance de la place qui leur étoit ccmfiée, et de Tidée de la gloire immortelle dont les couvriroitia défaite d'un ennemi si puissant, étoient remplis d'un héroïque enthousiasme : l'ennemi étoit moins animé par la présence de deux princes du sang , qu'ils ne l'étoien t eux^némea par rattachement que leur avoient inspiré des officiers qui avoient partagé si long -temps leurs fatigues , leurs privations et leurs peines, et dont la modération, la complaisance, et lajustice leur avoient appris à se considérer tous comme des membres d'une seule famille, comme « une troupe de frères, n Aussi ibattendoient avec confiance l'arrivée du jour qui devoit les. délivrer d'un siège pour lequel on répandoit en vain tant de sang.

' i3 sept. Le général Elliot, ayant fait tous ses préparatifs de Attaqae Jéfens#, laissa l'ennemi disposer tranqmllement ses ba t- . teries flottantes. La plus voisine fut amarrée à neuf cents (Verges des remparts, et la plus éloignée à douze cents. A neuf heures trois quarts l'artillerie commença à jouer de part et d'autre avec un épouvantable fracas : les peu*

ceobges m. 4^3

pies accourus sur les hauteurs voisines pour être témoins de ce spectacle terrible , virent quatre cents bouches à feu faire pleuvoir sans relâche une grêle de boulets contre les remparts de la place (i ) : les batteries flottantes surtout ne paroissoient pas moins redoutables qu Wles avoit représentées : ce furent elles aussi aue les assiégés prirent pour le point de mire de tous leurs coups ; mais à leur grand étonnement, ils virent que les bombes les plus lourdes tomboient de leur toiture dans la mer , que leur blindage sembloit impénétrable même aux boulets de ti^nte-deux, et que, si par intervalle le feu se manifes- •toit en quelque endroit , on parvenoit en peu de temps à Féteindre à force d'eau. Cette inefficacité de leurs premiers efforts ne fit que les animer davantage ; ils ne cessèrent de lancer des boulets rouges, des bombes, des obus , et des projectiles de toute espèce ; ils démâtèrent plusieurs bâtiments , et dans Taprès midi ils commen*cèrent à s'apercevoir que l'excellence de leur' construction ne meDCoit pas les batteries flottantes à l'abri de la violente canonnade dirigée contre elles. Bientôt la confusion qui régnoit à bord de la batterie principale et de celle qui l'avoisînoit davantage , et les tourbillons de fumée qui s'éle voient de leur blindage, les convainquirent que l'incendie faisoit des progrès rapides , et que les ennemis ne pouvoient le maîtriser; dès ee moment le feu des batteries se ralentit successivement, et à huit heures du soir il n'y en avoit plus que deux qui continuassent encore de tirer. C'étoiènt les plus éloignées ;

(i) La çarnidon apprit dans la suite avec plaisir que les habitants de Tan(ver s*étoient rendus dans leurs mosquées pendant cette attaque furiease, etavoient demandé au ciel la délitrance de leurs anciens alliés.

464 HISTOIAS D'ANGLETERRE.

elles avoient éprouvé le moias de doiQiaage , comme au«&i elles en avoient le moins causé.' * Destrac- Pendant la nuit la garnison ralentit aussi la vivacité batteries de sop feu : les artilleurs avoient besoin de repos , ^ flottantes. Tobscuiité empéchoit d aiUeurs débuter avec quelque certitude les canqns. Cet intervalle d'un silence lugubre présenta quelque cBos^ de plus horrible que le fracas épouvantable du jour: à tout moment les Espagnols tiroient des signaux de détresse : on entendoit leurs clameurs confuses, et leurs plaintes lamentables rewr plissoiept les airs. Un peu ayaint minuit , douze bomm^^, seul reste d'un équipage de soixante , et qui s'étoient sauvés sur dès débris , vinrent instruire la garnison de Teffet prodigieux de ses boulets^ mais à une heure les Ibmmes qui s'élevoient des deux batteries principales lui montrèrent son triomphe et le terme des espérances de renneimi.

i4 sept. Aussitôt^les canons de Gibraltar recommencèrent d^ Humanitë |jj.^j. g^vec une jfiouvelle violaice , et leur effet fut d'aucapitaine tant plus meurtriar , que les artilleurs adre^soient plus Gartis. 3û|.^ixient leurs coup^ , à la lueur du vaste incendie q^i les édairoit. Dans le même temps ,* le caljqoe des flots permit au capitaine Gurtis de s'avancer avec des chaloupes canonnières , de prendre en flanc la ligne das batteries flottantes , et d'interrompre les secours qu'on leur portqit ( i )* A quatre heures , Tincendie éclata a bord de six autres batteiies ; et les allies , qui ne pouvoient les secourir , abandonnèrent ces njachines énormes aux flammesquiles dévoroient, et leurs compagnons d armes àlamerci deFennemi. Les Anglpis, touchés de cette scène

(i) L'habileté qu'il déploya dans cette occasiQB 'valut au capitaine Gurtis le grade de briga^Jier.

de désolation n'ëcouterest plus alors qiie Hiuinanité^ et le capîtaiae Curtis , qui oonduisoit le corps de ma* rine , et qu^e secpndoît puissamment le capitaine sir Charles Knowlçs, commandant la flottille an^loise^ se montra particulièrement infatigable à retirer.des bat* teries embrasées de misérables victimes qui alloient devenir la proie des flammea Ou des eaux.

Le brave Curtis , humain et généreux au risque de sa propre vie , faillit éprouver avec une troupe de ses oompagnoBS le sort d une batterie flottante qui sauta au moment même où il venoit d^ Taborder. Il eut la gloire d arracher à une mort, inévitable trois cent quarantecinq victimes de ce désastre. - >

Après avoir détruit huit batteries flottantes , la garni* son, libre de toute appréhension pour Tavenir/espéroit conserver les deux autres comme des trophées desa vic«> toire ; mais Tune d'elles ayant paru tout*à*<;oup embrasée et ayant sainte en Tair, elle brûla la iseconde, que lefeu minoit sourdement et qù elle- ne pouvoit soustraire au sort général (|)* l^s ennemis, dans cette terrible jour-. née y essuyèrent upe perte dé deux mille. hommes en. morts ou en prisomj^i^s , pendant que la garnison n-eut . que se^ze bomines, de tués , un ofScier et quinze sous*; officiers ou spld^,. et s^xante-buit de blessés, àm nombre desquels ofi coinptf>it.cinq .<4Biciers.. Pour- les; fortifications de )a pl^çe, elles fuirent si peu endomma^ gées , que tonte )a. portion de$ remfiart^ battue du- céAé^ de la mer fut repnise en état de. sei^viçe avant la nuit.< >

(]) On a pensé que Tépaisseur du bordage des batteries flottantes lear fnt plus nuisible qu'utile. En effet, les boulets rouges y restoient engagés, et faisaient d'effroyables rarages en^ comparaison Je ceux qu'ils auroient causés s'ils eussent pu ti:aT«rser d'autre en. outte, 20. 3o

^€6 HISTOIAE' d'ANOLETERRE.

Honneurs L^ssue foneste dé cette attaque formidable ^ et qui ^^h la* avoit coûté tant de préparatifs dispendieux , couvrit de

garnison, ridicule et de honte, aux yeuK de l0ur9 pt^ôpres oonci* toyens et deTEujrope, ceux qui s'écoktartf vantés avec- une Gonialibe présomptueuse d^ ftdre capituler Gibraltar, pendant qii on répéta avec ded appleùdissements unanimes les louanges du- brave général EUiot et de ses valeureux oompagnàos d'^ntttes. Leparlemeilt britan-

Du la au iiî(|He vota des retûieMiements publics aux officiers et auxiaoUats de la gëiinisoD^ et le générât Elliot, crâi ehèvaliek' de» Tordre dû fiaîli, reçût la décoration <ie cet ordre :d- une députatÂoià.«^i 1-en mvétit sar le rocher même qu'il avoit conservé et illustré par sa pt^udence et sa valeuK A^ant ehsnite été élevé à kl dignité de pair, amc le titre de baron' Healtlifi^d , <êt estimable officier oblint une pension dâ' parlement ^ et ê^i itiajesté lui per^ mit d'éjonter auxiaelnee ^é sa famille^ ceiies de la for-> terièssîe qu'il àvoit ai vaillamment dé£bikhie. 1 1 sept. ! Deux jomrs'séuUnnqnt avant Tattaque principale, lordf

Eo'we^la- ^owè ajppareilloltdes^dâtes^ d'Angleterre^ pour se porvitaille te» au i accours da GôbiBltar, a^^c ll^à«è<{i<atre vais- ^ttr!^ seaiis de ligne ei quel^és^ frégates^.' Vîdé vifolente te^

10 occ. pétei'axdcu^it aux apptfoishes du dél^oît'; mais elle ne

lui fit^ éprouver âuMH dommage ,• pèn(lÈiM<|ù'eUe dispeésv laiflette ^ilieM&, ^et jista' utl^de^slEis vaisseaux, le.SuinUMichely, de* 6Diftantê^quatér$é calons , jusqnes

11 oct. »w»»l«^ Pettipàrts»df»»la place. Le ^éfrtie^âi^ de grand

matân:^ la flotte angloii^ enti-a en of^e^ bataille c^ns le détroit, et débarqua mille cinq cents barils de poudre, et le resté des munitions dé guerre et de bouche qu'elle amenoit, L'enpewi, ai^^c -soixante^piatre bâtiments, dont <piaraiite^deu« étoîent des vaisseaux de ligne ^ se

tint pqD([)§l)t qiielquaf JQ^r^ ^a vuedeVaKinwifffit tril»»oiqufi; mmt Walft*» Ift ^périorit^ de ^^fQTi^s,^ iV ^w^iS^ 4a vent, 4 pe M^irfiMt iP«^ couri? jk& l)99^d9 d'nnç ti^t^Ule r^ip^ée, et l^o^M'^i iiiQWO».fi|>iià<tuS^ ^<^

PortsfWB^r. •■ •• . .fi-: ;-i-:\ :... oi •, î

De p9, jppr , le si^,}^,Qji%fH\nr &V>lfi;it. {)]b|i9.6i|«im:

qui YOBl'oit traioer les 4(^4§«'/fPt,lpllGr>l^'!v^^l$AT^l^.

l"»R^«%T9Si*W^ 4h pF^içn4fiMfiépri» :cp6 J'Angfch ^?î?WÎt:WQ»^PWK)teWÎ8>i^f}Ç» «^ ]94âiflÎ0ilvMdift 4{«B%}ftfiPHffi»^# >:é^,.pft<çp#p^a«f pUi#«iirtew^t

1|^ piiîa^9ft^fqpp|é4ér^5 pi4ratf;^9t}^ile)4«$.fc£nd{>as.

France; et bientôt cette deiioiièm f)itÎ9MOi3^aEie-fàtin«: pla6ic^^4^S{préiefàtîPit$4f stiboMi^ qimqiii^trop ékitées pour qu'on les pût accueillir. Après 1 échec que les troupes aîlîëes. reçurent <ïeyânt Gibraïtar^ èTile ^

(i) Ces détails sont tires du Drinkwater et des gazelles. 'I

4<$d HISTOIltÉ' D^ÀîlÔlÉf ERRE.

méiiie tôôl ^on crédit àtijyrés de r^pagne pour Fàmene^ àténonoer à cette pIade;.niontrant dii reste une résenré si'Sdi*npiiléuse'|>eindaM9è èéurs dé lanégôeiMion , qnê m 'ses propres ambésss^èops , m ceux des puissaDdes^aAliAés* ne contldi^soiéht «oh intedtiôtt définitive. 22 nov. Le premier avis officiel communiqué au ptibKb sur rStdt'dtf lÀ ^%oleiatiodiftlt uhe- lettré (f^e Ic^^crëtaired'état éferiVît^hu lortfWiiré potir prè'vièiiîVlles spéculation^ stt<^ tes fitads. Geffte'tëtti^ annôn^if tfiiè l'on ne pOtttôiC manquer de pi^Mâre^-eft peu dé^é^fis un pàrd "= définitif, I3mt 6èhiêt âê'iU'péitX , ^bit celui dé ià éontînuatîoti' de' là- guerre; é% '^u1?, 'jfWcrr cette' raîsôti , le parlement étoit j^régéite sfetïovéiM)re,jour fijifé^ôursott d«5mnt>léë,j\iëqu'fru-5QifiécémIyr^r '»^^

Cè^ndiint', à céttô ëffôqàènièmè; les 'tàlbt^t1r\&& ne pouvoiiéfnt pf^biHénoolré'^iiIel seroit l^dBÉiléflèiâèfit de câte aJRFstfl^^: le ts^Uéiëvëc-ïâ Ffknéeé<M«Hr«^la4^nc^ <nai^ GèUe pui^àanéé" Artifieiëùs^>i^téfil^fe'Uâifr^se de faire totths^ les plk^sèyV'à^â^^r^i si TérfliBI^éht'ëne avwt<d^s^t«ht{on$ |^t6^és7^I lui ^^ir«i«aè'«^f' s^

tir à Ist j^àk y' 6i afti <;(3Ϋ^>é'èy%^VèfirilSR là gUMHV , élië pbuvoit fbii'&)ret<n!lt>ei'>aid$iftënft^^^

WFiuh^étke\iisii^s^t&i ptÀieùc&Wé^ffl^Èi^ pour ameberi J^ pléni|:j0teki^ii*«s àlliérléri^^ m

traitec0nd4t!teft'tïêlî(?[)n''ij^'^j'' > ■ » -'••• -'^î *'^ - ' ' Duéàojtvl^ii^^rjDfeâaeûr dd' pàriëitiém;' ob toliit en jeu

(i) Nous aypns reçu sur ce sujet un grand nombre de renseî^ements particuliers, et nous avons consulté^ outre la correspondance ofiBcielle, TouTrage de M. Coxe, intitulé, Coxes House of Justria^ yola,p.6oV

GEoaGES m. ' 4^9

toutes les ruses de parti , afin d'exciter Tintérét du pu- Traire blic, soit pour ceux qui se trou voient à la tête des af- ^e^^JnirJj" faires,.soit pour ceux qui desiroient de s'y plajcer. Des la bruits incertains, des assertions partielles, furent tout Breiaf^e ce que l'on put recueillir sur les causes du dernier cban- *^ l/Amégfsment dans le cabinet. M. Fox déclara au parlement État dé» que, ne pouvant adopter ni les opinions ni les systèmes ^^^érems de lord Shélbtime, il avoit déjà résolu de se démettre Anglede ses fonctions quelque temps avàpt ht mort du mar- **'''"®* quis de Hockingham. Là-dessus on éleva plusieurs plaintes contre Tinflnence^excessive d'un ministre qui contraignoit ses collègues à quitter leurs fonctions; mais ces plaintes ne pal*ulrent pas établiea sur des raisens safiBsantes, et 4es discussions qu'elles occasionèrent ne jetèrent aucun jour sur les motift de la désunion survenue dans le cabinet. En ce moment il y' avoit dans le royaume trois partis bien distincts , qui se combattoieut avec un égal acharnement : les actes du dernier ministère étoient aussi amèrement censurés par ced qui accusoient ses réformes de violence, que par ceux qui se trouvoienl.déçua dans les espérances exagérées q4je ses promesses leur avoient fait concevoir ( i } ; les deux. partis de l'opposition élevoientdes doutes sur '' •la sincérité du gouvernement dans les négociations pour la paix ; et les amis de lord North p^roissoient persùa- .dés que le froissement des opinions , et la cotmoi^sance 4es projets de ceux qui avoient supplanté ce ministre, changeroie^it les sentiments du public è son ég;ard ^ et réaliseroient leurs espérances (a),

- (i) Remcji)br9ncer, vol. i4, p» ago.

(9) Gibbon's Miscellaaeous Works, vol. 1, p. 56i.

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