‹ Histoire D'Angleterre Depuis 1760 (volume 2)Chapitre 5 sur 31 · SUIVI · texte numérisé non relu

SUIVI

efiOR€^£S llf. ta}

tous les traitements exorbitants , siipprkaer toutes lot places sinécures et toutes les pensions non méritées, et pfoj^rtionâer aafin les impôts «ix besoins indispen-* sables de l'état» -

Cette assemblée établit en outre un comité pçrma- Établisse.

, \^ ment de

Vient de soixante-im de ses membres , chargé d eptre*^ comitës VàmLles correspondances nécessaires pour appuyée effi- ^ ^ndau^ cacement la pétition , préparer un plan d'assoùieuion sur ce. ime base constitutionnelle et légale, et seconder une r^rme huailey ainsi quetcmtes les mesures dont Tob-» jet seroit de rétablir la liberté du parlement. »

Cet exemple fut imité dans tout le royaume par \m L*exei». grand nombre de villes et de comtés : on fit circuler des Yorkavis pour la convocation de ces assemblées populaires , ^^y^^ ^** et Ion y prononça des discours violents contre la con- ment duite de Tadmiaistration et de ses membres; on y établit oussi des comités de correspondance ; et toutes se con<^ duisirent de même, à quelque différence près, dans Vexaspéra^on qu'elles firent éclater.

La cité dé Londres s'assembla un peu plus tard ; mais lo et i a elle ne déploya pas moins d ardeur; et après avoir établi, eomm^ les autres, un comité, elle décida que Londres toutes ses résolutions seroient rendues publiques par la Toie de l'impression. Ceux qui sont instruits de la ma^ nière dont on dirige de pareilles manoeuvres n'ignor rent pas qu'il est facile de faire appuyer une pétition par «ne multitude d'bommes réunis, et que le ton qui régne ordinairement dans ces assemblées fait qu'il ne s'y trouve guère que ceux qui veulent faire adopter quelques projets à la faveur de leurs déclamations exa^ jg^rées et du tumulte, et que donner à de certaines me^ Ifures, à de certaines rés^utions , l'apparence il'one apv

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établit UE|

çoEuilë.

Ï24 HISTOIJIE p'ANGL£TEfiBR.

f>robattoo générale. Dans quelques comtés, et partioiH lièretnent dans ceux de Sassex et d'Heitfordshire,Ia grande majorité de h. noblesse et des prmdpaiix prc^é^ taires protesta contre les résolutions de ces assemblées popiilspres; en plusieiu's autres lieux on tint des contreassemblées, on i^t des contre-pétitions, et Ton publiad««^ protestations; mais le système des premières astsëm* blées remporta toujours , et par sa popularité, et par les cabales de ses défenseurs , qui ne négligèrent rien pour tourner en ridicule les^ démarches du parti opposé(i). l^urke * chaque jour de nouvelles pétitions arrivoÂe^t à la présente ehiEi'mbre des communes , et aioutoient aux espérances

son plan ^ ,

de qu'avoient fait concevoir au public Téloquence et la reforme, gj^a^dg réputation de M. Burke, quand cet oriiteur pré- Discours senta à la chambre le plan qu'il lui avoit annoncé, avec quabïë ""^^ justification de sa démarche. Ce plan étoit calculé, qu'il pro- disoit-il, pour réduire les dépenses superfUiop, pour rendre aux besoins de 1 état largent destinée i'entretiea d'un grand nombre de fonctionnaires inutiles, et pour restreindre enfin cette influence corruptrice de la cour, source éternelle de prodigalités et de malheurs ; mais il ne le proposoit qu'en tremblant ^ et avec un sentiment intérieur.d'appréfaension et de crainte; il ^uvisageoit la haine dont seroient l'objet ceux qui mettroient.en pra^ tique cette vertu si nécessaire , Féconomie, et le ressenr ^ timent des individus qui verroient diminuer avec leurs appointements leur crédit et leurs espérances. Il étoit loin cependant de se sentir enclin à dénigrer les succès

* (i) F'oyez d*ainples détails sur ces assemblées, sur ces pétitions cl: jttr les discourt prononcés, dan&le RemejnbrAncer)Vd]<9.

CÊORCËS tfk llS

et tes re^âources de sob pays : de tels succès pouvoient être merveilleux , et de telles ressources infinies , comme on aimoit à les représenter; mais si imposer des t^xes étoit une chose facile, si chaque faiseur de projets pouvoit inventer de nouveaux impôts , si s<m successeur pduvoit encore renchérir sur lui, ce n'en étoit pas moins une g[rande folie que de ne mettre d autre borne aux extorsions que la patience du peuple. Les ressources ne se trouvoient jamais augmentées par des vexations de celte espèce, et jamais au contraire TéconoBiie n'entraînoit d'inconvénients après elle. > -

Alors Torateur s attacha à mettre sous les yeux de la ëhambre Texemplede la France, qui lui rappeloit cette observation de Pyrrhus s'écriant à la vue du camp des BomainS : Cette ordonnance des èaréares na cependant tien de barbare. En rffet , dans la conduite entière du roi de France, on rie v»yoit rien du caractère et du géhied'un système de finances arbitraire, rien qui signalât «ne puissance frauduleose et banqueroutière, rien qui reêsemblât aux efforts insensés e€ aux convulsions du despotisme dans sa détresse. Ge prinee, disoit-il, ])'avoit fait perdre aitx créanciers aucunes portions de leurs* ca* pitâux ; il n'avoit pâft suspendu le paiement des inté^ rets; il n^avoit isommis aucun de ces brigandages qu on colore du nom spécieuxr de prêt-; il n avoit enfin altéré ni le titre ni la valeur de ses meunoies, et sous son régne avcHentdispami les abus dfss régnes de Louis XIV et de Louis XV. Au milieu des troubles de la guerre, et par les ressources d'une autorité arbitraire, la France avoit vu s édifier un système métllodique de orédit public sur les solides fondements de la confiance nationale, et s'élevant avec toute la régularité de la symétrie et dé

$*xè HISTOIRE, D*ANGLEtÊBKÊ.

Tart. M. Bmrke, après avoir loug-temps insisté stif et inémeobjety exliorta la chambre à ne pas soof&ir que? réconomie fût la seule mode françoise que l'Angleterre. fke voulût pas imiter.

Le signe .certain}, continua-t-il, auquel on pouvoit bonjours distinguer une sage administration d'une ad^ ministratiôn imprévoyante , étoit celui - ci y « de savçir abandonner à propos ce qu'il étoit impossible de gar^ der. » Il n'ig^or^Mit pas que qudques individus quali" £eFoient toutes ses demandas de réforme 4u nom de criminels attentats , et essaieroient de justifier leur attacfaement à un système funeste de profusion, en alléguant qu'ils n'ôn étoient pas les inventeurs, que leurs ancêtres le leur avoient transmis en héritage, et en dé^ roulant la longue généalope de tous les fi^inistres disst^ pateurs qui les avoient précédés ; mais le temps étoit venu où les abus, pour être aociws, pour être invétérés, ne méritoient ni plus de faveur, ni plus d'égard, et où les ministres, en s'opposant à la réforme, se rendioi^nt responsables de toutes les faussas mesures du gouvei^ nemcfnt. Une informe , lorsqu'elle avoit lieu de bon^ heufe, û'étoit autre chose qu'un arrangement amiable avec une admiaistration bien iateBflionnée; tardive , elle étoit une condition imposée à un ennemi vaincu. Dans la première hypothèse, elle se faisoit de sang-froid; dans la seconde, au contraire, on y metioit toujours beauf coup de violence et de passion. Ainsi , il écoit d^e l'intérêt du geuvernemeixt que la réforme eût lieu de bonite heure, autant qull étoit de l'intérêt du|)euple qu'elle se fit avec iBodération^uparceque alors elle étoit perm^-, nente, et renfermoit d'heureux gammes de prospérité.; mais quand cm y mettoit de la violence, et qu'elle étoi%

CÉOftGES lïï. ii'f

laite par Jes boininesplus zélés que jadioieaK , eHe étoit eu géoéral si imparfaite^ si vicieuse, si incohérente , si remplie d'injustices et d'erreurs, et si contraire au cour^ nattfrel des choses et à lesprit des institutions iimaai* nés , que le peuple qu'on avoit vu si ardent à la désirer étoit le premier à se dégoûter de soa propre ouvrage^ Alors on remettoit en vigueur une partie des abus que Ton avoit réformés, et ces abus, devenus un cofirectif de la réforme, o^euoient autant de popularité que la réforme même. Ainsi les notions véritables de loyauté et de désintéressement en politique, tomboient elles*mêmes en défaveur, et n'étaient plus considérées que comme la vision exagérée d'un homme sans expérience;; ainsi les désordres devenoient incurables, non qu'ils le Cassent de leur propre nature, mais parcequ'ils étoient rendus tels parla violence et l'impropriété du remède.

M. Burke fit envisager ensuite la taxe sur les places du gouvernement comme une mesure calculée plutôt pour empêcher que pour produire une réforme, oomm^ une espèce de composition pour arrêter toute enquête^ comme un moyen assuré que l'administration dbtien* droit de pouvoir perpétrer ses abu£u Une mesure sem^ blableseroittoujours inppnvenante si l'on nesupprimoic auparavant tous les einplois inutiles , si l'on ne classoit tous les autres relativement à leur degré d'importance;, de feoon à ce qu'ils pussent être soumis à un mode régulier de taxation , et ^iles revenus de la couronne n'étoient dispensés de telle sorte que le ministre ne piH jamais les employer à rembourser aux fonctionnaires de l'état tce dont ils auroient été privés par la nation.

Ne voulant pas procéder d'une manière arbitraire à la réforme d£8 abus, il établit des principes généraux qist

128 ' HISTOIRE d'aNGLETERHE.

dévoient être hors des atteintes de Tintérét et du ca^ priée, et dévoient servir aie diriger invariablement dans tout ce qu'il alloit proposer.

Premièrement, on supprimeroit celles des cours de judicature qui étoient plutôt un fardeau pour Tétat, et un moyen d'opprimer le peuple et d'étepdre Tinfluence corruptrice de la cour, que des établissements utiles à Tadministration de la justice.

Secondement, on mettroit en vente celles despror priétés publiques qui n'augmentoient point les revenus, tandis qu'elles grossissoient les frais d'adminisr tration et de recette, et que le gouvernement les employoit à vexer, à intimider, ou à corrompre les fermiers.

Troisièmement, on aboliroit toutes* les fonction» moins utiles qu'onéreuses , ou bien on les réuniroit à d'autres lorsque la chose seroit praticable.

Quatrièmement, il en seroit de même à l'égard de toutes celles qui entràvoiait la marche et gênoient les opérations du surintendant-général des finances.

Cinquièmement , on mettront dans les paiements un ordre qui préviendroit toute partialité, et l'on auroit moins d'égard, en fixant les appointements, à l'importunité des solliciteurs qu'à l'importe^nce de leurs fonctions.

Sixièmement, on détermineroit rigoureusement le . traitement attaché aux divers emplois.

Septièmement, on supprimeroit toutes les trésoreries subordonnées.

En développant son premier principe, M. Burk« observa que l'Angleterre n'étoit pas , comme on étoit tenté de le penser au premier abord, une monarchie

, GEORGES îtl. i!2^

régulière. Autrefois elle formoit une heptarchie, et maintenant on pouvoit en quelque sorte l'appeler une pentarchie^ Le roi^ semblable au chef d'une troupe ambulante de comédiens, n'y jouoit pas seulement le premier rôle ^ il y représentoit aussi des personnages subalternes. En effet, il nétoit pas simplen\ent roi d'Angleterre , il étoit encore prince de Galles , duc de Lancastre, comte de Chester, comte palatin de Lan-» castre et duc de Cornouailles.

Chacune de ces principautés différentes avoit une administration particulière très dispendieuse à entre-» tenir, tout l'appareil d'un royaume, et une trésorerie pour recevoir les revenus. Le duché de Cornouailles, le plus considérable de ces états, ne faisoit pas une exception àjarégle générale. Leduché et lecomté palatinatde Lancastre , qui fournissoient à la couronne des moyens d'influence équivalant à quarante ou cinquante mille livres sterling, ne versoient pas dans le trésor national plus de quatre mille livres sterling chaque année; et il étoit douteux que le comté de Chester et la principauté de Galles fussent d'aucun revenu» Cependant cette dernière principauté avoit huit juges, pendant que l'Angleterre entière n'en avoit que douze, et un échiquier où l'on étoit astreint à mille procédures gênantes , difficiles et ridicules , qui n'avoient d'autre objet que d'entretenir un esprit de dépendance servile , et de corrompre les citoyens par des espérances. Après avoir rappelé l'histoire de la réunion des différients fiefs à la couronne, et montré qu'aucun mérite particulier , aucune affection de famille ne pouvoit inspirer au roi le moindre sentiment de partialité à leur égard , l'opinant proposai de réunir ces cinq principautés à la couronae,

lîo HISTOIRE dVngLETËRRE.

en les soumettant à la juridiction commune; de supprn mer tous les offices à charge au peuple et qui compliquoient inutilement l'administration, d'accorder des indemnités aux individus inamovibles dans leurs emplois, d abolir tous les titres dont on s^autorisoit pour vexer le peuple; enfin de vendre les domaines qui ne rapportoient aucun revenu , et pour lesquels on entretenoit des juridictions inutiles, et de leur faire supporter des taxes modérées, avantageuses en même temps à Tacquéreur et à Tétat. Jl demanda aussi que Ton établît dans les comtés et les duchés , la même administration judiciaire; cependant il ne décidoit pas si Ton devoit supprimer tous les juges de la principauté de Galles, et ajouter un cinquième juge à chacune des cours de Westminster, ou si Ton devoit en supprimer cinq seulement, et laisser aux trois autresJa direction des affaires.

Conformément au second principe qu'il avoit établi y il proposa de vendre toutes les forêts, d^abolir les droit» de chasse et les autres droits forestiers , et de supprifiaw Toffice d'intendant-général et les deux charges de grand-maître des eaux et forêts , avec toutes les place» dépendantes de chacune de ces branches d'admïnistratioBi. Le profit de ces ventes seroit à la vérité peu considérable , mais l'on en retireroit un grand avantage relativement à l'amélioration de l'agriculture, et à l'accroissement de la population.

Tout en déclarant qu'il n'abordoit la question de la Uste civile , qui faisoit le troisième point de son sujet , qu'avec tout le respect , toute la sollicitude que ressentiroit un jeune médecin qui auroit à remédier aux dérangements de santé d'un père chéri , M. Burke attaqua par d%$ railleries ingénieuses et piquantes Fadministratioii

GËOBGES Itl. lit

et les dépenses de la maison du roi, entièrement éompo« sée d'après un système gothique de féodalité, quoique , du reste elle eût adopté toutes les petites formules éé Félégance et de la politesse modernes»

Après avoir suivi le même mode de raisonnement et de critique relativement à plusieurs autres objets, ilpré*' 'senta différentes propositions par lesquelles il deman-» doit en substance que Ton supprimât toute Tadministra-^ tion de détail de la maison du roi , le trésorier, le coA-» trôleur, le garde des coffres, le trésorier de la chambre^ le grand*maitre de la maison, toute la cour du tapis vert, un grand nombre d'offices subordonnés dans le dépar* tement du grand-maître, toute Fadministration de la , grande garde-robe, la charge des joyaux et des habita royaux, le conseil des travaux, et presque toute la commission de la branche civile du conseil de Farfi)-" lerie; et il observa que pour lors le peuple commen-f ceroit à respirer. Ensuite il proposa d'autres règlements, comme de réduire du rang de trésoreries à celui de simples charges de l'administration, les offices de payeur de l'armée et de trésorier de la flotte, de verset dans les caisses de la banque l'argeiit versé jusqu'alors dans les caisses de ces trésoreries , et de la charger du aoin de frapper la monnoie et de fmre tenir aux troupes employées à l'extérieur l'argent nécessaire à leur entretien. Il proposa aussi de supprimer l'office de payeur des pensions , et de réduire à soix^ânfiFte mille livres itét* ling la somme annuellement accordée pour Tàcquiê de ces pensions. Dans le eas cependant où un dtoyën se ferûit f-emarquer par quelque action d'un mérite ét-^ traordinatre, l'une ou l'autre des chambres du parlé^ ment awroit la liberté de présèfitef qd^ afd^essc en sa

iSa HISTOIRE D^ANOLÊTÈÏIRÈ*

Êiveur; à toute autre demande qu'à la leur, quelque répugnance que Ton eût d'ailleurs à le faire , on ne ré-* pondroit que ces mots: « L'état est pauvre. » Il ne prétendoit pas néanmoins conseiller l'abolition d'aucune des pensions subsistantes ^ ni même une enquête sur le mérite des personnes qui en jôuissoient ; la couronne ^ revêtue à cet égard d'un pouvoir discrétionnaire, avoit pu facilement être trompée : il desiroit seulement que r*n jBxât à l'avenir une somme qu'il ne seroit pas permis à sa majesté de dépasser. Depuis sept ans il avoit été accordé pour cent mille livres sterling de pensions; ainsi par le règlement proposé l'état feroit, au bout d'un certain laps de temps, une économie annuelle de quarante mille livres sterling, sans employer le moyen TÎolent des suppressions. Il n'ignoroit pas que le public attendoit une réforme considérable dans les grandes places de l'échiquier; pour lui iltrouvoit exorbitants les appointements des fonctionnaires qui les occupoient: aussi demandoit-il que l'on réduisît ceux du grand-auditeur des comptes à la somme annuelle de trois mille livres sterling, et ceux des auditeurs subalternes et des autres officiers principaux à celle de quinze cents livres sterling; mais quoiqu'il regardât ces places comme des sinécures , il n'étoit pas d'avis qu'on les supprimât : elles étoient toutes conférées à vie , et il n'y avoit pas» d'inconvénient à ce que la couronne pût distribuer des pensions sur lesquelles elle n'avoit plus ensuite la faculté de revenir, et accorder des faveurs reçues comrqe des récompenses , et cependant incapables de corrompre. En effet, disoit-il, ne seroit -ce pas un spectacle indécent, l'état lui-même ne seroi-t-il pas déshonoré ^ $i Ton voyoit le fils d'un ministre qui auroit

GEORG&S III. l33

mérité la reconnoissance du peuple , meadîer son paia à la porte du trésor^ où son père auroit administré les revenus de l'empire et travaillé à la prospérité et à la gloire de son pays? Ne seroit-ce pas une infamie révoltante et odieuse, si Ion le voyoit contraint de s'avilir et de prostituer son honneur devant un orgueilleux favori, repoussé par des courtisans effrontés dont en ce lieu même il ^uroit reçu peu de jours auparavant les hommages, et dans la nécessité de ramper devant Fauteur des maux de sa famille, ou de presser des mains encore pour ainsi dire rougies du sang de son père?

Se croyant obligé de donner des raisons aussi claires et aussi satisfaisantes pour montrer où devoit s'arrêter la réforme, que celles qu'il avoit déjà développées pour engager a l'entreprendre , M. Burke établit quelques axiomes politique3 incontestables, qui honoroient éga* lement son jugement, son esprit, et sa bonne foi. Il ne pensoit pas que lès grands fonctionnaires actifs de l'état fussent trop payés ; il étoit juste que leurs travaux fussent récompensés, que leurs talents fussent encouragés; et si l'on diminuoit leur traitement, ce seroit pour les uns un motif de négligence, et pour les autres de malversation. Quand même on trouveroit des hommes {qui consentiroieut k occuper sans traitement les grandes dignités de l'état, on ne devroit pas leur en laisser la liberté : un service ordinaire devoit être assuré par des motifs ordinaires de probité : l'état qui auroit établi ses fondements sur de rares et d'héroïques vertus , ne seroit bientôt gouverné nécessairement que par un esprit pervers de corruption et de rapine ; et un .profit honnête et légitime étoit le plus sûr garant qu'on pût, avoir contre l'avarice et la rapacité, comme des

1^4 HISTOIAI d'aNGLETERRI«

plaisirs modérés Tétoieiii contre les excès et la dé* bauche.

On s'attendoit qu'en donnant lui-même des raisons pour mettre des bornes à la suppression des emplois, %\ auroit égard à ceux qui paroissoient d une haute uti* Jité dans 1 état , comme étoient lès charges de tous les officiers attachés à la personne du roi. Aussi il régla qu'on ne diminueroit ni le nombre des employés, ni le traitement dont ils avoient joui j usqu alors , parcequ'une mesure contraire feroit abandonner la cour à toute la noblesse du royaume. Cependant il proposa de supprimer les offices d'intendants des chiens du roi, pour la chasse du lapin, du renard, du cerf, etc., qui ne lui paroissoient être d'aucune utilité, et ne contribuoient en rien à la splendeur et. à la magnificence du trône. D'ailleurs il étoit peu convenable que des gentilshommes se fîssent intendants de chiens, quoique ces chiens ap* partinssent au roi. Il termina cette partie de son plan en proposant la suppression du troisième secrétariat -d'état, ou secrétariat pour les colonies, et celle du conseil du commerce et des plantations. Le secrétariat pour les colonies étoit, disoit-il, si inutile, qu'on l'ayoit confié pendant long-temps à lord Suffolk, quoique ses infirmités l'eussent mis hors d'état de rien faire, et qu'on n'avoit donné un successeur à^e ministre qu'une année révolue après sa mort ; pour le conseil du commerce, à l'époque de sa première institution, comme depuis son rétablissement, il avoit toujours été pour la nation un fardeau de quatre mille livres st. par an , sans lui rapporter en compensation le moindre avantage ; et toutes les affaires diont il preooit connoissance, comme les affaires dlr> lande dé mêoM nature, pouvoient être expédiées par

Georges m. i3S

le conseil ayec renvoi au procureur et au solliciteur* général.

Ensuite M. Burke s'occupa des arrangements, partie de son plan qu'il regardoit comine devant consolider tout l'ouvrage, en établissant pour les paiements un ordre invariable, dont le premier lord de la trésorerie ne pourroit s'écarter sous aucun prétexte. Il divisa en neuf classe» tans les paiements de la liste dvile ; la pre^ mière étoit remplie par les juges, et la dernière par les commissaires du trésor, et par le chancelier de l'échiquier. Il donna de bonnes raisons pour faire goûter cette disposition particulière, et il eut pour objet, en plaçant à la fin de la liste le premier lord de la trésorerie et des collègues, de protéger toutes les autres classes contre les effets de l'inconduite et de la prodigalité. Cette partie de son discousrs fut développée avec une grande habi« leté, et ses raisonnements furent animés par des traits d esprit et par une raillerie fine et piquante.

Il présenta alors cinq bills par lesquels il demandoit la mise en exécution des mesures qu'il proposoit, quoi* qu'il ne fàt pas assez follement présomptueux, disoit-il , pour croire n'avoir rien omis, dans son plan , de ce que la nation pouvait, légitimement espérer dn grand ouvrage -àe la réforme. En parlant de la situation oit se trouvoit la chambre des conSttiunes relativement au peuple anglois, il compara celui-ci' à un mari jaloux, et les communes à une femme qui, si elle n'étoit pas encore coupable, pouvoit du moins être taxée de légè* reté. <t Revenons, dit-il, vers notre époux légitime, et « toutes nos brouilleries, tous nos démêlés, seront ou- « bliés dans de réciproques embrassements ; que les « communes assemblées en parlement aient le même

\3& HISTOIKE d'aNÔLETEBRE.

(^esprit que les communes du royaume ; toutes les dis-> « tinctions que Ton fait pour nous séparer sont des ar* «tifices criminels; nous devons nous incorporer, nous « identifier avec le peuple; nous devons calmer tous les n partis, rompre les chaînes qui nous retiennent sur un . « infidèle rivage, et entrer dans le port de la concorde, » dont les môles et les jetées s'avancent bien avant dans la f( mer pour nous recevoir. Alors, véritablement grands, * nous pouirrons proclamer ce principe et cette devise : « La paix avec nos commettants et la guerre avec l'uni- « vers entier (i). »

R^soîu^ L'examen de ce plan occupa lattention de la chambre non qui durant une grande partie de la session ; et les débats conseil qui s'élevèreut sur différentes clauses des bills furent oom- remarquables par Tesprit et leloqujence que Ton mit à les soutenir. Cependant tous ces projets de réforme n aboutirent qua faire supprimer le conseil dli^com* merce ; encore il fut sacrifié, moins parcequ'il étoit inu^ tile ou onéreux par les dépenses qu'il néœssitoit, ou pernicieux par son influence, que parceque M. Burke réfuta avec une adresse admirable tous, les arguments que Ton essaya d'employer à sa défense. Il n'y avoit que huit lords du commerce, et leurs appointements n'étoient que de sept à huit cents livres sterling: leurs immenses travaux remplissoient deux mille trois cents

(i) Je me suis étendu longuement sur ce discours, parcequ*il qn est souvent fait mention , et qu*il contient les opinions d'une poli-* tique célèbre sur plusieurs points importants du gouvernement. On y voit quelques projets impraticables présentés*par un zèle de parti inconsidéré; mats les axiomes, génér^iux et les principes politiques qui s*étendent au système entier de l'administration sont remarqua** blés par leur sagesse, leur justesse et leur modération. Ce discoure^ «« trouve da»« Burke'» Works, in-4*) 'vol. 2, p. u5.

GEORGES III. iZj

volumes in-folio; et ce fut là une circonstance que M. Burke tourna en ridicule avec un inconcevable effet. Mais en convenant que ces volumes renferraoient un grand nombre de détails insignifiants, il n en étoit pas moins vrai que Ion pouvoit y trouver plusieurs saines opinions bien discutées , plusieurs faits importants bien constatés, plusieurs projets spécieux recommandés, et plusieurs fausses spéculations combattues. Peut-être même le temps qui suivit de près la suppression de ce conseil eût-il été favorable pour en faire sentir Tutilité ; en effet le commerce, sur le point de recevoir une nouvelle impulsion, et de s'étendre plus qu'il n'avoit fait par le passé, alioit être encouragé par des circonstances imprévues, au moment où il se trou voit encore embarrassé par des procès, entravé par des intérêts rivaux, et engagé dans des questions de jurisprudence et de politique, relatives aux lois civiles, aux chartfes, aux monopoles et aux billets de crédit, et qui demandoient les recherches les plus sérieuses et les décisions les plus absolues (i).

Pendant qu'on attendoit le plan de réforme que 8 (év. M. Burkç avoit annoncé, on fit dans les deux chambres j^^ une* du parlement différentes propositions qui se ratta- commischoient à cet objet. La plus remarquable de toutes fut ^e'e de celle de rétablissement d'une commission des comptes, ^'examen conformément à un usage pratiqué sous le régne de comptes Guillaume et sous celui de la reine Anne, et qui avoit P'*""^^'

(i) Le lecteur qui sera curieux de suivre les discussions élevées a« sujet du plan de M. Burke peut consulter J)ebrett's Parliamentary résister, vol. 17. Les plus intéressantes se trouvent aux pages 127, i56, 195, :i38, a37, 254, '396, ^74 ^^ ^^^- ^^ trouve aussi quelques détails sur cette motion dans Gibbon*8 Posthumous v^orks, vol. i , p. i5G et suiv.

r38 IIISTOIRB dVaNGL£T£RRE.

subsisté, presque sans interruption, depuis la secondé année après la révolution jusqu'en Tannée lyiS. Cette proposition fut présentée dans la chambre des lords par le comte de Shelburne, en conséquence d'une annonce qu'il en svoit faite avant Tajournement des fêtes de Noël. Dans un discours long et habile, cet orateur accusa le ministre de tromper la nation sur les affaires de finance, de ne pas employer comme il le devoit les fonds destinés à l'amortissement , d'abuser des votés de crédit et d'étendre plus qu'il ne convenoit le crédit de la banque. Il remit sous les yeux de la chambre la ma« nière dont on votoit l'extraordinaire de l'armée, insista particulièrement sur la fraude supposée des contrac* tants, et embrassa dans ses propositions quelques unes des matières renfermées dans le plan de M. Burke, non encore communiqué au parlement. On lui répondit que les bills passés sous les régnes de Guillaume et de Anne avoient cessé de recevoir leur exécution , parcequ^ils ne conduisoient à aucun résultat avantageux, et qu'ils ne dévoient leur origine qu'à l'animosité des partis; et que, lorsque la maison de Hanovre, par son affermissement sur le trône, avoit mis fin aux* cabales, aiix tumultes, aux séditions, lorsque Thésitation continuelle des conseils, qui avoit signalé les deux ràgnes précédents , et tenu le royaume dans un état permanent de troubles et d'embarras , avoit fait place à un ordre de choses plus stable et plus assuré, on avoit laissé tomber en désuétude la loi annuelle pour l'examen et le contrôle des comptes publics. Cette discussion fut très étendue, et l'on fit valoir un grand nombre d'autres raisons pour et contre ; elle se termina enfin par le rejet

GEORGES m. ii^

de la motion présentée (i) ; et trente-cinq pairs protes-> tèrent.

Lorsqu'on eut connoissance des propositions de U f^^- M' Burke, le colonel jBarré représenta la nécessité d'y faire quelques additions ; il ne croyoit pas la réforme suffisante 9 tant qu'il seroit permis à des hommes d'une fortune immense d'occuper les premières charges de l'échiquier sans aucune réduction de traitement, et de profiter pour leur propre avantiige de la guerre et des calamités de leur pays. L'extraordinaire de l'armée l'avoit étonné au dernier point, et malgré toutes ses recherches il n'avoit pu se procurer des éclaircissements satisfaisants : en conséquence il annonça qu'il deman« deroit bientôt l'établissement d'un comité des comptes. Lord North se rangea de son avis, disant qu'il étoit toujours prêt à accueillir les propositions avantageuses, quelque fût le parti de la chambre qui les présentât. Il reqaarqua que les affaires de l'échiquier étoient de na<> ture à ne pouvoir être soumises en peu de temps à un contrôle effectif; cependant, pour la clarté et la précision des comptes publics, il déclara qu'il sanctionneroit volontiers la mesure relative à l'établissement d'un co«mité, quoique convaincu intérieurement que ce comité ne pourroit jamais faire une juste évaluation , des dé^ penses.

Lç colonel Barré, qui s'étoit vu seconder par le mi* ^ mars. nistre, et qui avoit applaudi à ses nobles sentiments, ne fut pas peu mortifié quand lord North déclara son intention de demander l'adoption d^un bill ordonnant

(t) 101 voix contre 55.

f4o HISTOIRE d'Angleterre.

la création d'un comité chargé d'examiner non seulement les dépenses déjà faites, mais encore les comptes courants. Ce qui engagea particulièrement le ministre à poursuivre l'exécution de son projet , ce furent les observations de quelques membres qui lui représentèrent que la proposition de M. Barré n'étoit pas sincère, et qu'il n'avoit eu en vue que de se populariser un mo-^ ment en simulant un dessein qu'il n'avoit pas. Le ministre, comme une preuve incontestable de ses sentiments, déclara qu'il ne proposeroit pas seulement le bill dont on venoit de lui faire naître l'idée, qu'il demanderoit encore de faire nommer les commissaires par des personnes étrangères à la chambre, pour éviter toute difficulté relativement à l'opinion des membi*es que l'on choisiroit. Le colonel Barré jura qu'il regardoit comme impossible de trouver dans Fhistoire du parlement un exemple pareil de discussion, et déclara qu'il étoit prêt à se désister de sa demande; cependant il ajouta que si le ministre méditoit réellement un projet qui pût devenir utile à Tétat , il y concourroit volontiers, et se ré* jouiroit de le voir exécuter, quoique l'Jionneur d'une proposition qu'il auroit faite dût rejaillir sur un autre que lui. Le bill , durant les débats, rencontra une vive opposition ; on le décria comme tendant à créer de nouvelles places à la disposition de la couronne, auxquelles se^ roient attachés de forts traitements , une influence éten- ' due et un grand nombre d'employés subalternes dans chaque département du ministère, comme des secrétaires, des calculateurs et des messagers, dans le temps même où le peuple demandoit instamment que l'on réduisît les dépenses et que l'on mît des bornes à l'in* fluence du gouvernement. La nomination des commis^

Digitizèd by VjOOQ IC

GË0K6ËS III. t^i

Mires fit naître une discussion fort animée. Sir Guy Garleton ayant été nommé le premier, on lui adressa de piquantes railleries sur le changement de son emploi , qui consistoit en ce qu'à l'avenir il alloit tenir une plume au lieu de tenir un gros bâton. Rien dans tout ce projet n'échappa à la plus amère censure ; le bill passa néanmoins, et des citoyens recommandables parleurs talents^ et leur probité furent revêtus de l'emploi de commissaires ( I ); les rapports qu'ils présentèrent à la chambre, et qu'ils répandirent dans le public, font le plus grand honneur à leurs lumières et à leur sagacité, et peuvent être regardés comme un recueil excellent de documents politiques.

Au nombre des mesures populaires mentionnées dans On pr<yle discours où M. Burke exposa son plan de réforme, mu à étoit celle qui avoit pour objet d'exclure les contractants J^^^^\

' . -. -^ d exclure

du parlement, et de refuser aux collecteurs la faculté les de voter. M. Dowdeswell présenta une motion à ce sujet , 1^°^^^^ j*^' et sir Philippe Jennings Clerke , qui , dans la session pré- parlecédente, avoit déjà fait la même proposition, profita de j^^*^*? ** la circonstance pour soumettre de nouveau son ancien de leur bill au parlement. Ce bill passa dans la chambre des suffrage communes presque sans opposition , et probablement '^^ offisans exciter beaucoup d'intérêt; mais dans la chambre fisc. des lords il fut combattu plus vivement et avec plus de ^^ ^^^.: -succès. On représenta que l'exclusion des collecteurs pouvoit être une mesure raisonnable et juste, puisque la dépendance de leur fortune les soumettoit à l'influence de la cour; mais qu'il étoit de la plus criante injustice d'exclure de riches et de respectables commer-

(i) Sir Guy Carleton, Thomas An^uish , Arthur Piggot, Richard Pîeaye, Samuel Beachroft, et Georges Drummond.

l4a HISTOIRE d'aNGLETERHE.

çants , seulement pour avoif contracté des engagement» publics avec Tétat. Comment supposer en effet quHl fût permis de dégrader des citoyens par une tache flétrissante, et de les priver de leurs droits, sans aucune preuve qu'ils en avoient abusé? Une condescendance pareille pour les préjugés populaires étoit indigne de là chambre des lords. D'ailleurs le règlement proposé par le bill ne pûuvoit pas recevoir son exécution dans tous les cas; les contrats pour les expéditions secrètes dévoient être nécessairement tenus secrets, et il étoit impossible de faire une communication vingt jours d'avance quand on jugeoit 9 propos de tenter une expédition inopinée. D'un autre côté on appuya cette mesure de toutes les raisons accoutumées, et Ton peignit en termes très exagérés la prodigalité, l'ignorance et la mauvaise foi des contractants ; on ajouta que le rejet de ce bill seroit une insulte pour la chambre des communes, puisqu'il ne regardoit qu'elle seule, que lord Mansfield avoit ainsi raisonné au sujet de l'élection de Middlesex, et que son raisonnement, juste pour lors, n'étoit pas moins concluant dans la circonstance ac- Ces bills tuelle. Malgré tout cela le bill fut rejeté ( i ) , et vingt-six jctës. pairs protestèrent.

M. Crewe proposa alors un bill tendant à priver les collecteurs seuls du droit de voter; mais ce Bill fut rejeté à la seconde lecture (2), et la discussion n'offrit rien de remarquable ou d'important.

État des Ces discussious et plusieurs autres semblables qui cles*pen- attirèrent l'attention du parlement concordoient avec sions à la les pétitions que l'on recevoit chaque jour, et qui, rédi-^

(i) 21 voix contre i4« (2) 224 voix contre ic)5«

GEORGES m. 143

gées dans les mêmes vues, demandoient toutes que Fou charge ée adoptât des mesures d économie, et que Ton mît des ^"^jg^^ bornes à i'iufluence de la cour. Comme les pensions et présente les places étoient principalement attaquées dans ce m^t, plan de censure, sir Georges Savile obtint sans oppo- i5 £ëv« sition que Ton communiqueroit à la chambre un état de toutes les places -et de tous les traitements qui y étoient attachés ; mais quand il demanda celui de toutes les pensions à la charge soie de Téchiquier, soit de la cassette privée du roi, et accordées soit pour la vie, soit pour quelques années, seulement , on s'opposa vivement à sa demande.

Ce débat se tix)uva interrompu par une indisposition ai fév. de l'orateur, et les affaires restèrent quelque temps suspendues. Quand le parlement eut repris ses séances, lord Korth proposa un amendement tendant à ce qu41 ne fût présenté à la chambre que Tétat des pensions payées par le trésor national. Il montra combien Ton avoit abusé le public , en produisant une somme prétendue de la liste des pensions, et affirma que si Ton déduisoit de cette somme l'argent payé pour des services réels et comme un salaire effectif, et le produit de la taxe des pensions qui rentroit dans les coffres de Tétat , elle ne s'éleveroit pas à cinquante mille livres sterl. chaque année, somme moins forte de dix mille livres que celle qu'avoit proposée M. Burke dans son projet d'économie. La discussion commencée à ce sujet se termina par un tumulte violent qui s'éleva dans la salle à l'occasion d'une personnalité offensante du colonel Barré, qui dit à lord North qu'aucun bon citoyen ne s'étoit présenté pour appuyer sa demande. Le procureur-général, M. Wedderburne, et l'avocat d'Ecosse,

lo mars.

t44 HISTOIRE D'ANGLETEAllti!.

Dundas, prirent la défense du ministère, et quand fâ

fermentation se fut calmée , Tamendement passa, mai^

seulement à la majorité de deux voix (i). '

Le comte d'Effingham amena, dans la chambre des

lords la discussion sur le même objet, en demandant

par une motion la liste de toute& les pensions dont

.' jouissoient.les pairs du parlement; Sa proposition fut

débattue avec chaleur, et Ton censura par de sévères

' observations la condition de la pairie d'Ecosse ; mais

elle fut habilement défendue, et la motion fut rejetée à

une majorité considérable (2).

Duels qbi Dans tous les débats de cette session, on se permit

en"re (jhf- ^^^ p'^^ liceiicieuses invectives; et il paroît que le pro-

férents jet des membres de l'opposition étoit de pousser au

du parle- plus haut degré Tanimosité personnelle. En consé-

ment. quence de quelques paroles dites le premier jour de la

1779» session, et infidèlement rapportées dans un journal,

M. Adam appela en duel M. Fox, et le blessa légèrement.

6 mars A l'occasion de la destitution de lord Carmarthen et

^7^^' du comte de Pembroke, tous les* deux lords -lieute-

nants, le premier du Riding oriental du Yorkshire, et

le second de celui de Wilts , lord Shelburne proposa

une adresse pour demander que Ton fit connoître les

conseillers de ces mesures (3). Dans son discours, il

fit, en termes de mépris, quelques remarques sur la

nomination de M, FuUarton, qui n'étoît, disoit-il,

20 mars, qu'w» commi5(4), et qu'on avoit appelé cependant au

(i) r88 voix contre 186.

(2) 5 1 voix contre 24-

(3)La proposition fut rejetée par 92 voix contre Sg. (4) Il avoit été employé sous lord Storn^nt dans uttc ambassade & Paris.

GEORGES III. î4^

commandement d'un régiment levé depuis peu , avec le rang provisoire de lieutenant-colonel. Le colonel ^uUarton repoussa cette attaque avec une passion que la circonstance excusoit ^ mais ne justifioit pas; il ne 22 mars. s en tint pas là; il se battit en duel avec Ibrd Shelburne, et celui-ci fut blessé. Au sujet de cette affaire, sir Jacques Lowthar, sans présenter de motion , engagea un entretien dans la cbambre des communes , et déclara que, si des questions sur les affaires de letat se jugeoient par lepée, le parlement britannique ressém* bleroit bientôt à une diète de Pologne. M. Adam donna une explication fort polie de son démêlé avec M. Fox; mais la discussion ne fut suivie d'aucun résultat (i).

Ce qui avoitexposé le colonel Fullarton à une attaque Débats semblable, c'est la levée qu'il avoit faite d'un régiment ^^j* pour le service de l'état : un si f^rand zélé avoit indis- *"*\* *^^^'

la levée

posé contre lui le parti de l'opposition , et ce parti sai- ^es régisissoit avidement toutes les occasions de décrier sa î"®"^? ^®' conduite. Dans une discussion sur 1 extraordinaire de l'armée, M. Fox censura amèrement le mode suivi pour 5 avril. les levées, et le système d'avancement. Il fit de sévères représentations sur la nomination de l'honorable Georges North , fils aîné de lord North , au commandement du régiment des Cinq-Ports, sur la promotion du colonel Fullarton, et particulièrement sur la conduite du colonel Holroyd (depuis lord Sheffield), dont il n'apprécioit pas les motifs. Celui-ci repoussa cette attaque par une explication qui lui fit le plus grand

(i) Plusieurs comités de correspondance adressèrent des félicita* lions à lord Shelburne, insinuant qu'ils étoient portés à croire que le gouvernement lui avoit suscité cette affaire par haine pour lui , à cause de la popularité qu*il avoit acquise.

l46 HISTOIRE D'ANGLETERRE.

honneur : il répondit avec vivacité que les membres de lopposition , loin de vouloir être utiles à Tétat, ne pouvoient retenir Tindignation dont ils étoient animés contre ceux qui chercboient à le servir, au jour même du plus pressant danger. Lorsque les flottes combinées de la France et de TEspagne menaçoient les côtes du royaume, il avoit proposé de lever des troupes sans qu'il en coûtât rien au gouvernement; en peu de temps il avoit tenu sa promesse : cependant il n'avoit retiré aucun avantage de toutes ces circonstances au sujet desquelles on lui.adressoit des reproches; au contraire elles ne lui avoient donné que des peines, et ses démarches n'a voient tourné qu'au bien du service , et à celui de tous les officiers qu'on avoit pris dans de vieux régiments. Aucune place de l'armée n'étoit mieux à sa convenance que celle qu'il occupoit auparavant dans la milice de Sussex. Il avoit négligé ses affaires domestiques, il avoit abandonné sa maison, où, depuis le commencement de la guerre, on l'avoit vu à peine quelquefois.; et aucun dédommagement de l'état n'étoit capable de compenser ces sacrifices. Plein de mépris pour des insinuations pareilles, il les auroit passées sous silence , si le respect dû au parlement n'eût rendu un éclaircissement nécessaire. Personne, dans toute l'Angleterre , n^étoit plus indépendant que lui dans ses principes , dans sa manière de voir et dans sa situation. Il n'étoit connu personnellement d'aucun membre de l'administration ; mais, dans la conjoncture actuelle, il regardoit comme un devoir de soutenir les serviteurs de l'état contre tous ceux qui avoient pour objet, dans leurs attaques, de prendre le goui^ernement d'assaut. Cette expression juste et heureuse ducolonel Holroyd fut sou*

GEORGES m. 147

vent citée dans la suite/ et toujours avec ]e même effet.

On vit s'élever entre le ministre et Torateur de la i3 mars, chambre des communes une contestation d'une plus tion^entre haute importance politique. Depuis long-temps sir Flet- l^^^d

cher Norton éprouvoit un mécontentement secret de sir Flet-

cher Norton.

ce qu'on avoit fnistré toutes ses espérances d'avance- ^Z^^**

» ^ Norton,

ment, et il s'étoit en conséquence étroitement uni au parti de l'opposition. Ce fut dans un débat au sujet dû plan d'économie de M. Burke qu'il manifesta pour la première fois sa nouvelle façon de penser. M. Bigby avoit, dans une discussion antérieure, essayé d'établir en principe que le gouvernement n'avoit aucun droit d'enquête sur l'emploi de la liste civile; et M. Fox avoit saisi cette occasion pour introduire cette question dans un comité , et s'en rapporter à la décision de l'orateur, dont il connoissoit d'avance l'opinion. Celui-ci décida, mais d'une manière tout-à-fait opposée aux axiomes de l'administration. Si le ministre fut étonné de cette désertion de Ffetcher, il ne le fut pas moins de la déclaration dont il accompagna sa démarche; entre lord ISorth et lui , dit-il , il ne subsistoit aucune liaison , et ils n'avoient eu aucun commerce d'amitié, depuis le temps où , remplissant ses fonctions d'orateur, il avoit porté au pied du trône les sentiments et les vœux du parlement. Une affaire récente rendoit nécessaire cette manifestation de sa pensée, et il la faisoit afin que le noble lord sût à quoi s'en tenir à son égard. Pressé de s'expliquer sur cette dernière insinuation, il déclara que , sur une requête pressante du duc de Grafton , requête que M. Rigby lui avoit communiquée, il avoit, à la mort de sir Jean Cust, consenti à accepter le fauteuil de président ; mais il avoit accompagné sa

l48 H1ST0IR£ D*ANGLEtERRE.

condescendance d'une réserve expresse, qu'à la pre^ mière place vacante , on lui ménageroit son retour à Westminster -HalL Quoiqu'on lui eût fait cette promesse de la manière la plus solennelle, quoiqu'il se trouvât à cette époque le seul homme de loi dans le conseil , et que sa longue habitude du barreau et sa haute considération personnelle fussent des titres pour obtenir la préférence, il avoit la mortification de voir en ce moment qu'une négociation étoit ouverte pour engager sir Guillaume de Grey, chef de justice des pUUds'Communs ^ à faire sa résignation , et pour appeler à sa place le procureur-général : injure qui lui étoit d'autant plus sensible , que le personnage qu'on lui préféroit n'avoit ni une assez longue expérience ni une assez grande réputation pour devoir faire taire ses prétentions. Le ministre répliqua qu'il ne se croyoit pas responsable des promesses de ses prédécesseurs ^^ et, après une longue altercation entre lord North et l'orateur, M. Wedderburne fit voir avec adresse, et par d'incontestables arguments, combien les prétentions de sir Fletcher étoient exagérées et ridicules. Il avoit , disoit-ily déshonoré sa profession , et il s'étoit déshonoré lui-même; il avoit trahi les intérêts de son pays , en demandant des places sinécures en dédommagement de ce qu'il avoit quitté une clien telle qui auroit pu lui assurer une indépendance honorable; et cependant il n'hésitoit pas à avouer qu'il avoit reçu la plus avantageuse des sinécures dont il jouissoit ( la charge de chef de justice des eaux et forêts), pour avoir fait les affaires du cabinet. Mais il n'étoit pas véritable, comme il l'a voit dit, qu'il fût le seul de sa profession entre les personnes qui appartenbient au conseil ; sir Eardly

«coROcs m. 149

Wilmot, dernier chef de justice des plaids- communs ^ M. Sewell, garde des rôles, lord Mansfield, lord Bathurst , le chancelier et tous les officiers du droit coutumier , y siégeoient aussi. Pour ce qui le regardoit personnellement, M. Wedderburne reconnoissoit, comme Torateur Favoit avancé, qu'il étoit loin d'avoir autant de titres que lui à une cour de droit coutumier, par sa réputation, ses prétentions ou sa science ; mais sir Fletcher ne pouvoit pas s'ofFenser si ,| depuis qu'il avoit quitté Westminster-Hall pour jouir d'une ^iViecure'àvantageuse, et ensuite pour être honoré de la présidence de la chambre, ceux qui avoient continué d'exploiter av«c industrie et avec zèle le champ qu'il avoit ab^donné attendoient et ambitionnoient aussi quelque faveur, comme la juste récompense de leurs travaux. Il considérait l'office de juge comme trop délicat en lui-même jpour qu'il pût être sollicité, et il connoissoit trop bien les convenances pour faire de quelques contestations personnelles le sujet d'une plainte publique , et pour appeler Tintervention de la chambre dans une affaire d'intérêt particulier. D'ailleurs on ne le verroit jamais se ravaler au point de prendre le caprice d'un ministre pour la régie de son opinion sur les plus importantes matières poUtiques. A dater de ce jour, sir Fletcher Nor^ ton joignit sa voix aux cris de l'opposition, et parla ^ avec toute la chaleur de parti, sur l'influence pernicieuse de la couronne, les abus de la prérogative, et les droits de la nation. Grand exemple bien propre à confirmer le précepte de Robert Walpole sur le moyen certain de faire des patriotes ( i ).

(l) « Les patriotes^ dit-il, se produisent aussi Tite que les champi- ||;nons; j'en ferois naître cinquante «n vingt-quatre heures. J'en ai

l5o HISTOIRE d'aNGLETERRE.

Nom- Pendant le cours de ces contestations emportées, de pétitions, «ouvelles pédtions arri voient chaque jour à la chambre , et plusieurs membres ea les présentant tenoient un langage qui laissoit apercevoir combien ils comptoient sur une intervention étrangère, qui régleroit par la ter- 8 îéy, reur les délibérations du parlement. « Le ministère, dit empor'iés Geor^s Savile, comme il présentoit la pétition d'York, t«iuf lors n osera pas rejeter une semblable pétition , quoique , par présenta- ses artifices ei par sa fourbe, il pût éluder encore toutes tion. j^g demandes ; car si le parlement osoit jouer le peuple plus long-temps, le peuple apprendroit à ne plus respecter le parlement. » Cette réclamation n'étoit pas présentée par des individus armés de sabres et de mousquets, ou par un petit nombre d'incendiaires allant animer, de leurs instigations , des gens simples et crédules dans les cabarets ; elle étoit signée i>ar six cents riches particuliers réunis, qui représentoient une plus grande masse de propriété que tous les membres des communes à-lai3 mars. fois. M. Fox tint un langage non moins hardi en pré- 5 avril, sentant la pétition de Westminster; et air Jacques Lowther, en présentant celle de Cumberland, ne craignit pas de dire que, « sr la chambre refusoît de prêter « l'oreille à un corps a respectable de pétitionnaires, ce « corps se feroit justice à lui-même en refusant de payer «cTimpôt. Les ministres pourroîént bien penser qu'ils « seroient toujours les mattrels de l'y contraindre ; mais « dtes mesures coercitives seroient suivies de trop hor- « ribles résultats pour qu'on osât seulement les tenter;

produit ÛQ grand nombre en une seule nuit. Il sufit de ne point «voir é(jard à une demande insolente ou déraisonnable, et voilà tout de suite un patriote c|ui se déclare. » F'ojez. Goxe^s Memoirs of sir Robert wWalpole, in-4% vol. i, p. 65g.

GEORGES III. l5t

« et si Ton vouloit suivre une procédure légale, ladmi- * nistration n'auroit qu'à considérer, poul* s'en abstenir, « s'il lui seroit possible, d'après la composition du jury, « d'obtenir un simple verdict. » On opposa à plusieurs de ces pétitions des protestations et des contre-pétitions , qui furent envoyées à la chambre, et contre lesquelles éclata toute la violence de l'opposition. Au sujet de la 8 mars. protestation contre la pétition d'Hereford, M. Barrow fit observer inconsidérément qu'elle n'étoît guère signée que par de petits gentilshommes des environs de la cathédrale, ayant l'évéque à leur tête. «Aussi longtemps, dit-il, qu'il sera permis à de telles gens de se' vautrer dans une honteuse mollesse, aux dépens de l'industrie et du travail de leurs propres concitoyens, ils devroient du moins se conduire avec décence et modération , sans attendre qu'une réforme violente vienne leur apprendre à le faire. Ils jouissent des plus avantageuses sinécures; ils en retirent d'énormes profits, des émoluments exorbitants ; et l'on doit être surpris qu'ils niaient pas mentionné en propres termes toutes ces considérations, dont on retrouve si clairement l'esprit dans leur pétition. Je suis l'ennemi, continua- t-il, de toute partialité ; mais quoique rien ne soit plus juste que d'accorder une récompense aux services, encore est-il répugnant à la justice naturelle et à la saine politique, et déshonorant pour la vraie religion, que des individus, livrés à une paresse luxurieuse, s'endorment nonchalamment dans leurs stalles au prix de la sueur et des fatigues de la classe industrieuse des citoyens. » Le clergé fut insulté ensuite par M. Turner avec non moins d'amertume et d'indécence ; il en appela tous les membres des partisans de la tyrannie, des ennemis

l52 HISTOIRE d'iNGLETERBE.

de la constitution libérale qui les protégeoit, et des in-* struments dangereux qu'un prince ambitieux et une administration corrompue pouvoient employer à la ruine de Tétat. Sous le régne de Jacques I , et sous celui de cet obstiné et pervers tyran Charles, son fils, ils avoieut prêché les plus scandaleuses, les plus abominables doctrines, et avoient été la principale cause de la fatale destinée de ce tyran , qu'ils affectoient encore de déifier. Us propageoient également, par leurs écrits et leurs discours, les mêmes funestes doctrines; et le despotisme netoit jamais mieux établi, que lorsqu'il avoit pour fondement une armée permanente et un sa* cerdoce dévoué.

Les efforts de l'opposition pour faire adopter les mesures que réclamoient ces pétitions, furent d'accord avec la violence qu'elle avoit fait éclater en les présen-

6 mars, tant à la chambre. Sir Georges Savile insinua qu'il seroit à propos de voter des subsides, pour ainsi dire, jour par jour, suivant les besoins du service public, jusqu'à ce que les pétitionnaires eussent reçu quelque assurance de soulagement; et quand le comité des voies et moyens

32 mars, présenta son rapport, on demanda que l'on en renvoyât l'examen après la discussion des pétitions. Cette proposition , foiblement appuyée , fut rejetée à une immense majorité ( i ).

6 aTril. Le jour important où l'on devoit discuter les péti-

siôn^d*' ^^^^^ ^"^ attendu avec une vive impatience, et l'on vit pétitions, se déployer tout le zélé et toute l'habileté des partis. Une assemblée des habitants de Westminster fut convoquée par une circulaire du comité de correspondance ;

(i) 145 voix contre 37.

GEORGES III. l53

et M. Fox lut et développa un rapport de cette assemblée, en faveur duquel parlèrent successivement les' ducs de Devonshire et de Portland. et plusieurs autres membres anti- ministériels. Prévoyant que cette manœuvre avoit pour objet d'intimider la législature dans sa marche, le gouvernement fit avancer un corps considérable de troupes, et le cantonna dans les environs de Westminster-Hall (i); Tappel de la chambre fut aussi ordonné ; et néanmoins on continua à présenter des pétitions jusqu'à Touverture des débats. Ces réclamations populaires s'élevoient au nombre de quarante , et elles étoient si chargées de signatures, que la table de l'orateur paroissoit ensevelie sous un monceau de parchemins (2).

M. Dunning ouvrit la discussion sur les affaires du jour. Indépendamment des grands objets recommandés à Tattention du parlement, et différant selon les vues particulières des différentes classes de pétitionnaires, il y avoit, observa-t-il, un point essentiel et fondamental que toutes les pétitions avoient pour objet, toutes demandant également que l'on restreignit riiifluence alarmante de la couronne, et que l'on introduisit une sage économie dans l'emploi du trésor public. Ces deux abus

(i) Cette mesure du çouyernement fut attaquée très vivement par ToppositioD , et là-dessus il s*éleva plusieurs contestations fort ani- '^mées : sir Guillaume Meredith présenta même une motion à ce sujet : les débats furent excessivement acharnés. M. Burke, dans un discours d'une violence peu commune, appela les magistrats de Middlesex récume du genre humain, et M. Fox déclara que si Von faisoit dissoudre par des gens armés les assemblées constitutionnelles du peuple, il ne falloit se rendre qu'en armes à ces assemblées. Voyez Commons Debates, 10 et 25 avril, et 10 mai. (2) C'est ainsi que s'exprime TAnnual Résister de 1780, p. i65.

l54 HISTOIRE d'aNGLETERRE.

dont se plaignoit le peuple , découloîent évidemment d'un principe unique : car, si largent de Tétat n'étoit pas prodigué follement, s'il a voit toujours une destination légitime , l'influence de la couronne , par cela même , se trouveroit modérée; ou bien, si Ton retenoit cette influence dans ses limites constitutionnelles et naturelles, la chambre rentreroit dans ses droits, et pourroit contrôler et surveiller l'emploi du trésor national. Mais pour se conformer aux réclamations des pétitionnaires^ il avoit l'intention d'envisager les choses sous un autre aspect, et de proposer quelques résolutions, qui serviroient comme de base à un système de mesures capable de répondre à l'objet des pétitions. 11 récapitula amèrement la conduite des ministres, relativement au plan d'économie de M. Burke. Ils avoient commencé, dit-il, par le recevoir avec une sorte de candeur et une apparence d'approbation, et ensuite ils avoient déclaré que toutes les propositions qu'il contenoit reposoient sur de faux principes. C'étojt avec la dernière impolitesse qu'ils s'étoient emparés de la suggestion du colonel Barré; et au lieu de prendre les commissaires parmi les membres du parlement , ils avoient choisi simplement leurs créatures. Le bill pour l'exclusion des contractants avoit passé dans la chambre des communes, mais les miliistres et leurs partisans avoient prédit avec assurance qu'il seroit rejeté par les lords : de sorte que le résultat des pétitions de plus de cent mille électeurs s'étoit borné à l'adoption d'une seule clause des propositions de M. Burke : clause qui, prise ainsi isolément , n'avoit que fort peu d'importance, ou même n'en avoit pas du tout. Cependant il espéroit que le peuple seroit sensible aux insultes de ces ministres , qui à l'in-

GEORGES in. l5S

conduite et à Toppression ajoutoient le mépris et les outrages. Voici les raisons qu'ils av oient alléguées contre les demandes des pétitionnaires ; voici les aveux publics de leurs partisans. L'influence de la couronne, avoient-ils dit, n'est pas trop étendue, et l'on ne doit pas y porter atteinte, et la chambre des communes n'a le droit de faire aucune çnquête sur l'emploi du trc^ sor public. Pour obtenir sur tous ces points une décision claire et précise, M. Dunning annonça qu'il alloit faire deux propositions extraites des pétitions ellesmêmes , et posées de manière à ce qu'on ne pût tergiverser entre l'affirmative ou la négative; si le comité les accueilloit, il proposeroit ensuite des mesures efficaces et praticables; mais s'il les rejetoit, s'il cherchoit à les éluder ou à temporiser, on verroit le peuple ne plus envoyer de /pétitions et se faire justice à luimême.

Sa première proposition et oit « que la couronne avoit usurpé une influence funeste, que chaque jour elle Tétendoit davai^tage, et qu'il falloit s'occuper de la restreîndrë*. »

Lés adversaires de cette proposition prétendirent qu'elle n'étoit pas clairement déduite des pétitions, qu'elle manquoit en même temps d'évidence, et qu'elle étoit d'uùe nature trop abstraite pour que la chambre pût en décider par la voie des suffrages* Elle ne s'appliquoit pas , disoient-ils , à démontrer ces deux assertions ,, que l'influence étoit illégitime, ou qu'on l'avoit injustement étendue ; qlle passoit immédiatement à une conclu^ sion sans fondement, qu'il falloit restreindre l'influence de la couronne. Lord Nugent observa que Blickstone et Hume, cités par M. Dunning, disoient que l'on avoit

i56 HISTOIRE d'angleterre.

commencé en 174a à s'apercevoir de l'influence de la cour : comme il siégeoit dans le parlement avant cette époque, il se rappeloit que de semblables réclamations avoient en effet long-temps prévalu; mais alors, de même qu'aujourd'hui, il les avoit toujours crues sans fondement.

L'on cita les principaux événements de l'administration de lord North pour prouver que l'influence de la couronne avoit suffi pour conserver ce ministre malgré l'opinion du peuple entier, et l'on fit voir que, depuis plusieurs années, il étoit réduit à se justifier sans cesse et à inventer de nouveaux expédients, obtenant année par année des subsides , sans adopter aucune méthode de finance et aucun plan de subsides déterminé. Le peuple, ajouta-t-on, supporteroit des taxes énormes, dans le cas où il resteroit victorieux, et où l'empire recevroit un nouvel accroissement de commerce et de territoire : mais, pour juger les ministres, il ne préteroit pas l'oreille à leurs excuses ingénieuses ou à celles de Feurs partisans ; il lui suffiroit de jeter les yeux sur le résultat de leurs mesures. Sir Fletcher Nortdh fit ensuite un long discours à l'appui de la proposition de M. Dunning, où il s'éleva contre le pouvoir excessif de la couronne et son influence corruptrice, ajoutant que, si les membres des communes votoient le rejet de la demande de tant de milliers d'individus, il desiroit qu'ils eussent à s'en féliciter auprès de leurs commettants.

L'on pouvoit déjà s'apercevoir, à la contenance de la chambre et à l'effet qu'a voient produit plusieurs argu* ments, que la délibération seroit contraire aux vues de l'administfation ; aussi M. Dundas denianda la levée de la séance; mais^ comme il n'avoit d'autre objet que

GEORGES III. litj

tl^étouffer une enquête , sa proposition fut mal acueillie, €t personne ne chercha à Tappuyer.

Lord North fit 1 apologie de sa conduite javec une grande habileté ; il n'avoit jamais prétendu qu'on trou* veroit en lui toute la science que réclamoit une position comme celle qu'il occupoit ; il avoit déclaré sans cesse qu'il résigneroit volontiers son emploi, du moment que le souverain et le peuple le jugeroient à propos; mais s'il étoit véritable, comme on l'a voit assuré, que les efforts de l'opposition l'avoient maintenu dans ses fonctions, il lui sembloit naturel de supposer, à présent, qu'il devoit la conservation de sa place à ceux qui avoient attaqué autrefois les droits du peuple, et que Ton savoit maintenant occupés de mesures subversives de la constitution.

Cette discussion s'étoit long-temps prolongée, quand ResoTu-

,,,., . . ,, . tions re-

M. Dundas obtint de retirer sa motion, et d ajouter latives à comme un amendement à la proposition primitive de ï'»nfl"en-

, ^ ce Qe lA

M. Dunnmg, ces mots : « Il est maintenant nécessaire couronde déclarer. » M. Fox s'empressa d'accéder à cet amen- '*®: dément, et appuya l'objet de la première motion, en disant que si elle étoit rejetée , ni le comité ni la chambre ne pourroient siéger de nouveau. Il paroît que le lordavocat motivoit son amendement sur la certitude qu'il avoit de la supériorité de l'opposition ; et comme sa première tentative avoit eu seulement pour objet de gagner du temps, son dessein actuel étoit de changer une déclaration spéciale en une déclaration provisoire, qui dans la suite pourroit être désavouée ou rétractée. La motion ainsi amendée passa à la majorité de dix-huit voix(i).

(1} a33 voix contre 21 5.

l85 HISTOIRE D'ANGLETERRE.

A Encouragé par ce succès , M. Dunning présenta sa

de^s"reve- secondc résolution , établissant « que la chambre auroit nu8 de la \q droit, quaud elle le jugeroit à propos, de retîhercher vile, remploi des revenus de la liste civile et d'en corriger les abus. » Cette motion fut accueillie presque sans aucune opposition, et le ministre essaya vainement d'arrêter les opérations ultérieures du comité.

Et au sou- Une troisième motion, proposée par M. Thomas Pitt, du^peu- Plissa également sans division , quoique le ministre eût pie. fait les mêmes démarches. Elle déclaroit qu'il étoit du devoir de la chambre de prendre des mesures immédiates et efficaces pour redresser les abus dont se plaignoient les pétitionnaires. Rapport Comme s'il eût craint de donner à la chambre un morésolu- ra^ï^t pour se recueillir, M. Fqx, à une heure du matin, lions, présenta une motion pour que l'on fît immédiatement un rapport sur ces résolutions. Lord North tenta vainement de s'opposer à cette mesure, qu'il appela arbitraire, violente, et tout-à-fait inaccoutumée : le rapport fut fait, et le parlement s'ajourna.

, o avril. A la séancc suivante du comité', M. Dunning demanda ^ïeï^et * ^"'^ l'avenir, dans les sept jours qui suivroient l'ouvera'obtenir turc du parlement, un fonctionnaire compétent mît tcTul'Ii'ar- ^^"^ ^^^ yeux de la chambre un état de tout l'argent gentpayé payé, à quelque titre que ce fût, aux membres de la ^j^rèsdw chambre, par la liste civile ou par quelquef autre branche parle- ^gg rcvcnus publics ; voulant assurer par cette mesure l'indépendance du parlement , et prévenir tous les soupçons que l'on pourroit former contre son intégrité. Il ajouta que le peuple, quelque peu fondée que dût être ime pareille façon de penser, étoit persuadé que ses représentants rece voient des sommes énormes. Si quelques

uns d'entre eux étoient en effet dans ce cas , cette proposition les décèleroit : dans le cas contraire , il n'y avoit rien qui s'opposât à ce qu'elle fût accueillie. On fit à cette motion des objections de peu d'importance; on dit qu'elle demandoit une épreuve qui déplairoit à la chambre des lords, et qu'elle occasioneroit des conteS'tâtions : malgré tout cela elle fut adoptée sans division.

M. Dunnin{]; proposa ensuite une résolution qui dé- Vote claroit inhabiles à siéeer dans la chambre des com- ^y*°î

, , . pour OD-

munes, le trésorier de la chambre, le trésorier, le garde jet de dédes coffres, le contrôleur, le grand-maître de la maison ^^^^^^ du roi , et les secrétaires du tapis vert. Cette motion fut officiera vivement combattue, et, sur une délibération du co- nfsn^atioQ mité, la majorité en faveur de l'opposition fut réduite à inlïaî»iiea

1 àsiéfîer

deux VOIX (ï). au paile-

Avant une nouvelle séance du comité, une indisposi- 7^*"*.-

tion de l'orateur occasiona un ajournement de dix jours. Indisposi-

M. Dunning le proposa, et le corps entier de l'opposi- po^^j^JI.

tion appuya s^ demande, malgré les objections du mi- Ajourne-

nistre, qui le représentoit comme hors de saison et ""^^ * préjudiciable à la poursuite des affaires.

Quand la santé de l'orateur lui eut permis de re- a4 a^ril.

prendre ses fonctions , M. Dunning proposa une adresse ^^ne^

à l'effet de supplier sa majesté « de ne pas dissoudre «dresse

ou proroger le parlement avant que l'on n'eût pris des pour u

mesures convenables pour restreindre l'influence de la P"®** **«

1 11 !.. ne point

couronne , et corriger les autres abus dont se plaignoient proroger les pétitionnaires. » Il remarquoit, avec une sorte de ^^^^^sioa* contentement, que la chambre étoit plus nombreuse qu'à l'ordinaire, et il espéroit que les nouveaux venus

(i) 2i5 voix contre 2i3.

iGo HISTOIRE d'aNGLETERRE.

montreroient leur zélé pour le bien de Tétat, leurs égards pour les demandes du peuple, et leur aversion pour une influence illégitime, et que vingt ou trente voix nouvelles se joindroient aux deux cent trente-trois voix du 6 avril. M. Thomas Pitt parla en faveur de cette motion, et lut des résolutions de rassemblée du comté de Cambridge, qui ap]5rouvoit les dernières opérations delà chambre, et il la conjura de ne pas frustrer Fespoir naissant de la nation et provoquer les fureurs populaires; en effet le peuple, quand une fois il avoit franchi les liinites, ne pouvoit plus être arrêté, et Ton ne pou voit pas lui dire : «Tu viendras jusqu'ici , mais tu ne t'avanceras poipt au-delà. »

M. Adam fut Forateur le plus remarquable parmi tous ceux qui se déclarèrent contre cette proposition. Dans un discours d'une rare habileté, il fit voir et l'objet inconvenant des pétitions, et l'erreur de ceux qui les premiers avoient imaginé l'appel au peuple. Il peignit, avec non moins de chaleur que de justesse, les dangers d'une réforme à laquelle on faisoit concourir la multitude, et il rappela les jours mémorables de Charles I, pour prouver que les patriotes , qui les premiers commencèrent à résister, quoique les plus impérieux motifs justifiassent leur opposition , et que les hommes eussent fait de grands progrès dans l'intelligence et la vertu, avoient été obHgés cependant, par la licence toujours croissante du peuple , de se retirer des affaires , et avoient vu renverser la constitution et s'établir le plus oppressif et le plus arbitraire despotisme qui eût jamais pesé sur la nation.

M. Fox répliqua vivement, et attribua les malheurs de Charles à son caractère opiniâtre et dissimulé, et au

OËOttGËS lli. i6r

peu d attention quHl avoit prêté aux rédamations de son peuple; tandis que, s'il les eût accueillies avec égard^ il auroit prévenu toutes les calamités de son régne et toutes celles qui fondirent après lui sur le royauane. Les ministres et leurs vils partisans, continua-t-il, ne s'étoient épargné aucune peine , n'avoient rougi d'employer aucun moyen pour accuser, pour calomnier, pour avilir tous ceux qui s'opposoient à leurs mesures ; ils leur avoient reproché publiquement , et comme des crimes énormes, aux uns leurs Foiblesses personnelles, ou les infirmités de lage, ou les égarements de leur jeunesse; ils en avoient gourmande d'autres comme n'étant pas assez riches , et d'autres enfin comme l'étant trop, et avoient changé en de graves accusations les^ indiscrétions les plus légères; mais tous ces artifices seroient-ils capables de faire oublier aux représentants *

leur propre décision, leur décision glorieuse du 6 avril? décision dont la motion actuelle pouvoit seule assurer l'exécution. La chambre se trouvoit engagée d'une manière solennelle à redresser les griefs du peuple, et elle en perdroit l'affection si elle ne restreignoit l'influence illégitime de la couronne.

Lord Georges Germaine reprocha à cette motion de porter atteinte, d'une manière inconvenante, à la prérogative royale ; et M. Dundas, la tournant en ridicule, la compara à un officier de recrutement que l'opposition enverroit en avant pour appeler des griefs et enrôler Cette modes motions. Elle fut rejetée à la majorité de cinquante- yg" J** une voix (i).

Après cette délibération, M. Fox, dans un discours l^i^igna-

(i) a54 voix contre 2o3. '- .' ^ - ^

ao. II

ï62 HISTOIRE d'aNGLETERRE.

tion de non moins amer qu'éloquent, exprima tout son ressetH timent contre une pareille décision, qu'il qualifia de perfide, de scandaleuse, de déshonorante. Ceux que Ton jMI«>it vus s'opposer à cette proposition du 6 avril ne se conduisoient pas ainsi; ils agissoient du moins conséquemment : et comme ils avoient une manière de penser toute contraire, ils se seroient rendus coupables d'une honteuse inconstance en abandonnant les principes qu'ils avoient une fois avoués. Mais pouvoit-on envisager, sans être frappé tout à-la-fois de surprise et d'indignation, la conduite inconsidérée des méines hommes qui avoient demandé, il y a peu de jours, qu'on restreignit l'influence royale, qui n'avoient pas craint de s'engager devant la chambre, devant la nation, devant le peuple entier, à réformer les abus, et qui maintenant trahissoient cet engagement solennel en rejettant tous les moyens qui conduisoient à l'exécution de leurs promesses? étoit-il rien de plus vil, rien de plus honteux, rien de plus perfide? Le mépris que lui inspiroi^it ceux qui se dévouoient aux ministres étoit mêlé quelquefois de pitié, et quelquefois d'une sorte de respect que l'on accordoit volontiers aux vertus rares de fidélité,' de gratitude et de constance ; ils n'abusoient ni leur protecteur ni leurs amis de faux espoir ou de trompeuses promesses , et ils votoient avec le ministre dans • tous les temps et pour toutes les questions : mais concourir à des propositions générales, et refuser son assentiment aux moyens de les rendre efficaces, c'étoit un paradoxe en affaire de parti , c'étoit un paradoxe en politique, et il n'a voit pu s'empêcher d'être la dupe de si éjr^ifg^s projets, il espéroit toutefois qu'on dévoileroit

gedhges m. t63

iUie tfahison si lâche» et que le peuple, la payant d'un juste mépris , sauroit aux prochaines élections connoltre ses propres intérêts, et établir une distinction entre^es ennemis cachés , les plus dangereux de tous » et ses amis et ses ennemis déclarés^

Lord North défendit avec éloquence ceux qui s'étoient attiré les reproches amers de M. Fox. « Un pareil lan^* gage, dit-il, est indécent; il est tel qu'aucune provoca* tioQ ne le sauroit justifier : c'est une invective, et non pas un discours qui méritât d'être tenu dans l'assem* blée. 9 II railla ensuite, d'une manière piquante et avec beaucoup d'effet, ce chef de l'opposition sur la mau* vaise humeur qu'il montroit de ce qu'il se retrouvoit encore avec la minorité, après avoir cessé quelques instants d'en faire partie, et il opposa cette irritabilité au sang-froid philosophique qu'il avoit gardé lui-même dans une situation si inattendue et si nouvelle. Il n'avoit pas songé à se justifier pour lors, et, tout chagrin de sa défaite et d'un si fâcheux contre^^temps, à accuser ceux qui votoient avec lui pouj^ l'ordinaire, soit de bassesse, soit de perfidie, soit enfin de versatilité ; et il conseilloit à M. Fox de n'être pas à l'avenir si impatient et si peu judicieux.

Quoique lord North eût fait observer à cette occasion, NouveU comme en effet il étoit véritable, que, les pétitions et les * jup^ résolutions formées à leur égard étant encore devant la relatives chambre, le rejet d une simple piesure ne restjreignoit adontf en rien le droit d'une considération ultérieure» cette défaite de l'opposition fut Cependant le terme de la discussion. Une motion de M, Adair, ayant pour objet 19 ^^^ de s'opposer à toute nouvelle ooncession de subside! ,

ï64 IlISTOinE D^ANGLETEfiRE.

36 mai. jusqu'à ce qu*on eût fait droit aux plaintes du peupler^

rapport ^"^ rçjetée sans débat (i); et quand M. Dunning pro-

<ï*^ ^ poea d'accueillir le rapport du comité sur le 10 avril, la

n*est ïervée de la séance fut décidée à une majorité de qua-

point ac- rante-trois voix (2).

Amsi se termma cette lutte rameuse, quon peut regarder comme une des plus redoutables et des plus critiques que la constitution ait eu à soutenir, depuis l'époque de la révolution , tant à* cause des moyens employés pour intéresser tout le peuple et des manœuvres hardies de l'opposition, que de la tendance alarmante des résolutions passées le 6 et le 10 avril, et de , l'aspect menaçant des circonstances.

Le lecteur ne sera pas frappé de moins d'étonnement que ne le fut le public, en voyant une chambre des communes qui s'étoit déclarée avec un empressement si marqué pour la guerre contre l'Amérique, et qui avoit appuyé les mesures du gouvernement à une si immense majorité, adopter la motion extraordinaire de M. Dunifiûg, tendant à limiter l'influence royale, et à exclure du parlement les personnes qui occuperoient certains emplois dans l'administration publique.

Il ne paroîtra pas moins inconcevable qu'après avoir manifesté une intention si résolue de renverser les ministres, la même chambre, après un ajournement de quatorze jours , ait rejeté toutes les motions subséquentes du parti de l'opposition, quoiqu'elles n'eussent pour objet que de donner de l'efficacité à ses premières résolutions.

On a attribué ce changement subit dans la conduite de la chambre à l'influence et à la corruption ,. et les

(1) 89 voix contre 54» («) 177 voix contre i34..

CEOIICÏIS III. i6S

membres indépendants qui avoient de cette matiière empêché l'effet de leur première décision .ont encouru les reproches de perfidie et de versatilité; imais leur façon d'agir dans les deux cas est une conséquence naturelle des circonstances , de l'état du ministère et de la violence de l'opposition.

Les troimles qui régnaient en Irlande, les désastres de la guerre américaine, et l'état déplorable où se trou* voit la flotte britannique, qui n'avoit pu empêcher les flottes unies de l'Espagne et de la France de se montrer triomphantes dans le canal et de menacer les côtes du royaume, avoient inspiré une alarmée et une indignation universelles. Les divisions du cabinet, le caractère ouvert et facile de lord North, et l'impopularité de Icrrd Sandwich et de lord Georges Germaine, avoient accru encore la fermentation et les craintes de la nation, et poussé plusieurs membres indépendants des communes, qui jusque-là s'étoient montrés les chauds partisans des ministres, à seconder les efforts de l'opposition. D'un autre côté, la réputation de probité du marquis de Rockingham et de sir Georges Savile, le mâle génie de M. Fox, et l'éloquence éclatante de M. Burke, avoient fait naître la confiance et l'espoir; et le parlement comme. le peuple penchoient pour uûe mesure qui ne portoit aucune atteinte ^ la constitution, et qui n'avoit d'autre objet que de substituer à un ministère divisé un ministère qui pût agir avec vigueur.

Telle étoit la disposition générale quand M. Dunning présenta sa première motion sur Tinfluence royale; aussi fut-elle accueillie à la majorité de dix-huit voix : mais lorsqu'il présenta laseconde, pour exclure du parlement certains employés du gouvernement , la violence de Top-

y66 histoiri; d'angleterhe.

position EYoit déjà dégoûté plusieurs de ses nouveaux adhérents 2 et la question ne passa qu'à la majorité de deux voix. Dans cette situation des affaires, une indis* position de ToiBteur occasiona un ajournement de dix jours; et à T^piration de ce délai, l'opposition , en se montrant trop empressée à poursuivre ses avantages, alarma le parti modéré par une motion qui avoit pour objet, non pas de restreindre ou de limiter la puissance de la couronne, mais de Fanéantir tout-à-fait, et de faire revivre la tyrannie du long parlement. En consé-> quence la chambre rejeta, à' la majorité de cinquante-» une voix, la dernière proposition de M, Dunning, ^

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