LIVRE XXXVIII
EfTet des appels à la multitude. — Des troubles éclatent à Édinbour^r et à Glasgow à l'occasion d'un bill passé en faveur des catholiques. — Formation des associations protestantes. — Discussions dans le parlement au sujet des désordres survenus en Ecosse. — Établissement des comités de correspondance. — Lord Georges Gordon est élu président des associations protestantes. — Objet des sociétés de discussion. — Emportement indécent de lord Georges Gordon. — Pétitions contre les catholiques. — Pétition de Londres. — Assemblée tenue à Coachmaker's-Hall. — Assemblée des pétiRonnaires à Saint-George*s-Fields. — Le duc de Richmond propose une réforme parlementaire. — Les membres du parlement sont insultés. — Les délibérations de la chambre des communes sont interrompues. — Les chapelles des ambassadeurs sont incendiées. — Les troubles semblent s'apaiser. — Us redoublent. — Séance du conseil privé. — Proclamation. — Les désordres prennent un caractère plus alarmant. — Le parlement s'ajourne. — Nombreux incendies. — Timidité du gouvernement. — Le conseil privé s'assemble une seconde fois. — On fait intervenir la force armée. — Les désordres cessent. — Lord Georges Gordon est enfermé à la Tour. — Discours du roi à l'occasion des troubles. — Opinion de lord Mansfield relativement à l'intervention militaire. — Les pétitions contre l'acte de tolérance sont rejetées. — Discours judicieux de la couronne à la clôture de la session. — Effet politique des derniers troubles. — Jugement des mutins et de lord Georges / Gordon. — Le parlemem est dissous.
C'est une conséquence funeste de tous les appels faits ^g^^J?^' à la multitude en matière de gouvernement , que les appels à premières mesures raisonnables et modérées soient ^*t™a"e*^'
toujours dénaturées par des enthousiastes ou des intrigants. Des hommes ou mal intentionnés ou fanatiques se mettent à la tète de la populace , et acquièrent un ascendant dangereux; et comme ils manquent de la prudence ou de la probité nécessaire pour diriger un peuple égaré, des causes, insuffisantes en apparence et méprisables dans leur origine, sont suivies des plus terribles effets. Ainsi, pendant que des hommes également recommandables par leur fortune et leurs talents emploient des moyens qu'ils croient constitutionnels et légitimes pour aigrir lesprit dçs véritables consti^ tuants de l'assemblée nationale, qirils leur inspirent de Taversion pour le gouvernement établi, et qu'ils les incitent à demander à grands cris des changements trop importants pour être ainsi réclamés; un aveugle emportement, secondé par une impudence et une opiniâtreté sans bornes, entraîne tous les résultats pernicieux de la fureur et de la scélératesse réunies. C'est excitée par ' des instigations pareilles que la basse classe du peuple^
osa réduire au silence et disperser la législature, qu'elle paralysa la main de l'autorité civile, et que, pendant plusieurs jours consécutifs, elle livra la capitale du royaume aux alarmes du pillage , aux dévastations d'une férocité inouie, et aux horreurs d'un embrase* ment universel.
Le fana- La révocation ou la modification de l'acte passé sous habitants ^^ règne de Guillaume III dans la vue de s'opposer aux de progrès ultérieurs du papisme, servit de prétexte pour se rnanU unir la furcur des superstitions religieuses à celle des fesie. discussions politiques, et fit éclore un fanatisme aveugle et infernal qui troubla, qui déshonora le royaume. Les faveurs que les catholiques romains avoient obtenues
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par la révocatioa àe cet acte ne s'étendoient pas à TÉcosse( 1 ); mais comme Ton supposoit que leurs protestations de fidélité a voient particulièrement engagé Tétat à les soulager, et que leur conduite toujours régulière et modérée les avoit rendus, à juste titre, Tobjet de la bienveillance du parlement, on fit aussitôt des démarches pour obtenir que Ion modifiât pareillement, en fa- , ^" ,
1 1 T iiV. . 11- demande
veur des catholiques d Ecosse, un système de lois trop un soulasévères et souvent exécutées, même à des époques très- 6«™c»'
^ * en faveur
rapprochées, avec une excessive rigueur. Ces réclama* descatbotions, justes et raisonnables dans leur objet, et présen- ^'g "q* u! tées avec modération, ne produisirent d'abord aucune me, inquiétude: l'assemblée générale des églises d'Ecosse se montra animée d'un esprit libéral^ et rejeta, à une grande majorité, la proposition de faire des remon* trances contre le bill adopté par le parlement. Mais bientôt l'aveugle emportement du fanatisme trouva le moyen de désigner des victimes à la fureur populaire. Le clergé non^conformiste d'Édinbourg, pour exciter octobre, contre les catholiques l'animositédu public, fit circuler Manœude tous côtés, et dans toutes les classes de la société, fanatiun pamphlet injurieux publié par une société qui s'étoit 4'*®^» formée pour étendre la connoissance du christianisme,
(i) Par cet acte de révocat^n, il étoit statué que les évêques, les prêtres et les instituteurs catholiques ne seroient l'objet d'aucune persécution, et que les catholiques en général jouiroient du droit d'hériter, et de celui d'acquérir des terres en tenure absolue. On exid^eoit d'eux en retour un serment da fidélité à la dynastie régnante et de renonciation à la famille des Stuarts; une abjuration de ces maximes, qu'il est permis de tuer les hérétiques, et de déposer ou assassiner les princes excommuniés par le papo; ils dévoient aussi jurer qu'ils ne reconnoîtroient aucunement Tauiorilé civile ou temporelle du pape dans le royaume.
170 HISTOIRE DANGLETEARE.
" et qui y à en ju^r du moins par sa conduite , remplissoit X bien mal son objet. Aucun peuple du monde ne porte à sa religion un intérêt plus tendre et plus zélé que les Ëcossois; mais la même ferveur qui, bien dirigée, les a souvent rendus capables de mépriser les persécutions et de triompher par leur seule immobilité des tyrannies religieuses, devint tout-à-coup exaspérée dans la basse classe des citoyens, leur inspira les plus coupables projets, et leur fit commettre des crimes et des excès déshonorants. Les journal^, qui propagent avec tant d'empressement Tesprit de dénigrement et de révolte, récapitulèrent toutes les lois portées contre les papistes et leur secte, rappelèrent au peuple son pouvoir, et entrèrent dans le détail historique des raisons pour lesquelles il avoit fait la concession de ce pouvoir qu'on employoit maintenant à Topprimer. Des prédicateurs forcenés réveillèrent par des déclamations incendiaires les passions de leurs auditeurs , et le synode de Glasgow^ résolut de s'opposer à tous les bills qui seroient portés dans le parlement en*feveur des catholiques romains d'Ecosse.
Nov«mb. Plusieurs autres synodes adoptèrent les mêmes résotion"de8 '"^^^"^^ • ^^"^ ^® Lothian et de Tvireeddale, qui se tinassocia- reut à Édinbourg; et desquels on attendoit de grands testantes.' ^'Gsultats, déclarèrent seuls qu'ils ne sanctionneroient aucune des mesures qui seroient prises pour contrarier le gouvernement dans sa généreuse intention de soulager d'innocents concitoyens. Cette modération étoit louable, mais quelques fanatiques d'Édinbourg s'écrièrent que la religion protestante étoit trahie, et environ une douzaine d artisans, de commis, ou d'apprentis, se constituèrent n en comité de surveillance pour les
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intérêts des protestants. » Ils publièrent dans les journaux leur résolution de s'opposer au bill pour le sou* lagement des papistes; ils invitèrent tous les citoyens à correspondre avec eux, et mirent tout en usage pour enflammer la populace contre les malheureux objets de leur jalousie. Il s'ouvrit en peu de temps une corres-» pondance étendue avec ce nouveau comité, et des pamphlets incendiaires furent imprimés et répandus chaque jour dans le public, avec les résolutions des bourgs et des paroisses, et celles des sociétés particulières,
A la vue du péril où les avoit jetés leur première dé^ 1779* marche , les catholiques s'efforcèrent vainement de con- i*°^î®**'