CIS0AGE8 III
de songer à la retraite. Sidney-Smith , qui croisoit sur — ~— les côtes, interceptoil; les communications, et rendoit '^^ impossible le renouvellement de tout ce qui manquoit à larmée. D'autres rassemblements se formoiént au Mont-Thabor. Les munitions étoient épuisées ; le sol* dat murmuroit. Les généraux eux-mêmes accusoient lobstination du général en chef. Le siège fut levé le 9P mai. Le 26 juin Bonaparte étoit au Caire. Il écrivit lui-même une relation de la fête qu'on lui donna comme $11 eût triomphé. Cette pièce, assez étrange d'un bout
à l'autre, finit ainsi': « N'écoutez pas ceux qui vous
« disent que détruire les François, est une œuvre ordon- « qée par votre religion. Lorsque le général en chef est « entré dans les murs du Caire, il a fait connoitre qu'il « aime les musulmans, qu'il chérit le prophète, qu'il « s'instruit dans le Koran, et qu'il le. lit avec attention «^ tous les jours. Nous savons qull est dans l'intention « de bâtir une mosquée qui n'aura point d'égale au « monde, et d'embrasser la religion musulmane. »
En France le directoire ache voit sa carrière sans bon- Sièyes est neur. Le sort avoit renvoyé Rewbell; quatre places membre étoient vacantes. On nomma trois hommes obscurs et ^^ <iii*ecinédipçres : Gphier, Moulin, Roger-Ducos. Ceux qui ne as^vent pas qu'en révolution la force du génie ne marche qu'apriès celle du caractère, et qui croient qu'on gou^p verne un peuple avec des abstractions , appeloient Sièyes à la quatrième place ; il l'accepta pour être joué par BQnaparte,
Ce géiléral étoit instruit, par ses correspondants, de la situation de la république, de Tavilissement du di-* r^çtipirp, de la lutte des partis, de la perte.de ses conquêtes. Il aspiroit à revenir en France ; mais il ne lais*
%o6 HISTOIRE D^ANGLEtEARE.
soit pas échapper un mot qui pût dévoiler son projet; Le prochain débarquement d'une armée turque, annoncé depuis long-temps, s'effectua dans les premiers jours de juillet, sous le fort d'Aboukir. Cent bâtiments, dont douze vaisseaux de guerre portant pavillon otto- ' man, amenoient de Rhodes quinze à dix- huit mille hommes, sous les ordres du capitan-pacha. Bonaparte marcha sur eux. Ils ne purent soutenir le choc impétueux de la valeur françoise , irritée par la nécessité de vaincre. Le carnage fut affreux. Cinq mille Turcs restèrent sur le champ de bataille, et le capitan-pacha fut fait prisonnier. Le nom àHAboukiry de ce lieu célébré par la défaite de la flotte françoise, rappelle aussi la victoire du 26 juillet 1 799.
La journée d'Aboukir contenoit les musulmans ; maià elle n'affermissoit pas Fempire fragile que Bonaparte avoit voulu créer. Des causes de destruction Fenvironnoient de toutes parts ; et ce général ne se le dissimuloit pas.
Boiia- Aussitôt que Tescadre angloise eut quitté la croisière parte se d'Alexandre pour aller renouveler ses provisions en a'Égypie. Chypre, Bonaparte feignit le besoin d une tournée dans le Delta , dont on assuroit que les canaux étoient négligés ; et le 23 août il mit à la voile à la pointe du jour, en laissant à Kléber une lettre qui lui conféroit le com^^ mandement de Farmée.
Bonaparte partoit pour la France, accompagné des généraux Lannes, Murât, Marmont, Andréossy, de MM. Bertholet, Denon, Bourienne, etc., etc. La mer ctoit couverte de vaisseaux anglois, et Bonaparte ne fut point rencontré. Le 9 octobre il toucha le sol françois^ , à Fréjus ; le r6 il étoit à Paris. En quel état laissoit-tf
CEORGES Ifl. 109
TÉçyple? une lettre de Kléber, qui fut interceptée, nous ' l'apprendra, '^'
« Vous êtes à même, disoit Kléber au directoire, de I>an»q»«*
, ,, r \ étatillaii-
« VOUS faire représenter la force de 1 armée françoise soit Tar- « lorsque nous abordâmes en Egypte. Elle est réduite de "^*' « moitié. Le dénuement d'armes, de poudre de guerre » « de fer coulé, de plomb, offre le tableau le plus alar- « mant... Les troupes sont nues, et cette absence de vé- « temenlts est d'autant plus fâcheuse, que, dans ce pays, « elle est la cause connue des dyssenteries, des ophibal^ «noues, etc.
« Le général Bonaparte a tout épuisé ; il est parti « sans laisser un sou dans la caisse. Ce qu'il a laissé, « c'est un arriéré de douze millions. La solde arrié^
« rée, pour toute Tarmée, s'élève à quatre millions
« Quoique TÉgypte soit tranquille en apparence, eliô « n'est pas soumise. Le peuple est inquiet, et ne voit « en nous que des ennemis de sa propriété. Son cœur « est sans cesse ouvert à l'espoir d'un changement fait vorable. Les mamelouks sont dispersés , mais non- dé* « truits. Trente mille hommes de l'armée du grand-visir « et de Djezzar-pacha sont dans la Haute*Égypte. Telle « est la situation dans laquelle Bonaparte m'a chargé du « fardeau de l'armée. Il voyoit là crise fatale s'appro^ « cher. Il a dit : Les deux places d'ElrArisch etd'Alexan* f( drie sont les deux clefs de V Egypte. El*Ârisch est un « méchant fort à quatre journées dans le désert. La dif* « ficulté de l'approvisionner ne permet pas d'y jeter une « garnison de plus de deux cent cinquante hommes. . « Alexandrie n'est point une place ; c'est un vaste « camp retranché : mais depuis que nous avons perda • « notre artillerie de siège dans la désastreuse campagne
«jde Syrie; depuis que Bonaparte a retiré toutes les « pièces de marine, pour armer les deux frég^ates avec a lesquelles il est parti, ce camp n'offre plus de résisu tance, etc. »
Arrivée L'apparition inattendue de Bonaparte étonna toute parte"à' ^^ France. Le grand nombre s'en réjouit, parceque les Paris, espérances de tous les partis s'attachoient à cet homme , qui n'étoit plus un personnage indifférent. Les républicains le croyoient passionné pour la république; les royalistes, qui ne devinoient que la moitié de son secret , se flattoient au contraire qu'il reléveroit les institutions monarchiques et replaceroit les Bourbons sur le trône. Bonaparte craignoit les révolutionnaires, et n aimoit pas les royalistes ; mais il s'accordoit avec les uns et les autres dans la pensée que la France avoit besoin d'un nouveau gouvernement.
Le directoire n etoit depuis long-temps qu'une autorité décrépite ; mais on pouvoit s'étonner qu'il eût dui-é jusque-là. Qu'étoit-ce en effet qu'un pouvoir exécutif, morcelé par sa nature entre cinq hommes qui , tous les cinq ans, rentroient dans la foule avec l'inévitable p^il d'être dénoncés par le moindre citoyen mécontent? Trop élevés, comme on l'a dit, pour ne pas inspirer l'envie, trop peu pour inspirer le respect, ne devoient- ' ils pas trouver dans l'insuffisante mesure de leur autorité légitime un prétexte pour s'en affranchir? De quel bien étoient-ils capables , et quels risques ne couroientils pas, s'ils s'enfermoient dans les limites étroites que la constitution leur avoit tracées?
Opinion Cependant les bruits qui circuloient firent craindre jacobins, aux jaoobins que Bonaparte ne fût pas celui qu'ils a ttendoient. Si le retour de l'ordre étoit la base des change- 1
tionnees à Paris.
CIKOUGES III. 311
ments qui sembloient prêts à s'opérer, ils voyoient leur -
puissance menacée : dès4ors il £alloit ébranler et ren- ^^' verser la sienne.
De son côté, Bonaparte, aidé de Lucien son frère, et d'un petit nombre de députés acquis à sa fortune, arrête et décide un plan. Il est résolu qu'on proposera la translation à Saint-Cloud des deux conseils et du directoire^
Bonaparte est nommé général en chef des troupes Bonapar* stationnées à Paris, et, comme tel, chargé de veiller à nommtf la sûreté de la représentation nationale. Il se rend à la générai barre du conseil des anciens, accepte les fonctions qui pe» ^a lui sont confiées, et le déclare aux soldats par une proclamation affichée. « Depuis deux ans, leqr dit-il, la ré*- « publique est mal gouvernée. Je viens mettre un terme « à tant de maux. Dans quel état j^ai quitté la France , et « dans quel état je la retrouve ! Je vous avois laissé des f conquêtes , et Fennemi presse vos frontières ! J'ai laissé « vos arsenaux garnis ; ils sont vides ! Vos canons ont « été vendus ; les ressources de Tétat soiit épuisées. On « a livré le soldat sans défense. Où sont-ils les braves, « les cent mille camarades que je laissai couverts de « lauriers?... Ils sont morts. »
Ce que disoit Bonaparte étoittrop réel. Mais Thomme qui pleuroit cent mille braves immolés à la défense de leur pays alloit'en sacrifier un million à des projets in-^ $ensés.
Les directeurs Gohier, Barras et Moulin disparurent de la scène sans être regrettés, ni même aperçus.
Le 19 brumaire ( 10 novembre) étoit le jour indiqué ,g brupour la réunion deç deux conseils à Saint-Cloud. La ina'^ maire. jorité du conseil des cinq-cents s'y rendit en frémissant d'impatience. Bonaparte paroit ; on s'écrie : « Que veut
« Bonaparte ? Un général ici ! dehors ! à bas le dictateur ! « hors la loi l » Bonaparte veut parler; le tumulte étouffe ses paroles. Des poignards brillent. Le général Lefebvre entre suivi de quelques grenadiers ; ils enveloppent Napoléon, et Tenlévent. Un moment après d'autres grenadiers traversent la salle au pas de charge, la baïonnette en avant. Les membres du conseil s'enfuient, se précipitent par toutes les issues. En trois minutes l'enceinte est évacuée.
Nouvelle Le mouvement du 19 brumaire fut une véritable réfion. " volution. Les conseils réunis déclarèrent qu'il n'existoit plus de directoire ; que soixante-sept membres, tant des anciens que des cinq-cents, ne faisoienCplus partie de la représentation nationale ;'que le corps législatif étoit ajourné; qu'une commission consulaire, composée de Bonaparte, de Sièyes, et de Roger-DucoSy rçmplaceroit le directoire, et que les membres de cette commission porteroient le nom de consuls; qu'enBn le corps législatif, avant de se séparer, nommeroit une commission de vingt-cinq membres, pris dans les deux conseils, pour statuer s-ur les objets urgents de police législative et de finance qui seroient proposés par la commission executive.
Le peuple de Paris ne prit pas une part très vive à cet événement. Il avoit vu tant de fois le gouvernement passer d'une faction à l'autre, qu'il regardoit ces jeux de l'ambition, sans en espérer aucun avantage.
Une constitution fut présentée le 1 5 décembre aux François. C'étoit, depuis dix ans, la cinquième refonte de l'ordre social dans leur malheureux pays. • Le pouvoir exécutif résidoit eùtre les mains de trois
GEORCES III. * 2l3
consuls. Le tribunal discutbit les lois proposées par le — — gouvernement. *^^'
Le corps législatif les sanctionnoit sans parler, et par un scrutin secret.
Le sénat-conservateur, nouvelle institution , nommoit les consuls, les législateurs, les tribuns, les juges*
Le premier consul possédoit toute Tautorité , nom* moit aux places dans Tordre civil, dans Tordre judiciaire, dans Tarmée; promulguoit les lois, imprimoit le sceau de Tétat, etc. , etc. , etc.
Le peuple accepta cette constitution, et Bonaparte fut nommé consul pour dix ans. Sièyes et Ducos, évincés par le premier consul, cédèrent leur place, Tun à Cambacérès , l'autre à Lebrun , hommes qui -convenoient mieux à Bonaparte.
Napoléon, qui, pendant qull étoit en Egypte, ne Demièi» manqua jamais d'irriter contre les Anglois les passions *^*°H**" de leurs ennemis , avoit écrit à TippoO'Saïb. Il le flattoit contre de Tespérance que les François le délivreroient du joug Sw^!*' britannique, et le pressoit d'envoyer au Caire un agent avec lequel on pût conférer* Tippoo se rendit vraisemblablement à cette invitation ; et , plein des promesses de Bonaparte, il augmenta graduellement son armée. Lord Mornington, gouverneur-général de Tinde, découvrit ces intelligences, et fit sentir au prince in4ien la nécessité d'y renoncer. Ses instances étoient amicales ; mais Tippoo n'écouta rien. La rupture étant inévitable, le lord mit en campagne les troupes qui se trouvoieni sur les côtes de Coromandel et de Malabar. Le major-géjaéral Harris, qui commandoit Tannée de Madras, forte die vino[t mille hommes, reçut ordre de faire sa jonctioa
!fcl4 HISTOIRE d'aNGLETERRE.
"~"~~ avec le nizam du Decan, et de s'avancer vers le Maïs-
,' sour. Le 5 mars, Harris entra dans ce pays, et marcha
Seringa- droit sur SerÎDgapatnam. Il y fut rejoint par Tarmée de
patnam. Bombay, que commandoit le général Stuart. Le 3o avril,
les Anglois commencèrent à battre en brèche ; trois jours
après, ils donnèrent un assaut général. Le feu prit au
Mort de palais de Tippoo, qui fut embrasé. Le soir on retrouva Tippoo. I j . j . >.* j
'^'^ le corps de ce prince sous un monceau de morts et de débris. Ses enfants se livrèrent eux-mêmes aux soldats qui les entouroient.
Voici quel fut le partage de ses états. La compagnie
angloise eut Seringâpatnam avec son ile, et de vastes
districts comprenant Mangalore. Le nizam obtint une
portion assez considérable. Un descendant des anciens
rajahs du Maïssour, dépouillés par Hyder-Âli, fut mis
en possession d'une souveraineté particulière.
i8oo, Bonaparte, revêtu d'une dignité qui le plaçoit à la tête
®®°"P.*''' du gouvernement françoîs, écrivit au roi d'Angleterre,
Georges pour lui proposer la paix. « Sa démarche, disoit-il, étoit
pour lui * toute de confiance et dégagée de ces formes qui, né-
proposer « cessaires peut-être pour cacher la dépendance des
* ^"** n états foibles , ne décèlent dans les états forts que le
« désir mutuel de se tromper. » Le premier consul finis-
soit ainsi: «La France et L'Angleterre, par l'abus de
« leurs forces, peuvent long-temps encore, pour le mal-
a heur de toutes les nations, retarder le moment de leur
« épuisement absolu ; mais, j'oserai le dire, le sort de
H toutes les nations civilisées tient à la fin d'une guerre
« qui désole le monde entier. »
Lord Grenville fut chargé de la réponse ; il adressa sa lettre , en forme de note officielle , à M. de Talleyrand , ministre des affaires étrangères. Le lord remontoit à
GEORGES III. arS
Torigine de la guerre , reprochoit à la France le dâuge de calamités qu'elle ^voit versé sur TEurope pour propager des opiaious auti'-sociales, et disoit que le seul gage qù^elle pût donner de son retour à de meilleurs principes serott le rétablissement de Vancienne maison de ses souverains. « Le roi d'Angleterre , ajoutoit-ii, ne « prétend pas prescrire à la France la forme de son « gouvernement; il ne veut quune garantie suffisante « pour ses états et pour le reste de l'Europe. Cette ga- « rantie n'existe pas ; sa majesté continuera de concert « avec ses alliés une guerre qui ne cesseroit un moment « que pour recommencer. »
Lord Greiwille et M. de Talleyrand échangèrent encore quelques dépêches à ce sujet , et l'affaire n'alla pas plus loin.
Le roi , dans un message du aa janvier , instruisit le Message parlement des démarches de Pennemi , de ses proposi- p^^^^ lions écrites , des réponses du ministère ; il annonça commaque ces différentes pièces alloient être transmises aux cesouyerdeux chambres. turcs au
parle-
Après la lecture de ce message , il s'éleva des débats ment, très vifs sur l'accueil fait aux ouvertures du gouverne- Débats, ment françois. L'opposition fit valoir le changement heureux qui ^ubstttuoit une autorité centrale aux caprices d'un pouvoir flottant et partagé. « Mais la France « n'eût-elle point admis ce nouveau système, dirent les « orateurs , ne peut-on traiter avec un gouvernement « sans adopter ses maximes, sans approuver ses formes « politiques? Le salut de l'Angleterre exige-t-il que la « France ait une bonne constitution? et, parcequ'il lui « plaît de se régir de telle ou telle manière , faut-il que « la guerre , entre elle et nous , soit interminable? »
i8oo.
^l6 HISTOIRE d'aNGLETEARE.
On répondit à la première de ces questions que, si les maximes d'un gouvernement restoient concentrées dans ses limites, ilétoit permis de traiter avec lui sans les adopter^ mais que lorsqu'il s'agissoit d'un système proclamé par la constitution d'un pays avec l'intention •patente de l'étendre par-tout, ratifier cette constitution, -en la reconnoissant, c'étoit abjurer la sienne propre, et faire triompher des idées contraires à la.tranquillité des nations.
Quant à la création du consulat, on répliqua qu'il ne falloit pas plus compter sur cette innovation que sur les constitutions éphémères qui l'avoient précédée ; que cet état de désordre et d'effervescence où les révolutionnaires avoient jeté la nation françoise étoit ennemi de la paix; que, la révolution et la guerre étant deux alliées inséparables ^ il importoit à l'Angleterre de rester armée contre la France , tant que l'adoption d'un gou^ vernement sage et sohde ne mettroit pas un terme à la révolution.
L'aversion pour le gouvernement françois prévaloit
au point que l'adresse d'approbation fut votée dans la
chambre des pairs par 79 voix contre 6 , et dans celle
des communes par aSo contre 64.
tJnioD de La session actuelle avoit à terminer le grand projet
l'JrJande. d'unioD entre l'Angleterre et l'Irlande.
Aussitôt que les résolutions prises à ce sujet par le parlement britannique eurent été transmises en Irlande, la répugnance la plus prononcée pour cette mesure se manifesta dans plusieurs villes du royaume, et particulièrement à Dublin. A la rentrée du parlement d'Irlande, il fut fait une motion à la chambre des communes, pour déclarer, dans une adresse au vice-roi, que le projet d'à-
CËiOBdEs m* ai^
nion étoit repoussé par utfe improbation générale. La ^, motion fut rejetée. Les ministres, présentèrent ensuite aux deux chambres le plan d'union.
Les conditions relatives à la représentation étoient celles-ci: l'Irlande dèvoit fournir au parlement-uni, pour la chkmbre-haute, quatre pairs spirituels et vingthuit pairs temporels , et cent représentants pour la chambre des communes. Ce ne fut qu'après un long combat entre les deux opinions que le principe des résolutions passa dans les deux chambres. Quand cette affaire reparut aii parlement britannique, elle y fut eacore agitée. « Quel effet cette union produiroit-elle sur « la constitution? » Telle fut la question que les orateurs discutèrent. L'opposition soutint qu'elle augmenteroit IHnfluence de la couronne. M. Pitt prouva que ces craintes étoient ,siàns fondement ; et les objections dont il fui! pressé l'ayant conduit à parler de la réforme parlementaire , il termina par ces mots : a Je pense et penserai n toujours que, quand même les circonstances seroient « favorables à cet essai, le moindre changement dans la « constitution est périlleux , et par cela même doit jêtre « considéré comme un mal. » ^
Une motion du procureur-général , pour renouveler La su»l'acte de suppression de la loi à^habeas corpus, fut ac- P®°^**"* cueillie par des murmures, et fortement combattue. Le Yhabeas^ ministère affirma que rx\ngleterre n'étoit pas encore à est*c?niil'abri des dangers dont cette précaution tendoit à la ^^^^' préserver; il cita des faits à l'appui de cette assertion: ils étoient récents , et s'unissoient à la longue chaîne de preuves acquises contre les ennemis intérieurs du roya\ime. La conviction que ces arguments opérèrent, et peut-être l'habitude d'acquiescer aux demandes des
ai8 HISTOIRE d'angleterre.
ministres firent passer la motion à dea majorités aussi décisives que les précédentes.
Dissette Lgg grains etoient toujours aussi rares , et le prix des Angle- subsistances excédoit les facultés du peuple. Un comité ^"*" de chaque chambre fut chargé d'indiquer des moyens de remédier au mal. Le parlement adopta, sur leur rapport, un bill pour prohiber la vente du pain qui n aurait pas été cuit depuis vingt-quatre heures , parcequ'il fiH reconnu que la consommation du pain rassis étoit moiur dre que celle du pain frais. Les membres des communes et ceux de la chambre des lords s'attachèrent à diminuer autant. qu'il étoit possible, dans leurs familles, remploi de la farine , afin que la masse gagnât quelque chose à leurs sacrifices. La cnarité tendit ses mains secourables à tout ce qui souffroit ; et la classe indigente montra, par sa patience et sa tranquillité, qu'elle ap*précioit tout ce que les cœurs généreux faisoient pour elle.
Sages En France, Bonaparte tàchoit de pacifier la Vendée. mesures Ce qu'il fit de mieux pour y réussir fut d'envoyer auprès ciiier la des iusurgés le général Hédouville, homme éclairé, qm .Yendce. gentit que la persuasion seroit une arme plus puissante que le sabre de Brune , et qui , plein d'indulgence et de ménagements adroits , ramena plus d'hommes que ses prédécesseurs n'en avoient massacré.
Les barrières de la France s'ouvrirent aux émigrés , et plusieurs d'entre eux recouvrèrent leurs biens, ou les retirèrent d'entre les mains des nouveaux possesseurs, par des arrangements consentis des deux parts.
La Grande-Bretagne et l'Autriche persévérant dans l'intention de continuer la guerre , les consuls firent ua appel à trente mille conscrits de vingt à vingt-cinq ans.
pour former une armée de réserve qui devoit s'assem- -
hier à Dijori. Eu iqéme temps ils adressèrent aux Fran- * ^^* çois une proclamation dans le style ordinaire: «François, « vous desirez la paix ; votre gouvernement la désire « avec plus d'ardeur encore. Le ministère anglois la re-
«t pousse Le gouvernement , qui n'a pas craint
« d'offrir et de solliciter la paix, se souviendra que c'est « à vous à la commander, etc , etc. » ,
Le vœu du gouvernement fut transmis au sénat-con^ servateur , au corps -législatif, au tribunal. Il obtint de ces trois corps l'adhésion la plus empressée. Girardin , metn/bre du tribunat , ouvrant ce concert d'adulation qui s'est soutenu même au milieu des revers , s'écria : « Quand Bonaparte promet de marcher à la tête des ar* « mées, pourrions-nous craindre les revers? Des revers « et Bonaparte ! ces deux mots s'étonnent de se trouver « ensemble (i). »
On a dit plus haut qu'à la fin de la dernière campagne Si%e et il ne restoit plus aux François, en Italie, que Gènes et ^tion de" son territoire. Le général Masséna se trouva forcé de ^«nes. s'enfermer dans Gènes. Les Autrichiens investirent la place au commencement d'avril , tandis que la flotte angloise, sous les ordres du lord Keith , la bloquoit du côté de la mer. Masséna conduisit la défense de Gênes avec une habileté supérieure ; mais la famine l'obligea de capituler à des conditions honorables.
Dans la nuit du 5 au 6 mai , Bonaparte se rendit à Bataille Tarmée de réserve. Le ai, elle se mit en marche pour le „ ^^
Marengo..
mont Saint-Bernard. L'artillerie s'amonceloit à Saint- Pierre, petit village au pied du mont; la transporter
(i) Voyez le Mémorial de P. Lecomle, vol. a , p. 35o.
Voyez aussi l'Histoire de Bonaparte, par Godio, vol. i, p. arS.
aae histoirb d Angleterre.
de Tautre côté paroissoit un effort impossible : ce prodige d'audace et d'industrie ne coûta que quelques heures. Milan se rendit à Mursft le i*"" juin. Santhias, Crescentino, Biella, Trino, Masserano, furent successivement occupés. L'armée françoise reconquit l'Italie; mais Bonaparte sentoit que le succès d'une bataille pouvoit seul l'y maintenir; il en attendait l'occasion ; et le 1 4 de juin il fut brusquement attaqué par les Autrichiens, à Maréngo. Mêlas, qui commandoit leur armée, présentoit un front immense, sur trois lignes d^épaisseur. Bonaparte, dont l'avant-garde avoit été surprise, envoya sur-le-champ des courriers aux divisions Désaix et Lemonnier, avec ordre d'arriver à marches forcées. Les Au- Quand elles parurent , la bataille étoit perdue pour les tnchiens François ; Desaix rétablit le combat, et mit le vainqueur faiu. en déroute ; atteint d'une balle à la poitrine , il périt au milieu de son triomphe.
Armis- Le lendemain ; Mêlas avoua toute l'étendue de sa ***^' perte en proposant un armistice, qui fut signé le 1 6, et d'après lequel les Autrichiens se retirèrent à l'instant derrière la ligne qu'ils dévoient occuper, conforméxuent au traité de Gampo - Formio. Cette condition mit au pouvoir des François un grand nombre de places importantes. Bonaparte courut à Milan pour y réorganiser la république cisalpine ; car il créoit par-tout des républiques : c'étôit une manie de ce général , à laquelle a succédé celle de faire des rois.
Le 25, l'armée françoise du Haut-Rhin sous les ordres de Moreau passa ce fleuve en quatre divisions , mit à contribution une partie de l'Allemagne, s'étendit eo Bavière , prit Munich , et s'approcha des frontières de l'Autriche. Dans ces conjonctures alarmantes, les Autri-
GEORGES m. 221
chiens demandèrent une suspension d'armes; car l'Ailemagne n'étrft pas comprise dans Farmistice de Tltalie, Moreau Taccorda, sur le désir du premier consul, et dès le 28 des préliminaires de paix furent signés entre la France et rAutricIie. Cependant l'empereur, qui n'étoit L'Autripas le maitre, aux termes de ses conventions avec l'An- ^„! 'It
i ' une paix
gleterre, de faire une paix séparée, refusa de ratîBerles séparée, préliminaires. Alors on se prépara de part et d'autre à reprendre les hostilités ; un nouvel échec, qui fut suivi de la prise de Salzrbourg , contraignit l'empereur d'entrer en négociation, et le cabinet de Saint-James y consentit.
Nous avons laissé le général Kléber en Egypte, com- -fj^»*"'®* mandant l'armée que Bonaparte abandonnoit. Forcé de ^^ ** se battre chaque jour contre des rassemblements qui se renouveloient sans cesse , il voyoit ses moyens s'épui^ ser, et ne contenoit qu'à force de vigilance des habitants prêts à se soulever au moindre revers des François. On apprit que l'Orient faisoit marcher unfe armée nombreuse sous les ordres du grand-vi^ir. Klébér se mit en mesure de lui résister; mais comme les secours qu'il attendoit de France ne paroissoient point, et que ce nouveau débordement d'ennemis alloit peutTétre l'accabler, il crut devoir négocier l'évacuation de l'Egypte et le retour des François dans teur patrie. Deux commissaires nommés par lui s'étant rendus auprès du Commodore Sydney-Smith , qui croisofit sur les côtes, une convention en vingt-deux articles fut rédigée près d'El-Arisch, entre les plénipotentiaires françois, le Commodore et le grand-visir; convention qui devoit être valable après les ratifications échangées. En verta de cet arrangement , l'année françoise se retiroit avec
i8qo.
r armes et bagages; la Porte lui foumissoit des
ments, si ce supplément étoit jugé nécessaire; un ar« mistice de trois mois suspendoit toute hostilité, jusqu'au jour de l'embarquement. Mais le ministère anglois ne voulut point que les armées qui faisoient la guerre à Tempereur s'augmentassent d'un renfort aussi considérable. En conséquence , le lord Keitti écrivit à Kléber que son gouvernement se refusoit à toute capitulation , à moins que les troupes françoises ne se rendissent prisonnières, ne missent les anpes bas , et qu'on ne lui livrât les bâtiments et munitions qui se trou voient dans le port d'Alexandrie. Kléber répondit à ces propositions par un ordre du jour. « Soldats, disoit-il, on nous « insulte. Nous nous vengerons par des victoires. Aux « armes ! » Cet appel fut entendu. Les troupes françoises fondirent sur l'armée du grand-visir, qui n'essaya pas même de se défendre et s'enfuit précipitamment à Jaffa ; mais Kléber ne profita point de sa victoire, parcequ'une insurrection éclatoit au Caire pendant qu'il mettoit en fuite les troupes ottomanes. Les chrétiens furent pillés dans cette émeute ; on en massacra même quelques uns : le reste se réfugia dans la citadelle. Kléber, qui revenoit vainqueur n'eut besoin que de paroUre pour imposer aux révoltés ; tout rentra dans le devoir, et l'ordre se rétablit. Ce général s'occupoit de fsiire des règlements utiles, lorsqu'il fut assassiné par un musulman fanatique (i). Il eut pour successeur le général Menou. L'armée faisoit une grande perte , et ne la réparoit pas.
' (i) L'assassin se nommoit SoleymaD-el-Haleby. Il étoit venu de Jérusalem au Caire pour eiéeuter son projet. Interroge sur ses motifs, ^1 répondit « qu'il s'étoitfait un devoir d^'eatr^rdans uncof»5ai sacréf
GEOBGES Ilf. 233
Le 3 du mois de septembre , Tîle de Malte , dont la capitale étoit bloquée depuis deux ans , se cendit ^ 1^ w i flotte angloise, qui renvoya la garnison dan^s un port rend à la françois de la Méditerranée* La reddition de Malte sans gî^Uc?" effusion de sang démentit la prophétie qiii terminoit la lettre de Bonaparte, lorsqu'il envoya le drapeau de Tordre au directoire exécutif : « Nous avons dans le centre de la « Méditerranée la place la plus forte de l'Europe : il en « coûtera cher à ceux qui nous en délogeront. »
Il s éleva cette année quelques différents à Foccasion J?*^^!^', des droits maritimes, objet essentiellement important casion pour l'Angleterre. Quelques puissances neutres du nord jroits ma* avoient cru, dans le cours de la guerre, avoir à se plain- ritlmes. dre de la marine angloise , qui, disoient-elles , prenoit ou retenoit leurs bâtiments, sous prétexte de contrebande avec les nations belligérantes. En décembre 1 799, une frégate danoise , qui convoyoit des navires mar* chauds dans le voisinage de Gibraltar, refusa de les laisser visiter par des frégates angloises, et £t feu sur le canot ; mais sa conduite fut désavouée par la cour de Copenhague , et cette affaire n'eut pas d'autres suites. Celle qui suit fut plus sérieuse.
La Frjoeia , frégate danoise , escortant un convoi , ren- j»^^' contra quatre frégates angloises, à l'embouchure de la flotte an- Manche. Un officier anglois se présenta pour visiter le c^openU* convoi. Le capitaine répondit que ses instructions lui fi^^^ prescri voient de ne le point souffrir, mais qu'il mettroit tous ses papiers sous les yeux du commandant. L'officier anglois réitéra sa demande; le Danois, son refus. Le
u parceqtie le Roran ordonne les combats sacrés , et que celui qui •n ferfifl 1q saog d'un infidèle est dans le chemin de la direction, »
i8oo.
'Commodore anglois, après des menaces qui furent in* utiles, lâcha sa bordée. La frégate riposta ; mais un feu supérieur la força d amener son pavillon. La frégate et son convoi furent conduits aux dunes ; en même temps le Commodore instruisit 1 amirauté. Le gouvernement, pour que cette querelle n'amenât point une rupture, envoya lord Withworth à Copenhague ; mais il appUya la mission, d'une escadre de neuf vaisseaux de ligne, sous les ordres de Tamiral Dickson. Les Anglois, en arrivant au Sund , trouvèrent cinq bâtiments danois embosses en travers à Tentrée du détroit. Ils se préparoient à bombarder la ville, quand uiï arrangement prévint les hostilités. Il fut convenu que la frégate et les bâtiments danois seroient restitués, et que la Grande-Bretagne paieroit les dommages. La discussion du droit de visite étoit ajournée ; mais jusque-là les bâtiments danois ne dévoient naviguer sous convoi que dans la Méditerranée, pour être protégés contre les corsaires barbaresques. Du reste la convention maintenoit le droit de visite et l'obligation de s'y soumettre. Condnite • L'empereur de Russie, Paul, se livroit sans mesure étrange ^ toutes les saillies d'une humeur capricieuse et d'un
de 1 em- ^
perenr caractère emporté. Mais l'Angleterre étoit sur-tout l'obparddela J^^ d'une aversiou qu'il ne dissimuloit pas, et qu'en Grande- ce moment la prisé de Malte redoubloit. Paul s'étoit gne. ^^^jgjj,^ protecteur et grand-maître de l'ordre de Malte, quoique cette dignité soit incompatible avec toute autre croyance que celle de la religion Catholique et romaine» Il se voyoit déchu de cette espérance. Après avoir professé la haine la plus vive pour la France révolutionnaire, il se laissoit gagner par les égards de ce gouvernement, et par la gloire du premier consul, dont il étoit
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l'admirateur. Gomme il recevoit de ce côté des iiripul- * sions coQtraires à l'Angleterre, il fit insérer, dans une gazette de Pétersbourg, que de gros corps de troupes avoient été postés sur les côtes de la Baltique, attendu que , d'un jour à Tautre, les liaisons d'amitié qui subsistoient entre l'Angleterre et la Russie pouvoient être rompues. Peu de temps après, sans qu'aucune provocation eût autorisé sa violf^nce, il ordonna qu'un embargo fût mis sur tous les bâtiments angloié qui se trouvoient dans ses ports, et dont le nombre s'élevoit à plus de trois cents. Les capitaines et lés équipages de ces navires furent enlevés, et relégués dans l'intérieur, à de grandes distances de la capitale. On séquestra toutes les propriétés des Anglois ; on ferma , sous le scellé , tous les dépôts de leurs marchandises. En même temps Fempereur annonça que l'embargo se prolongeroit jusqu'à ce que l'île de Malte eût été remise à la Russie.
Le ministre autrichien avoit informé le gouverne- Reprise ment françois que le roi d'Angleterre desiroit être co.m- *^*;* "*^6opris dans la négociation pour la paix entre l'empereur entre et la république françoise. Quoique cette communica- terre^ff^ tion ministérielle ne fût qu'une insinuation officieuse, France. M. Otto , commissaire des prisonniers françois en Angleterre, fut chargé de demander le développement des propositions de la cour de Londres et la conclusion d'une trêve entre les troupes des deux nations, par mer et par terre. Le ministère anglois répondit qu'il enverroit un plénipotentiaire à tel lieu qui seroit désigné pour les conférences; mais il refusa l'armistice et l'interruption des opérations navales. Après de longues discus^ ^H^, sions entre lord Grenville et M. Otto, cehii-ci notifia, échouent. le 10 octobre, au ministère anglois, que, vu qu'il étoit
o survenu des événements qui changeoient les bases de la trêve proposée , les négociations s'arrétoient ; que néanmoins le premier consul étoit prêt à recevoir les ouvertures qui lui seroient faites pour une paix séparée. Le ministère anglois rejeta cette proposition. Parle- Cependant la disette ne cessoit point en Angleterre , et "**^ ' toutes les précautions du gouvernement pour se procucation rer des grains étoient impuissantes. Quelles ressources avancée auroit-ou, pendant l'hiver, contre la famine? La bien-
à cause ^ ' *^ ^ ' ^
de la faisance ne se lassoit pas ; mais ses moyens s'épuisoient. 'r7ahi8.^* La cité de Londres, et plusieurs autres villes, présentèrent des pétitions au roi, pour le prier d'accélérer la convocation du parlement. En effet, le parlement s assembla dans la seconde semaine de novembre. Le roi parla de la situation de son peuple avec attendrissement, et déclara qu'aucune privation ne lui seroit pénible s'il pouvoit soulager des maux qui déchiroient son cœur paternel.
Le parlement passa plusieurs actes tendant au même obJQt. Il maintint les restrictions mises à la consommation des grains ; il augmenta les encouragements accordés à l'importation des subsistances. M. Abbot proposa de faire un dénombrement exact de la population; il regardoit ce recensement comme la plus solide de .toutes les mesures de police intérieure. La sanctioD royale convertit ce bill en loi.
Le parlement, pendant cette courte session, vota les subsides pour trois mois, continua la suspension de la loi dihabeas corpus ^ renouvela VaUen-bill et la loi contre la mutinerie.
Le prochain parlement devant être celui des trois rqyaumes unis, le chancelier, en présence du roi^ lut
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OEOllOES lu. 227
une proclamation portant que les personnes composant ' le parlement dont cette session étoit la dernière seroient membres, pour la Grande-Bretagne , du nouveau parlement, ou parlement impénal y qui se réuniroit le sa janvier 1801.
Barnabe Gbiaramonte, nouveau pape, élu par le conclave de Venise , au mois de mars de cette année , prit le nom de Pie FIL Au mois de juillet, il rentra dans Borne, et s'assit sur le trône pontifical.
Une proclamation parut à Londres , le premier jan- Nouveau vier, annonçant le Bon plaisir du roi touchant le titre roi "d' Anroyal et les armoiries qui appartiendroient désormais gleierre. à la cour(uine de la Grande-Bretagne et de l'Irlande réunies. Georgius tertius, Dei gratta ^ Britanniarum rex,
Jîdei defensor : tel étoit le titre royal. Le titre de roi de France fut abandonné, comme une prétention ridicule. Le roi conféra beaucoup de titres nouveaux à la noblesse irlandoise.
A l'expiration du second armistice entre les Autri-. Traité
i chiens €t les François en Italie, ceux-ci poursuivirent ^nîe"^* leur marche et leurs succès. Us repoussèrent les Autri-
^ chiens au-delà de l'Adige, prirent Trente, Vérone, et plusieurs autres places. Enfin un traité de paix, signé le 9 février à Lunéville, réconcilia les deux puissances. Il étoit composé de dix -neuf articles. Par l'article 11, l'empereur cédoit à la France le comté de Falkenstein avec des dépendances , le Fricktal , et tout ce que possédoit la maison d'Autriche sur la rive gauche du Bhin '
entre Zurbach et Bâle ; la république françoise se réservant de transmettre ce dernier pays à la confédération helvétique.
Par l'article 5 , le grand-duc de Toscane abandonnoit
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228 IIISTOIUE d'aNGLETEUME.
' ses états, et la partie de Tile d'Elbe comprise dans ses .états, en faveur de Tinfant duc de Parme, l'empereur se chargeant d'indemniser le grand-duc de ses sacrifices.
Il résultoit sur-tout de ce traité que la France demeuroit souveraine des Pays-Bas autrichiens, de tout le territoire situé sur la rive gauche du Rhin, et qu'elle avoit une partie du Talweg pour limites.
Le traité devenoit commun aux républiques ligurienne, helvétique, et cisalpine, dont l'empereur reconnoissoit l'indépendance.
Liçue Lunéville avoit pacifié le Continent; mais la ligue puisMn- maritime des puissances du nord, pour annuler le code ces du naval de l'Angleterre, étoit encore une cause de guerre contre le menaçante et prochaine. Cette ligue, hautement aneodena- noucée depuis l'année précédente, occupoit sérieuse- TAngle- ment l'attention du ministère britannique. Le 14 de terre, janvier, un embargo fut mis dans les ports d'Angleterre sur tous les vaisseaux portant pavillon des puissances confédérées, à l'exception de la Prusse; et des lettres de marque furent distribuées pour les attaquer en mer. Le ministère remit en même temps une note aux ambassadeurs suédois et danois, tendante à justifier les mesures du gouvernement, ainsi qu'à ramener leurs cours, s'il étoit possible, à des relations amicales ; mais elles persévérèrent dans la résolution d'affranchir le commerce neutre; et, par voie de représailles, mirent un embargo sur tous les navires anglois arrêtés dans leurs ports. Les minsitres anglois, en ménageant le roi de Prusse, s'étoient flattés de le détacher de la ligue maritime, et de prévenir les dangers que son adhésion à ce système feroit courir à l'électorat de Hanovre ; mais ces égards furent inutiles. Le roi de Prusse fit connoitre
à la régence électorale de Hanovre que non seulement — — il se proposoit de fermer les embouchures de TElbe, de l'Ems et duWeser, mais encore de prendre possession des états allemands du roi d^Àngleterre ; il demanda même que les troupes hanovriennes fussent désarmées. La régence électorale fut contrainte de satisfaire à cette réquisition, et les troupes prussiennes envahirent, sans résistance le territoire hanovrien. Un embargo fut mis sur les bâtiments anglois ; mais les navires chargés de grains partirent librement.
Cette contestation avoit vainement exercé les publi» cistes : les armes alloient la décider.
Une escadre angloise de dix-huit vaisseaux de ligne, de quatre frégates, de bombardes et de canonnières, partit pour la Baltique, sous les ordres de Parker et de Nelson • De leur côté, le Danemarck et la Suéde unirent leurs forces pour garder le passage du Sund , et défendre toutes les approches de Copenhague. La flotte angloise entra dans le détroit, et mouilla près de Tlle de Huen.
L armée navale des Danois se développoit sur la rade Vie de Copenhague, soutenue de fortes batteries, tant par Nel.soi> terre que par mer. L'impétueux Nelson attaqua cette ^ Copenformidable ligne avec douze grands vaisseaux, toutes ses frégates et tous les petits bàtioients. L'action fut vive et sanglante. Nelson , afin de faire cesser un carnage ÎQutile, fit demander une suspension d'armes au prince royal de Danemarck , et débarqua pour traiter lui-même des conditions d'un arrangement. Les Anglois avoient pris une partie des vaisseaux danois ; le reste étoit brûlé. L'amiral avoua qu'il n'avoit rien vu de pliis terrible q^ue le combat de Copenhague. Si l'Angleterre se fût moins hàtce, révénement qui termina cette guerre Teûl
a3o histoire d'angleteriie.
' ' " " étouffée dans son oi-igine : l'empereur Paul fut assas-
sine.
L*empe- Ce priuce s'étoit aliéné les cœurs dans toutes les Paul est classes de ses sujets , mais principalement parmi les assassiné, nobles, dont il ne ménageoit ni Tambition ni la vanité. Un despote a tout à craindre de ceux qu'il humilie. Les plus mécontents conspirèrent ; et telle fiit Thabileté du comte Palhen, leur chef, que Paul, trompé par ses perfides confidences, se persuada qu'il n'étoit entré dans la conjuration que pour trahir et livrer ses complices. Laissons parler un historien qui paroît instruit de toutes les circonstances de ce grand attentat.
« Le 3a mars^ entre onze heures et minuit, les conjurés, mt nombre de vingt, se présentent à la porte latérale du palais Saint-Michel. Ils montent en silence à l'appartement de l'empereur, et s'arrêtent un moment dans la salle des gardes. Argamakoff , aide-de-camp de service, dit au cosaque factionnaire qu'il faut éveiller lempereur, et que le motif est urgent. Au même instant Argamakoff introduit les conjurés. Le cosaque s'aperçoit trop tard qu'on en veut aux jours de l'empereur. Il crie; sa voix est étouffée. Il essaie de résister, et tombe percé de coup^. Paul effrayé se réfugie dans un des cabinets contigus %son alcôve. Découvert par Benningson, il en sort, saisit son épée, reconnoit et nomme les conjurés, leur demande quel est leur dessein. Platon 2ouboff l'interrompt brusquement : Tu nés plus empe^ reWy hii dit-il ; cest Akxandre qtd règne, Paul indigné le menace : son attitude les trouble ; leur résolution chancelle. Alors Nicolas ZoubofF, plus audacieux et plus déterminé , porte le premier coup à son souverain. Tous ' les autres se précipitent sur lui. L'empereur expire, en
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GEORGES m. l3l
appelant ses deux fils^ que de criminelles précautions tenoient éloignés de leur malheureux père. »
Alexandre, son successeur, annonça Tîntention d*a- Toutes
1 ,1 r ^ 1 . difficultés
dopter un système de gouvernement conforme a celui cessent de son aïeule. Il mit en liberté tous les marins anglois ].^°^7 . emprisonnés par les ordres de son père à ta suite du terre et la séquestre de leurs navires. Il rappela de leor exil ceux '^*'**'^' que Paul avoit éloignés. Des négociations s ouvrirent avec le cabinet de Saint- James ; et, le 7 de juin, lord Sainte-Hélène et les ministres signèrent à Fétersbourg un accommodement qui mettoit fin à toutes les diffi* cultes. Les deux antres puissances intéressées dans cette contention accédèrent au même arrangement, qui, définissant et limitant le droit de visite, ainsi que le principe du^ blocus, réduisoit à deux les objets considérés jusque-là comme contrebande: les armes seulement, et les munitions navales.
Les troupes danoises sortirent de Hambourg ; la navigation des fleuves d'Allemagne redevint libre; les Prussiens évacuèrent Brème et les états de Hanovre.
Le ministère anglois subordonnoit une grande partie AfFuires de ses opérations militaires au projet d'arracher l'Egypte ^^^ ^* à ce reste de François que Bonaparte et Kléber ne commandoient plus. Abdalla-Menou , qui s'étoit fait musulman, n'inspiroit ni considération aux Égyptiens, ni confiance à son armée. Le {5ays, châtié sévèrement à chaque essai d'insurrection , cachoit sous le masque de Tobéissance une inimitié profonde. Il étoit donc probable qu'un dernier effort délivreroit l'Egypte.
A la fin de décembre, une armée de près de dix-huit Baiaille mille hommes partit de Malte, sous les ordres dn gêné- ^^^^j*'"""* rai Abercromby. Après un séjour que la mauvaise sai-
i8oi.
a$2 HISTOIRE d'aNGLETERRE.
son prolongea sur les côtes de Garamanie, les: troupes prirent terre le 8 mars au port d'Alexandrie. Le premier choc entre elles et les François fut très vif; mais il laissa la victoire indécise. Cependant le fort d'Aboukir capit|ila le 19, et le 21 les deu^i^ armées furent aux prises. Les Anglois eurent l'avantage ; mais ils firent une perte sentie par tous les chefs et tous les soldats, dans la personne du général Abercromby, qui fut tué. Le général Hutchinson, qui le remplaça dans le commandement, s'étant emparé de Ramanieh, les François se retirèrent au Caire ; ils y furent assiégés, et capitulèrent. £n ce même moment arrivoit de Flnde, par la mer Bouge, un corps de troupes angloises destinées à coopérer, avec Tarmée d'Europe, à l'expédition d'Égyptei. Elle parut sur les bords du Nil au nombre de cinq mille Anglois et de deux mille cipayes. Menou , qui prétendit avoir été compris sans son aveu dans la capitulation du Caire, fit augmenter les fortifications d'Alexandrie,* résolu de s'y défendre encore ; il ne conserva pas long-temps cette espérance.
Dénoue- Ainsi se termina l'ambitieux proiet de faire de rÉffvpte
raentde i • r • .1
l'expédi- ^ûe colonie irançoise, et peut-être de recommencer un
tion d*É. empire d'Orient.
Il se passoit en Angleterre des événements importants.
Premier Le premier parlement impérial s'étant ouvert le a^ ^ment janvier, les communes réélurent M. Addington pour
impérial, orateur. Après le discours de sa majesté , qui roula sur l'Irlande et sur les démêlés relatifs au code maritime, les motions faites dans chaque chambre, au sujet de l'adresse , fournirent à lopposition de nombreux motifs d'inculper la marche du ministère; mais les amendemenlà proposés dans cet esprit furent écoutés sans fa*
GEORGES III. l33
V6ur ; ce qui prouva que le crédit des ministres n'étoit poiot affoibli.
Le roi fut attaqué d*une fièvre subite : de vives in- ^««o««'<^«
* la mala-
quiétudes se manifestèrent dans toutes les classes ; 1 état die do. de ce prince annônçoit le retour de sa funeste maladie. ^^^' Cet état alarmant dura vipgt-six jours ; mais, en cessant, il laissa de trop justes craintes.
Les catholiques irlandois regardoient comme une Espëranconséqtience naturelle de Tunion leur participation en- catholîtière à tous les droits politiques; et M. Pitt la leur pro- ?"*V|^' mettoit. Leroi déclara que, cette mesure étant contraire à ses serments , il n'y consentiroit jamais. Tout ce que M. Pitt put lui dire, pour rejeter cette détermination sur des circonstances impérieuses, fut inutile.
L'inflexible résistance de sa majesté mettoit le ministre dans rhumiliante nécessité de manquer à sa parole. Elle annônçoit aussi que Tempire de M. Pitt sur les résolutions du monarque n'étoit plus le même. Cet échec eût suffi pour engager le ministre à donner sa démission ; mais il s'y trouvoit forcé par la situation de FAngleterre , réduite à lutter sans un .seul allié contre toutes les forces de la France , et de plus impliquée dans une autre querelle pour le maintien de ses droits maritimes, reconnus essentiels à sa supériorité navale.
Ce que M. Pitt n'avouoit peut-être pas , c'est que la M. Pitt