quitte le
contenance hostile qu il avoit prise, amsi que tous ses ministère collègues dans le ministère, contre le gouvernement actud de la France, lui rendoit pénible la tâche de conclure la paix aux seules conditions possibles , et d'abandonner à l'opposition une victoire qu'il avoit si longtemps disputée. Mais quelle qu'ait été Tinfluence de ces considérations, M, Pitt n'allégua, pour cause de sa re-
i8oi.
' traite que le rejet de la demande des Irlandois catho^ liques. Il leur fit espérer , dans un papier qui circula sous son nom, et qu il ne desavoua point, qu'il ne négligeroit rien pour concilier à leur cause la bienveillance publique, et pour préparer, autant qu'il étoit en Itii, Tac* complissement de leurs désirs.
La démission de M. Pit fut suivie de celles de M. Dnn* das, du comte Spencer, de lord Grenville, et de M. Windham, tous membres du cabinet.
Nouveau Le ministère qui leur succéda se composoit de lord Ho* - ^^^' bart et lord Hawkesbury, secrétaires-<l'état; de M. Charles Yorke, seerétaire-d'état de la guerre ; de lord Saint- Vincent , premier lord de Tamirauté ; de lord Eldon , chancelier ; du comte d'Hardwicke , vice-roi d'Irlande. M. Addington fut nommé cbancelier de Téchiquier, et remplacé, comme orateur de la chambre des commu'* nés, par M. JeanMitford, procureur-général.
M. Pitt, avant de quitter ses fonctions, voulut présenter à la chambre le budget de dépenses et l'état des voies et moyens. Les besoins étoient portés à trentecinq millions cinq cent mille livres , pour l'Angleterre et l'Irlande ; et , parmi les voies et moyens, le ministre proposoit, indépendamment des taxes nouvelles, un emprunt de vingt-cinq millions cinq cent mille livres.
Mesures Le premier soin du ministère fut d'assurer la tranprises quiUité daus l'intérieur. Les troubles de l'Irlande n'é-
contre les *■
menées toieut qu'assoupis ; il y régnoit une sourde fermentation, qui sembloit attendre le moment d'éclater. On fit la motion de renouveler l'acte passé [)our la répression des émeutes dans ce pays , et de remettre en vigueur celui qui suspendoit la loi d'habeas corpus. Les deux propositions furent adoptées, après de longs dé-
ceditieu* ses
^ GEOIIGES III. 235
bats. On entendit le rapport d*un comité de la chambre — ^ des communes, au sujet des sociétés qui cacnoient un but séditieux sous des formes légales. On dénonça surtout la société des Bretons-unis , comme une des plus mal intentionnées ; et les preuves dont le rapporteur étaya son accusation ne permirent pas à Fopposition de 4;ontester sur le besoin de laisser encore suspendue la loi d'/kzieas corpus en Angleterre.
L élection de M. Horne Tooke à la chambre des com- Bill relamunes provoqua la décision du parlement sur un objet pe„onncs plutôt convenu que déterminé par une loi positive. Le enga^ëes comte Temple ayant fait la motion d'envoyer au bourg ordres d'Old-Sarum Tordre d'élire un représentant à la place sa^és. de M. Home Tooke, engagé dans les ordres, et par conséquent inhabile à siéger, M. Addington eut un autre avis : il pensa qu'au lieu d'annuler une élection, il convenoit de déclarer qu'à l'avenir tout ecclésiastique seroit inéligible à la chambre des communes. Cette proposition fut vivement et savamment controversée; mais enfin le bill adopté devint un point constitutionnel.
Le a juillet y le parlement fut prorogé par une com^ mission.
La France, débarrassée de tous ses autres ennemis , Menaces n'avoit plus que l'Angleterre à combattre. Elle parioit '^^l'^^^l^ toujours d'une invasion , comme du projet le plus propre Angleà troubler les conseils de sa rivale, et sur-tout à l'accabler d'énormes dépenses. Le premier consul forma des camps sur les côtes opposées à l'Angleterre. Une flotte espagnole se réunit dans le port de Brest à l'escadre françoise; on s'occupa du rétablissement de la marine; des ordres furent donnés et suivis avec activité.
L'Angleterre, de son côté, n'oublioit rien pour rece-
i8oi.
' voir rennemi de manière à le faire repentir de son audacieuse entreprise. Le seerétaire-d état jde l'intérieur recommanda, par une circulaire aux lords-lieutenants des différents comtés, de tenir les corps des volontaires prêts à marcher au premier signal, et d ordonner qu'on les formât par de fréquents exercices.
Précau- Jamais les forces navales de l'Angleterre n'avoi^t comre ^^^ P^^^ imposantes : une partie bloquoit étroitement
Tiovasion. les ports de France; une autre observoit tous les mouvements de l'ennemi, qu^elle transmettoit par une chaîne de signaux aux escadres qui couvroient la mer; une troisième croisoit sur les côtes, et protégecHt les points abordables.
Le 5 de juillet, une escadre angloise $e mesura. dans la baie d'Algésiras contre la flotte françoise commandée par le contre -amiral Linois; le combat dura dix heures. Les François s'emparèrent de VAnnibal^xms" seau de soixante-quatorze. Peu de temps après, les mê* mes escadres se rencontrèrent, et l'engagement recommença : deux vaisseaux espagnols sautèrent ; les Anglois en prirent un de soixante-quatorze. La Manche étoit le X théâtre d'une petite guerre assez vive entre les croiseurs et les chaloupes canonnières ; rarement celles-ci se rendoient- elles d'un port à l'autre sans être inter-
Atlaque CeptéeS.
faite sans {j^ projet plus vaste fut conçu contre le port de Bou^^
succès 1 •» 1 » ^
contre la logne , et Nelson se chargea de l'exécuter. Le i"août, de Bou- ^ parut à la vue de ce port avec trente voiles , et , le 4, logne. il attaqua la flottille françoise qui devoit effectuer la descente. Cette attaque n'eut aucun succès. Une seconde tentative ne fut pas plus heureuse , et fut plus meurtrière. Les Anglois n'enlevèfent qu'un seul lougre^ et perdirent plusieurs bâtiments.'
i8ot.
GEORGES III. 2ij
Cette expédition fut jugée téméraire et peu réflé-' chie.
Les ednemis de la Grande-Bretagne s attachoiènt à rompre sei anciennes liaisons avec le Portugal. Quelques années auparavant, la France avoit intrigué pour y parvenir; et comme elle ne put gagner la cour dé Lisbonne, elle se flatta de réussir en Tintimidant.
L'Espagne offrit sa médiation aux deux puissances. L'Espa- Les Portugais la refusèrent, et leur réponse fut dictée dare la par le cabinet de Saint-James. Le roi d'Espagne, à S'^®'"''® ^y» rinstigation des François , déclara la guerre au Portu* gai, au mois de mars 1801. Un décret royal, en forme de manifeste, reprochoit à la reine d avoir méconnu les liens du sang, dédaigné son amitié, rejeté sa médiation, favorisé dans ses ports les actions hostiles de l'Angleterre contre les Espagnols et la république françoise, sa fidèle alliée, ft Les ports du Portugal , ajoutoit sa ma- «cjesté catholique, sont lemarché public des prises es- «pagnoles et françoises , dans la rivière de Guadiana. « Des soldats portugais se sont livrés, contre mes sujets « pacifiques, à des violences inouïes. Ils les ont attaqués, « ils ont fait feu sur eux comme en pleine guerre, sans K quele gouvernement portugais ait improuvé leur con- « duite. En un mot , on peut dire que , sous les perfides « apparences de lamitié, le Portugal s'est montré l'enu nemi de TEspagne en Europe , ainsi que dans les «Indes: et comment me suis-je vengé de tant d'ou- « trages? La république françoise, justement irritée « contre le Portugal , vouloit lui faire éprouver les effets « de son ressentiment. Les armes victorieuses des Fran- « çois auroient semé la désolation dans ses provinces, « si mon attachement fraternel pour la reine et ses fils
i8oi.
ft n'eût détourné Torage. Devant ma médiation , les « François se sont toujours arrêtés. ....
« Je représentai vivement à la reine de Portugal les n dangers qu elle sembioit ne pas apercevoir. Dans les « épanchements de mon cœur, j'employai le langage de u la sollicitude paternelle et de la prévoyante et sincère n amitié. Mes soins furent vains ; et bientôt Tobstinaa tion du Portugal me força de prendre un ton plus sé- « vère. Par des conseils sages et raisonnes , par des me- « naces mêlées à mes avis, je m'efforçai de le ramener « à des devoirs que lui traçoient ses propres intérêts. « Qu'a fait la cour de Portugal? on l'a vue répondre à a ma franchise par des temporisations étudiées , en- « voyer des plénipotentiaires sans pouvoirs, ni munis a même de. pouvoirs limités, ajourner toute explication fc décisive, en un mot recourir à tous les subterfuges «d'une politique fallacieuse, à toutes les ruses de la a foiblesse. Le prince régnant a poussé l'aveuglement, «au point de nommer le roi de la Grande-Bretagne « son allié dans une lettre qu'il adressoit à ma perte sonne, oubliant ainsi la sainteté du nœud qui nous u unit, et le respect qu'il me doit; donnant le nom d'oZ- ,u liance à ce qui n'est que l'indécent abus de l'ascenf( dant que l'Angleterre s'est arrogé sur lui, etc. , etc. » LesEspa- Le gouvernement portugais répliqua, se mit en me- ^rent en" ^"^® ^® défense et fit des préparatifs. Au mois de mai, Portugal, quarante mille Espagnols entrèrent en Portugal ^ous le commandement d'un prince de la Paz, homme dont la position à la cour d'Espagne n'étoit pas sans scandale. Toutes lesplaces de la province d'Alentejo ôe soumirent. Les Espagnols n'eurent qu'à se montrer peur conquérir- On en conclut que ce jeu de guerre étoit concerté.
GEORGES III. aSg
Le 6 de juin, des préliminaires de paix furent signés '
à Badajoz. Le Portugal fermoit ses ports à l'Angleterre,
et cédoit à l'Espagne la forteresse et le district d'Oli- Portugal
^enza. ^ ^'ZIT
ports à
Le gouvernement françois n'accéda point à ce traité, TAngledpnt les dispositions contrarioient une convention faite avec l'Espagne, et qui portoit que la paix avec le Portugal n'auroit lieu , qu'autant que quelques places de ce royaume seroient remises aux François, pour n'être restituées qu'à la paix générale. En conséquence, une armée françoise investit la ville et le fort d'Almeida. De promptes négociations suivirent les premières hostilités. L'intégrité du Portugal fut maintenue par un traité (définitif; mais la France s'agrandit à ses dépens dans la Guiane.
Ce fut au moment où tout rapprochement avec l'An- Signature gleterre sembloit s'éloigner (le i®' octobre 1801) que minafres les négociations qui continuoient secrètement entre <^® ^^ P^ix
entre la
M. Otto, plénipotentiaire françois, et lord Hawkesbury, Grandese terminèrent par la signature des préliminaires. La ^'"«^gne nouvelle de cet événement fut reçue, de l'un et l'autre France* peuple, avec la même alégresse. Il sembla même que l'inimitié nationale, qui n'exclut pas une estime mutuelle, cessoit des deux parts.
Cette pacification amena des traités entre la France Plusieurs et la Porte ottomane, entre la France et la Russie, le ^'^'«fsenpape et la France. Bonaparte s enonçoit ainsi , dans le ses puisconcordat qui cimenta la réconciliation de larépublique ^*"^^*françoise avec la cour de Rome : a Le premier consul, « persuadé du rapport nécessaire de la religion avec la ^ i^orale, envisageant d'ailleurs que la très grande ma- M jorité des François professe la religion catholique ,
i8oi.
140 HISTOIRE D'ANGLEtEARE.
ft apostolique et romaine depuis des siècles , et que du « libre exercice de ce culte dépend en quelque sorte la « paix dans rintérieùr et le bonheur dans les familles, «arrête, etc., etc. »
Cette convention se cbmposoit de dix'-sept articles relatifs à Torganisation du culte catholique, à la circonscription des diocèses , à la nomination des évêques, à Tinstitution canonique , etc. , etc.
Le concordat tranquillisa les consciences timorées, par Fèspérance qu'il mettroit fin au schisme. Deux classes d'hommes en furent mécontentes : les révolutionnaires , qui s'étoient crus affranchis de la papauté, comme ils Tétôient de la royauté, et les personnes qui n'aperçurent, dans le concordat, qu'une capitulation complaisante avec des principes qu'il falloit encore ménager. Selon elles , le concordat ne renfermoit pas un article qui ne fat annulé par une disposition organique: c'étoit rendre d'une main et reprendre de l'autre. Parle- Le parlement impérial s'assembla le 29 octobre pour la session d'automne.
Les dissentiments les plus prononcés éclatèrent quand les préliminaires de paix furent présentés aux deux chambres. Tous les membres de l'ancien ministère , à l'exception de M. Pitt , n'hésitèrent point à les condamner. « Après la dissolution de la ligue continen- « taie , dit M. Pitt, il ne nous restpit qu'à demander des a conditions de paix honorables et justes pour nous et « pour le peii d'alliés qui ne nous ont point abandonnés. « Quand il ne s'agit plus que de discuter les articles, je « m'attache à la manière dont se fait la paix, au carac- « tère qui la distingue, plutôt qu'à tel ou tel point qui « pourroit être contesté. Que la paix soit honorèfble ;
ment impérial
GEORCfiS itn ^t
• 'c*est là ce qui m'impôrle , ce qui satisfait mon cœur ; " ft et j^aiâierois mieux sacrifier des avantages auxquels ft mon pays auroit des droits, que de m'obstiber sui^tel « ou tel objet, au risque de faire échouer une négocia^' « tion et de frustrer ainsi d*impatientes espérances^ »
Tel fut le langage d'un homme qu'on accusera diffi- ^^^•'^•* cilement d'avoir eu trop d'éloignement pour la guerre. '
Les opinions ne se divisèrent pas moins dans les deUx chambres, lorsqu'on s'occupa de la convention avec les puissances du nord. Les ministres et l'ancienne op<- <
position se réunirent pour défendre cet arrangements L'ancien ministère et ses amis l'attaquèrent; ils prêtent dirent que ce traité laissoit indécis des points d'un haut intérêt pour les droits maritimes de la nation angloise; que dans l'énumération des objets de contrebande^ on. avoit omis les munitions navales, fournies, disoit-Kin^ par les Russes aux puissances du midi : mais un article' du traité réfutoit péremptoirement cette objection, lat plus plausible de toutes» Les autres ne furent pas jugées plus solides. En définitive, le parlement approuva la{ convention et les préliminaires. j
Le lord Cornvsrallis s'étoit rendu dfe Paris au coiiftrès» Èxp^dî-
!»*• xi 'Il .ri .t .■ tion fran*
d Amiens, ou les articles du traite de paix dévoient être çoise silènes. Des lenteurs inattendues eni retardèrent; asàez ^ f^^i,
1 1 Saint-Do*
long^ temps la conclusion; et pendant ces délais là tokigue. France poursuivoit le projet de reconquérir, sur les nègres armés, la colonie de Saint-Domingue. Vingt-trois vaisseaux de ligne, portant vingt mille hommes dé débarquement, partirent de Brest le i4 décembre pour tette expédition, qui n'étoit entreprise, comme on le pense bien, qu'après des communications faites à l'An- v"
gleterre^ et sur-tout après l'assurance positive que ce
t^^ar- MI9TOIM D^AtlOtBTERRV,
"" ' grand armement n'avoit pas d'autre but. Cependant b ministère, persuadé qu'on ne lui reprocheroit jamais i|n excès de surveillance , détacha Tarairal Mitchell avec uneescadre» pour suivre les François jusqu'aux Antilles. ^à!^^ Le traité d'Amiens fut signé le 27 mars entre la répn« blique Françoise, le roi d'Espagne, les états-généraux, et le roi de la Grande-Bretagne et de l'Irlande.
Par ce traité, l'Angleterre restituoit à la république françoise, à TEspagae, à la Hollande, alliées de la répa* blique Françoise, toutes les conquêtes faites sur elles, k l'exception de Ceylan et des Iles delà Trinité, que lui «édoient l'Espagne et là Bâta vie. La souveraineté do eap de Bonne>-£spérance demeurait à la Hollande. La branche de la maison de Nassau précédemment établie dans les Provinces-Unies devort recevoir une eompen- ^ion équivalente à ses pertes. La république des Sept* Ues étoit reconnue, l'Egypte remise au grand-seigneur, Malte et ses dépendances rendues à l'ordre de Saint- Jean de Jérusalem (i), une ligne de démarcation tracée par des commissaires entre les deux Guianes, fran* çoise et portugaise. Les Franeoi» évacuoient Naples et lîétat romain, les Anglois Porto-Ferrajo. > Teldétoient les principaux articles du traité d'Amiens-
Avant qu'il fût signé , la république cisalpine décréta .10. convocation, solennelle d'une consûke de trois cents
(1) L^indëpeDcLince de Malte deroH être garantie par TAngleterre, Iki France, l'Antriche^ TEspagne, la Prusse et la Russie. - Voiel quelque» unes des conditions prescrites à Tordre rm»ais«Mrt: 1,41% chevaliers reTenus à Malte élivoieot, un grand-maîive. On eréeroit une langue dp Majte, dons laquelle on teroit'a4iDi» tans faire preuve de noblesse.
■ Les emplois civils et judiciaires du gouvernement scfoient en patti* ftmi^lU par Les habitant» de l'Ue^ «te , ete. ( N^tf ém Pauiteur, }
GtOAGES ttU Si43
inetnbres, qui seroit chargée de déterminer son opgani'* '"' dation ^ d'en régler toutes les parties , et d'arrêter la dis* tribution des premiers emplois*
Bonaparte désigna la ville de Lyon pout lietf des Bonapar^ séances , et s'y rendit. On Fy reçut avec pompe ; oni'ac- nom^ câbla de toutes les flagorneries dont les Italiens -éont président prodigues ; on l'investit du titre de présidetit. Il répon- publique dit aux représentants des Milanois , que , tant qu'il seroit ci«a*P"»«» nécessaire à la conduite de leurs destinées , il oonsentoit à garder la grande pensée de leurs paires.
Il nomma vice-président M. Meki, le même qui lui remit les clefs de Milan lorsqu'il entra pour la première fois dans cette ville, à la tête de l'armée Françoise.
Cette république , composée d'un président, d'un vice* président, d'une œnsuhe d'état, d'un ministère, d'un corps législatif,, ne jouissoit que d'une indépendanoei imaginaire. G'étoit une annexe de la république fran*çoise, qui subordonnoit à. la volonté suprême du pré^i« dent qu'elle s'étoit imposé la moindre de s^s délîbé^ rations^ ^
Le parleKnt d'Angleterre étoit rentré » le 1 9 janvier^ parle* après plusieurs ajournements. L'orateur de la cbambre ^^,"^^^^1. des communes ayant laissé le fauteuil vacant par sar promotion à la place dé chancelier du royaume d'Ir^* lande, mie nouvelle élection eut lieu le 10 de f^vriei^, et les suffrages se réunirent en faveur de l'honorable M. Charles Abbot, secrétaire de la vice* royauté d'Ir« lande*
Le 1 7 février, le chancelier de l'échiquier proposa la fietfet àê nomination d'un comité pour s'occuper et rendre comrpte '*. ^^^ d» l'arriéré de la liste civile; un messago^ royal avoit provoqué cet examen. Les deux chambres s'eœpret^
a44 iriSTOIBB D^AMGI^ETERRE.
«sèrent d'accorder les secours demandés par le messager:: mais quelle étoit la cause de ces dettes? à quoi falloit-ib attribuer les dépenses qui surpassoient à ce point les. revenus de la couronne? Quelques inquiétudes œani- Eestqes à cet égard annonçoient Tintention de le rechercher. Cela, fvkt écarté.
Bëclama- . "^^ 8uttpa, procureur-général du prince de Galles^ laveur èa salsît Cette occasion de parler à la chambre des arrérages f fi°iT ^^ ^"^ ^ ^^^ altesse royale sur les revenus du duché de Cornouailles. Il établit les droits du prince, et requit la- Xiorivinatioo d'un comité pour en faire son rapport. Le 3o mars, M. Sutton reprit cette affaire. U entra dans un long détail historique sur les circonstances' de cette concession aux princes de Galles. Il exprima le désir qu'un.comité d enquête fût formé pour connoître Tem*ploi des revenus du Cornouailles pendant la minorité do prince, et sur celui de diverses sommes votées |>ar le parlement pour le paiement des. dettes de son altesse^ « Ddrant la minorité du prince, Ah M. Sutton, les arvé- « rages des revenus du duché s'étoient âwés à neuf . • ««/c^nt mille livres. Le parlement ayant, ^différentes « époq,ues., voté pour le prince une somme de deux cent ^ vii^t-un mille livres,, il resteroit en sa faveur une ba- «lance de six cent soixante-dix neuf mille livres.. » Porterie, pn^^oe créancier de cette somme étoit une manière si convenable d aoiéliorer sa position pécuniaire, que se$ .amis dévoient naturellement mettre un grand zèle à faire valoir ses réclamations. Les jurisconsultes.de 1» L'ojrdre couronne intervinrent dans cette discussion , qui se tereu ' «ttina par Tadoption de Tordre du jour, au grand dé- «dopte. piaj^jr jje ]jj, Fq^j^ ^i des autres partisans de son altesse royale. . -
GEORGES lîl. 1^45
. ïiC budget de Taniiée fut présenté le 5 avril. Un em- ^
*prttnt de vinfft-cinq millions en faisoît partie. Le tableau
^11 11. 1 . 1 j • -1 Budget.
^e la dette publique donnoit un total de cinq cents mutions de livres.
Le, i3 mai, les deux chambres eurent sous les yeux Condiîlef traité de paix définitif. Lord Kîrenvillè ouvrit les dé- ^J^°'^f * bats dans la chambre des pairs. Après un exposé très débattues net des principes de toute négociation politique , il entra ^ija^^^e 'dans le détail des motifs qui fondorent son improbation des pair». -du traité. ^ Dans toutes les négociations pour la paix, '« dit^lord OrenvHle, t)n adopte pour bases, ou le status « aniè beHum^ ou Vulî possidetis. Ici, ce me semble, on « a pris ces deux termes en sens inverse, en appliquant « le premier à l'Angleterre, qui devoit rendre à la France -^ tout ce qu'elle avoit conquis sur elle, et le second à la «France, qui gardoit tout ce qu'elle avoit conquis. «Quand je ne reprocherois au traité qu'une pareille 4t méprise {et qu'on me sache gré de cette qualification « indulgente), seroit-il possible que Fassentîment pu- « blic en sanctionnât les dispositions? » î Lord GrenAnlle ne concevoit pas comment Fîle de Malte avoit été placée sous la garantie de six puissances qui ne pourroient s'accorder sur ce qui la concernoit, à moins que ce ne Ait par indifférence : or cette indifférence n'étoit pas supposable. Une absurdité tout aussi palpable avoit été de la rendre à l'ordre , quand la confiscation des biens nécessaires à Tentretien de cet ordre ne lui laissoit plus que des ressources incertaines et |>récaire6.
li'orateur regarda toutes les cessions faites aux autres puissances comme faites à la France, dont le but étoit d'arracher au commerce britaùnique tout le continent ^fiwropéen*
d46 KISTOIAS d'aNGLETERRS,
■ Lorsqu'il eut envisagé le traité sous toutes ses faees,
*^^* et débattu les articles qui donnoient prise à ses observations, très amèrement énoncées, il proposa la rédaction d'une adresse au roi. « Tout en reconnoissant dans « cette adresse, ajouta lord Grenville, qu'il est de Thon- « neur de notre nation d'accomplir les conditions do , « traité, la chambre montreroit à sa majesté les dangers < auxquels est exposée TAngleterre en conséquence des « sacrifices qu'elle a faits sans compensation ; et le roi « seroit supplié d'arrêter, par des conventions à Famia- « ble, les points restés indécis > et de rappeler ceux dont m l'omission nous porte un notable préjudice. »
Lord Grenville avoit si bien signalé les parties foibles
Les du traité définitif, que ceux qui l'attaquèrent après lui
î« *ad- ^^ firent î|ue répéter ses objections les plus puissantes.
▼ersaires Mais OU étoit tellement convaincu de la nécessité de
traité f^îr^ 1^ paix, et tellement persuadé qu'une lutte prolon-
•®"2J^" 5^^ ^^ \e^X pas rendue plus avantageuse, que la motion
fut rejetée par i %i voix contre 1 6. Dans la chambre des
communes, où M. Windbam proposa la même adresse,
et la soutint de tout le nerf de sa logique et de toute la
séduction de son éloquence, elle fut repoussée par une
immense majorité; par ayô voix contre a#.
Le parlement fut prorogé le a.8 juin. Peu de teropt
après il fut dissous.
Optera- L'armée que Bonaparte envoyoit à Saint-Domingue
p^"* ois ^^''*^^ devant cette île à la fin de janvier. Le général
à Saint- Leclerc étoit porteur d'une lettre du premier consul
au noir Toussaint- Lou^erture , que ses concitoyens
a voient nommé commandant -général de la colonie.
Ypici cette lettre, à*peu-prè8 textuelle î
« Citoyen général ^ la paix avec TAngleterre et toute»
Domlngae.
-m les puissances de TEiirope, qui Tient d'asseoir laxépu- '
:«t blique au. premier degré de puissance et de grandeur,
« met le gouvernement à même de s'occuper de la colo-
« nie de Saint-Domingue^ Nous vous envoyoné le citoyen
« Leclerc, notre beau-frère, en qualité de capitaine^gé-
« néral, comme premier magistrat, de la colonie. Il est
.M appuyé de forces convenables pour faire respecter Iç
/« nom françois. Nous nous plaisons à croire que vous
.« nous prouverez, ainsi qu'à la France entière, la sin-
« cérité deë sentiments exprimés dans lesf di£|Bp*entes
-« lettres que vous aves écrites. Nous avons coifçu pour
« vous de Testinve ; nous aimons à reconnottre, à pro*
-■n clamer les services que vous avez rendus au peuple
« françois. Si son pavillon flotte sur Saint-Domingue,
f c'est à vous, c'est aux braves noirs qu'il le doit. Ap-
« pefé par vos talents et la force des circonstances au
« premier commandement^ vous avez détruit la guerre
« civile, mis un frein à la persécution de quelques
.41 hommes féroces, remis en honneur la religion et le
« culte de Dieu, de qui tout émane«
«La constitution que vous avez faite (i)»renferme ^ « beaucoup dé bonnes dioses. Elle en contient qui sont .•« contraires à la souveraineté du peuple françois , dont « Saint-Domingue n'est qu'une fracticm. La situation où «voi^s vous êtes trouvé, pressé d'ennemis nombreux, « sans que la métropole pût ni vous secourir ni vous «alimenter, a rendu légitimes les articles de cette
i (i) Toussaint -LouTertdre avoit touIu donner une coastitutioo 4
I des hommes à peine civilises, et ne s'étoit pas mis en peine de con-
sulter la métropole. Il fit parvenir ce code noit à Bonaparte, en im priant de le souin^Ure t la sanction de la répùbliqne.
... {^IfcfluedeiûuUur,}
i8oa.
"* « constitution qui pourroient ne pas letre. Mais aujour*
« d'hui vous serez le premier à rendre hommage à la
« souveraineté d'une nation qui vous compte au nombre
9 de ses plus illustres citoyens, par les talents et la force
• « de caractère dont la nature vous a doué. Une conduite
« contraire seroit inconciliable avec ndée que nous nous
\M sommes faite de vous. Elle vous feroit perdre vos
« droits nombreux à la reconnoissance de la république,
« et creuseroit sous vos pas un précipice qui pourroit»
^ en Y^s engloutissant , contribuer au malheur de ces
« bravés noirs dont nous nous verrions avec peine obli-
« gés de punir la rébellion.
u Nous avons fait connoître à vos enfants les senti- « ments qui nous animent. Nous vous les renvoyons c» avec leur précepteur.
«( Assistez de vos conseils , de vos talents, le capitaine- « général. Que pouvez-vous désirer? La liberté des noirs? « vous savez que, dans tous les pays où nous sommes . « allés , nous Tavons donnée aux peuples qui ne Tavoient « pas. De la considération? de la fortune? ce n'est pas n après les preuves multipliées de votre courage, après ^ les titres que vous avez acquis à notre gratitude, que « vous pouvez être incertain sur votre considération, « votre fortune, et les honneurs qui vous attendent.
« Faites connoître aux peuples de Saint-Domingue n que la sollicitude de la, France, de cette France qui ne <K veut que leur bonheur, a souvent été rendue vaine « par les circonstances impérieuses de la guerre ; que <« les hommes venus du continent pour l'agiter étoient «t le produit des factions qui déchiroient la patrie ; que fi désormais la force du gouvernement et Ja paix asr « ^Urçnt leurs propriétés, leur liberté. Dites-leur que 5*
«la liberté leur paroit le premier des biens, ils ne" « peuvent en jouir qu'avec le titre de citoyens François , « et que tout acte contraire aux intérêts de la patrie, à « lobéissance qu'ils doivent au gouvernement , au capi- « taine-général, son délégué, seroit un crime contre la « souveraineté nationale, qui rendroit Saint-Domingue « le théâtre d'une guerre malheureuse.
« Et vous , général , songez que si vous êtes le premier « de votre couleur qui , par votre bravoure , ayez atteint « une aussi grande puissance, vous êtes aussi, devant « Dieu, devant nous, le principal responsable de la conn duite des peuples qui vous sont soumis.
«:Si quelque malveillant disoit aux auteurs des trou- «bies de Saint-Domingue que nous venons pour re- « chercher ce qu'ils ont fait dans ces jours d'anarchie, < assurez-les que nous ne chercherons le passé que pour fi connoitre les traits qui les auroient distingués dans la « guerre qu'ils ont sputenue contre les Espagnols et les » Anglois. *
« Comptez sans réserve sur notre estime, et condui- « sez-vous comme doit le faire un des principaux ci- * toyens de la plus grande nation du monde.
« Bonaparte. »
Paris, 37 brumaire an 10.
Les François reconnurent bientôt que le terrain leur seroit disputé. Sangos, homme de couleur, menaça d'incendier le Cap et de massacrer tous les blancs , si les François opéroient leur débarquement. Christophe, générai nègre, déclara qu'il ne recevoit d'ordre que de Toussaint-Louverture.
(jeclerc s'empressa de répandre la proclamation suivante;
i8oa.
aSe MI8T0IRB D*ANCLETEABE.
H Habitants de Saint-Domingue , quelles que toîèiit « votre origine et votre couleur, vous êtes tous François, « vous êtes tous libres , tous égaux devant Di^u , devant ft la république. La France a, comme Saint-DoBiiogae, «été déchirée par les factions et par la guerre; oÈiats m tout a changé; tous les peuples ont embrassé les Fma- « cois, et leur ont juré la paix et Tamitié^Tous les Fran- « çois aussi se sont embrassés ; vènea les embrasser à « votre tour.
« Le gouvernement vous envoie le capitaine-géâéral «Leclero. Il amène avec lui de grandes forces, pour « vous protéger contre vos ennemis et coittt*e les enne- «mis de la république. Si vous entendes dire que ces
y « forces sont destinées à vous ravir votre liberté, répoif-
« dez : La république ne souffrira pas quelle nous sùk en- « levée.
« Balliez^vous afutour du capitaine^général ; il vous « apporté Fabondance et la paix: qui se sépareroit de À lui seroit un traître à la patrie; la colère de la répth « blique le dévoreroit, comme le feu dévofe voâ camies it desséchées. »
Incenâîe Cette proclamation n^inspira pas plus de tonfiàâcte
" *^* aux nègres que la lettre du consul ne satisfit Toussaint-
Louverture. Le 4 février, les insurgés effectuèrent leurs
^^^r^ menaces par Tincendie du Cap, par le massacre des
blancs, blancs, et d'un grand nombre d'hommes de couleof,
qu'ils supposoient dévoués aux François.
6ouin*rt- Le contre-amiral Latouche a voit une division à bord;
Chris^o- il se dirigea, sur le Port-au-Prince, et mit à terre six ceafis
- jpHe* hommes, qui furent accueillis à coups de fusil. Ledérc, indigné de cette résistance^ poursuivit Cbrï^tophê et
GEORGES III. âSf
Toussaint; Le premier futxhassé d'un po$te qu'il occupoity et Toussaint se retira devant le corps de Bocham- ^ ^^*^^ beau. Leclerc attendoit impatiemment des renforts ; les se retira escadres de Flessingue et du Havre arrivèrent en6n, et *"'**' cet accroissement de forces alarma %3 rebelles. Cbristophe se rendit le premier; il consentit à licencier ses troupes, et remit entre les mains des François ses magasins et son artillerie. Toussaint ne se 6oit pas trop à la foi de ses ennemis. En demandant à rentrer en grâce > il écrivoit au capitaine-général: « Des circonstances «malheureuses ont déjà causé bien des maux; mais, « quelle que soit la force de l'armée françoise, je serai « toujours assez fort, assez puisssant pour brûler^ rava- « ger , et vendre chèrement une vie qui fut quelquefois « utile. » Sa soumission fut acceptée. Dessalines, un de ses lieutenants, fit aussi sa paix, et les choses reprirent un cours plus tranquille. Mais il n'en troit pas dans les vues de Bonaparte que Toussaint restât maître de conjurer contre le pouvoir qui succédoit au sien. De leur côté, les nègres supportoient avec chagrin la retraite forcée de leur ancien chef; ils lui rendoient de fréquentes visites, pour lui reprocher de les abandonner à l'autorité d'un blanc. Toussaint devint suspect ; il fut arrêté, con- Bonaparduit en France, et détenu dans une forteresse. Comme ^gjfever il n'a plus reparu , l'opinion générale est qu'on le fit pé- et conrir. Nous verrons par la suite que ce moyen de se déli* Vî^ance? vrer de ses ennemis ne coûtoit rien à Bonaparte.
Les nègres, irrités du traitement fait à leur chef, en* NouvelIeaL hardis par les progrès d'une fièvre îaune qui détruisoit horreur* les François , et soulevés par Christophe , se répandirent se» > dans l'île les armes à la main. Il se commit, de part tt ^^[^^-^
^5a HISTOfBE D*A19GLE*rERBEé
> r, d'autre, d'effroyables atrocités. A la fia de l'année, le
sort de cette malheureuse colonie n'étoit pas encore
décidé.
Bona- La dignité de premier consul n'avoit été qu^un degré
'ottininT P^"** arriver pluS haut; mais ce degré ne vouloit pas
«consul à être franchi trop brusquement, quoique les trois quarts
des François aspirassent au rétablissement de Tautorité
royale. Le*^ mouvement avoit été factieux; le sentiment
étoit resté monarchique, et cette secrète pensée d'une
grande partie de la nation n'échappoit point à Bonaparte.
Le 6 mai, le président du tribunât émit le vœu « que
■« le général Bonaparte reçût un gage éclatait de la re-
■^ connoissance nationale. »
Le sénat arrêta que le peuple françois seroit consulté sur cette question : « Napoléon Bonaparte sera-t-il consul m à vie?» Des registres furent ouverts pour recueillir les votes ; et le a août le sénat proclama Bonaparte cmtsid
La seconde question : « Bonaparte aura-t-îl le droit de « se choisir un successeur?» ne fut pas remise à la décision du peuple. Le sénat se crut en droit delà résoudre par une réponse affirmative; il ne manquoit au consul <{ue le titre de roi.
Nous allons revoir les Suisses agités par de nouvelles secousses et plongés dans de nouveaux malheurs. Ces malheurs étoient Touvrage de la constitution que Bonaparte leur avoit donnée. La lutte de deux partis déchiroit une seconde fois ces contrées, si long -temps heureuses sous l'égide des lois qui les gouvernoient. Troubles Une diète fut convoquée pour rapprocher les cantbenrsVe tous divisés. Ett même temps le gouvernement helvéti :>uis*c. tique implora la médiation de la France ; démarche irré*
GEORGES lUv !^53
fléchie, dont le péril ne fut pas senti. Bonaparte, saisis-" sant ce prétexte d'intervenir dans les affaires de la Suisse, fit marcher vers ce pays vingt-cinq mille hommes, que précéda cette proclamation arrogante :
«Vous vous êtes disputés trois ans^ sans vous entendre^ « abandonnés plus long-temps à vous-mêmes, vous vous « tuerez trois ans, sans vous entendre dayantage. Votre « histoire prouve que Vos guerres intesdnes n'ont ja- « mais pu se terminer que par Tinterposition efficace « de la France. Il est vrai que j avois pris le parti de ne « me mêler en rien de vos affaires. J*avois vu constam- « ment vos différents gouvernements me demander des « conseils et ne pas les suivre, et quelquefois abuser de. « mon nom, selon leurs injtérêts et leurs passions; mais ' «je ne peux ni ne dois rester insensible au malheur « auquel vous êtes en proie. Je reviens sur ma rjésolu- ' o tion : je serai le médiateur de vos différents ; mais ma. « médiation sera puissante ,^ telle qu'elle convient au u grand peuple an nom duquel je parle. Cinq jours ' « après la notification de la présente proclaipation, que i « le sénat se réunisse à Berne ; toute magistrature qui I « se seroit formée dans cette ville depuis la capitulation I « sera dissoute et cessera d'exercer aucune autorité ; « les préfets se rendront à leurs postes ; les rassemble- I « ments armés se dissiperont ; les première et deuxième « demi-brigades helvétiques composeront la garnison « de Berne ; Içs troupes qui sont sur pied depuis si?c a mois pourront seules rester en corps de troupes; enfia. M tous les individus licenciés des armées belligéran-; « tes, et qui sont armés aujourd'hui, déposeront leurSs « armes à la municip^ité du lieu de leur naissance. « Il est temps que vous songiez que si le patriotisme
i8ox
S54 aiSTOIRB D'ANGLBtERAS.
■' « et runiôn de vos ancétres^ondèreat votre république/
tooa. ^Iq mauvais esprit de vos factions, s'il continue, lu
« renversera. Il seroit pénible de penser qu'à Tépoque
« où se sont élevées plusieurs républiques , le destin
« eût marqué la fin d'une des plu? anciennes. ^
La diète de Sehwitz, troublée du ton de cette proclamation , et s'apercevant trop bien que le despotisme approchoit , crut devcnr s'adresser aux cours étrangères, pour les supplier d'aider la Suisse à soutenir son indé^ pendance contre le protecteur même qu'elle avoit ea la témérité d'invoquer. La Grande-Bretagne seule eut égard à ses sollicitations. Lord Hawkesbury, dans une noteVemise à M. Otto, lie dissimuU point que le roi d'Angleterre voyoit avec déplaisir la France entrer dans les querelles des cantons. «Après tout, ajoutoit lord
• Hawkesbury, si leur ancien gouvernement est celni i^qut leur convient le mieux, rien n'est plus légitime « que les efforts qu'ils font pour le reconquériri Riai
• aussi n^Bst moins juste que de les lier au joug d'une «constitution qu'ils n'ont point acceptée, mais souf-
• ferte. »>
Invasion Cet intérêt de l'Angleterre ne changea rien aux dé- Suisse. terminations du consul, et la Suisse fat envahie. Bonapar- Cependant la France s'avançôit de jour^en jour vers te Vache- \^ inonarchie par des progressions dont la rapidité
SDine vers x i u i .
la puis- n^effrayoit que les républicains, c'est-à-diré quelques *tîLrcUr lï^oûiines qu'il eiti été fecilé de compter. Déjà Bonaparte que, attaquoit leur grand principe d'égalité , lorsqu'en instituant la légion 'd'honneur il créoit une sorte de noblesse. Il en décoroit }es membres d'une étoile et d'un ruban dont la couleur rappeloit un ordre royal ; il le»
CEOAGKS III. a55
nommoit ehet^aUers , grands^offici^rs , commandeurs; il cutaohoit des pensions à tous ces degrés. ' ^^*
Qu'étoit devenu le fameux décret du 19 juin 1790? La dernière constitution promulguée ne convenoit Nouvelle plus au système qui- s'établissoit : on en fit une autre, iionVra^ t«lle à-peu<pprès que Bonaparte Teût dictée lui-mémeé C^ise. Par ce nouveau code, le premier consul présentoit au sénat deux autres consuls, inutilement associés à sa représentation. Il déclaroit la guerre, il concluoit la paix , ratiâoit les traités , nommoit à tous les emplois sv^ périeurs, choisissoit quarante sénateurs sur cent vingt, aasuroit l'exécution des lois, etc. , etc. Enfin on ani au« tant de zélé à l'investir de toutes les attributions de la iK>yauté , sans qu'il fût roi , que rassemblée constituante *
■dontra d empi^essement à dépouiller un roi qui 1 etoit eACore; car elle ne laissa pas même à Louis XVI le droit de faire grâce ; prérogative qui pourtant ne devoit pa» alarmer son ombrageuse inquiétude. L'assemblée fit plu^; elle en prononça Tabolition formelle (i); et le» François, sous Tempire de cette première constitution, se trouvèrent être le sei;il peuple chez qui le pouvoir fùt saiis indulgence, et la loi s|ins pitié (:i).
(i) Uattteur se trompe. L'abolition ne fu( pas proQOtic<$e, mais on ^ojuma la <}uestioD indéfiniment ; ce qui ne permit plas au roi d« I faire (jrace , ni même de modérer la peine. {Note du traducteur. )
(a) Le roi d'Angleterre, à son avènement au trône, répond à plu-« Mtavs questions adresse'ids par rarehevéque-prinat du royaume. Celte l|qi suit est une ^es preinières : A^ill you to.yoïir power caisse l«w^ and justice, in mercy, to be exécute^, in ail your judgements? « Pro* «met,te^vous d'employer votre pouvoir à rendre vos jugements cou* • formes ans lois, à la justice, et de les faire exécuter avec merct?
{NotêdeCéuteur.) ,
a56 » HISTOIRE o'angleterre. ' *
' Au mois de septembre , un sénatus-<:onsuhe réunit U
^, . ' Piémont à la France, et distribua tout ce pays en six du départements.
^à™^"* L'article des indemnités et' celui des sécularisations
France, avoieut été Ipng-temps débattus à Rastadt sans aucun résultat, et d'interminables débats prolongeoient Finexécution de lartide 7 du traité de Lunéville. La France et la Russie prirent le parti de dresser un plan d^ndemnités qui réglât la part de chacun des princes ecclésiastiques ou laïques de la rive gauche, pour la portion de leurs états dont ils étoient dépouillés. Des plénipo-* tentiaires nommés par l'empereur Alexandre .et par le consul Bonaparte ayant présenté le plan, le 1 8 août, à la diète de Batisbonne, le subdélégué de Bohême déclara que la France et la Russie ne pouvoient donner des lois à rAllemagne. Il réclama contre le projet, et notamment en ce qui concernoit le grand-duc de Toscane, dont les pertes, étoient loin d'être compensées par les indemnités qu'on lui proposoit. Les ministres de Prusse, de Wurtemberg, de Hesse, votèrent pour l'adoption du plan dans son ensemble, sauf quelques modiBcations. Enfin la diète fit connoitre, par un conclusum du 8 septembre, qu'elle adhéroit au plan; mais cette affaire n'étoit pas terminée.
R^Tohe L'esprit d'insurrection gagnoit de proche en proche noirs p^rmi les noirs des Antilles, qui forment la plus grande
dans les partie de la population. A Tabago, le brigadier-général Garmichael eut à se défendre avec deux cents hommes contre une armée de nègres révoltés. Il employa tourà-tour la persuasion et la force avec une telle habileté, que la rébellion étoit' calmée quand l'ile fut remise aux François, conformément au traité.
GËOHGES III. 3S7
A la Dommique, le même soulèvement éclata dans ' " " un corps de noirs disciplinés à Teumpéenne. 8ir Co-^ chraoe Johnstone rassembla toutes les forces de Tile^ marcha contre les insuijgés, et les mit en déroute. Le / supplice des chefs , et raoïnîstie pour tout le reste, réta» blirent la tranquillité.
Le nouveau parlement d^Aogleterre se réunit le 16 ^^^^^ de novembre. Le roi parla dans sa harangue de ses rela* impérial. tions avec les puissances étrangères, et' du désir qui lanimoit.de maintenir une paix achetée par plus d'un sacrifice. t< Toutefois, ajouta sa majesté, je ne peux ni K ne dois p^xlre de vue le système sagement ordonné « qui lie les intérêts des antres états à ceux de TAngle- « terre; et cette considération tiendra nies yeux ou^ « verts sur les changements que pourroit éprouver leur « force relative. » Il étoit difficile de se méprendre à Yin-^ tention de cette dernière phrase; et comme elle fut suivie d'une pressante invitation au parlement d'em- ' brasser les mesures les plus propres à prévenir le retour de la guerre, il fut aisé de juger qu elle n etoit pas éloignée. Ces indices se cbangèrent en certitude, quand des résolutions furent proposées pour augmenter les forces de terre et de mer; et quoique là chambre les eût adoptées , les ministres n échappèrent point à d'aigres improbacensures. On leur fit connoitre san^ détour que la nation ^'^" ^^. '^
" conduite
les réputoit peu capables de conduire les affaires dan^ desminis^ des conjonctures. qui dems^ndoient toutes les ressources ^^^*' de Tart' de gouverner et de la poKtique la plus édmréeé « Ce fut à la fin de cette année i8oa qu'un colonel Marc Ûespard, officier mécontent, conspira oontre le roik-Qqoique cette entreprise annonçât encore plus de démence que d audace , Dèspard et ses cbn^Uees forent .
ai. 17
iSoft.
a58 HISTOIRE d'angleterhe.
' jugés QMtome coupables de haate*tcahîsmi» condamnée et livFés«U( supplice. *
MRssaçe lV)iite^ leâ apparences répofidoieot aux prooostid tirés dU)di$couj9 du roi lorsqu-jfl avoit ouvert la sessioD, elle me&sfige qutHenAroyaile 8 de nians. tendon à les confirmer. Sa majesté faisoit connottre.que de grands prépenatîfa hoetUea avoient lieu dana iea ports de France et.de HoUandei « Le ministère des deux gouv«rn«nents, <i ajqiUoît-dJe, déelai!e que ces. armements regardeot f* uniquement leacokmiea, et cette destination est pro- /i'bable. Mais, comme la Grande-Bretagoe et la France «rSiont en oonteetation sur des points iniportapts , et que tt leur persévéi^ance dans des^ prétentions^qiii leur pa- AfiToissent également fondées, peut redevenir une cau«e ^;de mésinâdli^^enQe, j ai< pensé qu'iL était sage de se « diifier dea événemekus^ et dé prendre des mesures «(pour la sûreté des royaumes^ «n Prépara- . Lddnesse auL roi fut votée. ean& contP9dietîon , ainsi Kuerre. qu'une: augmentation de di& n^ilie matelots* Un a«itre message infonma la chambre de la résolation* du roi d'appeler, la. milice. Après: la^ vacance de. Pâques, el)e en reçut un troisième^ par lequel; le roi mandoit que- lord Wbitworth, son ambassadeur ^a Fraïu^e, avoit ordre de quijÈter Baris si la uégoeiaticm ne preooit pas na tour plus fayorablei. Cette oommamication répandit une grande sollicitude. Cependant les. papiers publics entre* tanoîent enivre Tespérance; mais un message du 16 Rappel (Uài leva toùa les doutée. IL annoziçok le nappet de L'ainr ael*am- ty^^sadeur d!Andeterre et le départ dé ràmbassadeur
bassadeur " *
d*An{;le. deFranes. On apprit ensuite, par la. correspondance qui FrancT ^ souoHse ail padomeut , qu^ la France s'étqit plainte à- diverses irqpriaes : 1 ' ;. :-':.w.'ij/i;p . ■
GËOllGEâ Itl/ ^59
1^ De la lente évacuation de Malte et d'Alexandrie. 2° De ce que TAngleterre accordoit une protection
aintes
de la
iPrance»
Plaifttei
spéciale aux ennemis du gouvernement François. de la
3^ De ce que les feuilles angloises se permettoient des sorties injurieuses contre le premier consul.
Les sujets de plainte de l'Angleterre étoient plus sé<^ Plaintes rieux. Dans une déclaration du 18 mai , le roi compa- gieurrc' roit les bons traitements dont les François avoient à se louer de la part du gouvemement britannique, depuis la paix d'Amiens , avec les rigueurs et les injustices que la France avoit fait essuyer aux Anglois, n>éme après cette époque. Il reprochoit à la France la mission de quelques hommes envoyés dans les ports d'Angleterre et d'Irlande, pour y remplir en apparence la fonction de consuls , mais en effet pour y cultiver des germes de mécontentement. La paix avoit-elle éteint cet esprit d'usurpation dont la France étoh possédée? ne tenoit- «lie pas une de Ses armées en Hollande, nonobstant les représentations du gouvernement batave? n*avorit-elle pas violé le territoire de la Suisse ci^ntre la foi des traités? de quel droit rétmissoit<«elle à sa dotninatioh Parme, Plaisance, l'île d'Elbe, le Piémont?
Comment osoit-on avancer « qu'il n'étoit pas permis « à la Grande-Bretagne d'intervenir dans les opérations « de la France en tout ce qui ne fâisoit point partie des ' ic conditions du traité d'Amiens?
« Ainsi l'Angleterre resteroittémoin immobile de pï*o« « jets dirigés contre le reste de l'fiurope! Il faûdroit que «le mal pût L'atteindre pour légitimer sa résistance f « De pareils principes se réfutoient d'eux-ménîes. »
Si les troupes angloises n'avoient pas encore évacué l'île de Malte, n'étoit-ce pas l'Espagne ^ ou plutôt là
260 tilSTOIllE O^ANGLËTëRHK.
i8o3. Fran<5e^ qu'il fallpit en accuser? car la conduite de VÈi-' pagne à cet égard étoit évidemlnent la suite de^ suggestions du gouvernement fratiçois : et quel autre obstacle à ce que larticlc du traité relatif à Tévacuatioti de Tile reçût son exécution? « Mais dans tous les cas, ajoutoit « le manifeste, le dessein annoncé par la France d'en- « freindre laiticle qui stipule Tintcgrité de Tempire « ottoman et des lies ioniennes justifieroit suffisamment « la rétention; de Malte, tant que le gouvernement frapn çois ne fournira point de caution rassurante contre « ce besoin toujours renaissant d'envahir, de s'étendre, « de reculer ses limites.
<c La France fait entrer<lans ses griefs quelques pages A obscures de journalistes anglois contre le premier M consul.
<c L'Angleterre n'est-elle pas sans cesse calomniée «par les journaux françois? Le premier consul lui- « même n'a-t-il pas dit au corps-législatif, avec une se- « curité méprisante, que V Angleterre seule n étoit point « à craindre et ne pouvoit se mesurer contre la France! « assertion outrageante, pleinement démentie par l'his- « toire. »
Sa majesté finissoit par assurer qu'elle nVn étoit pas moins prête à concourir à tel arrangement qui lui donneroit satisfaction pour les insultes faites à sa couronne, et garantie contre les usurpations ambitieuses de la ré^ pviblique françoise.
Le 1 7, un embargo fut mis, dans les ports de l'empire
britannique sur les navires appartenant aux républiques
françoise et bs^tave.
Renoti- ^® ^^ "™^'» ^^ àie\x% chambres s'occupèrent du renoa-
Tellement vfllement prochain ^es hostilités entre deux nations k
peine récopciliées ; et des deux parts lopposition éleva 7^
des doutes sqr la justice d'une guerre que n'appeloit aucune agression manifeste. Mais Topinion du grand prochain nombre se prononça pour les sentiments dont la pro- uté». clamation royale étoit remplie , contre Torgueil de la I France et Tesprit de domination qui caractérisoit tous les actes de son gouvernement,
. Dansjja chanabre-baute, lord King proposa la radia^ tiou d^une phrase de l'adresse qui faisoit tomber sur les François la première infraction du traité. Cet amendement fut rejeté par 1 4^ voix contre i o. Un orateur de la chambre des communes proposa d'énoncer dans l'adresse une improbation formelle de la conduite des '
ministres: 398 voix contre 67 écartèrent sa proposition.
Le roi rappela de La Haye son ministre, et fit donner des lettres de marque et de représailles contre les bâtiments hollandois.
Une levée de cinquante mille hommes, dont trente* quatre mille pour l'Angleterre, dix mille pour l'Irlande, et six mille pour l'Ecosse, eut lieu par la voie du sort: et, pour compléter les moyens de défense nationale, le parlement autorisa le nwftarque à faire faire, en cas d'invasion, des levées en masse de tous les citoyens en çtat de porter les, armes.
^ Pendant que la guerre étrangère se rallumoit , de non- Menaces veaux troubles menaçoient l'Irlande. Un jeune homme ^1^3*^ ^n" d'une imagination ardente se mit à la tète d'une popu- Irlande, lace à laquelle il distribua des armes; et, leaS juillet, ce rassemblement investit un château qu'une forte gar« nison défendoit. Aux premiers coups de fusil les assié- Affreux géants disparurent. Mais ce même jour des habitants ^^^^?
* i ' /» 1 1 1. 1. commis à
de la campagne entrèrent en foule à Dublin, se disper- Dublin.
a62 HISTOIRE D'AIfOLETERRE.
■'■' '■■ sèrent dans la ville en groupes tumultueux, armés de ' fusils et de piques « arrachèrent de leur carrosse lord
Kilwarden et son neveu le chevalin Wo'lfe, et les massacrèrent. La force publique ftit employée trop tard. Aussitôt qu on leut requise, cent vingt hommes suffirent pour disperser les mutins. On en tua quelques uns ; quelques autres furent arrêtés. On 6t justice des chefe seulement, et sur-tout du premier moteur de cette in** surrection.
Acte ho8* Le premier, acte hostile du gouvernement françois , tile du jj^jg ^jgjjQ jjé Maroc ou d'Alger , fut de traiter comme nement prisonuiers de guerre plus de sept mille Anglois qui se françois. tj^yyQÎçui; en France, et qui se reposoient sur la foi des Noble traités. Les Anglois se vengèrent noblement de cette dtT'goîi- violation ipouïe des droits de l'hospitalité : tous les verne- françois nou militaires que la déclaration de guerre
ment bri- ... i» * i nr i i i ■•
taonique. surprit Visitant 1 Angleterre ou 1 Irlande , eurent la li«
berté de s*en retourner librement dans leur patrie. Prépara* Le moment étoit venu pour Bonaparte d'alarmer descente l'Angleterre de toutes les apparences d'un projet d'in^ en Angle- vasion. Il réunit sur les côtes de là Manche une armée de cent cinquante mille hon||iies, et fit rassembler dans I96 ports de Boulogne , d'ÉtapIes , d'Ambleteuse , et de Calais trois mille bateaux , chaloupes , péniches , chassctsrmarée^ canomiières. Il vint lui - même , avec une ' partie de sa cour, s'établir au milieu du camp qui couvrit au loin toute la côte ; il donna des fêtes, multiplia les revues , parla sans cesse aux troupes pour animer leur espérance, peut-^étre en se jouant de leur crédulité. Le succès de cette descente étoit*il probable, en sup* posant que Bonaparte songeât effectivement à Tentre* pr^adre?.Ce problème ne sauroit en être un si Ion con«
«GEOfiOE^Â in. à6i
sidère quelle étoit en ee moment la force ^f&otive de "."- TAngleterre : quatre-vioguneuf vaisseaax de ligne, dixsept bàtfi&enis de cinquante canons, cent tnente^ieux frégates, et d'autnes bâthoaeiKs de^towtegrMdeur ; trois cent mille hoaiflEies annés , dont to«t^ .les opinions se^ confondoienC dans^unseui et'oéme sentûneHi, l^amc^i" de leur pays. N'en doutons pas, la flottille françoise ^ût été détruite , anéanties par le fcM des vaisseaux angiois ; et vraiaei&blablelnent Torgueil^de Bouapàrt^ n^eût |ias eu pour refuge le- mot de Philippe II: «.Je n'avoispas « envoyé VArmêida pour combattre les Tants. »
• L expédition des François contre Saint ^iDomiâgue Malheuavoit«u l'issue la plus raalheunrase. Le^g^néral Leelerc i^^,^^^^. éttHt mort consumé de 1» fièyre jaune, et Rochambeau, Téxpëdi qni lai ' succéda , ne commandait pltis que quekfues ç^ise troupes langufssaotes et découragées. Le Cap étoit in- «on^fe vesti par Christophe, Pétion et Dessalines^ tonjours «n Domin querelle'pour s'emparer du pouvoir, toujours anis pour ^^^\ le disputer aux François. Rochambeau défendit le Gap tant que la flotte françoise put tenir la mer i mais lors^ que la guerre entre la Grande*£i%tagne et k France eut éclaté , des escadres angloises réduisire»! ce g^éral à capituler. Les nègres restèrent maîtres de la- principale partie de Tile, et les François ne gardèrent que Santo^Doœingo , capitale das anciennes possessions espagnoles.
L*Axkgleterre eut de grands succès dans Vlnde , et les Saccès' dut à rhabileté des gén^^ux Lake et Wellesley. Holkar angloUeV avoît chassé de ses états le sonvei'aln maratte de Pore- ^^^^ nah , lequel s'éHnt^ mis sous la provectioni de la compagnie. Le rajah deBerar etcelni de Scindiah; chefs marattes, soutenoieat il^kar; mais41' étoit plus pctîsdam-'
!k64 HISTOIRE d'aNGLETERAE.
- ment aidé par le géoéral François, Peron, qui comman* doit des corps disciplinés àleuropéenne. Des opérations sagement combinées rompirent cette ligue menaçante, portèrent une atteinte mortelle à Tinfluence des François dans rinde, et, moyennant des cessions de territoire agrandirent singulièrement la puissance de la compagnie.
Vers la fin de cette année, le gouvernement François abandonna la Louisiane aux- États-Unis d'Amérique pour une somme de trois millions de dollars.
Kentr^e L^ parlement rentra le 22 de novembre.
au parle- u^g indisposition du roi fut annoncée le li février;
ineni ira- i i n
pet ia!. et quoique le bulletin eût été rédigé de madière à dé- ^îamaï^^ guiser le retour de la maladie mentale, le public ne s'y dK> laen- trompa point. L'accès fut moins prononcé que les pré- ^^1 oi. ^ cédents ; cependant il se passa plusieurs mois avant que sa majesté pût prendre part à la conversation sans fatiguer son esprit , et qu'elle fût assez tranquille pour recevoir les rapports ordinaires sur les prisonniers condamnés à mort.
Kmharras Chaque jour ajoutoit aux difficultés dont la marche
. \''\ de ladministration étoit embarrassée. Les ministres ne
ministère.
faisoient plus un seul pas qui. ne révélât leur foibiesse. Il étoit temps qu'une main exercée ressaisit le timon des affaires. Si, dans ces circonstances, la place de premier ministre eût été donnée par la voix du peuple, M. Pitt réunissoit infailliblement les suffrages. Tous les yeux étant attachés sur cet homme habiie, il veilloit soigneusement à ce que sa contenance politique ne pût fournir des armes à ses ennemis ; il n enonçoit sa pensée qu'avec une circonspection timide, et se gardoit bien de hasarder sa popularité par des déclarations positives.
On avoit essayé de l'associjer aux personnes en place ; — mais comme il mettoit pour condition première a cet arrangement qu'il auroit le droit de soumettre directement ses idées au roi (ce qui réduisoit à la nullité les autres membres du cabinet), la négociation s'arrêta.
Le 3o avril, le chancelier de l'échiquier présenta le Budget, budget de Tannée. L état des besoins montoit à plus de trente-six millions pour la seule Angleterre; les voies et moyens se composoient de quelques surcroîts à l'impôt de guerre, d'un emprunt de dix millions, et d'un vote de crédit de deux millions cinq cent mille livres.
Le 12 mai, le bruit se répandit que M. Âddington |^ pj^^ ïétoit remplacé par M. Pitt dans l'emploi de chancelier rentre de l'échiquier. Le lendemain ce bruit se con6rma. lèr©.
La nation se promettoit que la retraite des ministres, qu'on avoit toujours regardés comme provisoires, améneroit sur ce théâtre des hommes que l'opinion générale appeloit au gouvernement , cette espérance ne fut pas remplie. Voici comment M. Pitt forma le nouveau mi« liistère :
. Le duc de Portland, président du conseil ; lord Eldon, chancelier; le comte deWestmoreland, garde du sceauprivé; lord Harrowby, secrétaire-d'état des affaires étrangères ; lord Hawkesbury, secrétaire-d'état de l'intérieur ; le comte Cambden, pour les colonies ; lord Mel ville (Dundas), premier lord de l'amirauté; le comte de Chatbam , grand-maitre de l'artillerie ; lord Càstlereagh, président*du conseil de contrôle; lord Mulgrave, chancelier du duché de Lancaster, avec séance dans le cabinet. .
. Le parlement fut prorogé le 3i juillet. On remarqua la. dernière phrase du discours que le roi prononça le
l66 HISTOIRE D'ANGLETERRE.
' jour de la clôtura ; elle oùvrojt un champ vaste aiix con- ^' jectures de la politique. « J'espère, dit sa majesté, que « DOS efforts affermiront cet empire sur ses bases, qu'un « esprit séditieux Youdroit ébranler. Je ^le flatte même* « qu'ils concourront à tirer l'Enrope de cet état pré- « Caire, et qu'ils préviendront des projets ambitieux qui A menacent toutes les nations du continent européen , « dont l 'indépendance n*a pas 'encore été violée. »
Les. premières opérations militaires de cette année n'eurent rien de très considérable. Les flottes angloises 6rent même plusieurs tentatives itiutiles ; le combat que nous allons rapporter honora le courage de nos marins bien plus que t'équité du gouveiHement.
Fre(jates Le ministère, instruit que plusieurs bâtiments espales^3ses gûols arrivoieut de Rio de la Plata, chargés de richesses,
devant euvoya le capitaine Aloore avec un vûsseau de ligne et trois frégates, pour croiser devant le port de Cadix. Le 5 octobre, Moore découvrit ces bâtiments, et se porta sur eux à toutes voiles. Il prévint le commandant espagnol qu'il avoit ordre de retenir son escadre ; qu'il désir roit que cet ordre pût s'exécuter sans éflusion de sang , mais qu'à peine accorderoit-il le temps de délibérer. Sur la réponse, peu satisfaisante du contre-amiral espagnol, Moore l'attaqua. Le fendes Anglois fat si terrible, que la Mercedy navire espagnol, saiita presque aussitôt avec une éxplbsiicHd épbUvantri>le; les trois aiiâ*es bâtiments amenèrent leur pavillon après une courageuse résistance. On évalua la cargaison des frégates à dix. millions de dollars; elle consistoitien marchandises pré^ çieuses, et sqr-tout en lingots d'or et d'argent. Le ministère prétendit, afin de légitimer cette violence, que tous ces trésors étoient destinés pour le gouvernement fran-
GEOAGES III. 267
.çois; mais ce prétexte coiivroit mal une iniquité mafai- —
feste, et cette action fut condamnée, même en Aûgleterre.
Il étoit impossible que Bonaparte, en approchant du Progrès
, * ; ^ * 111 ^ des vues
terme de ses vœux, n eut pas a combattre de plus près je Bonadeux ennemis également dangereux pour lui, les jaco- P**"*®* bins et les royalistes. Les jacobins le voyoient avec dépit relever un trônequ'ils avoient renversé : mais Bonaparte, qui connôissoit les chefis de^cette faction, savoit aussi qu'ils n etoient pas intraitables; et, dussent-ils lui vendre cher la couronne , il consentoit d'avance au pacte qui lui seroit propose.
. Les partisans de la dynastie légitime se refusoiént à toute composition . Us regardoièn t la maison de Bourbon comme détrônée saas retour et sans espérance , s'ils n'écartoientun soldat heureux du rang qu'il alloit envahir. Quelques émigrés hardis et zélés se dévouèrent à ce projet avec une nobW témérité.
La police de Bonaparte entretenoit par-tout des agents. Conspira^ Autorisés à se parer, aux yeux des François émigi*és , ^^l^^^!^ le d'une haine trompeuse pour le chef du gouvernement , consul, ils surprirent les confid^ces les plus importantes , et vinrent à Paris faire acheter leurs révélations. Le piège étoit trop bien tendu pour qu'aucun des principaux ac« teurs du complot pût échapper ; on poussa la perfidie jusqu'à leur faire parvenir* des lettres d'une écriture adroitement .contrefaite , et signées des noms les plus imposantst Georges, officier vendéen , le général Pichegru, Willot, etc., etc., se rendirent à P^ris et furent arrêtés en arrivant. L'occasion s'offroit à Bonaparte de perdre le général Moreau, dont la gloire i'importunoit; il en profita* Moreau fut accusé d'avoir eu des entrevues iecfétes avec Picfaegru ; c'étoit assez pour l'envelopper
a68 HISTOIRE D'ANGLETERRE.
^ dans la conjuration. Le i6 février, Murât, gouverneur '^' de Paris, fit lire à Tordre une proclamation qui coramençoit ainsi :
« Soldats ,
« Cinquante brigands, reste impur de la guerre civile, « que le gouvernement anglois tenoit en réserve, parcp- « (ju il méditoit encore un crime pareil à celui du 3 ni- « vose, ont débarqué, par petits pelotons et denuit, sur «c la falaise de Beville ; ils ont pénétré jusque dans la « capitale. Georges et le général Pichegru sont à leur «tête. Leur arrivée, soldats, avoit été provoquée par A un homme qui compte encore dans nos rangs, par le « général Moreau, qui fut remis ^hier aux mains de la « justice nationale.
« Leur projet , après avoir assassiné le premier con«
sul, étoit, etc., etc. »
Les jour- Le lendemain , trois conseillers-d'état portèrent au
f ran"ois ^o^^P^'législatif uu rapport fait par le ministre grand-j uge,
«cluseDt pour rendre compte au consul luinmême de tous les dé-
terre de ^^^'^ de <îette entreprise. Dans ce rapport, aipsi que
participa- dans l'affiche de Murât, t Angleterre^ la criminelle An-
complots. 3^^^^^^ y e'to*^ hfç^er de toutes les intrigues; de àet atelier
sortaient les poignards ^ les poisons y les machines infer^
nales.
Pendant un mois, les journaux françois, aux gages de la police, furent remplis de ces déplorables inepties. Mais le Moniteur du 17 ventôse les surpassa tous par larticle qui suit:
« Les ministres du roi d'Angleterre comptoient an- « noncer au parlement qu'ils avoient fait lâchement as« u sassiner le premier consul; mais celui qui dispose da
GËOfiGEs ni. tièg
« la vie des hommes et de la destinée des empires en ""TT^
« a voit autrement ordonné. Le premier consul, supé*
« rieur à tous les événements, tranquille au milieu de
« ces vaines coiyurations, tout entier au bonheur dé
« son peuple , est plus que jamais en état d accpmplir
« Tordre des cieux , tandis que le roi d'Angleterre est
K frappé de démence, le jour même qu'il avoit marqué
« pour Tassàssinat du premier consul. »
Ainsi, voilà le roi d'Angleterre frappé par le ciel, en 1 804, pour la cause de Bonaparte, d'une maladie dont ce prince étoit afQigé depuis. 1788 ! Ces adulations imbécilles ont été la risée de TEurope.
L'Angleterre répondit à ces invectives avec dignité. Dans une séance de la cjiambre des communes du 17 avril , le chancelier de l'échiquier prit la parole : « Je ne « dédaignerai pas , dit-il, de repousser une des pluâ « atroces et des plus grossières calomnies qu'une nation « ait pu vomir contre une autre. J'affirme qu'aucun n homme n'a reçu du gouvernement britannique mis*^ A sion , instruction, ou pouvoir, pour agir contre le droit (c des gens et l'honneur de notre pays. »
Le 1 3 mai, Moreau parut sur le banc des accusés; sa Procès de défense fut digne de sa réputation et de son caractère.' ^«reau, Bonaparte, qui craignoit la probité des juges, fit attaquer Pichejrru, leur conscience par la séduction toute-puissante de l'or ç^^® ^ et des promesses. Un homme seul rejeta ces offres. La etc., etc. capitale étoit pleine d'indignation contre le coiîsul et d'intérêt pour Moreau; son arrêt eût été le signal d'une insurrection généreuse; le tribunal asservi n'osa ni le coodamner ni l'absoudre ; on lui permit de s'exiler. Georges et plusieurs de ses amis montèrent à l'échafaud. f ichegru périt dans son cachot , étraqglé par quatre
2'j2 HiSToincr d'angleterbe.
nement anglois rappela M. Drake, et même M. Speacer- Smithy ministre d'Angleterre à Stutgard, lequel se troo* voit compromis dans cette affaire.
Il ne manquoit à Tautoritc de Bonaparte qu'un titre qui pût Tannoncer, raffermir, et la rendre égale à celle des autres souverains. Ses confidents agissoient en secret; et lorsque tout eut été préparé pour donner à ce jeu de théâtre les apparences d'i^ne impulsion nationale, le sénat adressa ces paroles au consul par Torgane de son président :
Bonapar- «Citoven premier cousul, le sénat-conservateur, après reur des « avoir examme le passé, le présent , et porte ses regards Ftançois» ^ g^p J'ayenir; après avoir réuni ; comparé les résultats « des méditations de ses membres', les fruits de leur ex* «périence, et les effets du zélé qui les anime pour la « prospérité du peuple dont ils sont chargés de mainte^ «nir les droits, a pensé que, pour conserver à jamais « nos libertés, les lauriers de la victoire ^t les palmes « du génie , le gouvernement héréditaire étoit néces- « saire ; que ce gouvernement ne pouvoit être confié « qu'à Napoléon Bonaparte ; que la gloire , la reconnois* « sance, lamour, la raisoii, l'intérêt de l'état, tout pro- « clamoit Napoléon empereur héréditaire. ».
Le consul répondit : « J'accepte le .titre que vous « croyez utile à la gloire de la nation; je soumets à la « sanction du peuple la loi de l'hérédité; j'espère que la « France ne se repentira jamais des honneurs dont elle « environne ma famille. »
Aussitôt le canon annonça la résurrection de là mo« narchiesous un nom plus pompeux. Les corps militaires, les corps administratifs, les tribunaux, les académies^ apportèrent leurs hommages au pied du trône; Tou9
CEORGES ni* 278
lés départements, toutes les villes envoyèrent des dé» '*"
putations et des adresses. La France, lasse d'une liberté dont elle ne connoissoit que le nom , se précipitoit avec empressement au-devant du joug qu'on lui présentoit»
Bonaparte s'occupa de former sa cour; il créa des places de grand-électeur^ de grand-chambellan^ de grand* maréchal du palais, La France revit un connétable. Plu-^ sieurs généraux furent élevés au rang de maréchaux. Un grand-maître des cérémonies devint le ministre de l'étiquette. C'étoit une vraie contre-révolution , sans secousse et sans résistance.
Napoléon fit notifier son avènement aux puissances ^/®^^ "<**
tifier son étrangères , et fut reconnu par le pape , par les rois d'Ës* avéne-
pagne, de Naples, de Prusse et de Danemarck; par ™®?* ■"*
les électeurs de Bavière , de. Saxe et de Hesse-Gassel ; ces étran-
par le prince de Bade , le duc de Wurtemberg et le coad- *'®'^®'*
juteur de Mayence. L'Angleterre ne répondit point à la
notification.
L'empereur d'Allemagne prit le titre d'empereur héréditaire d'Autriche.
Il s'étoit élevé des discussions assez sérieuses entre ^ c^*'*** la France et la Russie. Celle-ci demandoit que les troupes prête à françoises évacuassent le royaume de Naples et le nord ^ a*'"™*'' de l'Allemagne; de plus^ elle insistoit pour que des in- France et demnités fussent accordées au roi de Sardaigne, et la *«ï^"*"^- France ajournoit k cet égard toute détermination positive. Cette conduite força M. d'Oubril , résident de Russie en France, à demander des passe-ports, et la guerre parut prête à s'allumer.
Le roi de Suéde, non moins mécontent de la France , déclara que désormais toute relation diplomatique cesai. 18^
374 MIStOIRE D^ANGLETERRE.
seroit entre le gouvernement suédois et la légation fraïF çoise.
Un Le 25 octobre^ Bonaparte fit enlever dans sa maison^
dtiffaf^e P'*^^ ^® Hambourg, sir Georges Rumbold, chargé d'af-
d'Angle- faires d'Angleterre près du cercle de Basse-Saxe, sous
enleva Prétexte d'une participation active à des complots tra-
par ordre més contrc sa personne. M. Rumbold fut conduit à Pa-
parte. ^^9 ^^ retenu dans la prison du Temple; bientôt après,,
il eut la permission de retourner en Angleterre; mais on
ne lui rendit point ses papiers.
Depuis que Bonaparte étoit empereur, on ne^parloit en France que de Gharlemagne; on rapprochoit le moderne conquérant et le vainqueur des Saxons. Tous les deux a voient été les fondateurs d'une dynastie nouvelle; la fortune de tous les deux avoit été l'œuvre de leur génie (i).
Bonafiar- Napoléon fut jaloux de compléter le parallèle. Charétre^coo- ^^^^go^ avoit reçu du pape Léon III la couronne imronnëpar périale; Napoléon résolut de se faire couronner à Pa- • P^P«- yjs par Pie vil , dont il connoissoit la condescendance. Il étoit sûr de faire agréer au pontife cette proposition, en flattant sa piété par la considération des avantages qui dévoient en résulter pour l'église : « Déjà , lui disoit- « il à la fin de sa lettre, une gratitude rehgieuse s'unit « dans le cœur de tous les François à la plus tendre vé- « nération. Des hommages universels accompagneront «les pas du saint père, à qui nous voulons qu'on dé-
(1) Voici ce qu'où lit dans une vie de Bonaparte, qui n^est qu*ni» panégyrique rempli d'une basse adulation : « Et pourquoi ne verroit- « on pas en ce héros le vengeur des descendants de la race carlovia» • gienne, injustement détrônée par Hugues Capct? »
( Note du traducteur. )
GEORGES m. H'ji
« cerne les honneurs que fit rendre à Léon III Charle- '-•
* magne, notre glorieux prédécesseur. » ^^'
La position du pape étoit difficile. La démarche quW exigeoit de lui contrarioit ses rapports avec tous les princes soumis à son autorité. De plus, il avoit à vaincre le souvenir de ce qu'il devoit aux Bourbons , dont il alloit poser la couronne sur la tête d'un usurpateur. L'intérêt de la chrétienté fit taire ses scrupules politiques, et même sa reconnoissance. Pie VII, parti de Rome le 2 ^ novembre, entra le 2 5 dans le château de Fontainebleau. Bonaparte l'y reçut avec toutes les marques d'une affection respectueuse, et le tint long-temps embrassé. Lie pontife ne prévoyoit pas que neuf ans après ce même château seroit sa prison, et que celui qui le serroit aujourd'hui dans ses bras lui prodiguerpit un jour les derniers outrages.
Napoléon fut couronné le 2 décembre, et l'élite de la ^^^^^^
. . , . . ncmcnt
France assista par députation à cette cérémonie. de Bona-
Le 26 du même mois , l'empereur ouvrit la session du V^^^* corps-législatif. Il étoit assis sur un trône éclatant, dans tout l'appareil de sa dignité. Tous les députés jurèrent obéissance aux constitutions de l'empire et soumission é l'empereur.
Le nouveau gouvernement s'organisa. La France respiroit de ses longues agitations. Les révolutionnaires se voy oient surveillés. On avoit plus de preuves de la sévérité de Napoléon que de sa clémence. Les factions n'etoierit pas éteintes, mais fortement comprimées.
D'après l'ordre chronologique des événements , nous aurions dû parler d'une protestation de Louis XVIII , résidant alors à Varsovie. Nous allons transcrire cette pièce, datée du 6 juin 1804.
^7^ HISTOIRE d'aNCLETEBRE,
rt , — « En prenant le titre d'empereur, en voulant le rendre héréditaire dans sa famille, Bonaparte vient de mettre tion de le sceau à son usurpation. Ce nouvel acte d'une révolu- XVIII ^^^^ ^^ ^^"^ ' ^^^ Forigine , a été nul , ne peut sans doute infirmer mes droits; mais, comptable de ma conduite à tous les souverains , dont les droits ne sont pas moins lésés que les miens, et dont les trônes sont tous ébranlés par les principes dangereux que le sénat de Paris n a pas craint d'avancer; con)ptable à ma famille, à moR propre honneur, je croirois trahir la cause commune cr gardant le silence dans cette occasion. Je déclare donc ( après avoir au besoin renouvelé ma protestation contre tous les actes illégaux qui, depuis l'ouverture des étatsgénéraux de France, ont amené la crise effrayante dans laquelle se trouvent la France et l'Europe), je dédare, en présence de tous les souverains, que, loin de reconnottre le trône impérial que Bonaparte vient de se faire déférer par un corps qui n'a pas même d'exis^ tence légitime , je proteste et contre ce titre et contre tous les actes subséquents auxquels il pourroit donner lieu. »
Bonaparte fit insérer cette protestation dans les pa* piers publics. Elle n'y parut point accompagnée de ces notes qu'il écrivoit lui-même, et dont on reconnoissoit Fauteur à leur tranchante et brusque précision. Mais peu de jours après, les journaux composés sous son influence la réfutèrent comme.il le leur avoit prescrit, c'est-à-dire en éludant la question de droit et sans se permettre aucune invective.
L*E8pa- L'Espagne attendoit satisfaction de la part de TAncîare*hi' S'®^^**^® P^"** '® combat du 5 octobre, la perte de ses guerre à frégates et de leur chargement. Le ministère angloistei^
jg^iversant à cet égard, sa majesté catholique dédara la ■
guerre. ^
Le parlement étoit réuni depuis le quinze de janvier, Grandeet le ministère avoit éprouvé quelques changements, ^''e^ag'**- M'. Addington, créé pair, avec le titre de vicomte Sid^ ^^^ jnouth^ remplaçoit le duc dePortland dans la présidence impérial, du conseil. Lord Harrowby remettoit au lord Mulçrave le portefeuille des affaires-étrangères , et le comte de Buckinghamshire succédoit à ce dernier comme chancelier du duché de Lancaster.
La rupture avec TEspagne fut un des premiers objets Déban, soumis à la discussion des deux chambres. Les motifs des ministres se réduisoient à ceux-ci : l'Espagne s'étoit engagée par le traité de Saint-Ildephonse à fournir à la France des hommes et des vaisseaux. Ces secours a voient été convertis en argent; mais, en changeant de nature, ils n'en étoient pas moins réels. Cependant l'Angleterre , ^ .
avoit fermé les yeux , dans la supposition que les sommes fournies ne représenteroient que le nombre de troupes s<tipulé par le traité. La tolérance de TAngleterre étoit encore fondée sur la condition expresse qu'il ne se feroit pas d'armements dans les ports d'Espagoe.Or cette condition n'avoit pas été remplie. L'Espagne en autorisoit sans cesse la violation clandestine ou même ouverte ; elle souffroit que des soldats et des matelots françois traversassent son territoire. Requise de faire connoUre ses engagements avec la France, elle se refusoit à cette déclaration. Toute cette conduite devoit paroître à la chambre une justification suffisante, des mesures du gouvernement.
L'opposition répondoit qu'en effet le traité de Saint- Ildephonse portoit un caractère hostile, mais que l'Es»
378 HISTOIRE D^ANGLETERRIC.
' pagne n avoit point violé la neutralité par d^autres actes ; qu'aucun armement ne s'efFectuoit dans ses ports; qu'il étoit difficile de faire des réponses claires à des demandes qui ne Tétoient pas , et que telles avoient été les interpellations du ministère; que la capture des frégates espagnoles à la vue de Cadix, présentée comme une précaution nécessaire, n etoit qu'une action injuste et violente dont ne pouvoient être absous ceux qui Tavoient ordonnée.
Les débats furent orageux et longs. Dans la chambrehaute, le comte Spencer combattit éloquemment la motion d'une adresse au roi pour approuver la guerre; mais son amendement et celui de M. ,Grey dans la chambre des communes furent repoussés par de fortes majorités.
Lord Une affaire grave occupa l'attention de la chambre ^^* j*i* des communes et celle du public. M. Whitbread porta nonce, contre lord Melville, premier lord de l'amirauté, trois chefs d'accusation. Ce lord étoit accusé ,
1° D'avoir appliqué les fonds de l'état à d'autres usages qu'à ceux de la marine;
2^ D'avoir favorisé par sa connivence les péculats d'un sieur Trotter, de la conduite duquel il répondoit.
3^ D'être plus que suspect de participation à ces péculats.
Soites de M. Pitt, sans s'expliquer sur les faits, condamna le cette de- mode d'accusation , et proposa de nommer un comité lion, choisi» dont le rapport éclaii'eroit l'opinion de la chambre des communes. M. Fox demanda la question préalable. La chambre se divisa. Les voix ayant été comptées, il s'en trouva 216 pour la motion de M. Whitbread, et ai 6 contre. L'orateur appuya la motion par sa voix de-
cîsive. Alors M. Whitbread proposa de faire une adresse -
au roi y pour que lord Melville fût éloigné des conseils de sa majesté. Peu de jours après , <mi sut que ce lord s'étoit démis de sa place, et que M. Trotter avoit été destitué de son emploi de payeur de la marine. Le 26 juin, M. Whitbread, accompagné de plusieurs membres, se rendit à la barre de la chambre des pairs, et, muni des pièces qui motivoient sa poursuite, accusa solennellement lord Melville, au nom de la chaïqbre des communes, de crimes d'état et méfaits.
Bonaparte, que j'appellerai l'empereur françois dans NoutcII* le reste de ces annales, haï&soit profondément l'Angle- ^^^^^ terre ; mais il ûe désespéroit pas de la gagner. Il écrivit pane auà sa majesté britannique pour lui faire part de son éié- Georf^ vatiqn, et lui témoigner le désir d'une réconciliation l^'* sincère. «La France et l'Angleterre, ajoutoit-il, usent « leur prospérité. Elles peuvent lutter des siècles. Mais « leurs gouvernements remplissent-ils bien le plus sacré « de leurs devoirs? Tant de sang versé sans but ne les « accuse-t-il pas dans leur propre conscience? Je n'at- « tache point de déshonneur à faire le premier pas. J'ai « prouvé que je ne redoute aucune des chances de la « guerre. Elle ne m'offre rien d'ailleurs qui doive m'in- 4i timider. La paix est le vœu de mon cœur; mais la « guerre n'a jamais été contraire à ma gloire. Je conjure « votre majesté de ne pas se refuser au bonheur de don- « ner elle-même la paix au monde. Qu'elle ne laisse pas « cette douce satisfaction à ses enfants; car enfin il n'y «« eut jamais de plus belle circonstance , ni de moment M plus favorable pour faire taire toutes les passions et * pour écouter uniquement le sentiment de l'humanité.
û Ce moment une fois perdu, quel terme assigner k
• a8o HISTOIRE d'angleterre.
^ « la guerre? Votre majesté , depuis dix ans , a plus gagné « de territoire que l'Europe n'a d'étendue. Sa nation est « au plus haut point de prospérité. Que peut-elle espé- • rer de la guerre? Coaliser quelques puissances du con- « tinent? le continent restera tranquille, ou sera vieil time des nouveaux mouvements qu'on veut lui donner. u Une coalition ne peut qu'accroître la prépondérance «I et la grandeur continentale de la France. Renouveler «les troubles intérieurs? les temps ne sont plus les a mêmes. Détruire nos finances? des finances fondées « sur une bonne agriculture ne se détruisent jamais. « Enlever à la France ses colonies ? les colonies sont « pour la France un objet secondaire; et votre majesté » n'en posséde-t-elle pas plus qu'elfe n'en peut garder?
« Si votre majesté veut elle-même y songer, elle verra tt que la guerre est sans motifs et sans aucuns résultats « avantageux pour elle. Eh! quelle triste perspective de « faire battre les peuples, sans but et sans utilité pour « personne ! Le monde est assez grand pour que nos « deux nations puissent y vivre à l'aise , et les deux « gouvernements sont assez éclairés pour trouver les » moyens de tout concilier, s'ils en ont la volonté.
« Je me suis acquitté d'un devoir saint et précieux à «* mon cœur. Je prie votre majesté de croire à la sineé- » rite de mes sentiments, v
A Paris, ce i3 nivôse an i3 ( 3 janvier i8o5. )
BëpoDie Lord Mulgrave, secrétaire-d'état des affaires-étranao nom gères, répondit à M. de Talleyrand que sa majesté britannique avoit à cœur de procurer à ses sujets une paix fondée sur des bases qui fussent compatibles avec la sûreté permanente et les intérêts essentiels de ses états; mais qu'elle étoit persuadée que cet objet d« sés^ vœux
GEOBGES HT. 281
ne pouvoit être atteint que par des arrangements qui — ^ prévinssent le retour des dangers et des malheurs de l'Europe ; que sa majesté se trouvoit dans Fimpossibilité de répondre plus particulièrement aux ouvertures du gouvernement François, jusqu'à ce qu'elle les eût communiquées aux puissances avec lesquelles elle étoit entrée dans des rapports confidentiels, et notamment à Femperetir de Russie.
Le roi d'Angleterre, en ouvrant la session du parle- Parlement, lui donna connoissance de la lettre de Napoléon pariai. " et de la réponse. L'empereur en fut courroucé. Le Moniteurse remplit de déclamations emportées contre l'Angleterre et la Russie, mais sur-tout contre la première. « Le moment n'est pas loin , disoit le journaliste, où les « peuples vengés liront sur les ruines de l'insolente cité « qui les tyrannisoit : Là fut Carthage, »
Et la populace de Paris voyoit déjà Vinsolente cité détruite et renversée. s
Le camp de Boulogne subsistoit toujours , mais n'étoit qu'un spectacle. Une idée plus pressante occupoit Napoléon.
Le 1 8 de mars , les députés de la république italienne Bonas'étânt réunis aux membres du sénat , dans le palais du P"""*® .
' ' couronné
Luxembourg, le ministre des relations-étrangères lut, roi en présence de Bonaparte, un discours qui n'eût pas été ^ "' différent si l'intention du ministre eût été de le rendre ironique. «Sire, lui dit -il, de toutes parts on entend « éclater le vœu généreux que l'Italie soit indépendante. » C'est par suite de ce vœu que vingt peuples réunis « vous offrent la couronne. » Bonaparte répondit en se vantant de sa modération , accepta la couronne de fer, et la plaça sur sa tête. Le nouveau code constitutionnel
a8l HISTOIRE d'aNGLETERRE.
lui conféroit le droit de se nommer un successeur. En
attendant qu'il le désignât, Eugène Beauharnais (i) fut
créé par lui vice-roi d'Italie.
Rëonton Géues, qui pressentoit les projets de l'empereur et
Gènes à ^oi ( Car Bonaparte prenoit ce double titre ) , se préserva
UFrance. jg Tenvahissement en sollicitant elle-même sa réunion
à la France. « La postérité me saura gré, dit Napoléon
« aux députés génois, d'avoir voulu vous délivrer, vous
« et le monde entier, du joug humiliant des Ânglois et
« des barbaresques.
« Au traité d'Amiens , les Anglois refusèrent de coopé- « rer à la propagation des idées libérales. Ce sont les « idées libérales qui feront le bonheur du genre hu- « main (2). »
Combat Au milieu des succès de Bonaparte, la France essuya falcar ^"** ™^'' ^° échec qui détruisit le reste de sa marine, mais qui coûta cher à l'Angleterre par la perte de l'amiral Nelson ; je parle du combat livré le 2 1 octobre à la hauteur du cap de Trafalgar (dix lieues sud -est de Cadix), entre une flotte angloise, sous les ordres de Nelson , et les flottes combinées de France et d'Espagne. Les alliés eurent quatre vaisseaux pris, trois brûlés, dix naufragés à l'entrée du port de Cadix. L'amiral espagnol Gravina fut atteint d'un coup mortel. La blessure de Nelson ne lui laissa que le temps de remettre
(i) £u(;ène de Beauharnais, fils du vicomte de Beauharnais et de Joséphine Tascher, épouse en secondes noces de Napoléon Bonaparte. Eugène de Beauharnnis a mérité Testime générale par une conduite noble et franche, qui ne s^est jamais démentie.
{^ Note du traducteur, )
(a) « Les idées libérales ont perdu la France » , dit le même Napoléon à ses ministres, après la défaite de Waterloo.
GEORGES III. 2Si
le bâton de commandement à l'amiral CoUingwood. — TT" Les honneurs rendus à sa mémoire furent dignes de
ce héros, dignes de la nation qui le pleuroit (i). Traité
Un traité d'alliance et de défense commune avoit été * "^ »«*
entre la
conclu, le lo avril, entre les cours de Londres et de Russie Pétersbourg. Quoiqu'il eût été secret, Napoléon ne terr'e^,et Tignoroit pas. Aussi refusa-t-il de recevoir M. de Novo- l'Autrisiltzoff, que Tempereur Alexandre avoit envoyé pour lui porter lassurance de ses dispositions pacifiques. Ce prince souhaitoit effectivement que Bonaparte, en mettant lui-même un frein à son ambition, rendît inutiles les précautions des autres puissances. L'Autriche et la Suéde étoient indécises. L'espérance d'atteindre par des négociations ce qu'on n etoit pas sûr d'arracher par là force retenoit encore leurs déterminations ; mais la réunion de Gènes termina les incertitudes de l'Autriche, et son plénipotentiaire signa l'accession de François II
au traité. Bonapar-
Napoléon, qui ne doutoit plus d'une guerre conti- \™nïre* nentale, se rendit à Boulogne, harangua les troupes l'Autripour disposer les esprits à la grande lutte qui se renouveloit, et fixa l'époque du départ aux derniers jours du mois d'août. Une dépêche qu'il reçut en avança le mo-
(i) Une des sin{;ularite's de la vie d'Horace Nelson , c*eu qu'il n'eni-. brassa la marine qu'avec répu{][nance. Il fut long -temps persuadé qu'il réussiroit mieux dans toute autre carrière. Un entier dévoue^ ment à son pays ëtoil le premier et le plus vif de tous ses sentiments. Jamais une injustice ne refroidit son patriotisme. Nelson etoit adoré des officiers et des soldats. Après une action , il n'oublioit per« sonne; et tel qui crojoit n'avoir pas été remarqué s'étonnoit de rc« cevoir une honorable récompense.
La victoire vendit cher ses faveurs à Nelson .' jeune encore , il éioii mutilé. {Kote de fauteur,)
a84 HISTOIRE D'ANGLETERRE.
ment. Tout-à-coup les troupes se portèrent sur le Rhin par colonnes, et s'avancèrent à marches forcées pour rencontrer les Autrichiens sur les bords du Danube. Bonaparte marchoit avec les forces les plus imposantes^ L'armée de Boulogne étoit de deux cent dix mille hommes, celle ^d'Italie de cent vingt-deux mille; il avoit vingt-cinq mille hommes en Hollande, vingt-cinq mille en Hanovre, vingt mille sur les côtes; soixante mille conscrits étoient en route pour recruter la grande armée. Lorsque toutes ses divisions eurent traversé le Rhin, Napoléon les rejoignit. Il adressa le soir même à ses soldats une proclamation conçue dans ce style présomptueux que Tévénement a justifié plus d une fois, et dont Bonaparte ne perdit jamais Thabitude. « Vous « n'êtes, leur disoit-il, que Tavant-garde de la grande « nation. Dans un moment, s'il est nécessaire, elle se « lèvera tout entière à ma voix , pour rompre ce vaste « complot dont la haine et For de l'Angleterre ont ourdi a la trame. »
€Iin Les François parurent devant Ulm, que le général
capitule. ]yiack défendoit. Menacé d'un assaut , il capitula. Quarante-cinq mille hommes mirent bas les armes. Mack fut accusé de perfidie : c'étoit d'imprévoyance et d'inhabileté qu'il falloit l'accuser.
LWFrao- Le i3 novembre, Napoléon étoit à Vienne. L'alarme ^trlnfT ï'^voit précédé dans toute l'étendue des états autri- Vieime. chiens ; on fut étonné de sa modération. Cette capitale n'eut pas un reproche à faire à l'armée françoise; plusieurs de ses détachements se mêlèrent même à la garde municipale, pour l'aider à maintenir la tranquillité, Baiaille L'empereur d'Autriche, sa famille, et sa cour, s'éhu^' toicnt retirés à Briinn , en Moravie. Ce fut là que le joi-
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gnit Tempereur Alexandre, qui commandoit ses troupes ' en personne. Ce fut aussi I4, près du village d'Austerlitz, que se donna la célèbre bataille de ce nom, Tarmée françoise étant forte de cent trente-cinq mille hommes , celle de Tennemi de cent vingt mille ; savoir, quatrevingt-dix mille Russes et trente mille Autrichiens.
Le 2 décembre, les armées se trouvèrent en présence. Le feu commença dès la pointe du jour, et bientôt s étendit sur toute la ligne. Deux cent mille hommes étoient aux prises, foudroyés par deux cents pièces de canon.
Les alliés firent leur retraite en bon ordre. Ils aban- Traite de
. Pres-
donnèrent au vauiqueur un champ couvert de morts et bourg, de blessés, toute leur artillerie, tous leurs magasins. Le 4 9 un armistice suspendit toutes hostilités entre les Autrichiens et les François. Alexandre, humilié des conditions qu'on lui proposoit, se retira, sans conclure ni paix ni trêve. Le 26 de décembre, François et Bonaparte signèrent à Presbourg un traité par lequel le premier reconnoissoit le second en qualité d'empereur des François et de roi d'Italie. De plus, il lui cédoit à perpétuité là Belgique, les états de Venise, Parme, Plaisance, et la Toscane. Il accédoità l'érection en royaumes, des électorals de Bavière et de Wurtemberg. IJ mettoit le roi de Bavière en possession du Tyrol et des seigneuries du Voralberg, et recevoit en compensation le pays de Saltzbourg et de Berchtolsgaden, dont l'archiduc Ferdinand se dessaisit. On estima que ce traité coûtoit à l'empereur d'Autriche un revenu de seize millions de florins, deux millions sept cent mille sujets, et la plus grande partie de son importance politique.
Bonaparte, en reprenant la route de ses états, séjourna quelque temps à Munich pour assister à la célé-
sSâ HISTOIRE D'ANGLETERRE.
**■"—■" bration du iuaria{][e d'Eugène Beauhamais, son beau-
fils, avec la princesse Augusta, fille du roi de Bavière.
L'électeur avoit acquis un trône et s'acquittoit.
Demis- Le ministère anglois étoit divisé. Vainement les amis
deux mi- de M. Pitt et ceux de lord Sidmoutli avoient-ils rap-
nistrcs. proche ces deux hommes; leur réconciliation n'étoit
qu'apparente. Une discordance perpétuelle entre leurs
opinions arrétoit la marche des affaires. Enfin lord Sid-
mouth et le comte de Buckinghamshire donnèrent leur
démission , et furent remplacés par le comte de Camb-
den et lord Harrowby.
Le duc de Glocester, frère du roi, mourut le 25 août, dans la soixante-deuxième année de son âge. 1806. Un événement funeste pour l'Angleterre ouvrit Tan- Mort de née 1806. Elle perdit en x. Pitt un des plus grands hommes d'état qu'elle ait eus. Formé de bonne heure à Técole du lord Chatham, il y puisa tous les principes qui Tont dirigé. Pitt étoit mûr à vingt ans. Une force peu commune de jugement et de pénétration, une dialectique pressante et serrée, l'esprit de calcul au plus haut degré, la supériorité la moins contestée dans l'art de conduire les finances et de maintenir le crédit, une connoissance étendue des autres parties du gouvernement, une mémoire à laquelle rien ij'échappoit, une expression qui sembloit aller au*devant de sa pensée ; tels ont été les moyens qui l'ont soutenu glorieusement au ministère. « Nul homme, a dit M, Fox 5 n'eut le maniement « d'aussi grandes sommes ; et sa pureté n'en fut jamais « souillée. »
Guillaume Pitt se laissa peut-être emporter trop loin par son aversion pour les révolutionnaires françois. L^homme passionné se mit plus d'une fois à la place du
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ministre prudent. Aussi légua-t>il à son pays le poids ' d'une guerre étrangère , et des subsides accablants qui Tentretenoient.
Pitt n'étoit âgé que de quarante-sept ans.
M. Lascelles proposa dans la chambre des communes que sa majesté fût suppliée de faire élever un monument à la mémoire de ce ministre. M. Cartwright demanda qu'on pourvût au paiement des dettes de M. Pitt. La seconde de ces deux propositions passa sans contradiction. La première fut combattue ; mais une majorité de 258 voix contre 89 l'emporta.-
Lord HaM^kesbury refusa d'être son successeur, et Çomposîcette défiance honora sa modestie. La nécessité d'un nouveau changement total dans les membres de l'administration ^i"**»^*^** étoit évidente : le roi voulut avoir Tavis de M. Grenville sur la composition d'un nouveau ministère. M. Fox, après vingt-deux ans de retraite, ambitionnoit de se retrouver sur le théâtre des affaires publiques; lord Grenville ne négligea pas cette occasion de l'y rappeler. Lord Erskine fût nommé chancelier ; le comte Fitz-Williams, président du conseil ; le vicomte Sidmouth ^ garde du sceau-privé ; lord Grenville , premier lord de la trésorerie ; lord Howick ( M. Grey ) , ^premier lord de l'amirauté ; le comte de Moira , grand-maître de l'artillerie j; le comte Spencer, M. Fox et M. Windham, secrétairesd'état ; lord Henri Petty, chancelier de l'échiquier ; lord Ellenborough , président de la cour de justice.
La première opération des ministres fut de subsituer au système militaire de leurs prédécesseurs des dispositions moins contraires à la liberté.
Le 28 mars, le chancelier de l'échiquier présenta le Budg«t. budget de l'année. La dette non rachetée de la Grande- *
noirs.
1^88 HISTOIRE d'aNôLETERIIE^
' Bretagne et de Flrlande s'élevoit à près de cinq cent clnquante*sîx millions de livres sterling ; la dette rachetée montoit à cent vingt-sept millions de livres; Tintérét annuel , à vingt - sept millions et demi ; les besoÎDs , à quarante-trois millions six cent dix-huit mille quatre cent soixante-douze livres. La taxe impopulaire sur les propriétés étoit portée jusqu'à dix pour cent et frappoit tous les biens dont les revenus excédoient cinquante livres.
Traitcdes Cette session fit faire un grand pas au projet d'abolir la traite des noirs ; projet éloquemment défendu par M. Pitt lorsqu'il énonçoit son propre sentiment, mais qu'il paroissoit abandonner lorsque la prépondérance des intérêts contraires l'entrainoit. Répétons à la gloire de M. Fox ce qu'il disoit à ce sujet ; « Depuis quarante a ans que je siège au parlement, si j'eusse remporté « cette victoire sur la cupidité , je me serois retiré de « la carrière avec la conscience d'avoir senti mon de. tt voir et la satisfaction de l'avoir rempli. »
La résolution suivante fut proposée par M. Fox luimême : « La chambre, considérant que la traite des né- « grès blesse les principes de la justice, de l'humanité, V de la saine politique, s'occupera de la recherche des A mesures les plus emcaces pour abolir ce commerce « de la manièrent dans le temps qui lui paroîtront les « plus favorables. » Cette résolution fut combattue ; mais elle passa dans les chambres , à la majorité de 144 ^^^^ contre i5, à la chambre des communes^ et de 4 1 voix contre 20 à la chambre des pairs.
La démarche définitive fut une adresse des deux chambres au roi , pour le supplier d'obtenir par des né-
CEORCKs III. nig
gociâtions le concours des puissances étrangères à Tabolition du cominerce des noirs.
Toute l'Angleterre attendoit avec impatience le ju* ï-ordMelgement de lord Melville ; il s'ouvrit le 29 avril à West» jug^, minster-Hall , devant la cour des pairs. Les communes s'y trouvoient réunies en comité général , et les pairs votants étoient au nombre de cent trente^cinq. Le lec* ' teur se souvient des trois chefs d'accusation qui pesoient sur ce lord; le rapporteur les avoit étendus jusqu'à dix, ' qui rentroient en substance dans les trois faits princi* ' paux. La majorité des pairs déclara lord Melville non ' coupable sur chacun de ces dix chefs ; mais sur quatre ' seulement la majorité fut assea foible , et par consé* ' quent la justification incomplète.
Deux couronnes ne suffisoient pas à Tambition de ËnTaliîs'- I Bonaparte ; il vouloit que ses frères régnassent sur une Naples.