‹ Histoire D'Angleterre Depuis 1760 (volume 3)Chapitre 21 sur 33 · partie de l'ËuropC) afin de régner sur eux. Deux trônes · texte numérisé non relu

partie de l'ËuropC) afin de régner sur eux. Deux trônes

i encore occupés par des princes de la maison de Bour*

bon étoiént envahis dans sa pensée, le trône de Naples

1 et celui d'Espagne. Naples lui présenta bientôt une oc*

I casion qu'il attendoit.

1 Au mois de novembre i8o5, des vaisseaux aûgloid

I et russes entrèrent dans le port de Naples, et débarqué»

I rent un corps de troupes de ces deux nations. Qu'auroit

I pu faire le roi pour s'opposer au débarquement? et si ,

I comme il est probable » ces troupes n'arrivoient que sur

son appel, ne lui convenoit-il pas de songer à sa sû'^

reté, quand Napoléon inondoit de soldats tous les pays

de ses alliés ou des neutres qui l'avoisinoient? Quoi qu'il

en soit , Bonaparte traita cette mesure d'infraction aux

traités , et quoique les Russes et les Anglois se fussent

ai. i^

SQO HISTOIRE D ANGLETERRE.

retirés, les uns à Corfou, les autres en Sicile, il annonça

la guerre par cette proclamation :

« Soldats,

« Depuis dix aûs, j'ai tout fait pour sauver le roi de

« NapFes ; iï a tout fait pour se perdre. J'ai pardonné

« trois fois ses trahisons : lui pardonnerai- je une qua-

M trième fois? Me fierai- je une quatrième fois à cette

ft cour sans foi , sans honneur , sgns raison ? Non. La

9t dynastie de Naples â cessé de régner: son existence est

« incompatible avec le repos de l'Europe, avec ma gloire.

«Soldats, marcbez, et montrez au monde de quelle

« manière nous punissons les parjures. Ne tardez pas

« à m'appreildre que l'Italie tout entière est soumise

H à mes lois. Mon frère va s'avancer à votre tête ; il

«f connoît mes projets ; il est dépositaire de mon au-

« torité. »

Joseph Joseph entra dans Naples. Tout étoit préparé pour

te est roi ^'y recèvoir ; la garnison et les forts avoient capitulé ;

de Ferdinand IV et sa famille s'étoient réfugiés à Pglerme,

et les grands dé la cour cridient : j^ive Joseph BonapctrtCy

notre souverain légitime! On assure que Joseph ne s'as-

«eyoit qu'à regret sur le trône des Deux-Siciles; une vie

calme, studieuse et libre lui convenoit mieux que la

fatigue de régner. Menacé depuis long -temps de la

couronné de Naples , il avoit combattu Tintention et la

volonté de son frère ; mais le despote exigea qu'il ftit

roi. Napoléon mettoit à ce prix ses bienfaits et son

amitié.

Louis Bb- Louis Bonaparte se montra plus docile. Le 5 juin^

Xoe'^ln ^^^ ambassadeurs de LL. HH. PP. les états- généraux

Hollande, de Hollande, admis k laudience de S. M. l'empereur et

. tEORGÊs ni. %Qt

roî , lui demandèrent pour roi de Hollande le prince léouis Napoléon , en déclarant que le vœu des Provinces'- T7nies étoit de lui remettre la garde de leurs lois , la défense de leurs droits politiques, et tous les intérêts de leur patrie.

Bonaparte répondit : m J^ai toujours regardé comme « un de mes devoirs de protéger votre patrie ; j^adhèré « à vos vœux : je proclame le prince Louis roi de HoU , « lande. Vous , prince ^ régnez sur ce peuple ; protégez * ses libertés , sa religion , ses lois ; mais sur-tout ne « cessez pas d'être François. »

Ce désir ne fut pas tout-à-fait remplie Louis Bona^ parte , homme de bien , adopta la Hollande comme sa patrie. Quoique languissant et foible , il se livra sans relâcbe au travail, et mérita laffection de ses sujets. La reine Hortense, son épouse, gagnoit tous les cœurs.

Murât fut créé grand-duc de Berg: ce n'étoit qu'une expectative.

Le roi de Prusse avoit vu tranquillement la violatiotl ^Traite lie son territoire. Encore plus intimidé par la victoire Prusse en d'Austerlitz , il Conclut avec la France un traité qui Ife p«»«e8mettoit en possession de l'électorat de Hanovrev Le roi Hanovre, cédoit en retour Anspach, Bayreuth, CléveSj Neufchâtel et Wallangin. Ce prince prenoit outre cela l'engagement d'exclure de ses ports les bâtiments anglois et les produits des fabriques anglaises > a6n de concourir au grand projet dont se berçoit Napoléon , celui de fermer tout lé continent européen au commerce de l'Angleterre. '

Par représailles de ces conventions hostiles, retn- Repré bargo fut mis sur tous les navires prussiens qui se trou- *^***«» ^«

*~~" Vicient dans les ports de la Grande-Bretagne et de l'Iflande ; et Tambassadeur anglois quitta Berlin, terre. Cependant il s*étoit ouvert quelcfiies négociations

N^jjocia- entre M. Fox et M. de Talleyrand. Elles furent înterentre rompues par la résolution du cabinet britannique de laGraode- ne pas traiter sans la Russie; résolution à laquelle la et la France étoit contraire. On échangea beaucoup de dires France, gj jg répliques sans aucun résultat ; et lord Lauderdale, que le ministère avoit cru devoir envoyer à Paris , fut rappelé. Les ministres anglois desiroient très sincèrement la paix ; mais on put conclure de la joie qui se manifesta dans le café de Lloyd,.au retour de lord Lauderdale, que la partie commerçante de la nation ne partageoit pas les vœux du ministère.

Négocia- De SOU côté, l'empereur Alexandre avoit fait entamer Tamëer" ^^^ négociation par M. d'Oubril, son ministre plénipoentre la tentiaire en France. Ce ministre, en concluant son traité, l/J^Jj^gjgl s'éloigna tellement de la teneur de ses instructions, que l'empereur son maître refusa de le ratifier ; ainsi les deux puissances restèrent dans le même état d'hostilité.

La Prusse commençoit àreconnoitre qu^elle avoit été dupe d'une politique tout à-la-fois tortueuse et pusillanime. Les duchés de Berg et de Cléves assignés à Murât lui donnoient un voisin inquiétant pour les possessions prussiennes en Westphalie. Mais la mortification du roi fut bien plus grande lorsqu'il apprit que Napoléon avoit offert à sa majesté britannique, comme une des conditions de la paix, la restitution de ses états électoraux. ÇoxiMé" Tout-à-coup éclata , sous le nom de Confédération du "^^Rhin. ^ I^i^ > tme conception de Bonaparte qui bouleversoit en grande partie tout le système politique du continent.

Ce nouvel ordre de choses anéantissoit le vieux corps germanique , protecteur reconnu d'une multitude de petites principautés, brouillées quelquefois pour de légers intérêts , mais constamment unies pour s'opposer aux entreprises des grandes puissances du nord ou du midi. Les maisons d'Autriche et de Brandebourg ren* troient dans la foule des princes confédérés , et TAllemagne étoit placée sous Tinfluence d'un autre chef , de l'empereur des François , qui s'étoit proclamé lui-* même.

Le traité de confédération fut signé, le la de juillet , par Napoléon, les rois de Bavière et de Wurtemberg, l'archevêque deRatisbonne, l'électeur de Bade, le grandduc de Berg, le landgrave de Hesse, les princes de Nassau, de Hobenzollern , de Salm-Salm , etc. , etc.

François II ne fit aucune représentation, et se soumit même à quitter le titre i! empereur d^Allenuigne; soit que toute résistance lui parût inutile, soit qu'à ses yeux cet ouvrage de Napoléon ne fût qu'un édifice dont la fragilité le rassuroit éontre sa durée.

Le roi de Prusse acquiesça d'abord à ce grand chan- Mécongement'; il se proposoit de former une confédération J^^J^j^ du nord, et d'y faire entrer tous les états non compris U Prusse, dans l'acte fédéral de Bonaparte. Mais celui- ci déclara qu'il ne soufFriroit pas que les villes anséatiques fissent partie du plan de Frédéric-Guillaume , et qu'aucun des autres états y ftt incorporé , sans avoir été consulté. G'étoit s'opposer évidemment à la confédération du nord.

Provoqué par des agression» répétées , le roi de ElU se Prusse se souvint, quoiqu'un peu tard, qu'il étoit Thé- f^luêrre^ ritier du grand Frédéric. Au premier signe d'impatience

^94 HISTOIRE d'aIIGLETERRB.

' qu'il donna , Bonaparte écrivit aux princes confédérés pour leur dénoncer les desseins de la Prusse, armée , disoit-il, contre la confédération du Rhin. U leur demandoit le contingent que devoit chacun d'eux à la défense de rintérét commun , et leur annonçoit que la France, au lieu de deux cent Inille hommes qu'elle étoit tenue de fournir, en fourniroit trois cent mille.

Le 28 septembre il étoit à Mayence , et le 8 octobre à Bamberg.

Bonaparte fit répandre une proclamation injurieuse pour la cour de Prusse. Frédéric-Guillaume répondit par un manifeste daté du quartier-général d'Ërfurt , et publié le 9 octobre 1806. Il s'y plaignoit, avec un dépit long-temps retenu, des procédés hautains et perfides de Fempereur des François, couronnés par l'acte le plus injuste et le plus tyrannique.

Manifeste « Priver de leur souveraineté , disoit*il , des princes Fruste. «< qui n'ayoient jamais offensé la France, les transfor- « mer en vassaux du gouvernement françois ; efEacer « d'un trait de plume une constitution qui date de plus a de mille ans, qu'une longue habitude et des rapports « réciproques avoient rendue chère à tant de princes, « que toutes les puissances de l'Europe et la France « eUe-méme avoient si souvent garantie ; la détruire « malgré le désespoir des victimes et les remords des « complices ; la détruire sans en prévenir l'empereur « d'Allemagne, auquel on ravissoit une couronne, sans « consulter la Russie , qui naguère encore avoit garanti « la ligue germanique » ni la Prusse , attachée par un « si grand intérêt à l'existence de cette ligue ! ... Certes» « on a vu de grandes catastrophes produites par le fléau tde la guerre it mais jamais au milieu de la paix on

GEORGES III. agi

« n'a voit osé présenter à Tunivers un pareil spectacle. »

Ce manifeste, dont le ton, il faut en convenir, se ressentoit beaucoup trop de Tindignation qui Fa voit dicté, finissoit d'une manière remarquable :

« Le roi de Prusse a pousse la condescendance jus- « qu'au dernier point : Tbonneur ne lui permet pas M d'aller plus loin^ Il à supporté tout ce qui ne regar- (t doit que sa personne; il s'est mis au-dessus des juge- « ments de l'ignorance et de la calomnie , ,dms l'espoir « qu'il pôurroit conduire son peuple , sans secousse , à «l'époque nécessaire, inévitable, où l'usurpation^ trou- «vera un terme, l'ambition son châtiment, et l'bon*- « neur sa récompense. »

L'armée prussienne, commandée par leducde Brunswick, et forte de cent cinquante mille hommes, occupoit, au commencement d'octobres les bords de la Saale.

Les François marchèrent sur trois points : leur droite, Ba ailU par Bayreuth, sur HofF; le centre, p^r Saalbourg et ®"** Schleitz, sur Géra; la gauche sur Sa^lîFeld. Le i3 octonre, les deux armées étoient en présence entre Weimar etiéna. Le i4, des attaques partielles commencèrent cette sanglante et célèbre bataille. Bientôt l'action devint générale. Des masses d'infanterie êe précipitèrent les unes sur les autres ; huit cents pièces de canon les aidoient à se détruire; le carnage fut effroyable; le duc de Brunswick reçut une blessure mortelle; le prince Louis de Prusse périt dans la mêlée. Le nombre des. prisonniers étoit si grand qu'ils passèrent sur le pont de Mayence pendant un jour entier.

Cette victoire ouvrit à Bonaparte les portes de Wei- Victoire mar. Erfurth et Leipsick capitulèrent. Davoust entra çoi».

agâ HISTOIRE D'ANGLETERRE.

dans Berlin , et Napoléon fit de Postdam son quartiergénéral; le roi de Prusse se retira sur Kœnisberg.

Stettin et Custrin tombèrent au pouvoir des François; Mortier s'étoit emparé delà Hesse, avoit chassé le landgrave de sa capitale, détruit ses places fortes, licencié ses troupes, enlevé ses magasins. Il fut annoncé que la maison de Brunswick étoit déchue de la souveraineté de ses ancêtres.

Le 8 novembre, Magdebourg se rendit, emporté pat , des boulets étor^ disoient les Prussiens.

Décret Le maréchal Mortier, maître de Hambourg, fit apposer

Berlin. ^® séquestre sur toutes les marchandises et propriétés angloises ; et dans le même moment parut un décret impérial, daté de Berlin, qui prohiboit toute correspondance, tout rapport même indirect, entre les états appartenant à TÂngleterre et les pays soumis au gouvernement françois. Tous les sujets de l'Angleterre trouvés dans les pays alliés ou conquis étoient prisonniers de guerre ; tout bâtiment ayant touché , soit en Angleterre, soit aux colonies angloises, étoit exclu des' ports de France, Le reste de cette pièce répondoit aux premiers articles; c etoit un décret d'Attila.

Bataille L*armée jfrançoise se mit en marche pour la Pologne;

d£ylau. ^^^ avant-garde arriva le 28 novembre à Varsovie; la garnison russe en sortit, A la vue des François , les Polonois firent éclater la plus grande alégresse; ils les accueillirent comme des amis qui venoient les affranchir d'une honteuse oppression et leur rendre leur indépendance. Bercés de cette promesse par Napoléon , ils sV nirent à lui pour repousser les Busses. Le 26 décembre, ceux-ci furent défaits à Pultusk, et le 8 février 1807 ^ Preussich-Eylau, Dans cette dernière affaire, les vain-

GEORGES Iir, 197

queurs furent aussi maltraités que les vaincus , si Ton — peut appeler ainsi ceux qui se retiroient en bon ordre , devant un ennemi qui n'étoit pas en état de les poursuivre.

Les succès de la marine angloise eurent moins d'éclat ^p^nL-* cette année que dans le cours des années précédentes. Espëran- Cependant elle eut à se glorifier de la prise de Tamiral ^.^^j ^l^^^ Linois, et sur-tout de la conquête du cap de Bonne-Espé- Anglois. rance ; le général hoUandois Janssens , gouverneur de cette colonie, la rendit aux Ânglois le 9 de janvier, après avoir vainement essayé de la défendre. La garnison lâcha pied devant les troupes de sir David Baird , et l'Angleterre acquit sans effort une possession importante , réunie pour jamais à sa domination.

La force navale destinée pour l'expédition du Cap E^pédiavoit été mise sous les ordres de sir Home Popham , offi- Rio de U cier plein d'audace. Il sut que la colonie espagnole du Rio ^^^**de la Plata se trouvoit tellement dépourvue de moyens de défense, qu'elle ne tiendroit pas contre la première attaque; il résolut d'en faire la conquête. Echauffé par ridée des avantages qui dévoient en résulter pour le commerce britannique, Popham détermina sir David Baird à lui confier une partie de ses troupes, dont il donna le commandement au général Beresford. Toute son armée ne s'élevoit pas au-dessus de seize à dix-huit cents hommes. Il arriva , vers les premiers jours de juin, à l'embouchure du Rio de la Plata. Le 27 du même mois, Beresford étoit maître de Buenos-Âyre6. Les habitants obtinrent une capitulation avantageuse; mais l'argent de l'état, les marchandises déposées daAs les magasins, les chargements des navires mouillés dans I0 fleuve y furent la proie du vainqueur. Enflé de ce suc*

298 HISTOIAB d'aNGLETERRE.

ces, Popham écrivit aux premières maisons de commerce de TÂngleterre et de Tlrlande, qu'un nouveau continent venoit de s'ouvrir aux négociants anglois. En même temps , il supplioit le gouvernement de lui pardonner une entreprise tentée sans son aveu , mais glorieusement terminée. L'ivresse de Popham lui cachoit ce qui se passoit autour de lui. Linières , colonel François , au service d'Espagne , s'étoit ména^gé des intelligences dans la place , tout prêt à se montrer quand l'occasion Tappelleroit. Il profita d'un temps nébuleu::^ pour traverser le fleuve avec quelques soldats, se joignit aux habitants, surprit, enveloppa les Anglais, les força de se rendre prisonniers de guerre. Popham étoit à bord de son escadre; il tint I4 rivière bloquée, jusqu'à ce qu'il eût reçu des renforts du cap de Bonne-Espérance: telle étoit sa position à la fin de l'année 1806. Situation De grands orages s'amassoient sur l'Espagne, grâce ^gne?**' ^^ méprisable favori qui la gouvernoit. Ce prince de la Paix affecta quelques ressentiments contre la France, publia même une sorte de manifeste, et prit des mesures pour augmenter l'ar^iée. Tout porte à croire que cet éclat étoit joué, puisqu'un moment après un corps d'Espagnols au^^iliairçs servpit dans l'armée de Napoléon. La suite nous prouvera que cette conjecture est fondée. Plaintes Les États-Unis d^ Amérique envoyèrent deux députés Ju'^^^u* ^ Londres, pour porter des plaintes au gouvernement nement britannique sur plusieurs vexations commises , par les partes c^pî^^ÎQ^s de navires anglois, à bord des bàtinients États- américains. Ces griefs furent discutés à l'amiable, et les plénipotentiaires des deux notions dressèrent un projet

dérangement; mais le président des États-Unis, '

M. Jefferson, refusa de le ratifier.

La guerre venoit de se rallumer entre les Turcs et les ^^^^^ Busses, et déjà ceux-ci s'étoient emparés de la Molda- Turcs et vie, de laValachie, de la Bessarabie. La révolte des Ser- „ **^*

' ' Russes.

viens leur offroit une occasion d'embarrasser la Porte en s'unissant avec eux, et, dans ce dessein, ils se préparoient à porter un corps nombreux au-delà du Danube.

M. Fox suivit de près au tombeau son célèbre rival. Mort do

Charles Jacques Fox étoit le second fils de Henri, premier lord Holland. Ses études classiques furent rapides et brillantes. En quittant Oxford , il voyagea, dépensa des sommes énormes, et s'endetta de seize mille livres sterling. À son retour, son jJère le fit élire à Midhurst pour représenter ce bourg à la chambre des communes. Fox n'a voit pas vingt ans ; mais la loi se tut, quoiqu'elle soit précise pour l'exclusion des mineurs.

Son début au parlement n'étoit pas propre à lui con-' cilier cette popularité qu'il a recherchée dans la suite. Il parla contre Wilkes, et ne fnt applaudi que du ministère. En 1 770, lordNorth le nomma l'un des lords de l'amirauté. Ce même lord North ayant inquiété l'orgueil de Fox, par des conseils dont le ton lui déplut, il se démit de son emploi. Bientôt après, ses idées prirent une autre direction. Son estime pour Edmond Burke le jeta dans le parti contraire à la cour; la mort de son père le rendoit tout-à-fait indépendant sous le rapport des liaisons poUtiques.

Sa fortune, quoique assez considérable, ne résista pas long-temps à ses profusions ; et les ressources illu-

3oO HISTOIRE D*ANGL£TERB£.

' soires du jeu ne le rétablissoîent quelquefois dans une sorte d'aisance que pour le faire retomber en une nuit dans la détresse. Alors il imploroit ses amis, ou Fusure au défaut de Tamitié. C'est lui que Sheridan, dont les habitudes étoiént les mêmes , a mis sur le théâtre sous le nom de Charles Surface ( i ) .

Nous ne répéterons pas ce que le lecteur sait déjà, puisqu'il a suivi M. Fox dans la carrière que cet homme illustre a parcourue jusqu'à l'époque où nous sommes parvenus. Fox mourut, le i3 septembre 1806, d'une hydropisie de poitrine, à Fâge de cinquante-huit ans.

On le regarde comme Fathléte le plus puissant qui, depuis Démosthéne, ait manié Farme de là parole. Il étoit difficile de se défendre de la vigueur de son raisonnement ou des impressions de son éloquence. Des tournures heureuses et soudaines, des inspirations inattendues emportaient la question qu'une discussion tranquille eût laissée tout au moins indécise. Pitt étoit ferme, logicien exact, patient dans la contradiction; Fox impétueux, plein de feu, de grandeur, de force dans la pensée, d'éclat et d'originalité dans l'expression.

Fox négligea trop la réputation des mœurs. On est honteux pour lui de l'entendre dire, dans une épître à madame Crevs^e, « qu'Un seul genre d^excès ne lui suffi- «soit pas. »

On a tenté plusieurs fois d'établir un parallèle entre M. Fox et le fameux tribun françois Mirabeau. Certainement il existe entre ces deux hommes des rapports oratoires assez frappants \ mais après cela la comparai*

(1) Voyez la comédie de Sheridan : Schoôl for scandai.

{Note de t auteur .)

GEORGES III. 3oi

son s^arréte : Fox, dissipateur, insouciant, dissolu même, n'a jamais commis d'actions flétrissantes.

La mort de Fox produisit un échange de places entre quelques membres du ministère. Lord Hpwick lui succéda comme secrétaire-d'état des affaires étrangères; M. Grenville fut nommé premier lord de l'amirauté ; M. Tierney, président du conseil de contrôle ; lord Sidmouth , président du conseil ; lord HoUand , garde du sceau-privé.

La mésintelligence qui régnoit entre le prince et la Destmion princesse d^ Galles étoit l'objet des entretiens du public. e*t cle "la* Le peuple penchoit pour la princesse, qu'il supposoit 5"r^!f!f opprimée. Des personnes peut-être mieux instruites l'accusoient tout au moins d'imprudence.

Dans le cours de Tannée 1 806, on se flatta d'un rappro* chenient, à la suite d'une visite du prince à Blackheath, et d'une explication qui,disoit-on, ne laissoit auçuii nuage sur la conduite de la princesse Caroline. Toutà-coup on apprit, que des ordres positifs avoient sus* pendu le retour de cette princesse à la cour; que Tac-» cusation la plus grave s'élevoit contre elle, et qu'une commision étoit nommée pour procéder à la recherche des faits. Le jugement qui fut rendu sur la déclaration des commissaires (i) sçmbla disculper la princesse. « Nous pensons, disoient ces çpminissaires, que les ac- « cusateurs de son altesse royale mériteroient. d'être « poursuivis avec toute la sévérité des 'ois,' s'il ne nous « avoit paru qu'ils n'ont provoqué cette in^estiga^n ^ « délicate qu'avec l'intention d'écarter tout soupçon par « rapport à l'hérédité de la couronne, etc., etc. » .

(v) Leï commissaires étoient le lord chancelier, lord Gfrenville, 'ord Ërskine, le comte Spencer et lord Ellenboroiigh^

3û3 HISTOIRE D^ANGLETERBfi.

La princesse Caroline reparut à la cour; mais TaC* cueil glacé qu'elle y reçut la força d'adresser des remontrances au ministère. Les ministres n'avoient qu'une seule voie pour se débarrasser de cette affaire ; c'étoit d^en déférer la connoissance et le jugement définitif au conseil -privé; ce fut aussi le parti qu'ils prirent. La décision du conseil répondit complètement à l'attente de la princesse de Galles. Il souscrivit une dénégation formelle de toutes les charges alléguées contre elle, et pria le ministère dé faire valoir, auprès de la famille royale, tous les motifs de sa justification» »8o7. ^ '^ rentrée du parlement (le 2 janvier), lord Gren- Parle- ville entretint la chambre des pairs de la dernière négo* ment loQ- ^iation avec la France. Il observa que la seule paix con*

pénal. ^ , »^

venable entre les d'eux pays devoit avoir pour base Vuti possidetis; et ce texte fut développé par le ministre avec une grande habileté. Lord Howick parla dans le même sens à la chambre des communes. M. Perce val ( qui devoit se trouver incessamment à la tête d'un nouveau ministère) énonçai son opinion d'une manière véhémente. « Non, dit-il en là terminant; non, je ne crois « pas à la possibilité d'une paix avec la France, ou du « moins d'une paix digne d'être acceptée par sa majesté « britannique, tant qfce les forces et les conseils de ce « ffays seront dirigés par Bonaparte et par un ministère «qui' n'a ni' la puissance ni la volonté de le retenir « dans des bornes qu'il né connoît point. » abolition ■^^^'C'est à cette session qu'étoit réservé rhohneur d'àbotraite des ^^^ '^ traite des nègres. Les opposants, moins nomnoirs, breux, mais nori moins obstinés, relevèrent l'édifice miHe fois renversé de leurs objections ordinaires : la majorité l'emporta. Lord Grenville, dans son rapport

GEORGES m. 3o3

à la chambre, lui clit qu'on avoit cru devoir adopter le même terme, c'est-à-dire le premier mai suivant, pour '*

toutes les clauses du bill ; et qu'il avoit paru juste de permettre, par une^clause additionnelle, à tous les bâtiments négriers destinés pour l'Afrique avant la mesure qui venoit d'être embrassée, de compléter leur cargaison, et d'en porter le produit aux Antilles, jusqu'au premier janvier, terme de l'abolition définitive.

Le 25 janvier, ce bill, si long-temps disputé, reçut la sanction royale.

Lord Hovirick demanda le 5 mars à présenter un bftl tendant à ce que tous les sujets de sa majesté britannique fussent admis à servir dans l'armée de terre ou la marine, en prêtant le serment prescrit ; et de plus à ce qu'ils eussent le droit d'exercer librement la religion qu'ils profëssôiént, si cette tolérance étoit jugée compatible avec la tranquillité publique.

M. Perceval fut l'orateur qui s'éleva le plus fortement Motîoti contre cette motion. Selon lui, rien de plus dangereux ^^^^''^ n'avoit été soumis au jugement de la législature. G'étoit service, se jouer de tous les serments, soiis l'abri desquels l'arche de la religion étoit placée ; c'étoit ouvrir la porte à des innovations dont il lui paroissoit plus qu'imprudent de braver les conséquences.

Les uns approuvèrent les frayeurs de M. Perceval ; Vas autres les traitèrent de chimériques.

Le bill fut lu pour la première fois ; il devoit être relu le lA Lord Howick annonça que cette seconde lecture n'auroit pas lieu. Le ministère étoit changé. Sa majesté,, qui d'abord avoit approuvé les démarches de lord Grenville et de lord Howick relativement aux catholiques d^Irlande, se décida, sur les représentations de quelque»

3o4 HISTOIRE d'aNGLETËRRIT.

"*~^^ — membres du cabinet, à retirer son consentement, et '' persévéra dans cette opposition , même après que les ministres eur/ent modifié leur projet. Lord Grenvilïe et lord Howick demandèrent à consigner, dans les actes du cabinet, une note qui les autorisât â reporter cette affaire, en temps opportun, sous les yeux.de sa ma* jesté. Mais il leur fut enjoint d'y déposer au contraire rengagement écrit, de ne rien proposer désormais qui se rapportât à la question concernant les catholiques. Persuadés que cet engagement ne pouvoit s'accorder avec leur devoir,, ils supplièrent sa majesté d'agréer leur démission*

Les deux chambres s'ajournèrent au 8 avril* Nouveau Lord Westmoreland fut nommé garde du sceau» ftiiuib ere. p^j^^ . j^ j^^ j^ Portland , premier lord de la trésorerie ; M. Canning, secrétaire '^d'état des affaires étrangères; lord Ha wkesbury, secrétaire-d'état de l'intérieur; tord Castlereagh., ministre de jla guerre et des colonies ; lord Eldon, chancelier; M. Perce val, chancelier de l'échiquier; le comte de Ghatham, grand-maitre de l'artillerie; le comte Gambden, président du. conseil; lord Mulgrave, premier lord de l'amifauté.

Le parlement fut prorogé le 27 avril. Une grande partie du discours, qu'une commission prononça, rouloit sur la discussion intempestive d'une question périlleuse comme celle qui venoit d'être agitée* La manière dont le roi s'étoit prononcé dans cette affaire devoit néces^ sairement exalter l'esprit de parti, toujours plus HDtif, sur-tout. en Angleterre, quand la dispute intéresse une opinion religieuse ; tant les peuples sont attachés à leur croyance ! Aussi n'eut-on pas lieu d'être surpris lorsqu'à l'élection générale qui suivit ^ la dissolution du parle^

GEORGES III. 3o5

m^nty le cri pcmt de papisme se fit entendre. Cependant — T il. n enflamma point la multitude, comme on auioît pu ^'

le craindre, «t sur-tout aux portes de la capit-^le.

La manière dont le conseil-privé s'étoit expliqué sur Fârbeusc k. compte de ja priticesse de Galles Bt de ses accusateurs jp 1p '^n. avoit fait espérer à cette princesse que les préventions ^^^^*^ ^« dont elleétoit Tobjet alloient' cesser. Mais , trop fière |)our. ménager ses ennemis, elle ne craignit méiJL^e point d'irriter leur bairtè, qu enbardissoit encore Taversiôn «déclarée de la reine-mèrç, à laqucUe (on est forcé de le croire ) la princesse de Galles avoit inspiré peu d'estime ; de sorte qu'on ne changea point de conduite avec elle, -et. qu'après la inort du duc de Brunswick, lorsque la •princesse Âugusta, sa respectable veuve, eut obtenu jlu roi Georges son frère un noble asile au sein de la £rrande<>Bretagne, la princesse de Galles reçut là dé* iense d'accompagner sa mère à Windsor. Elle crut devoir en appeler à la justice du roi, par une lettre où sa rdaoleur s'épanchoit avec dignité. Cette lettre finissoit ainsi : «J'invoque, sire, un privilège que le dernier de M vos sujets ne réclame pas en vain , celui d^'étk'e jugé tftpat ses pairs. Si j'étois coupable, pourquoi ne pas jii 9vérer mon crime? Si je suis innocente, pourquoi ne •« pas punir ceux qui s'attachent à me déshonorer? » Le jroi , qui ne partageoit point les impressions d'une grande pactie de sa famille, fit ^our la princesse Caroline tout ce qu'elle attendoit de son intérêt et de sa bonté; mais le retour de la cruelle maladie qui troubloit sa raison rendit ses soins inutiles.

L'hiver suspendit à peine les opérations de la guerre Bataille Mitre If s François et les Russes. L'armée des alliés eut ^^ Friedde foibles succès et de grands revers. Friedland fut le

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