LIVRE XXIV
Coup-d'œil sur le gouvernement et l'opposition. — L'inclë- ' pendance est le véritable but des Américains. — Effets des comités de correspondance. — Des mouvements de la province de Massacbuset. — De l'acquisition du Canada « — Des opérations du congrès. — Des efforts de Fopposition. — Des actes de la dernière session. -*■ Des débats sur ces actes. — Erreur de ceux qui considèrent la taxe sur. le thié comme la cause réelle des dissensions. — Premiers effets de l'acte sur le port de Boston. — Écrits publiés en Angleterre. — Irrésolution du ministère. — Dissolution du parlement. — Proposition de signer certains engagements. — Portrait 4es principaux ct^efs de l'un e( de l'autre parti dans les deux chambres.
Î774; AvA»t d'€trriv«r au moment où TAngleterre fut obligée d'oeirsûr ^® conMuencer une lutiç pénible et périlleuse, nous legouver- cFoyons dcvoir passer en revue rapidement les causes l*oppo8i- qui la déterminèrent de part et.d'autre. Nous examine- ^®"* rons les théories et les arguments de l'opposition,, et nous tracerons les portraits des principaux personnages politiques qui défendirent ou attaquèrent les mesures de ladministration.
Le but II falloit très peu de pénétration pour découvrir, "]f®^ . sous le voile dont les Américains couvroient leurs descains est séins , que le but réel de leurs principaux chefs étoit pendaii. l'mdépe^dance absolue ; qu'une révolution leur paroisce. soit une ère de gloire, et qu'ils préféroient plonger leur pays dans toutes les horreurs d'une guerre civile que de renoncer à leur projet favori. De là leurs plain* tes continuelles, leurs clameurs réitérées, tandis qu'ils
Bç. faisoient que de vagues protestations d'attachement et de fidélité, sans aucune ofFre positive de conciliation ou de soumission. Leurs réclamations dans les dernières pétitions et adresses alloient au-delà de ce qu'il étoit possible d'attendre de l'intervention du roi et du parlement: aucun des ministres, depuis 1764, n'avoit échappé à leur censure, et aucun parti ne pou* .
voit tenter un rapprochement, sans abandonner quelque principe, ou sans consacrer quelque prétention contraire à Thonneur et à l'intérêt du pays. A quelque condition. que ce fût, on ne pouvoit compter sur une franche réconciliation : on prévoyoit avec inquiétude le moment de la séparation des colonies de la mèrepatrie. L'Amérique, encouragée par des prophètes po- Utiques, enorgueillie de sa force, de son étendue, de sa richesse et de sa population , qui sans doute devoit s'accroître encore , quoiqu'elle fût extrêmement exagé^ rée par les démagogues, animée d'ailleurs de l'espoir delvoir augmenter le nombre de ses habitants par des . émigrations considérables de l'Europe , supportoit im^ patiemment le joug de la dépendance, et faisoit de vigoureux efforts pour hâter l'instant de son affran* çhisseroent.
L'union des colonies entre elles, au moyen des co-i- Effets des mités de correspondance, étoit un coup mortel à l'au- «>mit^
.^ii^i»,. -M- A^.. decorres*
tonte de la Grande-Bretagne. Les Américains en sen- dan^e. toient tout l'avantage; et aussitôt qu'ils furent certains de la coopération de toutes les parties du continent, ils firent des réclamations plus h^dies, ils répandirent avec audace de nouveaux principes de gouvernement, et prirent avec moins de déguisement une attitude d^ défi et de provocation . L'invocatioii d«s droits naturels »
328 HISTOIRE bV^NTCLETERRE.
contenue dans leurs déclarations ; Ta vertissement donné par eux, qu'à Texemple de leurs ancêtres ils commençoient par établir leurs griefs et leurs droits, sauf à prendre ensuite d'autres mesures ; leurs fréquents appels aux armes, tout concouroit à prouver que les plans de rébellion et de révolution étoient médités chez eux depuis long-temps. Dès que les colonies eurent pris une fois une attitude hostile, Imtérét du salut commun .cimenta leurs intérêts divers, et fit taire momentanément leurs jalousies invétérées.
larondiii- "^^ Conduite des différentes provinces, et sur- tout te de la jg celle de Massachuset, avant la convocation du con-
province ^ . i i> i i
de Massa- gres, avoit pour but d alarmer le gouvernement anchuset. giQÎs. Déjà les députés déclaroient que la mère-patrie n'avoit aucun droit de lever un impôt chez eux ; et que la soumission aux actes du parlement anglois étoit une inadvertance dont on devoit se corriger. Ces allégations avoient été soutenues par des révoltes et des provocations. Les mesures de sévérité n'avoient point produit Teffet qu'on en attendoit : la résistance n'en étoit devenue que plus générale, et le triomphe du gouvernement anglois plus désespéré.
De Tac jj^g latte avec les colonies ne pouvoit être avanta-
qmsition i i i ,
du geuse à 1 Angleterre. La faute la plus légère amenbit Canada, nécessairement des pertes considérables, et le succès ne pouvoit produire que des désastres immenses dans une des parties les plus importantes de l'empire ; en cas de pacification, 1 état entier devoit en souffrir/ L'Angleterre avoit réellement , par Facquisition du Canada, provoqué là révolution de l'Amérique. D'aussi' nombreux sujets, animés d'un esprit d'indépendance, qui sentoient toute leur force, et n'ayoient aucune
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crainte, ne pouvoient être (contenus par une autorité éloignée, par laquelle ils n'avoient plus besoin detre protégés, et dont la domination leur paroissoit tyrannique.
' L*e$prit de la constitution angloise n'est point favo- Con^aite rable à ces mesures jH^omptes et énergiques, au moyen congrès, desquelles on peut arrêter tout-à-coup les révolutions qui menacent declore. Si le gouvernement eût été despotique, et Tordre du souverain la seule loi, les Américains eussent été maintenus dans la soumission ; mais leurs plaintes et pétitions étoient journellement discutées dans toutes les formes et dans toutes les sociétés : leurs agents soccupoient dans toutes les parties du royaume à concilier l'esprit du peuple avec leurs pré* tentions ' leur cause ne pouvoit manquer d'avoir de nombreux partisans. La fierté d'une démarche faite pour obtenir la liberté trouve toujours en Angleterre des admirateurs et des appuis : les Anglois se rappellent ce qu'ils ont fait eux-mêmes ; et ce souvenir excite leur intérêt en faveur de ceux qui coiïibattent pour la même cause, quelle que soit L'injustice de leur agression et la perfidie des moyens qu'ils emploient. Plusieurs des plaintes des Américains étoient plausibles, et beaucoup de leurs prétentions étoient bien fondées en tbéorie, quoique la masse entière de leurs réclamations fût contraire à tout système pratique. Les progrès du mécontentement et de la résistance nécessitoient des mesures ; et les plaintes qu'elles faisoient naître pouvoient être soutenues par des arguments tiréssdes principes fondamentaux de la constitution angloise. Des ministres qui, dans une telle crise, aurôient négligé de prendre de iDrtQS mesurés, eussent été dignes de blâme;
33to uisTOïKE d'angletebre.
mais on^ne peut sans regret voir la violence et la révolte mettre dans la nécessité absolue de separter de ces principes, pour le n^aintien de Tordre et la con-» servation du gouvernement.
Des Les efforts de Topposition , dans la dernière session
effort» de 1 , , . . , i
lopposi- ^^ parlement, navoient pas autant servi la cause des »*on. colonies en Angleterre qu'en Amérique. Les arguments qu on présentoit en faveur de cette cause dans le sénat même de TAngleterre ai^imoient d'autant plus ses par-i tisans, qu'il sembloit que Tintérét des sénateurs étoit de la combattre. Cependant les efforts de lopposition ne tendoient point: à faire changer la conduite des mi-' nistres, si elle étoit erronée. Le systènie d'une opposition parlementaire peuè^tre avec raison regardée gét liéralemeut comme une lutte avec le pouvoir, dans laquelle des membres, pour contrarier le ministère ei acquérir de la popularité, prennent dans la discussion toute espèce de liberté, et professent des principes qui ne peuvent former la base d'un gouvernement. Jamais on ne peut croire que leur avis soit sincèrement émis dans l'intérêt du ministre ; on ne peut y voir qu'une tentative pour rendre son administration odieuse, en montrant qu'elle auroit; pu être plus sage et plus juste. De» actes L'unanimité avec laquelle l'acte sur le port de Boston dernière avoit été adopté, et les déclarations violentes de plu* sesMon, giçqps membres de l'opposition, qui affirmoient que eette ville méritoit un châtiinent sévère, trompèrent le ministre, peut-être sans qu'on en eût l'intention. C'eût été en vain que cette mesure eût été sanctionnée, si la charte, source de tous les désordres, n'avoit point été changée, et que les hommes disposés à servir la cause du gouvernement n'eussent point été protégés contr»
GEORGES IIU 3âl
la fiireiir de ceux qui se croyoient lésés. Les deux autres» biU$ étoient ainsi devenus indispensables. C'étoit un& perfidie, ou plutôt une manœuvre de parti de les com-. battre, d'autant plus que les pétitions au parlement et la protestation de certains lords parurent dictées par un systàne général de dénigrement contre tous lea actes relatifs à T Amérique, depuis la révocation de Fimpdt du timbre etTadoption dejla loi de déclaration: elles promettoient d'ailleurs le rétablissement de la tranquillité , dans le cas où Tori prendroit de nouveau des mesures de cette dernière espèce. Si ces politiques étoient sincères ^ quel a dû être kur étonnement, lors-» que le congrès se déclara en droit de refuser toute obéissance aux actes passés depuis la colonisation I Combien ils durent être déconcertés lorsque, dans rénumération des griefs, ils virent l'acte de déclaration porté en tête de la liste, et attaqué avec violence!
Des prédictions vagues de résistance ne méritoient pas plus de confiance que des assurances de la soumis* sion des colonies, lorsqu'elles auroient obtenu cer-^ taines concessions. La prophétie du gouverneur Pow* nall, lorsqu'il développa les moyens et les mesures de Topposition américaine, étoit remarquable par la vérité des détails ; mais le discours ne contenoit aucun prin* cipe qui pût garantir au gouvernement qu'une telUt prédiction ftit fondée, et n'a voit aucun caractère par* ticulier qui pût la faire distinguer d'une information imparfaite sur les faits; elle pouvoit paroître avoir été inspirée plutdt par un désir chimérique que par un« espérance réelle. Tous les membres qui connoissoient l'Amérique, soit qu'ils fussent attachés au ministère ou à l'opposition^ convènoient qu'aucune force militaire
du pays ne pouvoit résister aux troupes anglolses. Cette certitude eût été un motif lâche et impolitique de presser les hostilités ; mais elle donnoit droit de conclure qu'une résistance désespérée contre Tautorité ne pourroi t être soutenue avec persévérance. Le peu d'importance qu avoient en elles-mêmes les causes d'où paroissoit provenir le différent, et l'assurance donnée par lord North, que des mesures de conciliation seroient prises aussitôt que les colons auroient fait preuve de soumission , dévoient également faire penser que les Américains ne hasarderoient pas une lutte aussi désespérée et aussi inégale.
C'étoit une grande erreur, au ministère et à l'opposition , de croire que la taxe sur le thé fût la cause des troubles d'Amérique. A la vérité, la contestation avec l'Angleterre avoit commencé gur ce sujet; mais ni la révocation de cette taxe, ni toute autre mesure, à l'exception d'un système général qui n'eût laissé à la mère-patrie qu'une souveraineté de nom, n'auroient pu rétablir la tranquillité. Dans leurs demandes au gouvernement, les Américains , en faisoient l'aveu ; ils marquoient les limites de leur sujétion volontaire, et se réservoient des prétextes de nouvelles querelles , en déclarant qu'ils ne se soumettroient qu'aux actes qui leur paroltroient dictés bonâ Jide dans l'intérêt du commerce, '^ff"*^'^* Les nouvelles venues d'Amérique, quelque temps l'acte sur après l'adoption de l'acte du port dé Bdston , faisoieot 'y**"^ ^® concevoir les plus belles espérances de ses heureux effets. On disoit que la non-importation décrétée par les habitants de Boston avoit été froidement accueillie par d^autres villes, et même réjetée par quelques unes.
mais peu-à-peu Vesprit qui les animoit se répandit dans toutes les colooies, en proportion de Tappui que les habitants de Boston trouvoient et des résolutions qu'ils prenoient. Enfin le congrès général fit éclater par-tout Tanimosité contre le gouvernement. Quelques uns des Ifouverneurs donnoient Tespoir que cette «rage populaire se refroidiroit : d'autres jugeoient mieux des efFets d'un enthousiasme contagieux. Le gouverneur de la Caroline du sud en particulier fit un tableau alarmant; mais fidèle, des conséquences que devoit avoir un esprit général d'opposition (i). ' -
(i)«rJe vois, dît-il, que cet esprit d*oppo8itioii aux taxations est si ▼iolent et si universel dans toute FAm^rique, que je crains qu'il ne puisse être apaisé facilement et proroptement. Le mécontentement et quelquefois Texaspération sont si universels, que les Américains se sont déterminés à cesser tout commerce d'importation et d'exportation avec l'Angleterre, et même k suspendre le cours de k justice; leur ruine dans ce cas leur paroit inévitable, mais ils s'en inquiètent peu. Ils consentent volontiers à changer leur vie aisée en une vie misérable et à ne satisfaire qu'aux simples besoins de la nature, s'ils peuvent faire partager leurs souffrances à l'Angleterre.
«Telle est l'opinion des plus violents d'entre eux : les autres pensent qu'on va trop loin : mais le plus souvent la violence l'emporte sur la modération. Lorsqu'un homme renonce volontairement à l'espoir d'amasser des richesses, et qu'il abandonne ses travaux d'a{;riculture, de commerce ou de mécanique, je laisse à votre connoissanre de l'histoire et de l'esprit humain à juger ce qui occupe son loisir dans de pareilles circonstances. Un changement aussi subit et aussi grand , dans un peuple avide de gain , et chez lequel les gazettes ne sont pleines que d'articles divers sur le luxe, est à peine croyable, et cependant il est réel. Il est très douteux qu'il continue. Les pre* mières nouvelles du résultat du congrès de Philadelphie vous parviendront au commencement, de novembre. Je crois de mon devoir de vous faire ce fidèle tableau des dispositions de ce peuple , quelqu'affligeant qu'il soit, et de le confier à la sagesse royale, pour qu'elle trouve moyen de remédier h un tel étal de choses. » ( F~oye»
Écâtt en Une Crise aussi importante ne pouvoit manquer de ierr!r ^^^^ Daitre une grande divergence dans tes opinions politiques. Les écrits se multiplièrent, et représen? tèrent les opinions des différents partis. D'un côté, on établissoit la suprématie de l'autorité angloise^ et le droit qu'elle avoit de taxer les colonies dans tous les cas. D^un autre, on prétendoit que du momeivt où des hommes quittoient leur terre natale et cessoient d'étrt représentés dans le sénat de leur pays, Tobéissance n'étoit plus un devoir pour eux; que tout acte de souveraineté de la part de la mère-patrie étoit un acte de tyrannie auquel on dèvoit résister. Ces doctrines extrêmes étoient soutenues avec chaleur, mais sans beaucoup d'effet. Leur établissement ne peut dépendre de simples paroles ; et comme les écrivains tirent leurs matériaux ^de sources entièrement différentes et rair sonnent d'après des principes diamétralement opposés j il en résulte qu'il est impossible de former une opinion intermédiaire qui puisse amener à la paix, en laissant intact rhonneur national.
Des discussions plus instructives et plus intéressantes eurent lieu sur cette question : Quels sont les moyens de triompher des difficultés de la circonstance actuelle? Ceux qui guidoient plutôt qu'ils ne suivoient les Américains, en niant la suprématie de l'Angleterre; Vouloient que la mère-patrie montrât une soumission entière. Ils proposoient de retirer les vaisseaux et les troupes; et, reconnoissant aux Américains le droit d'avoir un gouvernement séparé, ils recevoient avec humilité, de ceut qu'ils avoient naguère considéi^é^
la lettre du {gouverneur Bull an comte de Dartmouth, en daté dn 2t juillet 1774- )
CCORGES HIr
eonnne leurs sujets, une amnistie pour tes torts passés ; tt pour Tavenir une amitié précaii^ et une alliance Ëonditionndle.
. Ceux qui se montroient mdins ouvertement les avo^ cats de l'indépendance des Américains /et qui feignoient de croire que la taxation étoit le seul sujet de \eikfi piaiates, conseilloient d'abandonner entièrement tout projet d'impôt, et de rétablir les relations politiques des deux pays dans l'état où elles se trouvoient à la fin dé ia dernière guerre. Telle étoit la doctrine qui dominoit dans l'opposition parlementaire, et que de nombreuse écrits appuyoient de belles démonstrations d'amour de la paix, et d'assurances que ce système conserveroit la sourde la plus riche et la plus importante de l'opu'ience de l'-Angleterre. Ces écrits présentoient quelque^ difiPérences sur les mesures qu'il conviendroit de preni- ^re, si Ton échouoit dans les tentatives de conciliation. Us parôissoient tous insinuer que les armes vengeresses de FAngleterre anéatitiroient aisément un esprit cou-^ pable de résistance : mais très peu d'écrivains eurent, comme lord Chatham, la magnanimité d'émettre une opinion positive pour l'emploi de ce moyen de rigueur, s'il devenoit nécessaire. La marche des événements, dans le cours de l'année, prouva clairement qu'aucun des sacrifices que l'Angleterre pourroit faire, à l'exception de l'exitier abandon de toute autorité, n'auroit pas l'efFet qu'on en attendoit : ainsi les conseils de celte classe de raisonneurs devinrent de jour en jour moine estimés ; et on finit par les regarder comme des spéculations d'une politique insensée.
Un seul écrivain (i), très versé dans l'histoire, le
(i) I^e docteur Tucker, doyen de Gloucester.
336 HISTOIAE D'ANGLETERRE.
commerce et la politique, entra dans la question véri* table, et s'attacha aux résultats probables. Il vit que Findépendance étoit le vrai bût de la querelle; qu'il faudi'pit une longue guerre pour que TAngleterre pût reprendre son premier ascendant ; mais, que les dépenses d'une pareille lutte ne pourroient être compensées par les avantages que donneroit une soumission forcée et supportée avec peine, qui ne seroit accompagnée d'aucune estime sincère, d'aucun désir réel de servir les intérêts de la mère-patrie. Il estima à sa juste valeur le droit naturel et législatif de l'Angleterre, et démontra d'une manière frappante la fausseté du raisonnement qui justifioit l'ingratitude et la culpabilité des Américains. Ce qu'il conseilioit étoit hardi et décisif; c'étoit d'éviter les dépenses et les difficultés d'hostilités prolongées, et les dangers de discussions théoriques, en cessant toute alliance avec l'Amérique, en lui accordant Findépendance qu'elle desiroit, et en la laissant seule sexréer à elle-même un état de défense, de gouvernement, de législation, et se former dés alliances. Ce plan, aussi sage que noble, étoit absolument impraticable dans un gouvernement représentatif comme •celui de l'Angleterre, où la responsabilité est attachée à chaque avis, et où le peuple est habitué à mettre un si haut prix aux relations avec l'Amérique. L'homme le plus hardi et le plus ambitieux n'auroit pas osé accepter le ministère, sous la condition d'adopter ua pareil plan.
Le ministère étoit imbu de l'opinion générale de la grande importance de l'Amérique (i). Il apprécioit à sa
(i)LQrcl Dartmottth, secrétaire-detat des colonies, se servit à ce
tïEOAGËS III. 337
juste valeur la force et les ressources de la mère-patrie ; et il étoit très disposé à adopter les ^arguments d*unè quatrième classe de politiques, qui prétendoient que l'Angleterre ne devoit faire des tentatives de concilia^ tion qu'après que rAménque auroit fait des concessions. Si Te pacte social enti*e les deux pays , disoient'ils, doit recevoir des formes nouvelles ) la mère-patrit doit })ouvoir dispenser librenient ses bienfaits, et ne peut être contrainte à céder maigre elle yne partie de son autorité. Plutôt que de s avilir jà ee point, elle doit s'armer d'une juste indignation, réprimer les factieux , effrayer les perturbateurs et punir les coupables.
On ne vpyoit cependant pas sens alarme et sans une Irr^tok'^ extrême répugnance la néceissité d avoir recours aux ^^^tèii. armes. De là les temporisations du ministère ^ qui dn-^ rèrent jusqu'à ce que l'esprit de faction prit un degré de force qu'il n'étoit pliis possible de réprimer. La di^ vergence des opinions sur l'emploi des forces, et l'essai des moyens de conciliation vers lesquels penchoit le cabinet lui-même ^ paralysèrent la vigueur du gouvernement et donnèrent un air d'indécision .à toutes ses opérations. Il en résulta que la .sévérité des ttedufe? ' * n'inspira aucunei^erreur^ et les Américains, au lieu de
sii^et des expressions suivantes dans une leUre au général Oaçe, tu date du 3 juin 1774 : «L'autorité constitutionnelle de ce royaume sur ses colonies doit être maintenue , et ses lois suivies dans tou^ r empire. Non seulement sa dfgniié- et- sa gloire, mais encore son pouvoir, et même son existence 9 dépendent du. moment aCitae); Si ces idées d'indépendance, que quelques personnes mal-intepUonnéee s'efforcent ici d'inspirer aux Américains, prennent une fois racine, la parenté entre ce royaume )et ses colonies, qui est le cage de la * paix, cessera bientôt d'eufier; et 4a désiiniqn enuvhiefa' laTulne commune. »