‹ Histoire D'Angleterre Depuis 1760Chapitre 15 sur 26 · aa · texte numérisé non relu

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338 HISTOIRE I^^AlfGLETERRE.

rentrer dans le devoir, bravèrent avec joie les danger^, et xnême coururent au-devant de« hostilités.

ikm^da Daus le coors de Tautomne, le parlement fut disparle- 50U5 subitement.

Avant cette dissolution, plusieurs comtés, cités et bourgs avoient voulu exiger de leurs représentant» le serment de soutenir ou de combattre certains actes. Cette mesure inconstitu^onnelle et funeste ne fut point adoptée généralement, et même elle fut sourent re^ poussée par les candidats même qui paroissoient les plus avides de popularité. M. Wiikes, qui fut élu re<^ présentant du bomté de Middlesex, et son collègue, Vavocat Olynn, proposèrent et signèrent un serment qui conta^oît la plupart des articles réclamés par Fopi^ nion p<^pulaire. Quoique le temps des élections fût ex^ trémement court, il s'éleva de nombreuses et de vio^ lentes cratestations dans plusieurs parties du royaume^ et plusieurs candidat», cpii faisaient parti» du précé«^ dent parlement, furent re'poussés.

Portraits [^ chambre des pairs possédoit à cette époque ua mes grand nombre de membres d'im talent remarquable ^

éirigeant. ^^ MNâtiorent les mesuves du gotivernement. Lord Apsiey, depuis comte de Bathurst^ remplissoît leé fonctions de chanceKer. Il avoit occupé successivement avec gloire les postes de procureur et d'avocat-général de Frédéric,' prince de Galles, et d'avocat-général de la princes^ douairière. £n 1 7S4 1 il fut nommé juge de ta cour des plaidoyers commun», et en 177 1 il reçut )e grand-sceau, après avoir été un des commissaire» à la mort de M. Charles Yorke. Son éloquence étoil claire et méthodique ; m^&s il avoit peu d'étendue dant

GEORGES: Itl. 339

9es vues politiques : il preooU rarement part aux délmts^ et n'y étoit pas d'une grande utilité.

Le comte de Mansfield , lord^hef de juitice du banc^ ^^^^ du-roi., avoit tenu long-temps le preinier rang parmi BM.^ les avocats. Sa réputation, coinine bomxne d'état, élçit. très grandew II Gonnoissoit parfaîl^nput l'bi^toîre et Ui cop^itution d'Angleterre. Très versé dans la pratiqua des lois 4^ sop pays,, il avoit acquj^ tout ce qui ipi 4toit néoessâiiNi pour bien juger des rapports qui eiùs^ toient entre elles et les meilleurs ^ystèn^es ancdeo^ ?( modernes. Il fut. nommé à la cbumbré des çommunet çn .1 74^ 9 à l'âge de trente^buit ans* Ses talents n'étoieml pas moittf mûris p^r l'expérienge que par l'étude. A «ou débiU dans le parlement, jA défèadit T^idiniiiistr^tion de lord Carteret; oontre la violente opposition d^ M. Pitt; et soio éloquence d^m la chambre ne fut p^^ moins remarquable qu'au btrjreau. §a diction étoit M^* fois naturelle et élégant^ : ses di$Qpur$ sedistinguoient par l'ordre qui y régnmt comme .par l'entière frangbis^ qui Us diqtoit* Les images qu'il employoit étoient sçuyeiit bardies, toujoura justes. Son éloquence étoit fa? çile, claîw.et eau^atuapte. Se mém^^ire, tr^s fidèle ^ très étendue^ lui fouraisâok des réplique^» victorieuse^ %nx argumenta de 9es adversaires» en démontrant faci*^ jUment lear fausseté, leur foiblesse oif leur absurditéi U ne çhercboit poini des élans d'imagination ni d<9 ipiiouvements de passion* C'e^t à la raison plutôt qu'^^ gentiment qu'il s'adressoit ; et jamais, même lorsqu'il étoit attaqué, il ne s'abaissoit a des personnalités coupables ni à des altercations violentes. La finesse et la , pénétration caraètéri^oiiçnt $e9 discours, <jui se fai-î

34ar HiSTOittr d'ancplë^'erre.

soient également rémarquer par la clarté et la Bonn^ foi. Ses raisonnements portoient sans peine la convie-* tion dans lesprit de ses auditeurs. Son ton étoit modéré et décent, jamais arrogant ni impérieux ; mais il avoit eetté dignité que donne la supériorité, et qui tiest jamails choquent^. Qnofque sa taille Ait 'petite, il se feisoit remarquer par la grace et TaiflUnce de ses ma^ nières. Il avoit Toeil perçant, la voix harmonieuse, le geste lioble et juste, là contenance pleine de feu et dé vivacité. Il ne varia jamais dans sa conduite poKtique. Jamais il n'àmbitiomia la faveur populaire autant que Tapprobatiôn des homines aageê et des igens de bien.^ Ki ra{>pârehce du danger, m la (ufeur de Tesprit de parti ne purent riotimider dans ta -marche qu'il s'étoif tracée, ni altérer les sentiments que lui dictoit sa con-* Viction intime. Trop inodéré pour être le chef d'aucun parti, trop sage pour en être la dupe, on croit qu'il parla toujours des affaires publiques d'après son opihion personnelie. La chambre des pairs ayoit pour lui ttne déférence plus grondé que pour tout autre, ^et le roi fe consnltoit fréquemment. L'œil s-i clairvoyant de Peiiviè et de la jalousie ne put^^surprendre une seulefaute dans sa cotiduite politique (i) ; et la malignité fut réduite à la misérable ressource de chevchep dans s» naissance une matière à des reproches indirects. On FadCnsa de conserver les attachements et les principes dont ses parents étoient imbus^; ttiais jamais il ne leà

' (r)'Il fat violemment attaqué par WilkeS) Joniiis, Andrew Stuarty '«r aiitres : mais, lors même que la ra^^e de Tesprit de parti fut au pluB haut degré, leurs efforts ne réussirent qu'auprès de la populace. Les hommes sages de tout' rang et de tous les partis ont depuis unar^ Muemenf reconnu la futilité des accusaticms.

GEORGES ÏII. 34^

ttanifesta danâ ses fonctions juridiques et parlemea- Jtaires. Lard Maudfield fut un deê soutiens les plus Tccndrquables et les plus constants da gouvernemenl; dans les affaires d'Amérique. £n. 1766, il avoit mamfesté, dans là ohumbré <le9 puirs, son opinion sur 1^ suprématie de TAngleierre et sw la ^^ésistance de l'Anié* rique (i), et Je jugement qu'ilavoit porté alors paroit ^voir dirigé sa conduite 4^os tous les événements subséquents (a).

Le comte de Sandwich j premier lord de Famirauté, f o""* étoit ua vétéran dans les discussions, parlementaires et ^jch. clans les emplois. 11 étoit entré à la chambre des pairs en 1789. U se réunit au duc de Bedford, dans son opposition à sir Robeit Walpole, et ne se >montra jîas plus favorable à radministration suivant.

A la forma4:ion du ministère , en 1744» ilfutnoinmé Jord de lamii^uté^ et en 1746 miaistre . plénipotentiaire au congrès de Breda. €'est au même titre qu'en 11748 il signa le trailé«le paix d'Aix-la-Chapelle. A son retour, il fijt fait premier lord de lamirauté et çon^eeiller-privé. En 1761 , il fut écarté des affaires; mais en 1765 il rentra dans ladministration, et devint vicetrésorier d'Irlande. Il quitta cette charge en 1 763 , pour se rendre, en qualité d'ambassadeur extraordinaire, à la cour d'Espagne; mais ne s'étani; point fait remai*-

(i) «Poursuivez, mylorcls, dit -il, avec courage -et fermeté; et, lorsque vous aurez bien établi votre autorité, il sera temps aloï-s de tnontrer votre clémence. »( F'ojet^in Vie de lord Mansfield par HoU liday. ) .

(2) Ce portrait est tracé d'après ce qa*0Dt dit de lord Mansfield î'évêque Newton, le docteur Johnson , Tévêque de Worcester, et diverses autorités citées par Holliday, dans sa Vie dé lord Mausficlâ^ jifc. 4^6 et suivantes, et 4*aprè9 des documents particulière.

34^ HISTOIAË d'aNCLETERRE.

quer par ses services dans ce poste, il fat renommé, éii k 763 , premier lord de Tamiranté. Pendafit le ministère du duc deBedford, il tint les sceaux de secrétaired'état. A la dissolution de ce ministère, en 1765, il îresta sans emploi jusqu*en 1768, qu^il fut adjoirit au maitre-générâl dès postes. A la fin du ministère de lord Grafton, en 1770, il reçut les sceaux de Tintérieur; et en 1771 il redevînt encore premier lord de l'amirauté. Dans tous ces différents emplois, lord Sandxvich montra'de lenergîe et du discernement. Il introduisit dans ladministration la réforme, réconomie et l'activité. Elles étoient particulièrement nécessaires dans 1 amirauté, qui, depuis la fin de la dernière guerre, ëtolt dirigée avec tant de négligence, qu'à l'époque de la contestation avec l'Espagne, relativement aux ile$ Falkland ^ il étoit très douteux que les forces maritimes del'Anglfeterre pussôntlutter contre celtes de la famille des Bourbons. Chi reconnut les bons effets de l'administration de lord Sandwich e<l 1773, lorsqu'il suffit de la tnehace d'un armement anglois po«Ér détourner la France de prendre part à la guerre entre la Russie et la Porte-Ottomane. Mais illalloit de grands travaux et un temps considérable pour rétablir complètement les forces maritimes dé l'Angleterre, détériorées. par l'incurie, la négligence et rimprévoyance, et par cette parcimonie qui entraîne dans plus de dépenses qu'elle n'en fait éviter. L'introduction de la vigilance et de l^a subordination dans des administrations où depuis long-temps régnent le désordre et l'indiscipline, font toujours beaucoup d'ennemis personnels; aussi aucun des ministres n'eut à soutenir des attaques plus violentes et plus multipliées que le premier lord de l'ami*

, ItBORGES m. 343

niulé. Dans la discussioa, il se.faisoit remarquer plutôt par Tbabileté et le disceraetnent que par Téclat de 1 eloqueoce. Se$ arguai^ats écoieot forts ^ et ses discours se distiuguoieat par une logique profonde et des connoissances appropriées au sujet qu'il traitoit. Son caractère calme lui doanoît.un grand avantage dans la réfutation des accusations dirigées contas lui. La cham* bre Técoutoit avec une grande attention , parcequ'elle savoit qu'il ne parloit jamais sans avoir approfondi et sans posséder parfaitement la matière (i}«

Le comte de Hillsboroufîh continua à donner ses I^ord

. . > . VI ru^ , HilUbo-

avis et son appui aq mimstere, quoiquil ne fût plus rougli. secrétaire-d état pour le département des colonies. Il défendit les opératipn.s du gouvernement avec zélé, fermeté et talent. Son ei^périenee le rendoit juge compétent sur les points principaux de la contestation, et, dans la discussion , il rendit des services réels.

I^es mesures du gouvernement furent défendues of- l^^*^ ficiellement par le comte Gower, lord -président du conseil. Entré à la chambre des oonununes en 17449 il avoit toujours été depuis cette époque un membre distingué du parlement, et avoit rempli plusieurs emplois iniportants. Lord Dartmouth'% seorétaire- d'état Lord pour les colonies, se renferma dans les détails et dans ^"''^ les explications qui furent demandés dans le cours des discussions., Le duc de Grafton , lord du sceauprivé, fut chargé également pendant quelque temps de la défense officielle des mesures ministérielles. 1

L opposition étoit formidable par le talent reconnu et la popularité de plusieurs de ses membres.

• (i) Ce poi^trait est tiré princîpalemeHt des Mémoires de lord Sandwich par le xt^T. Jean Gooke. *

344 HISTOIRE D*AN6LETERBEf

was de Le comte de Gbatham , animé d'une nouvelle énerve ^^^on"' P^^ rimportanoe de la crise, étoit ihfetigable pour at- Lord taquer la conduite du ministère. A la fin de sa carrière, *"*• il brilloit encore de tout son éclat, et jamais il ne déploya des talents plus extraordinaires que pendant les. débats sur rAmérique{i). La popularité et le succès de son administration , le respect qu'on avoit pour son âge et son intégrité faisoient de lui l'orateur le plus illustre du parlement. Le public répétoit ses observations avec la plus profonde vénération , et ses antagonistes même dans le parlement accompagnoient toujours l'expression d'une opinion différente de la sienne d'un tribut d'éloges de son caractère. et de ses talents, et s'excusoient , d'une manière indirecte, de n'avoir pas un avis conforme au sien.

Le mar- Parmi ceux qui considéroient la taxation de TAmé- Rocking. ^ique comme la seule cause de la querelle existante, le ' ^m. marquis de Rockingbam avoit les plus grands droits ' à la popularité. Son ministère; quoique court, avoit produit plusieurs mesures favorables au peuple. M.

(i) L'éloquence du comte de Chatham est admirablement caractérisée dans un extrait d*une lettre de M. Stiliingfleet au docteur Dauipier, depuis doyiifi de Durham. Londres, 1 7 novembre 1 761 . « M. Aidworth alla k la cbambrç .Teodredi dernier. Pitt fut plos grand- que jamais. G*est Thomme le plus étonnant. Il na point existé . depuis Démosthènes d'ortteur plus accompli : l'attitude , le geste, le regard, le son de voix, tout en lui est admirable, et je ne dis rien de ses paroles. Il se trouvoit dans la situation la plus difficile peut-être où jamais homme ait été; et cepeDd9nL il s'en est tiré arec des sajlrages presque unanimes. En un mot, il peut tout faire, quand on l'a entendu. Vous vous rappelez peut-être comment Escbine cberchoit k donner aux Rbodiens une idée du pouvoir de Démosibènes, lorsqu'il iut banni. C'est un homme ^ dit-il, qui, si je l'avois rea^ersé par terre, vous persuade roit que c'est lui qui m'a renversé. «

GEOftGEd tii. 34^

Buiii:e(i) le peint comme un homme de prin^cipes so- UdeSy d'un esprit vaste, d'un jugement fin et pénétrant, et d'une fermeté inébranlable. Ces qualités lui don*noient beaucoup de partissms; mais leffet eh étoit atténué par le manque absolu d'éloquencfe parlementaire. Il prenoit rarement part aux délibérations , même pour défendre son administration. Il parloit avec un air d embarras , et d'une voix si foible qu'à peine il pouvoît être entendu.

Le duc de Richmond étoit un membre de Topposi- pj*"* tion aussi actif qumtatigable. 'Sous le ministère de mond. Rockingham, il avoit été secrétairs^'état , et en 1766 il fut Aonuné ministre plénipotentiaire à la cour de France. Il étoit né avec de grands talents, qu'avoient encore fortifiés sa persévérance liaboHcuse et la vie austère qu'il avoit menée. Dans tout les débats, il sai«sissoit toujours un point défectueux, qu'il attaquoit avec force et obstination. *Ii montroit dans ta discus^ sien un esprit prompt et. ferme. Sa censure des actes du ministère n étoit pdint ISidculée pour faire briltér son éloquence; ses auditeurs étoient toujours perslia^ dés qu'elle étoit le fruit sincère de sa conviction.' '

Le comte de Shelburne, doué d'un grand talent d'ar- Lord gumentation , s'attacha à 1 étude des relations politi- j,^*^J qaes et commerciales , de l'Angleterre. Il étoit très versé dans les affairefs étrangères. Pendant l'administration du diic.de Bedford, en 1768, il fui premier lord du commerce; et sous le ministère de lord Cbatham , qui avoit pour lui une haute estime, il remplit la charge de secrétaire-'d'état .

(i) Discoûfi sur U taxation de rAihcriqtic. ( Œuvres de Burke, .. vol. I, p. 548. )

34^ mSTOIRB D^AHALETERBE.

Lord Le comte de Camden étoit parmi les pairs de Yo^ ' "^ *'^' position le juriscoosuke ]e plus distingué ^ et ses avis jivoient le plus grand poids. Après avoir été membre de la chambre des communes^depu^ 1.754 jusqu'en décembre 1761, il f u t nommé cbef de j ustice des plaidoyers communs. Il présida cette cour avec dignité , fermeté et impartialité. Sa popularité s'établit à Toccasion des questions mémorables relativement àWilkes, et sW crut considérablement par son opposition à la guerre d^Amériquè. Son éloquence dans les délibérations légi^ latives étoit prompte , nerveuse et persuasive ^ et il tiroit ses raisonnements d une conooissance profonde et exacte de Tbistoire de la constitution du pays, d étoit attaché personnement à lord €hatbam , à qui 3 devoit son avancemient, et qui, pendant son mini.stère, Tavoit fait élever à la dignité de lord-chancelier. (Les ducs Léfs ducs de Devonshire et de Portland parioient n- Thire et" J^^n^^ût à la chambre. Le premier compensoit souveot de son silence par quelques mots pleins* de force et é

Portland. • «i • • • ^ % i

justesse. Ils se joignoievt a toutes les protestations importantes, et secondoient le parti de tout le poids de leurs relations et de leur influence personnelle. Le peuple avoit une haute vénération pour lAir- intégrité et leur indépendance.

CKambre- La chambre des communes possédoit une rare réu*

nion de talents ée Tun et de Tautre parti.

H' Hîeby. M. Higby , payeur des troupes , étoit uh orateur pleis

Gilbert ^^ vigueur et d'intrépidité. Sir Gilbert Ellrot , doaé

Elliot. (Ijun jugement vigoureux, se faisoit remarquer dans

gir la discussion par le talent de Tanalyse. Sir Grey Cooper

Grej i^endoit des services essentiels par sa oonnoissance des

affaires, sa facilité dans la discussion^ son attention à

GEORGES ni. S47

là suivre, et ses connoissances en matière de fidsAce. Il avoit la confiance entière du principal ministre, <)Ui lui avoit facilité son entrée au parlement, et auquel il resta toujours invariablement attaché.

M4 Dundas, IcHtl-avocat d'Ecosse, avoit acqutê une ^ ^;

. « .1.11 Dundas.

iniluence constaerablç par ses connoissances en ma* tière de législation, et par Tordre qu'il avoit introduit dans tomes les affaires d'administration. Quoique son accent naturel lui fât désavantageux, peu d'orateurs cependant étoient écoutés avec plus d'attention. Il discutoit a.vec habileté et force, ne s'écartant jamais de la qbestion, et émettant son opinion aVec fermeté » sans aucune vaine pompe de phrases étudiées et d'or<liements de rhétorique.

M. Jenkinson , qui devint plus tard lord Hawkés- ^: ^^^ bury et comte de Liverpool , attira d'abord l'attention publique par un discours sur la conduite du gouveme<ment anglois relativement aux nations neutres. Il étok versé dans la constitution du royaume, entendoit fort bien toutes lés questions commerciales et politiques, et parloit avec correction et précision. Il avoit siégé dans les deux parlements précédents , et les différents ministres a voient reconnu ses talents. En 1766, $ouà le ministère de lord Chatham , il fut lord de l'amirauté, et en 1 772 vice-trésorier-adjioint d'Irlande.

Parmi les soutiens du ministère, les magistrats* les plus distingués étoiept le président de la chambre sir Fletcher Norton, Thnrlow et Wedderburne.

Thurlow avoit une éloquence nerveuse, entraînante M. et solennelle. Il émettoit les opinions inébranlables ^^ ^' d'un esprit supérieur, qui ne sait point briguer les applaudissements. La Térité se montroit che^ lui sans

le secours de Tart; et lorsqu'il parloit, la raison étoit convaincue, sans qu'il fût nécessaire de séduire Tima*gination, .

îlerbu^**^" Wedderburne étoit ingéoieux, clair, élégant et persuasif. Tantôt il employoit la force du raisonnement, et tantôt les charmes de Téloq^ence*. Quelquefois il présentoit à la raison des arguments irrésistibles, et dans d'autres moments il séduisoit l'imagination par les agréments de l'e'sprit et les grâces de l'élocution. ' tion"" ^^^ légistes les plus distingués de l'opposition^toient

L*avocat lavocat Glynu et M. Dunning. Glynn fut député au ^^^' parlement psfrMiddIesex, pour récompense de ses efforts en faveur de Wilkes , et il dut à'ia même cause la place de greffier des archives de Londres en 1 772. Il parloit rarement, et seulement en général dans les questions populaires. Il exprimoit alors son opinion avec une éloquence forte et hardie. Sa santé étoit délabrée depuis long-temps, et une mort prématurée Tenleva à son parti, dont il étoit un des soutiens.

M. Dan- Dunning jouissoit d une grande réputation au barreau , où il avoit rempli la charge de procureur-général.. Il unissoit une connoissance parfaite de la législation à des vues très étendues en politique. La laideur de sa figure , la mauvaise grâce de ses gestes , et la monotonie de sa voix se perdoient entièrement dans la facilité et la rapidité de son élocution , lès éclairs de son ^esprit et la finesse de ses arguments.

Sir Sir Georges Savile, qui depuis trois parlements con-

Sskjile* sécutifs représentoit le comté d'York , devoit la considération dont il jouissoit à un savoir profond, à des principes fermes et à une (fonscience intégre. Possesseur d'une fortune considérable, et n'ayant jamais ac-

GEORGES m. 3^9

fcepté d emploi ,*iUne pouvoit pâroître animé d'aucune "vue d'ambition. Son opposition étoit constante et forte, et on le considéroit en quelle sorte comme le chef des repnésentant^ de province dans la miDorité. '

Le colonel Barré joienfioit à une connoissance pra- I^ coletique des arraires une éloquence hardie et nerveuse. Il combattoit avec Tanne du raisonnement ou de Tironie. Tantôt il développoit d'ua ton grave et majestueux se» accusations pfKriotiques ; tantôt il lançoit la saillie et le j^arcasme, et toujours avec la même facilité et lé même effet.

M. Bmke entra au parlement sous les auspices dur. M.Bark«, marquis de Rockinghaïn ^ auprès duquel il n'eut d'autre recommandation que ses admirables écrits, qui élevèrent de bonne heure sa renommée au plus haut degré. II. étoit le conseil et le confident politique.de lord Bockingfaflm, et c'étoit d'après ses avis que le pai?ti anti-ministériel dirigeoit le plus souvent ses opé* ' rations. Burke avoit le rare avantage d'être toujours également ék)quent , soit qu'il parlât, soit qu'il écrivît; et 1 accent irlandois , qu'il ne perdit jamàif , s'effaçoit entièrem^Bt lorsqu'il déployoit les ressources de son magnifique talent. On admîroit en lui un goût parfait^ un aavcnr universel, une connoissaiice particulière des lois^ des nations, une sagacité qui pénétroit dans l«i nature politique de l'homme, et découvroit sans peine, dans des causes visibles, ces effets qui restent ignoré» ou problématiques pour un esprit moins spéculatifs Dès son début. au parlement, il s'acquit une baute réputation ^ qu'il conserva dans tout le cours d'une vie laborieuse et agitée. Sdn éloquence étoit du caractère le plus devé; et si quelquefois il parut s'abandonner

35a HISTOIBE D'âHGLETECRE.

i son imaginatioo , au détriment d# sa raison,* en peut affirmer avec confiance qu aucun oratenr, ayant parlé aussi soavent et sur des sujets aussi impoKonts^ n'a compensé ^uekpies légers d^nts par un phis grand nootfu'erde béantes du premier ordre. Lorsque Burke s'égasoit , FélégMioe de sa digression et ThalÂUté avec laquelle il la lioil au sujet prâicipal, la lot finr-» soient aisément pavdonnm par ses auditeurs. Si par hasard il desoasdoit au-desuaus de lui-même par qnel-^ ques fiivoles plaisanteries , il reprenoic bientôt son élévation accoutumée avec tant de vigueur, et compen^ soit cette aberratk» momoatanée par une tette abon« dance de beautés , que Tcsprit le plus difficile eût eraiut de le critiquer et se trouvoit foroé de radnrirer; Tous le» trésors de la nature et de la science lui étoient ouverts. Fort de cette richessie inépuisable, il con$uI-« toit moins les besoins du sujet qu'il traitbit que ses propres ressources, et il les déployoit avec une prodigalité sans bornes. Son esprit ardent saisissoit la quès-* tîon sur tous les points possibles^ et lorsqu'il s'arr^ toit, il étok évident que ce n'év^it pas parcequ'il étoit épuise , mais parceque l'objet en discussion ne présen'^ toit [dus aucune nouvelle face sous laquelle on pût le eonsidérer. A une imaginatioii poétique Bnrke unis* soit une chaleur de caractère qui Temportoit qoelqo#^ fois au^elà des bornes de la prudence; mais ces écuârts même n altéroient que foiblement la force de sa logi<* que. Lorsqu'il s'éckauffoit , son raisonnement n'en étoit pas moins fort; et si quelquefois un mouvement momentané d'indignation lui suggéroit des expressions inconvenantes et^peu dignes de sa haute réputation, la justesse de ses imagés ^ Theureux emploi de ses

GEORGES III. SSl

JBioyens, et la force de ses railleries, eflEiçoîént ïi^sk-* presmon de ses défauts et ne laissoient ^claos Tesprif qa'ua vi£.sentmie«t de plaisir. Lorsqu'il développoit dea principes généraux » les applications qu'il en fai« soit étoient sin^paliérement heureuses. Elles parois^ soient toujours appropriées au si^et, e^ jamais on n«^ pouvoit penser qu'il les eûtf ftâtes pour cacber tin vici^ de largument principal: le ccmeours du savoir et dé l'observation sembloit seul les avoir produites. Dan^ sa bouche rien ne paroissoit cotmnun ; tout étoit élégant et achevé. S%s défauts, comme orateur, venoient de l'excès méclle de ses qualités. Il prouvoit encore ^^

lorsque déjà l'auditeur étoit convaincu. Il jetoit un jour plus brillant sur des points déjà édaircis : il préaentoit de. nouveaux moyens de défense, lorsque Tacquittement étoit déjà cerlam; et il accumuloit de nouveaux inotife de censure , lorsque depuis long-temps il avoit porté au j)lus haut point l'indignation de son auditoire.

A l'époque que nous traitons, la réputation de M. m. Ghar^ Burke étoit à son comble; et il exerçoit une grande **• ^*^*-. influence sur les affaires politiques. Mais quelque grands et admirables que fussent* ses talents , l'effet qu'ils produisirent ne peut se comparer à celui qu'obi tint Charles -Jaoques Fox, second fils de lord Hol<^ iaad.

M« Fox montra à Éton et à Oxford un amour ardent pour là littérature classique. Une étude infatigable de Cicéron , et de Démostbènes , qu'il préféroit à l'orateur romain , annonça ce qu'il devoit être un jour. Dès les premiers temps de sa vie,«u milieu même des- plaisirs et 4^ la dissipation, il s'appHquoit #aas relâche à s# ^

352 HisTOiBE d'Angleterre.

former, uq talent d^argumentation. L'indulgente te^ dresse de 401^ père lui fournîssoili abondamment les moyens de satisfaire let inclinations naturelles d'une jeunesse bouillante et désordonnée. Il étoit difficile de discerner ses grands tal^fits sous le voile dont les coovroit une dissipation effrénée. ï\ fut élu au pariemeot avant d'avoir atteint T^ge requis, et en 1770 il iiit créé lord de ramiraïUé. Cepenflant son appui , quoique empreint de toute l'ardeur de son caractère et de toute la vigueur de son génie, ne fut pas jugé nécessaire à la cause du gouvernement. I[ avoitjdus d'une fois pris part aux mesures anti-populaires dé l'administration , saps avoir eu assez de crédit pour être appelé à en partager l'exécution. En 177a, il donna sa démission de lord de l'amirauté, et on s'attendit alors qu'il entreroit dans les rangs de ropposition(i). Cet espoir fut trompé: il se réconcilia avec le ministère, etJ>ientôt après (2) il fut admis au conseil de la trésorerie. Il en fut renvoyé en mars 1774» ^^^c des circonstances qui excitèrent en lui la plus vive indignation. Au moment où il quitu le parti des ministres , M, Fox étoit regardé général^ ment comme un hpmmg à qui sa jeunesse et son inexpérience dévoient faire obtenir quelque indulgence pour ses erreurs politiques et sa conduite légère (3); « mais il montra bientôt après , dans une discussion régulière, une puissance de talent que n'avoient point attendue de lui ses amis, et que ses ennemis n'avoient point appréhendée (4). » Il est impossible de bien exr

(i) Voyez les Œuvres posthumes de Gibbon, vol. i, p. 449* (:i) 9 janvier 1773.

(3) Veyez les débats suf Tacté Gren ville, a5 février 1774* . (4) Expressions' de Gibbon. (OEuvres postiuimes, voL i^ p*-4^)

GEORGES ni. 353

prioier tout le pouvoir de Téloquence de Fox ^ ceux qui lont entendu dans des circonstances importantes peuvent seuls s'en faire une idée. Ses discours étoient lumineux, sans paroitre assujettis à un ordre concerté. Son esprit paroissoit, par la seule conscience de sa force/ réduire et* ramener un sujet à une régie systématique.. Son éloquence grandissoit à mesure que le sujet devenoit plus étendu. La chaleur de son débit étoit toujours se-- > condée par des expressions non moins énergiques; et les termes décisifs dans lesquels il énâettoit soii opinion, en lui ôtant tout moyen de rétractation , imprimoient aux esprits une pleine conviction de sa sincérité , et le faisoient respecter de ses antagonistes les plus déterminés. Le caractère distinctif de ses arguments étoit la profondeur. Il commençoit par poser quelque grand principe, que tendoient à corroborer toutes les autres parties de son discours. Dans la réplique, il étoit toujours d'un rare bonheur. Non seulement il combattoit les principaux raisonnements de ses adversaires, mais, étendant une généreuse protection sur' les orateurs de son parti, il les défendoit du ridicule qu'on ^ouloit jeter sur eux, ou des fausses interprétations qu'on essayoit de faire de leurs discours. Les conceptions les plus hardies, les doctrines les plus décidées étoient proclamées par lui, sans paroitre gigantesques. Il employoit rarement l'exagération ; et dans la plus grande chaleur des discussions piolitiques , il lui échappa peu d'expressions qu'on, puisse citer à son désavantage. Les ornements de rhétorique, quoique très fréquents dans ses discours, paroissoient naître spontanément et sans aucun travail. Supérieur à l'art ^ Fox donnott une nouvelle sanction

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?54 HISTTOIRE d'^ANGl'eTERRE.

à des réglés auxquelles il ne songeoit peut-être pas , et lorigiaalité hardie de ses pensées et de ses expression» peut le £aire considérer plutôt cpmme k créateur d'un nouveau genre d'éloquence, que comme un servile imitateur d'un art .établi. Burke , studieux et infatigable, versoit dans Tesprit de Fox les immenses trésors de. science dont il étoît pourvu ; mais, dans la discussion , leur manière étoil entièrement différente. Fox se reposott sur son génie naturel, qui s'agrandissoit chaque jour : Burke s'appuyoit de ces beautés que son goût et son savoir recueilloient et plaçoient avec tant de grâce et de facilité. On écoutoit ses discours avec admiration, comme des plaidoyers brillants; maïs Fox étoit toujours au-dessus de son sujet , et , par Fénergie de son geste et Timpétuosité de son débit , il ébranloit les auditeurs impartiaux, il animoit ses adhérents, et jetoit le trouble, Talarme et Tétonnement dans Famé de ses adversaires.

Tels étoient les principaux orateurs auxquels étoifi soumise Timportante question des droits et de l'autorité de l'Angleterre sur ses colonies, et qui, par leur conduite comme ministres ou comme- défenseurs des mesures ministérielles, ou par leur opposition aux opérations du gouvernement, déterminèrent la marche de ce grand différent ( i ).

(i) Pour esquisser ces portraits, j.e n'ai pas seulement consulté mon j.ugeinent et ma mémoire; j'ai encore eu recours k des renseignements particuliers. L'éloquent Gibbon a peint avep sa supériorite accçutumée ce parlement , dans ses Mémoires publiés par lordl Sheffîeld, page i46. « J'ai assisté aux débats d'une assemblée libre. J'ai entendu Téloquence et la raison attaquer et défendre. J'ai tu dt près les caractères^ les projets et les passions des bommes le» fittt rtmarquable* d* nos jovvt. La catts« du çonveniemeAt étM*

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habilement défendue par lord Nortli , homme d*état d*ane intégrité irréprochable, consommé dans l'art de la discussion^ et maniant ^ avec un é(];al talent , les armes de la raison et du ridicule. Il siégeoit sur le banc de la trésorerie entre Fj^vocat - général et le procureurgénéral , lee deux soutiens des lois et de l'état , magis pares quam ^imiles. Le ministre pouvoit $e reposer ayec une confiance non moins grande sur le jugement profond de Thurlow et sur la savante élo« quence de Wedderburne. De l'autre côté de la chambre, une opposition énergique et puissante étoit excitée et soutenue par les sorties impétueuses de Barré, par la sagacité judiciaire de Dunning, par Timagination abondante et philosophique de Burke , et par la dialectique véhémente de Fox, qui montra, en menant son parti, qu'il étoit capable de mener un empire. C'est par de tels hommes qu'étoient attaqués et défendus tout principe de justice ou de poU« tiqne , toute opération de paix et de guerre , tonte question de pouvoir et de liberté : et l'objet de cette lutte importante étpit Xmni^m •u la séparation de l'Angleterre et de l'Amérique. 9

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