‹ Histoire d'Angleterre, depuis l'avènement de Jacques IIChapitre 46 sur 63 · II • *W- M · texte numérisé non relu

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Hollande fuient des heures de grande anxiété. Près de lui se trouvait un vaisseau de guerre hollandais dont une seule bordée aurait suffi pour mettre en un instant fin à son expédition. Autour de sa petite flotte circulait un bateau contenant quelques personnes armées de longues-vues, qu'il soupçonna d'être des espions ; mais on ne prit aucune mesure efficace pour le retenir; et, dans l'après-midi du 2 mai, il mit en mer sous une brise favorable.

Le voyage fut heureux. Le 6, les Orcades étaient en vue. Argyle jeta très -imprudemment l'ancre devant Kirkwall, et permit à deux de ses hommes d'aller à terre. L'évêque donna ordre de les arrêter. Les réfugiés commencèrent alors à engager un débat long el animé sur cette mésaventure; car, du commencement à la fin de l'expédition, quelque faible et irrésolue que fût leur conduite, ils ne manquèrent ni d'ardeur, ni de persévérance pour la discussion. Quelques-uns voulaient une attaque contre Kirkwall; d'autres voulaient qu'on se rendit sans retard dans l'Àrgyleshire. Enfin, le comte fit prisonnier quelques personnes qui résidaient près de la côte , et fit proposer à l'évêque un échange de prisonniers. L'évêque ne répondit pas , et la flotte , après avoir perdu trois jours, remit à la voile.

Ce retard était gros de dangers. On sut bientôt à Edimbourg que l'escadre rebelle avait touché aux Orcades. Des troupes furent immédiatement mises en mouvement. Lorsque le comte arriva dans sa province , il s'aperçut qu'on avait déjà fait des préparatifs pour le repousser. A Dunstaffnage,il débarqua son second filsCharles, pour aller appeler le clan des Campbells aux armes. Mais Charles revint avec de sinistres nouvelles. Les bergers et les pêcheurs étaient tout prêts, il est vrai, à se rallier autour de Mac Callum More; mais tous les chefs du clan étaient en prison ou en fuite. Les gentilshommes qui étaient restés dans leurs demeures étaient ou très-

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dans la domination patriarcale du comte sur les Campbells, et ne voulut pas lui permettre d'établir, de sa seule autorité, le rang militaire des hommes de son clan. Pendant que ces disputeurs cherchaient à le dépouiller de son autorité sur les hautes terres (Highlands), ils entretenaient une correspondance avec les basses terres (Loivlands) , recevaient et envoyaient des lettres qui n'étaient jamais communiquées au chef nominal de l'entreprise. Hume et ses affidés s'étaient réservé la surintendance des approvisionnements, et dirigeaient cette branche importante de l'administration de la guerre avec une nonchalance peu différente de l'improbité, laissaient les armes se détériorer, gaspillaient les vivres , et vivaient dans l'orgie alors qu'ils auraient dû donner à tous ceux qui étaient placés sous leurs ordres l'exemple de la sobriété.

La grande question était de savoir si l'on placerait le théâtre de la guerre dans les hautes ou dans les basses terres. La première chose à faire pour Argyle était d'établir son autorité sur ses propres domaines, de chasser les clans envahisseurs venus du Perthshire dans l'Argyleshire, et de prendre possession de l'ancienne demeure de sa famille à Inverary. 11 pouvait alors espérer d'avoir sous ses ordres quatre ou cinq mille claymores. Avec une telle force , il était en état de défendre cette région sauvage contre toute la puissance du royaume d'Ecosse, et s'assurait de plus par là une excelîentebase d'opérations pour des mesures offensives. C'était, à ce qu'il semble, le plus sage parti qu'il pût prendre. Rumbold, qui avait été élevé à une excellente école militaire, et qu'on pouvait regarder en sa qualité d'Anglais comme un arbitre impartial entre les factions écossaises , fit tout ce qu'il put pour fortifier le pouvoir du comte. Mais Hume et Cochrane furent intraitables. Leur jalousie contre Argyle était plus forte en réalité que leur désir de voir réussir l'expédition. Ils voyaient que, placé au milieu de ses

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Le fait est que l'état de l'esprit public en Ecosse n'était pas ce que l'avaient supposé les exilés, égarés par ce vertige qui, à toutes les époques, a caractérisé les proscrits. Le gouvernement, il est vrai, était haïssable et haï; mais les mécontents étaient divisés en partis presque aussi hostiles les uns aux autres qu'ils l'étaient au gouvernement, et aucun de ces partis ne se montrait très -empressé de venir se joindre aux envahisseurs. Beaucoup pensaient que l'insurrection n'avait pas de chances de succès. Une longue et cruelle oppression avait réussi à briser l'énergie de beaucoup d'autres. Il y avait bien à la vérité une classe d'enthousiastes qui n'avaient pas l'habitude de calculer les chances de succès, et que l'oppression, loin de dompter, avait rendus furieux. Mais ces hommes ne voyaient pas de différence entre Argyle et Jacques. Leur rage avait été chauffée à une telle température, que ce que les autres hommes auraient appelé zèle bouillant leur paraissait tiédeur laodicéenne. La vie passée du comte avait été souillée par ce qu'ils regardaient comme la plus vile des apostasies. Ces mêmes Highianders, qu'il appelait aujourd'hui aux armes pour extirper l'épiscopat, il les avait appelés autrefois pour le défendre. Des esclaves, qui ne savaient rien de la religion, qui ne s'en souciaient en rien, qui étaient prêts à combattre pour le gouvernement des synodes , pour l'épiscopat, pour le papisme, selon qu'il plairait à Mac Callum More , étaient-ils des alliés convenables pour le peuple de Dieu? Le manifeste, tout indécent et intolérant qu'il fût, paraissait à ces fanatiques une œuvre lâche et mondaine. Une constitution religieuse, telle qu'Argyle l'aurait établie, telle qu'un libérateur plus puissant et plus heureux l'établit plus

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Cochrane n'ayant pu soulever la population au sud de la Clyde rejoignit Argyle, qui se trouvait dans l'île de Bute. Le comte proposa de nouveau de faire une tentative sur Inverary, et de nouveau il rencontra une opposition obstinée. Les marins se rangèrent du côté de Hume et de Cochrane. Les Highlanders étaient entièrement aux ordres de leur chef. Il était à redouter que les deux partis n'en vinssent aux coups, et la crainte d'un tel désastre porta le comité à faire quelques concessions. Le château d'Ealan Ghierig, situé à l'embouchure de Loch Riddan , fut choisi pour quartier général. On y débarqua les munitions. L'escadre fut amarrée sous les murs du château, dans un endroit où elle était protégée par les rochers et les bas-fonds, et où on pensait que nulle frégate ne pourrait passer. On éleva des ouvrages extérieurs et on établit une batterie avec quelques petits canons enlevés des vaisseaux. Le commandement du fort fut très-imprudemment donné à Elphinstone, qui s'était déjà montré beaucoup plus disposé à disputer avec ses chefs qu'à combattre l'ennemi.

Ces préparatifs accomplis, il y eut pendant quelques heures une apparence d'énergie. Rumbold prit le château d'Ardkinglass. Le comte livra quelques escarmouches heureuses aux troupes d'Athol et allait s'avancer sur Inverary, lorsque des nouvelles alarmantes venues des vaisseaux et les factions du comité le forcèrent à rétrograder. Les frégates du roi s'étaient approchées beaucoup plus qu'on ne l'avait cru possible du château d'Ealan Ghierig. Les gentilshommes des basses terres refusèrent positivement d'aller plus avant dans les

1 S'il se trouvait quelque personne qui pût croire que j'ai exagéré l'absurdité et la férocité de ces hommes , je l'engage à lire deux livres , qui la convaincront que j'ai plutôt adouci qu'exagéré leur portrait. Voyez la Biche lâchée, et Contestations religieuses exposées.

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Pendant leur marche à travers la campagne qui s'étend entre Loch Long et Loch Lomond, les insurgés furent constamment inquiétés par des détachements de la milice. Quelques escarmouches eurent lieu et l'avantage resta au comte ; mais les détachements qu'il avait repoussés devant lui le précédant répandirent la nouvelle de son approche, et bientôt après qu'il eut passé la rivière Leven, il aperçut un corps considérable de troupes régulières et irrégulières tout prêt à le combattre.

Il était d'avis de livrer bataille. Ajlofle partageait la même opinion. Hume, au contraire, déclarait que livrer bataille serait une folie. Il voyait un régiment d'habits rouges, il devait y en avoir d'autres pur derrière. Attaquer une telle force était courir à une mort certaine. Le mieux était de se tenir tranquille jusqu'à la nuit, et alors d'esquiver l'ennemi.

Une vive altercation, qui fut à grand'peine apaisée par la médiation de Rumbold, s'ensuivit. On était au soir; les armées ennemies campaient à peu de distance l'une de l'autre. Le comte proposa une attaque nocturne qui fut encore rejetée.

Puisqu'on était décidé à ne pas combattre, il ne restait plus qu'à prendre le parti que Hume avait recommandé. On avait chance, en décampant secrètement et en faisant hâte toute la nuit à travers les bruyères et les marécages, de gagner plusieurs milles sur l'ennemi et d'arriver au Glasgow sans rencontrer de nouveaux obstacles. On laissa donc brûler les feux de bivouac et la marche commença ; mais alors les désastres se succédèrent. Les guides perdirent leur chemin sur les bruyères et conduisirent l'armée dans des terrains marécageux. L'ordre militaire ne put être maintenu parmi des soldats indisciplinés et découragés, marchant par une nuit sombre et sur un sol dangereux et inégal. Les terreurs paniques se

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Il avoua qu'il était le comte d'Argyle, probablement dans l'espérance que son grand nom inspirerait le respect et la pitié à ceux qui s'étaient emparés de lui, et ils furent en effet très-émus; car ils étaient de simples Écossais, d'humble condition, et bien qu'ils eussent pris les armes en faveur de la couronne, ils avaient probablement une préférence secrète pour l'Église et le culte calvinistes, et avaient été accoutumés à révérer leur captif comme le chef d'une illustre famille et comme un des champions de la religion protestante. Mais malgré leur émotion évidente et les pleurs que versèrent quelques-uns d'entre eux, ils n'étaient pas disposés à abandonner une grande récompense et à encourir la vengeance d'un implacable gouvernement; ils emmenèrent donc leur prisonnier à Renfrew. L'homme qui prit la principale part dans cette arrestation se nommait Riddell. Pendant plus d'un siècle, toute la race des Riddell fut, à cause de ce fait, un objet d'horreur pour toute la tribu des Campbell. Des contemporains peuvent encore se rappeler le temps où un Riddell était obligé de prendre un faux nom lorsqu'il voulait se rendre dans une foire de l'Argyleshire.

C'est alors que commença pour Argyle la plus brillante partie de sa carrière. Son entreprise n'avait jusqu'alors attiré sur lui que la honte et la dérision. Sa grande faute fut de ne pas avoir résolument refusé le nom de général, lorsqu'il n'en avait pas le pouvoir. S'il fut resté tranquillement dans la Frise, il eût été rappelé avec honneur dans son pays quelques années plus tard, et eût été l'un des ornements et l'un des soutiens les plus remarquables de la monarchie constitutionnelle.

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612 règne de Jacques ii, 1685.

vait pas oublié que, trente-cinq ans auparavant, le père d'Argyle avait été à la tête de la faction qui mit Montrose à mort. Avant cet événement, les deux familles des Graliam et des Campbell ne se portaient aucun bon vouloir, mais depuis elles se haïssaient mortellement. On eut soin de faire passer le prisonnier par la même porte et à travers les mêmes rues par lesquelles Montrose avait passé pour aller au supplice. Les troupes qui suivaient le triste cortège étaient sous les ordres de Claverhouse, le plus cruel et le plus impitoyable de tous les Graham. Lorsque le comte arriva au château, on lui mit les fers aux jambes et on l'avertit qu'il n'avait plus que quelques jours à vivre. On avait décidé qu'on ne le mettrait pas en jugement pour sa récente offense, mais qu'on l'exécuterait en vertu de la sentence prononcée contre lui plusieurs années auparavant, sentence si monstrueusement injuste, que les légistes les plus serviles et les plus endurcis de cette détestable époque ne pouvaient en parler sans honte.

Mais ni cette procession ignominieuse dans High- Street, ni l'approche de la mort n'eurent la puissance d'ébranler la douce et majestueuse patience d'Argyle. Sa force d'âme fut mise à l'épreuve par un moyen plus rude encore. Une série d'interrogations écrites lui fut remise par ordre du conseil privé. 11 fit les réponses qu'il pouvait faire sans danger pour ses amis, et refusa d'en dire davantage. On lui dit que, s'il ne répondait pas pleinement aux questions, il serait mis à la torture. Jacques, qui regrettait sans doute de ne pouvoir jouir du plaisir de voir mettre les brodequins à Argyle, envoya à Edimbourg des ordres positifs pour que rien ne fût omis de ce qui pourrait arracher au traître des aveux contre tous ceux qui avaient pris part à la rébellion. Mais les menaces furent vaines. Avec les tourments et la mort en perspective, Mac Callum More s'inquiétait cependant beaucoup moins de lui-même que des pauvres gens de son

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La plupart des heures qui lui restaient à vivre durent passées dans la prière et dans des entretiens affectueux avec quelques membres de sa famille. Il n'exprima aucun repentir touchant sa dernière entreprise, mais regretta, avec une grande émotion, ses anciennes concessions à la volonté du gouvernement dans les choses de la religion. Il en était justement puni, dit-il. Celui qui avait été si longtemps coupable de lâcheté et de dissimulation n'était pas digne d'être l'instrument du salut de l'Église et de l'État. Cependant la cause qu'il avait servie, répéta-t-il fréquemment, était la cause de Dieu, et triompherait infailliblement. «Je n'ai point, dit-il, la prétention d'être un prophète, mais j'ai la conviction profonde que la délivrance arrivera subitement. » Il n'est pas étonnant que quelques zélés Presbytériens aient conservé dans leur cœur cette parole et l'aient attribuée plus tard à l'inspiration divine.

Sa foi et son espérance religieuses, unies à son courage naturel et à sa sérénité, donnèrent à son âme une telle tranquillité que, le jour où il dut mourir, il dina avec appétit, conversa à table avec gaieté, et, après son dernier repas, s'étendit sur son lit, selon son habitude, pour goûter un court sommeil, afin que son corps et son esprit fussent dans toute leur vigueur à l'heure où il monterait sur l'échafaud. A ce moment un des lords du conseil, qui probablement avait été élevé dans le presbytérianisme, et que l'intérêt avait poussé à se joindre aux oppresseurs de l'Église dont il avait été autrefois membre, vint au château avec un message de ses collègues, et demanda à être admis auprès du comte. On répondit que le comte dormait. Le conseiller privé pensa que c'était un subterfuge et insista pour entrer. On ouvrit doucement la porte de la prison, et là on vit Argyle étendu sur son lit, les fers aux pieds, et sommeillant du paisible sommeil de l'enfance. La conscience du renégat eut un remords. Il se détourna le cœur abattu , sortit en toute hâte du

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