‹ Histoire d'Angleterre, depuis l'avènement de Jacques IIChapitre 50 sur 63 · I- u in par I i Iiiui · texte numérisé non relu

I- u in par I i Iiiui

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tants de Taunton. Ils continuèrent encore à célébrer l'anniversaire du jour heureux où l'armée royale avait levé le siège de leur ville, et leur opiniâtre attachement à la vieille cause excita tant de craintes et de ressentiments à Whitehall , que leurs fossés furent comblés et leurs remparts entièrement détruits par ordre du roi1. L'esprit puritain avait été entretenu chez eux et conservé dans toute son ardeur par les préceptes et l'exemple d'un des membres les plus célèbres du clergé dissident, Joseph Alleine. Alleine était l'auteur d'un traité intitulé : Cri d'alarme pour les non-convertis, qui est encore populaire en Angleterre et en Amérique. De la prison où il avait été renfermé par les Cavaliers victorieux, il adressa à ses bien-aimés frères de Taunton des épîtres où respirait l'esprit d'une piété vraiment héroïque. Son corps succomba bientôt sous le poids de l'étude, du travail et de la persécution, mais sa mémoire fut longtemps entourée d'un amour et d'un respect profonds par tous ceux qu'il avait exhortés et catéchisés *.

Les fils des hommes qui avaient défendu, quarante ans auparavant, les remparts de Taunton contre les royalistes reçurent Monmouth avec des transports de joie et d'affection. Toutes les portes et toutes les fenêtres étaient ornées de guirlandes de fleurs. Personne ne paraissait dans les rues sans porter à son chapeau un bouquet de feuilles vertes, symbole et couleurs de îa cause populaire. Les demoiselles des meilleures familles de ïa ville brodèrent des drapeaux pour les insurgés. Un de ces drapeaux, particulièrement, magnifiquement orné des emblèmes de la puissance royale, fut offert à Monmouth par une députation de jeunes filles. Il reçut ce présent avec la séduisante courtoisie qui le distinguait. La dame qui marchait en tête du cortège lui présenta

1 Sprat, Récit véridîque. — Toulmin, Histoire de Taunton.

2 La Vie et la Mort cte Joseph Alleine, 1 672. — Mémorial non-conformiste.

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C'est par ces arguments que Ferguson, presque aussitôt après le débarquement, avait vivement pressé le duc de se déclarer roi, et Grey était du même avis. Monmouth aurait volontiers suivi ce conseil ; mais Wade et les autres républicains s'y étaient opposés, et leur chef, avec sa flexibilité ordinaire, avait cédé à leurs arguments. A ïaunton, la question fut remise sur le tapis. Monmouth conféra en particulier avec les opposants, leur assura qu'il ne voyait pas d'autre moyen d'obtenir le concours d'une partie de l'aristocratie, et parvint à leur arracher un consentement qu'ils donnèrent à contrecœur. Le matin du 20 juin il fut proclamé sur la place du marché de Taunton. Ses partisans acclamèrent son nouveau titre avec transport. Mais, comme il aurait pu arriver quelque confusion si on l'eût appelé le roi Jacques II, on se servit généralement, pour le désigner, du nom étrange de roi Monmouth, et bien des gens encore vivants peuvent se rappeler d'avoir entendu les habitants des comtés de l'Ouest mentionner sous ce nom leur idole infortunée ' .

1 Aveux de Wade. — Aveux de Goodenough. Harl. Mss. 11S2. —

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sage de s'exposer aux horreurs de la guerre civile, pour tenter simplement la chance d'accomplir immédiatement le changement que, selon toute probabilité, la nature accomplirait avant peu d'années, sans violation aucune des lois, sans effusion de sang? Il était possible qu'il existât des raisons pour renverser Jacques ; mais existait-il des raisons pour élever Monmouth sur le trône? Exclure un prince du trône en raison de son incapacité était une mesure en harmonie avec les principes whigs ; mais il n'y avait aucun principe qui autorisât à exclure des héritiers légitimes qui étaient considérés par tous les partis non-seulement comme innocents, mais comme éminemment dignes de la confiance publique. Que Monmouth fût légitime, bien plus, qu'il crût lui-même à sa légitimité, aucun homme intelligent ne pouvait l'admettre. Il était donc non-seulement un usurpateur, mais encore un usurpateur de la pire espèce, c'est-à-dire un imposteur. S'il parvenait à se donner quelque apparence de droits, ce ne pouvait être que par les moyens du faux et du parjure. Toutes les personnes honnêtes et sensées se refusaient à l'idée de voir récompenser par la couronne d'Angleterre une fraude qui, employée pour acquérir une fortune, eût été punie du fouet et du pilori. La vieille noblesse du royaume ne pouvait supporter l'idée que le bâtard de Lucy Walters commandât aux descendants légitimes des Fitzalans et des De Veres. Ceux qui étaient capables de lire dans l'avenir pouvaient prévoir que si Monmouth réussissait à renverser le gouvernement existant, il éclaterait encore une guerre entre lui et la maison d'Orange, guerre qui pourrait durer plus longtemps et produire plus de malheurs que la guerre des Roses, guerre qui partagerait probablement les protestants de l'Europe en partis ennemis, qui pourrait armer l'Angleterre et la Hollande l'une contre l'antre, et faire de ces deux pays une proie facile pour la France. L'opinion de tous les chefs whigs semble donc avoir été

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acclamations des multitudes dévouées qui l'environnaient partout où il passait ne parvenaient pas à dissiper la sombre tristesse répandue sur son visage. Ceux qui l'avaient vu pendant son voyage à travers le Somersetshire, cinq ans auparavant, ne pouvaient observer sans pitié les traces du malheur et de l'inquiétude sur les traits doux et charmants qui avaient conquis tant de cœurs \

Ferguson était d'une humeur bien différente. Cet homme unissait à sa scélératesse une vanité excentrique qui ressemblait à de la folie. La pensée qu'il avait excité une révolte et fait un roi lui avait tourné la tête. Il allait, faisant le rodomont, brandissant son épée nue et criant à la foule des spectateurs qui s'étaient assemblés pour voir l'armée sortir de Taunton : « Regardez-moi! vous avez entendu parler de moi ; c'est moi qui suis le fameux Ferguson dont on a mis la tête à un si haut prix.» Et cet homme sans principes et d'un cerveau malade disposait cependant de l'intelligence et de la conscience du malheureux Monmouth 2.

Bridgewater était une des quelques villes qui avaient encore des magistrats whigs. Le maire et les aldermen vinrent en costume officiel recevoir Monmouth, marchèrent en procession devant lui jusqu'à la place publique, et là le proclamèrent roi. Ses troupes trouvèrent d'excellents quartiers , et les habitants de la ville et du voisinage leur fournirent pour rien, ou presque rien , tout ce dont elles pouvaient avoir besoin. Il établit sa résidence au château , édifice qui jadis avait été honoré de visites royales. Son armée campait autour. Elle se composait d'environ six mille hommes , et n'eût été le manque d'armes , elle aurait pu aisément être de plus du double. Le duc n'a-

1 La Persécution exposée par John Whiting. * Harl., Mss. 6845

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semblaient avec rapidité. A l'ouest de l'armée rebelle se tenait toujours Albemarle avec un corps considérable de la milice du Devonshire. A l'est, les gardes bourgeoises du Wiltshire s'étaient réunies sous le commandement de Thomas Herbert, comte de Pembroke. Au nord-est, Henri Somerset, duc de Beaufort, était sous les armes. La puissance de Beaufort avait quelque ressemblance avec celle des grands barons du quinzième siècle. Il était président du pays de Galles, et lord lieutenant de quatre comtés anglais. Ses tournées officielles à travers la vaste région où il représentait la majesté du trône étaient à peine inférieures en pompe aux voyages royaux. L'état de sa maison, à Badminton, était réglé d'après la mode des précédentes générations. Il faisait valoir luimême les terres qui s'étendaient autour de ses parcs, et les laboureurs qui les cultivaient faisaient partie de sa famille. Neuf tables étaient tous les jours dressées sous son toit pour deux cents personnes. Une foule de gentilshommes et de pages étaient sous les ordres de son intendant. Une troupe entière de cavalerie obéissait à son grand écuyer. Sa cuisine, sa cave, ses chiens et ses chevaux étaient renommés dans toute l'Angleterre. Les gentilshommes campagnards, à plusieurs milles à la ronde, étaient fiers de la magnificence de leur puissant voisin, et étaient en même temps charmés de son affabilité et de sa bienveillance. Il était un zélé Cavalier de la vieille école. Il usa donc, dans cette crise, de toute son influence et de toute son autorité en faveur de la couronne, et occupa Bristol avec les gardes bourgeoises du Gloucestershire, qui semblent avoir été mieux disci' plinées que la plupart des troupes du même genre !. Dans les comtés plus éloignés du Somersetshire, les

1 North , Vie de Guildford , 132. — Le compte -rendu des tournées o.e Beaufort dans le pays de Galles et les comtés voisins se trouve dans le» Gazettes de Londres de juillet 1684. — ï-ettre de Beaufort à Clarendon, 19 juin 168 b.

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