‹ Histoire d'Angleterre, depuis l'invasion de JulesCésar jusqu'à la révolution de 1688Chapitre 10 sur 19 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

(iViTS.)

Le roi avait élevé Becket d'une condi* tion obscure aux plus grandes places , Favait honoré de son appui et de son amitié, et sVtait fié k lui du soin de seconder son projet favori contre le clergé. Lorsque ce prince trouva que sa créature était devenue tout-à-coup son adversaire le plus rigide , tandis qne tout le monde fléchissait sous sa volonté souveraine , la rage de voir son

attente trahie, et d'essuyer une ingratitude si marquée , transporta ce prince au-delù des bornes de la modération* Aussi parut-» iji mettre plus de passion que d'équité ou

6 ; - ummm (i 164)

xuéme de politique dans cett^ persécutioa violente. Cependant les barons qui assistaient à ce conseil rendirent la seiUeuce qu il plut à Henri de leur dicter^ les évéques mêmes, qui sans doute favorisaient Becket, et le regardaient comme le martyr de leurs privilèges , n'en concourarent pas moins à l'opprimer. En vain il prétendit que son otlicialitë s était conduite avec la plus grande régularité et la plus exacte justice dans le jugement de la cause du maréchal , dont le rttppôrt du shérif prouvait Tîniquité; en \ala justifla-L il d^avoir montré du mépris pour la cour du roi , puisqu^au cmiteaire^ en y envoyant quatrè gentilshommes pour excuser sou absence ^ c'était reconnaître Tautorité de ee tribut

nal 5 eu vain fiL-il valoir que, pour exécuter les ordres du roi^ il y comparaissait aotuellement en personne, prêt à démonttev sou bon droit contre le maréchal, et à soumettre sa eonduile à l'examen de aea juges; en vain lii-il observer que , si d'élait une faute de ne paa comparaître au tevipa préfix , les lois ne la punissaient que tfèd-» légèrement ; que son domicile étant àKent^

oii son palais ar«hié|^isQ€|ial étaîl Httié ^

(n64) D^NGLETERRE. g

elles Fautorisaient à espérer plus dUndulgence qu'à rordinairc sur la somme ou son amende devait être portée en pareil cas (i); il fut condamné, malgré sa défense, comme coupable d'irrévérence pour la cour du roi , et comme ayant dérogé au serment d'obéissance qu'il avait fait à son souverain : on confisqua ses biens et ses châteaux; et] pour rendre ce triomphe sur l'Eglise plus éclatant , Henri , évêque de Winchester, qui avait eu tant de crédit sous le règne précédent, fut, malgré ses remontrances, obhgé par la cour de prononcer la sentence qu'elle rendait contre le primat. Il se soumit au décret; et tous les prélats, excepté Gilbert, évêque de Londres , qui fit sa cour au roi par cette singularité , se rendirent ses garans. Il est; remarquable que plusieurs barons normands opinèrent dans ce conseil ; et nous pouvons conclure, avec quelques proba-j bilités , que cet usage avait eu lieu dans

(i) La coutume dans chaque comté avait fixe le taux lie cette amende. L'archevêque fut obligé de payer 5oo liv. au lieu de quarante shillings ^ qui était le taux à Kent. A Londres elle s'élevait à cçQC sbillÎBÇs. {Lingard,)

8 HISTOIU (il 64)

d*autres àssetnblées de cette espèce postérieurement à la conquête : car rhistorîcu contemporaia qui nous a transmis ces détails ne parle pas de cette circonstance comme d'une chose singulière. Becket même , dans toutes les remontrances qu'il

fît ensuite sur le traitement sévère qu'il avait essuyé, ne fonde aucune de ses plaintes sur une irrégularité qui aujourd'hui nous paraitiait manifeste , et qui prouve le peu de précision qu^il y avait alors dans le gouvernement et la constitution de létat.

Le roi ne fut pas encore content de cette sentence, quelque rigoureuse qu'elle fût. Le jour suivant, il demanda à Becket la somme de trois cents livres sterling , que le primat avait touchée des honneurs d'£ye et de Berkhamstead , tandis qu'il en avait été en possession. Après avoir d^abord objecté qu'il n'était pas obligé de répondre à cette demande , parce qu'elle n'ctait pas comprise dans la sommation qui lui avait « 4té faite ; après avoir remarqué qu'il avail dépensé plus que cette somme en répara-* ticms* des châteaux et du palais royal de Londres, Becket ajouta que sa résolution

n'était cependant pas que de Targent pût devenir le fond d'une contestation avec son souyei*aîn , et donna sur-lè-champ des sûretés à cet effet. Dans rassemblée suiyànte^ le roi demanda cinq cents marcs (i qu'il affirma avoir prêtés à Becket pendant la guerre de Toulouse, et une autre somme pareille, dont ce prince avait répondu pour lui au jeu. Immédiatement après avoir inténté ces deux actions , il en fit succéder une troisième encore plus importante , et le sonmiâ de lui rendre compte de son administration pendant qu'il avait été chancelier, ainsi que des revenus de tous les éyêcfaésv de toutes les abbayes et les baronnies qu'il avait gérés. Le primat représenta que cette demande étant imprévue , il ne s'était pas préparé à y répondre , mais il promit ^ si on lui accordait un délai , de donner satisfaction sur ces objets. Le roi insista pour qu'il fournît des sûretés , et le primat supplia là cour de permettre qu'il consultât ses sufFragans dans une affaire si ^rave»

Il est vraisemblable, d'après le caraçtèife

' (i) Cinq cenuUncf seloo Iiiogard. •

Page 1