CHAPITRE VIII
HMKI IL
Eut de r Europe et de la France. — Premiers actes du gouTeniement de Henrî. Disputes
entre la puissance civile et la puissance ecclésiastique. — Tiioiuas Beckct, aiclievéquc de Cantcrbiiry. — Querelle entre le loi et ce prélat. — CoDSÛtntioDS de Ciarendon. — Bannissement de Becket. — Accommodement avec lui. — Son retour. Sou assassinat. Cha-gria et soumission du roi* — Sa mort*
Les confédérations au moyen desquelles
aiijourdliuî les potentats de l'Europe sont à la fois unh et opposés Tua à TauLre , qui , quoiqu'elles étendent entre eux la moindre étincelle de discorde , ont du moins l'avantage d'empêcher que chacun en particulier n'cprouvc des révolutions violentes, et ne soit subjugué^ étaient inconnues dans les anciens temps. La théorie des affaires politiques étrangères formait dans chaque royaume tuie spéculation beaucoup moins
compliquée et moins ciivcloppée qu^à pressent. Le commerce n'avait point encore lié
(i 1 5^) d'angleterre. I
les nations éloignées cVune chaîne si étroite ; les guerres, finies dans une campagne et souvent dans une bataille, se ressentaient peu des mouvemens des états lointains j la communication imparfaite entre les divers royaumes; et leur ignorance sur leurs forces; respectives, rendaient impossible au plus grand nombre d'entre eux de combiner aucun projet, et de tenter aucun effort : le génie remuant et Fespècc d'indépendance des barons ou des grands vassaux de chaque état donnait surtout tant d'occupations au souverain , qu il était obligé de fixer principalement spa j^ttention sur son système de gouvernement, et d'être plus indifférent pour ce qui se passait chez ses Toisins ; 1^ religion seule, et non la politique, étendit les vues des princes au délions , soit qu'ils les portassent sur Terrer Sainte, dont la conquête et la défense ^ étaient regardées comme un point d'honnpur et un article d'intérêt , soit qu'ils intriguassent k h cour de I^ome , à laquelle ils avaient ab^i^donné la direction des affaires ecclésiastiques, et qui usurpait tous les jours plus d'autorité qu'jl§ ne youlaicnt lui len laisser prendre. v.
aOO H18T01EE (lî54)
Avant que le duc de Nomatidie ftt la eonquête de TAngleterre, celte île était autant séparée du reste du inonde par sa politique* que par sa situation. Excepté les incursions des pirates danois, les Anglais, heureusement confinés chez eux^ n'avaient ni eunemis ni alliés sur le continent : fls n'eurent de relations avec' les rois et les grands vassaux de France qu a Toccasion des états que Guillaume y possédait avant la conquête; tandis que les prétentions ppposées du pape et de Temperenr èn Italie produisaient une correspondance continuelle entre elle et TAUemagne, les deux grands monarques de France et d'Angleterre formaient, dans une autre partie de TEurope , un système totalement séparé, et conduisaient leurs guerres et leurs négociations sans recevoir des autres puissances ni contradictions ni secours.
' Yers le dédin dé la race carlovin-
gieunc , la noblesse de toutes les provinces de France, abusant de la faiblesse du souvermn^ et se trouvant obligée de pourvoir à sa propre défense contre les pirateries des ]Nonnands ^ usurpait dans les affaires
(ii54) i>\toi.£T£EH£« aot
civiles on nulitsires une autorité presque
ipdcpeadante , et avait resserré celle du roi dans les limites les plus étroites. Lors* q^e Hugues Capet parvint au tionc, il ajouta quelque degré de puissance à la dignité royale, en annexant un fief à sa cou- ^ • rpupe j mais ce fief, quoique considérable pour un sujet , n'était pas une source bien féconde en forces pour un prince placé à la tête d^un si grand état. Paris, Orléans ^ Euunpcs, Compiègne, et quelques autres places répandues dans les provinces septentrionales composaient la totalité du do-* maine royal : dans tout le reste du royaume rauV>rité n'était pas plus nominale :quo réelle. Lc$ vassaux de la couronne étaient accoutumés, et avaient le droit de se faire la guerre les uns aux autres sans la perrçiissioiidu souverain , et ^ qui plus est, de tourner, leurs armes contre luHeaême , s'ils se croyaient dans le cas de s'en plaindre : ils,exej;çaieat uue autorité souveraine et sans appel sur leurs tenanciers et l^ur^ vassaux inférieurs : leur commune jalousie de.l^^autorité royale les tenait tous .unis çontre la moindre entreprise sur leurs S^W*9h 9Sm^^^ - aomme quelques uu^
de CCS seigneurs ctaicni parvenus au degré de puissance des grands princes , la petite > noblesse trouTait toujours en eux une protection immédiate et aiFective : outre les six pairies ecclésiastiques , dont les prérogatives, jointes aux autres immunités de l'Eglise^ gênaient extrêmement Fetécutioti ' générale de la justice^ il y avidl encore six pairies laïques ^ la Bourgogne , la JXormandie^ la Guienne, la Flandre, Toulouse, et la Chainpajjne, qui formaient des souverainetés tirès-étendues et très-puissantes s quoique les pairs ét les barons combinés pussent dans roccasion rassembler des forces redoutables, il était cependant très«diflicilc de mettre cette grande machine en mouvement, et presque impossible de conserver derharmouie dans toutes ses parties. Le sentiment dW commun intérêt pouvait seid les rc^nir pendant quelque temps
unis sous leur souverain contre un ennemi commun ; mais si le roi voulait diriger ces mêmes forces contre un de ses vassaux mutiné, ce même sentiment de commun iu« térét les engageait tous à raibrasser la que* relie du factieux, et à s'opposer en sa faveur
(il 54) d'Angleterre. !ao3
èha une fois yets ses iroiitière9 contre les
Allemands, à la tête d'une armée de deut éMt mille honomes ; mais ttd petit seigneur de Corbcîl, de Puisetetde Louci, fut ca- * pable une autre tbis de délier ce prince, et âe soutenir une guerre ouverte contre lut.
L'autorité du monarque anglais était Beàiicoup plus étendue dans son royaume^ et la disproportion beaucoup plus grande entre lui et ses vassaux les plus puissans : soti domain'e était aussi bien plus vaste , comparaison gardée de la grandeur de son état : il était accoutumé à lever des taxes arbitraires sur ses sujets : ses cours de judicature exerçaient son autoritédans toutes les parties du royaume : il pouvait accabler par son pouvoir, ou par ses sentences bien Oiï mal fondées , un baron coupable : quoique les institutions féodales tendissent dans son royaume , ainsi que daiis les autres états y à favoriser Taristocratie ^ et par conséquent à restreindre la monarchie , elles eiigéaient en Angleterre , selon sa constitution actuelle , une grande combi«naison des vussaux , pour qu'ils fussent ett état de résister à leur seigueur suteraifl j »
jusqu'alors U m l'é^t élm aucuu baron
aô4 • HISTOIRE (ïî54)
assez puissant pour faire seul la guerre au
roi cl pour protéger des barons Inférieurs. ' Tandis que telles étaient les diilérentes situations de la France et de TAngleterre , et que celle-ci avait tant d'avautages sur l'autre y Tavénement de Henri n , prîn ce trcs-liabilc , el possesseur de plusieurs riches provinces sur le continent, pouvait paraître un événement dangereux^ pour, ne pas dive fatal , à la monarchie française, et capable de rompre entièrement l'équilibre entre les deux états. Il héritait , du chef de son père, de FAnjou, de la Touraine et du Maine ; il était maître , aux droits de sa mère , de la Normandie j et par ceux de sa femme , de la Guienue , du Poitou , de la Saintonge , de TAuvergne , du Périgord , de TAngoumois et du Limousin. Peu de temps après il annexa encore la Bretagne à ses autres états : il avait déjà le droit de suzeraineté sur cette province , que , lors de la première cession de la ]N oimandie à Kollo le Danois , Gliarlcs- Ie*Simple avait accordée en vasselage à ce guerrier formidable. Ces provinces composaient un tiers de la monarchie française ^ et élaicui supérieures de beaucoup en éten-»
dffô^ èt ea ofmieiice aux autres contrées a^ujieLjLies souaie gouveç^emeat immédiat aii!it>i* :Lè rossai était plus puissant que le
seig!icur-ligc. La sÏLuaLiou où Hugues Ca-
sjé|.ait ti:ou.vé état de déposer les •^iji^és carlovingiens semblait se renouveler, et avec encore plus d avantages du c6jEé du yassal. Lorsque l'Angleterre fut encore ajoutcc a tant de provinces , le l'QÎ de ^ii^^auce eut raison de craindre dans cette conjoncture quelque grand désastre pour lui et pour sa maison j mais en réalité ce fut cette circonstance même si formidable en apparence rpii sauva la race des Capé- U^S;, et qui l' éleva au faite de la grandeur dont elle jouit à présent.
.JL'auLorité limitée du prince dans les CQi^tttutipns.féodales empêcha le roi d^Âu- ^etcrrc d'employer avec avantage les forces de t^jiji^^d'états qui lui étaient soumis; les divèr§çs^*î5u1iîe8 de ce tout , disjointes par jeur sit^tipUy et contrastantes parleurs 1<^^ leurs cout^time^ et leurs mœurs, ne
furenl jamais assez Lion cimentées pour iorn^^r le véritable ensemble d'^HUç ]Uonar|iiie«; n ré9uka.t>|ie|^6t / de réloîgnement dca
itai^'S^i^^^^^ des im4n
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306 BIStOlB& (l 1
rêtS; que ce prince devînt une espèce d'é- ' tranger pour ses posiessions françaises ^ et que ses sujets du continent considérèrent leur obéissance connue plus naturellement due' à leur seigneur suzerain , yiyânt dans leur voisinage , et reconnu pour le chef suprême de la nation. Gelùi*ci était toujours à portce de les envahir j leur seigneur immédiat se trouvait souvent trop éloigné d*eux pour les protéger, et chaque désordre qui arrivait dans quelques parties de ses états dispersés donnait des avantages contre lui. Les autres vassaux puissans de la couronne de France étaient bien aises de Texpulsion de FAnglaîs ; il ne les échauffait pas (lu même zèle qu'ils auraient ou pour un covassal dW rang égal au leur , et qu'on aurait tenté d*opprimev. Par ce moyen le roi de France pouvait plus ais# ment conquérir les provinces dépendantes de TAngleterre que subjuguer un duc de Normandie ou de Guienne^ ou un comte
d'Anjou, du BTaîne ou du Poitou. Lorsqu'il eut réduit cc§ vastes territoires qui irisaient partie du corps de la monarchie ^ il trouva beaucoup plus de facilité à réiuiir
enauite k la courome 1« autrçi fraudé
(m54)1 D^ASÇgLmWÈ. 207
fiefs qui ça ^«suiçpt ^ççi:^ Stéf^é^ et mr dépendans.
Mais comme les conséquences importantes ne pouvaient être prévues par la sagesse humaine , le roi de France vit avec effroi la grandeur naissante de la maison d^Ânjou ou de Plantagenet , et , pour en retar^çr les pi ogrès, il s'était tenu toujours étroitement uni avec Etienne , et avait tâ^ ché de soutenir la fortune chancelante de ce téméraii*e usurpateur^ Mais après sa
mort il était trop tard pour s'opposer à ce que Henri lui succédât, et pour empécner qu'il ne consomn^ât les arrangemens que I du consentement unanime de la nation, il avait, faits avec son prédécesseur; Les Anglais 7 fatigues des guerres civiles et des horreurs qu'elles avaient traînées à leur siûtç pendant le cours de tant d'années , répugnaient à violer leur serment en excluant Jjjxéritier légitime de la couronne* La plupart des forteresses les plus cousi— d|^4^1es sç trouvaient entre les mains dç së$ partisans ; toute la nation avait eu Toc* casiqu. di^ çeinarquer les grandes qualités de prince , et de les comparer aux ta-r l^i^ m4^pcr(^ dç GuiUaiuue^ ^ dEticnnç j
stoB , mstoiE£ (i i55)
cnGn oa connaissait aussi Tetendue des possessions dont Henri jouissait déjàj et les Anglais , s'applaudissant de voir tant de souyerainetcs cuangèies annexées à leur cooronne , n'avaient jamais eu la moindre intention de s'y opposer. Henri lui-même,' persuadé des avantages attachés à sa situation actuelle, n^avait nulle impatience d'arriver en Angleterre pour y établir ses droits. H assiégeait un château sur les.frontièics de la ÎNormandie lorsqu'il apprit la mort d'£tienne , et se fit un point d'honneur de ne pas abandonner son opération qu elle ne fût finie. U partit alors pour TAngleterre^ oii il fut reçu aux acdama^ lions de tous les* ordres de l'état , qui lui prêtèrent serment d'obéissance et de fidélité avec une joie sincère.
Le premier acte de Fadministration de
. Henri répondit à la haute idée qu'on ayait
de sa vigueur et de son habileté , cl présagea le rétablissement de la justice et de la tranquillité dont le royaume avait été privé si long-temps. IX renvoya toutes ces troupes mercenaires qui avaient commis tant de désordres dans la nation, et congédia
GuiUàume d'Ypres, leur chef^ qui avait'
(il 56) d'angletebbe. 209
•ëtc le plus grand ami et le confident d'Etienne. Il révoqua tous les dons faits par son prédécesseur , et même ceux que la nécessité avait extorqués de rinipératrice Mathilde. Cette princesse , ayant renoncé 'à ses droits en faveur de Henri , n'apporta nulle opposition à des tnesures si nécessaires à prendre pour soutenir la dignité de la couronne. Il régla le titre de l'argent monnayé , qui avait été fort altéré pendant le règne précédent , se précautîonna contre le retour de cet abus , fut rigoureux dans Texécution delà justice, attentifs extirper les violences et les brigandages , et , pour remettre les lois en vigueur, ordonna que tous les châteaux forts nouvellemèrit bâtis, qui avaient été l'asyle des brigands ou des rebelles , fussent démolis. Le comte d'Albemarle, Hugues Mortimer, et Roger, le fils de Miles de Gloccster , paraissaient disposés à résister à ces sages réglemens ; mais rapproche du roi et de son armée les fit -rentrer dans leur devoir. • oii. i • » • , Aussitôt que le bon ordre et la tranquillité furent rétablis en Angleterre, Henri marcha contre son frère GeofFroi , qui, pendant son absence , ayant fait une in-
?^}^ «www (u57)
çuriion dam l'Anjpu Iç Maipe, jr^pla^ mait de» f jp^^^ w ^ prPtinçe^ $
la plu3 grande partie desquelles il s'était f;q»pajri (l j\|aU ^ le r»i pariât ^ Joa peuple» ipi^trirent hqQS son ^bëUfiaticè; i^Ç^^fti a}>6^Q4opn4 ^ droits pom: une p^Ufffîn fidittt bTf Curling f el
alla prendre possession du pays de Nantes^
SfH^ }«ff lMl»ti(i»« rfi^r^i^l mtë^^m mém^
f^p^s en Hi^ir clias^ leur pnnee iioal*
(i) Willim de Bcwbridgt (t[iri est copU pat
^ueJqaet dboiu ani comtckdii MhitM et de T Anjou. Il prétend que le comte GçoiTroi , son père , lui avait laisse ceito province par un tcstaiiient «ècrei , et ordomKj que son corp^ restât sans sepiiiuirtf jiM^^ te <fVLe fl^nri efti foré d'obéir à sa jlemîère Yotaiité4 doai <se ^nce , igimt le cmteniit ^oroî; Vtxécaiim^ MaU, Mtr» goe cette histoire n^est pas Traisemblable en elletnétte , elle sent fa nciioti ttiOdacale , et qu'elle n'est appuyée d'ancun antre écrivain, elle est contredite par quelques uns d^entre eux, partienlièremcnt par le moine de Marmouticr, qui était plus à portée que Newbridge de savoir la vc'riië. Newbftdge, lui-même rapporte la der« «ière pânie ée ee tMt conmie «a Ànple bmic •
(iiSy) .d'atoleterre. 2h
l'excitèrent à les châtier chez eux; mais leur pays aride et montagneux lui fît souffrir une extrême disette , et Texposa même ii d'assez grands dangers. Son avant-garde, engagée dans un défilé étroit , fut mise en déroute. Henri d'Essex, guidon héréditaire du royaume, saisi d'une terreur panique, jeta son étendard , prit la fuite, répandit le bruit que le roi était tué ; et si ce prince ue s'était pas montré sur-le-champ à ses troupes et ne les avait pas conduites avec le plus grand courage , cet incident pouvait causer la perte de son armée entière. JD'Essex ne commit pas cette faute impunément : Robert de Montfort en fit dans la suite le fondement d'une accusation de jalousie contre luij on confisqua ses biens çn conséquence, et il fut confiné dans un couvent. La soumission des Gallois leur procura un accommodement avec l'Angleterre. * • , ir i» Lv,, r.
Le génie martial des princes de ce siècle Jcs engageait à se mettre à la tête de leurs armées dans leurs expéditions même les plus frivoles; et la faiblesse de leur autorité les réduisait communément à ne pas oser , dans l'occasion , confier le comman-
dément de leurs troupes à^leurs généraux. Geoffroi , le frère du roi , mourut presque aussitôt qu il eut pris possession de Naulcs^ et quoiqu'il n'eût pas d^autres droits sur ce pays que la soumission volontaire ou * le choix des habitans qui s'étaient donuâ à Ifli deux ans auparavant , Henri réclama ce territoire comme lui étant dévolu par droit de succession , et il y marcha pour soutenir ses prétentions les armes à la main. Gonan y duc ou comte de Bretagne ( car les historiens donnent indifféremment à ces princes Tuu ou Tautre titre), prétendit que Nantes sMtait séparée récemment de sa principauté par une rébellion , et que ' cette ville lui appartenait de droit. Henri, voulant éviter que Louis , roi de France , ne prît parti dans la querelle, alla lui rendre visite , et fit si bien, par ses caresses et ses honnêtetés , que le fruit de cette entrevue fut une étroite alliance entré eux. Ils convinrent que le jeune Henri , héritier du royaume d^Angleterre , serait hancé à Marguerite de France , quoique le premier eut à peine six ans , et que la princesse fÛLt encore au berceau. Henri , alors ccrtaiudo n'avoir aucuu obstacle .à craindi e
f 1 1 SB) D*AKGLfiTEB!l£. 1 3
de ce coté ^ s'avança en Bretagne avec son armé^: et Conan , se voyant hors d^tat def lui résister, lui abandonna le comté de Nantes. L^hs^iletéde ce monarque sut tirer encore des avantages plus considérables de cet événement : Gonan , fatigué da carac^' tère remuant de ses sujets , désira se pro-' curer Tappui d'un si grand roi ; il accorda donc sa filie unique , encore-enfant, avec GeofFroi , troisième fils de Henri , et dans un âge aussi tendre qu^elle. Le duC de Bre^* tagne mourut sept ans après, et Henri,* sous le prétexte d être tuteur de son fils et de sa belle-fille , se mit en possession de la ' principauté, qu'il annexa au reste de sesyastes états.
Le roi avait lia perspective de faire en- * core des acquisitions plus importantes , ét son- caraetèk^e actif 'ne- lui en làissa pa9 échapper une occasion. Philippe, duchesse' . de Guienne^ et mkre de la reine Eléofaore^'
était fille unique de Guillaume iv, comte de Toulouse , et devait hériter de sa sou^ veraineté, si ce prince, désirant de la con-' server datis la branche masculine de sa maison, nVn atvait pas transporté la pro-»' priélé à Raimoad de 3aiut-GiUes^ èou.
|ii4 Bi«70m {ii^
frère, par une vente que l'on regarda alors comme simulée et collusoire» JjO litre de comte do Toulouse deirint ^ au moyen de cet arrangement^ un objet de contestatioa entre le$ héritiers mâle» et femelles, et toua deux s^en emparèrent tour à tour j selon que ki circonstances les faTorîsèirwt« Al« phonse ^ fils de Raimond , en était revêtu . loirs<]ue Qenri voulut faire revivre les préteniioDS dolareine son épouse; ce seigneur implora 1^ protection du rpi de France ^ <{ue la bonne politique int&^ssait si fort à empêcher le monarque anglais de s^agran** dir davant^e* Louis avait dtjà, dans le tjBinp# de son mariage avec Ëléonoia^ son* tenu la justice des droits de cette princes^ ^ 4tt demandé la possession du. comté de Toidouse; mais ses sentimens changeant avec ses iiitérêts» il se détermina alors à déleitdro de tout son pouvoir et dé teules Sfa forces les prétentions d Alphonse. Henri sfutilî qu'il ^t ttécessfllure do soutenir les
sienncâ contre des adveisaircs si puissans^ et qu'une armée formidable pouvait doniier s<Nale du poids à descafcons qu'il avait en vain établies dans ses manifestes.
. ijne ittnée coiApoiée dfi «saaiu ob^
(i 159) D^âtrMtnux. étS
4f^ mrNW fêx Im loÏB féodaki était wdèilabenieMtrès^iiîtreitable ettrèsMoial discîfimée^ Êoiik cause de riadépendance qoi y i^égiuit, soit parée que les gradeê Mi^îé^
rieurs ne s'y obtenaient ni par le clioix du wmseraia, m par reiqpérience Itt «apa*cité des oflficiets. Chaque baron côtnAian- 4aitla troupe.de ses propres vassaux, et mn nmg ^ réglait sw l'étendue de itê pùè» sessions ; le conmiaudcment en chef, sous fe^priiioe^ éVfiikmème souv^ attadié à ià naissance s comme les vadsauit înîHtâîres n'^taiei^t obligés de «ervir que quarante jiHo» 4 leUra frais, quoique teë eéwn^ campagnes leur fussent très à charge, si eliei se laisaient dans un pays lointain « le prince tirait peu d'àvantages dé leur ser- '^oe^l^enri, convaincu de cesinconvéniens,
lèVft stir ses Tassant de Normandie dé^
autres provinces les plus éloignées de X^Mf
ïons^ :wie 69m d'argent à la ipl$ice 4« leur contingetrt dè troupes, et, attendu la grande distance, cet équivalent devint ^ius iàfVatttagétîk à ses yasi^ anglais* U impo^jà donc une taxe de trois livres par chaque fiet *
l4tée , çt dont pçut-être voici le prémïejf
.?t.i6 . m$i^oi⣠(u59)
exemple que rhîstoire rapporte, fut acceptée voloaUerâ des teuauciers militaires (i). Avec cet argent, Heari levà une mrmée beaucoup plus souuûî»^ ù ses ordres , et dont )e service était aussi plus long (2). iiecondo par Béranger, comlc tic Barcelone, et par Trincaval, comte de Kîmcs , qu'il avait attirés dans soil parti, il envahit le comté de Toulouse : après avoir pris ^Verdun, Gastelaaû, et d'autres places, il assiégeait Toulouse avec Tappareiicc d'un égal succès, lorsque Louis, devançant le |>rincipal corps de son arméè , se jeta iui« même dans la ville avec un petit renfort. Quelques uns des ministres de Henri lui conseillaient de continuer le siège pour
(0 li exempta ses vassaux da service personnel [iouv un secours pécuniaire, un s eut a gc de trois livios ( pouncis ) cn.Anf;lctorrc , et de quarante .shiiiinjs angevins sur Je continent, qn'oQ leva sur chaque fief de chevaliers. Le acatagcpro* diiisatt en Angleterre 180,000 i. ; ceqisî prouve qm ks fiefs des cbcToliera étaient eneoro au nombre ae6o,ooo, nombre auquel ils avaient tv6 Jixcs £iar le conquérant. (Lingard,)
. ('i l Selon Lingard , le iiccvicç de ces wcrceoaice^
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(l 1 d'aNGL£T£ER£. ai*]
faire le roi de France prisoanier et se rendre ainsi le maître des conditions d'un accommodement; mais soit que ce prince crut qu il était de son intérêt de maintenir les principes féodaux sur lesquels portait la sûreté de ses souverainetés étrangères, ou qu^il eut réellement cet excès de respect pour son seigneur, il déclara quUl n'atta* querait plus une place que le roi de France défendait W personne , et leva immédia-tement le siège (i). Il marcha ensuite en Normandie pour protéger cette province , où le comte de Dreux était entré à main armée, à rinstigation de Louis-le<Jeune ^ son frère* La guerre fut alors ouyertement déclarée entre les deux monarques j mais elle ne produisit aucun événement mémorâble. IJne suspension d'armes l'interrompit, un traité de paix la termina, mais sans rétablir ni la confiance , ni la bonne intelligence entre ces princes rivaux. La forteresse de Gisors, faisant^ partie de la dot de Marguerite de France, avait été d'un com-
(i) Selon Lingard, taudis que le conseil dcLi* bérait, les chevaliers irançats se hâièrent de 8C<courtr le roi Louis , et le roi anglais ramena soa armée en Normandie.
2*8 HISTOIRÊ (tl6l)
mun corisèntement reniise éntre les mains des templiers , à eondition de la lîvrér à Henri après la célébra lion des noces de cette princesse . Henri, impatient de se faiie xrti prétexte d'exiger la délivrance de la place , fit solenniser ce mariage , quoique léÀ époux forent encore dans leur tendre enfance (i), et engagea le grand-maîlre du Temple , à iorce de préscas , comme on le iotrpç<mna tmanittrement , à le mettre en possession de Gisors. Louis, indigné de cette infidélité du gi aùd^maître, bannît lès templiers de son royaume , et aurait recomrûencc la guerre à ce sujet avec le roi dTAngteterre , sans la iaédiation et Tautorité du pape Alexandre m, qui, chassé de Rome pa^ Ta^tipape Victor iv, résidait alors en France. 11 est bon d'observer, pour avoir une notion de l'empire d#s pontifes romains dans ces temps-là, que les deux, rois s eiaut trouvés Taunéc précc-
(i) Selon le docteur Lingard, Henri, ayant obtenu clandciilinemcnt une dispense, ili céic-' brqrle mariage de son fils, à peine âgé de sept 1D8 1 avec Marguerite , fiUe de Louis ^ qui nV*U|it encore que d«n« sa troisième anoee. Son bu c , âans cetie mesure précipitée, clait de |)rcadi'c po^^^^iou du duuuirc de Marguerite.
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fii6i) d'ahgleteebe. ^^9
dente avec le pape à Courcy-sur-Loii-e, ih avaient porté les témoignages de leur respect pour sa sainteté jusqu'à mcllre pied à terre , à prendre ciiacuu un cote de la tride de son cheval, et à Tescorter de cette manière soumise jusc^u au château.
Aussitôt que Henri eut accommode ses ffiiferends avec Louis , par rcntreuiise du pape 7 il retourna en Angleterre , où il commença une entreprise qui , toute fondée (jumelle fût bur la saine politique, et même èn total conduite avec prudence, lui causa des inquiétudes infinies, le jeta dans un grand danger, et ne se termina jpas sans coûter à ses intérêts et à sa gloire.
Les usurpations du clergé, qui avaient été d^abord lentes et mesurées, étaient alors çi rapides et porlccs à un Ici excès , que jës contestations entie la puissance royale et pontificale devenaient réellement un etdt de crise en Angleterre , où il fallait enfin décider lequel du roi ou des prêtres, surtout Tarchcvcqnc de Caiitcibury , sciait le souverain du royaume. Le génie ambi* tieux de Henri , qui lui faisait causer tant d'inquiétudes à ses voisins, n'était pas d'une trempe à ^^^^^ long-temps docile aux at*
tentais de ses sujets sur son autorité; et comme rien n'ouvre au3si promptementles yeux des hommes que ce qui est relatif à , leurs intérêts , ce prince était bien éloigné de tomber dans la méprisable superstition qui asservissait ses sujets. Dès le commencement de son règne ^ il avait montré dans Fadmînistration de ses états du continent y ainsi que de l'Angleterre , le ferme dessein de réprimer les empiétemens de la puis-» sancc ecclésiastique sur la sienne, et de conserver les prérogatives que ses prédéces» seurs lui avaient transmises. Pendant le schisme des deux papes Alexandre et Victor , il s'était contenté quelque temps de rester neutre; mais lorsqu'il sut que Farchevêque de Rouen et révêque.du Mans avaient reconnu Alexandre de leur propre autorité , il en fut si indigné , que , malgré les ménagemens qu^il avait eus pour Farchcvêque , à cause de son grand âge , il ordonna sur-le-champ d^abattre la maison de ce prélat et celle deFévêque de Rouen (i).
(ï) Cctlc conduite parait violcnic et (lcspoiif£uej mais die était convcDablo à l'esprit du gouverne-* ment qai dominait alors. Grcoffroi, père de Henri ^ qaoiqnc représente comme un prince fort doax^ *
If
(il 6a) GLEXEBBE. 221
Ce ne fut qu^après avoîi' examiné la questiou par les côtés que Ton c(»n sidère ordinairement dans les conseils des princes, quil consentit qu Alexandre exerçât les ^droits du saintrsiége sur tous ses états. Le caractère ])aislble de IMiéobald, archevêque de Ganterburj, sa vieillesse vénérable, et le mérite de sa résistance à couronner Eustache, fils d'Etienne, avaient eiupèché Henri, pendant la vie de ce primat, de prendre aucune mesure contre les usurpations multipliées du clergé d'Angleterre.
. Mais, après la mort de Théobald, le roi résolut d'agir avec plus de vigueur et d'activité ; et, pour trouver moins d^obstades à ses intentions , il donna Farclievèché vacant à Becket son chancelier, sur la corn-
loi avait laissé on exemple de sévërîtë bien pins
excessive. Lorsque Gcoffroi fut maître de la Kormaudiey le ehapitre de Secz osa procéder sans son consentement à Féiection d'o^i évéque ; sar quoi le prince condamna cet ëvéque et tons les chanoines h sonifrir nnc opéra lion aussi cruelle que honteuse, et se lit apporter dans un bassin la preuve de l'exécution de ses ordres^ Pendant la guerre de Toalouse , Henri mit nne taxe arbi« traire et forte sur toutes les églises de ses ctats.
3201 . HISTQIBE i^^^^ï
plaisance ducfuel û'ovQjiàt poi^voir Q&mp-
ter sans réserve.
Thomas Becket^ le premier homme d'Origine anglaise, depuis la conquête normande, peadant le cours d'un siècle, qu om eût élevé a quelque emploi considérsMe > était né de parons honnêtes de la ville de Londres* Aussi adroit que capable'^ H a^iosinua dès sa jeunesse dans les bonnes gracei de Farchevêque Théobald, qui 1^ protégea et le plaça : les bien&its de ce prâaâ le miient eu état de voyager pour se former reaprit. Il passa enltalie, et s'arrêta à Bologne, où il étudia le droit civil et le droit cauou. Il parut avoir à bien perfectionné seacon naissances, qu^à son retour soa protecteur lui donna l'archidiacQuat de Ganterbury , place de confiance aussi lucrative qu'honorable (i). Thcobald remploya ensuite avec succès à négocier quelques affaires à Rome; et, à Tavénement deHènri à la couronne, on recommanda Bccket à ceprince, comme un sujet digne d'étire plus
' (t) LVrchidiaconat d« Canterbury valait alors loo liv. par anner; et cette iinporiantc dignité donnait le rang de barou à celui ^ui la possédait. ( Lingard^}
(1162)^ D^^ffi^J^T^J^E. r223
avance. Henri , qui lui avait Tobllgation d'avoir soutenu la fermeté de l'ardievêque, dont les bons offices lui avaient facilité le chemin du trône , était déjà prévenu en sa faveur. Il trouva, en l'approfondissant davantage, que ses lumières et son habileté méritaient sa confiance , et biei;it6t Télev* à la place de chancelier, Tune des premières charges civiles du royaume. Dans ces temps-là le chancelier avait i^on-3eu][^r ment la garde du grand sceau, mais encore la jouissance de tous les évêchés et de toutes les abbayes qui venaient à vaquerj il était le tuteur de tous les mineurs et de tous les pupilles vassaux du roij toutes lesbaronnies qui tombaient à la couronne étaient sous son admjinistration ; il avait le droit d'entrer au conseil sans y être appelé particulièrement : et comme il exerçait aussi Tofficje de secrétaire d'état , et qu'il scellait , contre-signait toutes les commissions, les ordres et les lettres-patente3, c'était une espèce de premier ministre , que les dépêches de toutes les affaires importantes regardaient nécessairement (i). Après avoir
(l) Le chancelier , h ccuc epnqiie , n'avait aacane autoiitc stiicleracnt judiciaire 5 la première
2^4 HISTOÏKB ( 1 1 62)
obtenu cette grande charge, Becket, tous
les jours plus en faveur, fut encore nommé preyot de Beverley, doyen de Hastings, et gouverneur de la Tour. On lui accorda les honneursdeËje eldeBerkhamstead, vastes baronnies échues à la couronne par droit d'aubaine j et, pour mettre le comble à sa grandeur, l'éducation du prince Henri'^ fils aine du roi, et héritier de la monarchie, lui fut confiée. La pompe de son cortège , la somptuosité de ses équipages et de* ses ameublemens, le luxe de sa table, et sa magnificence à répandre des bienfaits , ré*pondaient à l'élévation de son rang et de sa fortune , ou plut6t surpassaient tout ce que jamais un sujet avait osé étaler de faste en Angleterre. Son historien et son secrétaire FitzrStephennous apprend, entre autres particularités, que ses appartemens étaient, pendant toutThiver, couverts de paille fraîche ou de foin, et Tété, de joncs verts , ou de feuillées , pour que les gentilshommes qui venaient lui faire leur cour,
mention qui soit faite de la cour de la chancellerie se trouve sons le règne d^Edonivd x^*
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(lt6!l) d'aKGIiBTEEBE. 225
et qui étaient souvent en trop grand nom* bre pour avoir tous place à table, fussent garautis de salir leurs beaux habits en ^'asseyant sur un plancher poudreux (i). Un nombre coiiâidcrable de chevaliers était attaché à son service j les plus grands barons se faisaient gloire de manger avec lui ; sa maison était un lieu d^éducation pour les fils des gens de la plus haute noblesse ; et le roi lui-même daignait souvent lui rendre visite et s'associer à ses plaisirs* Gomme sa manière de vivre était splendide et opulente ^ ses amusemens et ses occupations Bravaient rien que de riant , et tenaient de Tesprit de cavalier qu'il ne croyait pas incompatible avec son caractère^ nVyant encorc que le diaconat. Il remplissait ses heures de loisir par les divertissemens de la chasse du faucon ou du jeu , ou de Fart d'exercer un cheval. Il exposa sa personne en plusieurs expéditions militaires^ équipa
(i) John Baldwin tenait la ferme crOiorarsfee tn Ajlesbury 9 en rotare, da roi , h. la charge de fournir la litière du lit de S. M. ; videlioet » en et(f , des herbes el deux oies grises; en bWer, de la paille, et trois angnîlles trois fois Pannëei si le roi Ycnail ce nombre de foid k Ajlesbury.
226 BmOtftK (tt6!&)
et conduisît à ses propres frais sept cents chevaliers au service du roi da08 Id guerre de Toulouse} pendant les guerres suivantes^, sur lesfrontières delà Normandie, il entrç**^ tint (juaiaiiLc jours douze cents chevaliers et quatre mille hon^mesde cavalerie ( i )• £ii<' fin, dans une ambassade dont il fut chargé en France, il étonna celte cour par le nombre e t la magnificence des gens de sa suite (2).
(t) Les cavallerç étaient des hommes à cheval, AUX ordres des diflerens cheTaliers. Cba(|iie ebe^ Talier recevait trois scbeiniigs par jour peild*M quaraulo jf)iirs , el clail cnlrelenu à la table du chancelier dm unt cet espace de leiup^. (Zrii|^<7r J.j^
(a) Le lecteur verra sans don te avec plaisir le récit de la façon doui le chancelier voyageait en France. Qnand ii entrait dans une ville, le cortège s'ouvrait par denx cent cinqnaïuc jeunes ^ens chantant des airs nationanx; cnsnite venaient ses chiens acconpUs» Us «laiimt sulrâ de haii chariots , traînes cfaacnn par ciQ€[ cbevaax et menés par cinq cochers en Habit nenf. Chaque chariot élait couvert de pcanx , et proitgc' par deux gardes et par un pros cHicn , tantôt oncliaîne, tantôt en liberté. Deux de ces chariots étaient diargcs de tonBcanx d'oie ( hi^iTe ; ^ pour distsibuer à la populace ; un antre povt«( les ohietfi ni^cessaircft à (a chapello du chan^'elierj qn aauf encore, le miibiUer de aa diainl^ro k coaclkAT'^ un tsoiBÏèmf c^m de sa fitiistve) ou.
1 ^Kon-seulemeot Henri confiait ses affairés lès f^s'ihipot^illied à k conduite de Beckcr , lîKiis il l'honorait d'tiné àMïtîrf et d^une intimité particulière. Dans quelque éÊlf^é êh'itàkimnéin qil^ plat ftù tdi di^ si délasser du travail , son chancelier était
tDtijotifd (fo la paitfé. FitB-Stëphen cite oit
exemple (le celle faii}Hiarité,qiii, en ce quHl nouè moDrtre les mœurs de ce siècle , n Vst pa§ Ittôlik i Tfipporwr. Un ]éùt mëiè ttA
et ie chancelier tra^versaieut à cneflrtl les
râMdie Loâdred, ilsj^MiéÉcfti^eiitmi méÀ*
dianl qui tremblait de froid : Ne serait-ce
c^itrtètn^ pmiàH tk icisstfUe «Farinent étsa gàtdémhfiî iés Acn% asirM éîjatùi dO&sé^ k Vaéàjg^
de ses suîvaQs. Aprèlctfn^ ^eofWnt douze cîier
vaux à c somme , î>ui' chacun desquels ct^it un sins^c, avec un valet (groom) dt-i rière , sur ses getioux^ paraissaient ensuite les t-cnycrs , portant les bouchers^ctf conduisant les cl}e«a43: de
copniers, lea officiers c^e sa inaiison , les chq-w-
Vâl^ til, le (icrnii-f do Ions enfin, arrivait \c rliancelier lui-'Uiépie , conversant avec quelques amiS. Qfffj^c il D^i^aity on entendais les hal^ftans da pnvs s''ecrfer : Quel bomme/loit tlpnc éu*e,le roi
tîquipagc ! ^ Lingard\ ) lîi j Jm?. r : ' -
ii2S HisToiBE (il 6a)
a pas une trës-bonne œuvre , dit Henri ^ .
çc de donner un habit chaud à ce pauvre « homme dans cette saison rigoureuse? Asa purement, répondit le chancelier; et vous ic faites à merveille , sire , de songer ainsi tt à de bonnes actions. Hé bien , il en aura a donc un tout-a-rbeure , s'écria le roi; » et 9 saisissant à ces mots le pan de Thabit du chancelier, le tira de toutes ses forces.- Le chancelier se détendit quelque temps , et tous deux étaient près de perdre leurs étriers , lorsque lîecket , cédant à une secousse viojlente, lâcha son habit; le roi le donna au mendiant, qui, ne connaissant pas la qualité des personnes ^ ne fut pas médiocrement surpris de ce présent. '
Becket , qui s'était rendu aussi agréable à son maître par sa complaisance et sa gaieté - qu'utile par son habileté et son adresse , lui parut l'homme le plus conveiiaLle pour succéder à Théobald dans le siège épiscopal que la mort de ce prélat * lai^a vacant» Le chancelier ccmnaissaitrintention où était le roi de retrancher ou du moins de resserrer les privilèges ecclésiastiques dans leurs anciennes limites : comme il semblait toujours disposé à ôe^
(l 162) D^AIfGL£T£RRE* 329
conder ces vues , Henri , qui ne s'attendait
à aucune opposiLion de son côté, envoya immédiatement l'ordre de Télire archeVéque de Canterbury 5 mais cette rcsoliition , prise contre le sentiment de Mathiide et de plusieurs ministres, tonma très-malheureusement pour ce princej et jamais souverain, doué dWe si grande pénétration, ne parut avoir si mal connu le ge'nie et le caractère de son ministre , si on en juge d'après l'événement.
A peine Becket fut-il installé dans cette dignité éminente , qui le rendait pour ' toute sa vie la seconde personne de Fétat, et lui donnait des facilités pour aq>irer à devenir la première , qu'il diangea totale^ ment d^humeur et de conduite. Il tâcha d'acqaérir la réputation de sainteté dont ses premières occupations et sa vie fastueuse Tavaient naturellement privé aux yeate An peuplev Sans ednsolteir le roi sur cette démarche , il lui renvoya la commisâon de ehanceliar, en affectant de dire qu'il devait désormais renoncer aux afTaires dnjimonde , poéti se livrer tout entier à Texercice de ses fonctions sacrées ; mais,
dans le yrai^ pour rompre toutes liaisons
t^ao msxoiBE (1162)
dv€C Henri ^ et Ivi faire sentir Becket,
comme primat d'Angleterre , était u« nouyeaa personnage. 11 couserta seuJeaouiQt dans son cortège et ses domestiques Tan* cienne pompe qu'il y avait eue ^ et qui lui servait à imposer au Tolgaire ; mais à Té-» gard de sa propre personne , il prit les apparences de la plua grande austérité et Fair de la mortification la plus rigide, l^ien sur que cet extérieur différent tendrait aussi bien et encore mieux à la* même fia* Il porta donc un cilice sur sa peau , qu il fit remarquer par le soin afiËeoté de le c^n dier, et dont il changea si rarement , qu^il égala bientôt eu malpropreté la dépouille dégo&taute di^uu meudimit. Il réduisit sa nouiriture ordinaire à du pain , et sa boisson à de Feau^ qu'il rendait encore moins potable par le mélange d'herbes amères; il se déchirait les épauler à coups fréquens. de discipline ^ et latait tous les jours, à genoux^ en imitation de notre Sauveur^ ka i^eds ée tietae pauve»^ cpi'il renvoyait ensuite avec du larges aumônes* 31 gagna roliectiou des motnes par ses^bifiOr faits auK cemens et aux hèpitauk : quir conque faisait pxqtîiBsion. de piété étailad*
mis à sa conversation , ét Artt' feiratIHttiV péDéU^ dadpiiration pour I huinilité , Ift'
11 paraissait pçrpclucllcuient occupe à lé^
éàti à^ë prîèrér^ à Uiv% àeê leeimm pim^
ses, ou ii parcourir flesf' ^titrages sîtr la Yeftî^on ) son aspect aquonçak en appa-
TOtiou intérieure; mais les gens pcuéLrans
f[ue G;ran(l dessein, et que Tambition et lU>6leatatioQ ck sou caractère se diri-» fëifmtliâr^ttD objet àdÛVMU dangereux (i), »IB6ekëé utotetidit pas réitéMiiaii
plan qu il sarait que Henri avait formé âôti4ar#^la ppissauc^ ^odésiaatique. Il de-
i^ider sou oiailre par la hardiesse et TintrtftidÉlé ^ 4^ àéKtàtûhêBi il 4Qtf0i$i U
coîiitc de Clare de restituer la baronnie de
conquête
^^^^pns le nqmbic (1rs le'riîi rjui se contve-
ài^ii^ » ^^^^ Litit^aid, tic (jxer
qui onl 101/ /h
^iginairc acs dispensions
232 msToiBE (ii63)
mais qui précédemment appartenait à Tar-
chevêché de Canterbury, et que le primat réclamait comme n'ayant pu ^ selon les car nons y être aliénée par ses prédécesseurs. Le comte de Glare, indépendamment de sa naissance illustre et de ses biens immenses , était allié aux plus grandes maisons du royaume ; sa sœur ^ beauté célèbre y avait encore augmenté son crédit parmi la no* blesse y et passait même pour avoir subjugué le coeur du roi. Becket ne pouvait mieux signaler sa rcsoliition de soutenir avec vigueur les droits réels ou prétendus de son siège qu^en attaquant un homme si puissant dans l'état, et si en faveur à la cour. . William d'Ëy nsford , un des vassaux mi^ Utaires de la couronne , était patron d'un béné&ce dépendant d^un fief qui relevait de l^archevêque de Ganterbury. Becket^ sans égard aux droits de William, présen<« ta y sous un prétexte illégal et nouveau, un nommé Laurence à ce bénéfice ^ dont £y Dsford l'expulsa violemment. Le primat se faisant lui-même juge et partie, selon Tusage dans les tribunaux ecclésiastiques , lança très-précipitamment une seutence d'excommunigaûon contre Ejn^rord. Cq
(l63) d'jU7GLET£EE£. 233
seigneur sfen plaignit au roi, et lui reprë-
senta que , selon la loi établie par Guillaume-le-Gonquérant, et toujours maintenue depuis par ses successeiu-s y quiconque te* nait des terres in capite de la couronne ne deyait point être sujet à cette terrible sentence , sans que le souverain v eut consenti auparavai^t. Henri, qni ayait alors rompu tout commerce personnel avec Beic^ ket, lui envoya Tordre d^absoudre William E jnsford ; mais le primat se contenta de répondre qu'il n'appartenait point au roi de lui prescrire qui U devait absoudre ou excommunier. Ce ne fut qu'après plusieurs rcs montrances et plusieurs menaces que Bec-» ket 9 de la plus mauvaise grâce imaginable ^ consentit enfin à obéir.
Quoique Henri se vit si cruellement trompé sur l'opinion qu'il avait eue de Becket en l'élevant à la primatie , il ne se désista point de sa première intention de* réduire les prétentions du clergé ; ce prince était entièrement le maître de ses vastea états; la prudence et la vigueur de son , ' gouvernement , suivies d'un succès conti* ' nuel , avaient porté la gloire de son règne au-delà de celle que tous ses prédécesseurs
2^4 «iSTOmE (il 63)
s^ëtaient ' accfube ; k puissance du- saiDl>«
siège était affaiblie par un sehisrae qui divisait toute r£urope ; et il sentait judicieur: sèment que ^ s^il laissait échapper <}ette occasion favorable y la superstiiiou donûnante du peuple exposerait bientôt la^ gou« ronne à subir les lois de la mitre.
L'union des puissances civilfis et ecclésiastiques contribue beaucoup chez toutes les nations civilisées à maintenir la pai]^ et le bon ordre ^ et eUe prévient ces usurpations réciproques , qui deviennent d'autant plus dangereuses qu'il ne peut y avoir de juge en dernier ressort enûre ces deuiK rivales. U importe peu que le magkUrat suprême , qui réunit ces deux puissances dans sa main , soit appelé prince ou prélat : le poids des intérêts temporels emporte ordinairement la balance sur les intérêts spirituels dans Topinion des hommes « fait toujours prévaloir Fantorité civile que ce magistrat exeriSe , et empêche aussi y %VM le temps , les impostures grossières et les
persécutions fanatiques, qui, dans toutes les fausses religions , sont le principal fon« dément de Poutorité des prétves. Mais, pendant le progrès des usurpations ecclé*
Digitizcû
(ii64)' d'ajngleterbe. 235
sîastîques, Ta résistance du magistrat civil jette naturellement l'état dans une fermentation convulsive ; et c'est au prince à mettre à propos , pour son intérêt et pour celui du public , une barrière que le pouvoir du clergé, rival insidieux et redoutable de Tautorité suprême , ne puisse franchir. Jusqu'alors cette précaution avait été aussi négligée en Angleterre que dans les autres pays catholiques , et à la fin les affaires semblaient être parvenues à leur plus dangereuse crise : un souverain de la plus grande habileté était alors sur le trône ; un prélat du caractère le plus inflexible et le plus intrépide était revêtu de la primatie ; les puissances contendantcs paraissaient armées de toutes leurs forces , et il était naturel d'attendre quelque événement extraordinaire de leur choc.
' Entre autres inventions propres à tirer de l'argent des consciences timorées, le clergé avait inculqué la nécessité des pénitences pour expier les péchés ; et il introduisit ensuite la pratique de racheter ces pénitences par de grosses sommes, en forme de commutation de peines : par ce moyen les péchés du peuple étaient de-
236 HISTOIBE (ll63}
vemis une rente pour les prêtres ; et le roi calcula qu% levaient plus d'argent de ses sujets., à la faveur de cette ruse y que tous les fpnds et 'les taxes n'en faisaient entrer dans ses coffres. Pour soulager ses peuples de ces impositions arbitraires et fortes ^ Henri exigea qu^un oificier de juridiction civile y qu il nommerait y fut présent aux séances des cours ecclésiastiques, ^t donnât désoiTnais son consentement à toutes les amendes auxqueUes les pécheurs seraient condamnés*
Les ecclésiastiques de ce siède avaient secoué le joug de la puissance souveraine^ et prétendaient ouvertement qu ils étaient de droit exempts des tribunaux séculiers en matières criminelles ; peu à peu ils étendirent cette exemption jusque dans les eausé) civiles : ib ne pouvaient plus être punis que par des peines canoniques ; comme le clergé s'était extrêmement multiplié en An-* gleterre , plusieurs de ceux qui le composaient étaient conséquemment tirés d'une populace corrompue , et se familiarisaient aisément avec les crimes les plus noirs j les assassinats y les vols, les adultères, les rapts I se commettaient impunément toua
Digitizcû by
(il 64) D^ANGLETERRE. 2^37
les jôtlr!^ ^ des «cdésiastiqiles : ou vénâa,
d'après (les reciic relie s exaeles, qu ils étaient auteurs de plus de cent meurtres, depuis ^a^tnement du roi à la couroune; quils tfayaient jamais été inquiétés par la justice pour aucun , et que les saints ordres étaient devenus une protection ])our tous les forfaits: U arriva qaW clerc , dans le Worcestersliire débaucha la fille d'un gentilhomme, et assassina le père de cette infortunée : rindignation générale qui s'éleva contre ce criuic porta le roi à tenter de remédier à un abus si palpable. Il ordonna • qtië cet ecclésiastique fût livre au bras sé- "cùlier, et en reçut le chàtiuient qui! méritait; mais Becket réclama les immunités ' deTEglise , couliua le erlniincl dans la pri- . SOU de révêque , pour le soustraire aux ofliciers du roi , et soutint qu'il ne devait subir d'autre peine que la dégradation.
Henri se réduisit à demander qu'après que ce scélérat serait ue^radé il lut jugé parla puissance civile, et le primat soutint encore que ce serait une chose inique de juger dèux fois un lionime sm* la même accusation et pour le même crime.
Henri, saisissant l avautage que lui fom^-
sf36 msToiBjs (il 64)
nissait ime siboimé cause y résolut de poils-
ser le clergé , à l'égard de tous ses privilèges, jiarvenus à un excès intolérable > i^t
multipliaient chaque jour entre les jurîdietîozifl. ecclésia/iUqi;^ .et civiles* Il oon*
voqua donc une assexnblée de tous les prélats d'An^eterre , et leujc fit cette (juestioa laconique et précicje ; s'ils tcftdaîeQt ou ne voulaient pas se soumettre aux lois et aux cotttmfiea aocieBnes du. rio^yaaiw? Les éyéques répondirent unanimement qu'ils j eousentaieut^ sauf les droits de l EgUs^j réponse captieuse ^ à la faveur de laquelle ils croyaient éluder une question tiop pre^ saute ^ et se réserver la faculté de réclamer leurs prétentions dans des circonstances plus favorables. Henri démêla cet artifice, el n'eu fut que plus irrité. Il quitta rassemblée avec Tair du mécontentement le plus vif, el somma le primat de lui remet* tre incessamniciiL les honneurs et les châteaux d'Eye et de £erkhamsiead« Les évéques , épouvaotës de cette marque de colère , s atteadireat à des effets encore plus terribles du resseûtimèut de ce prince : }ieckel ^eul dcmguia iailexibk; U a'y eut
(l l64) D^iOCGIiSTBRRS. '1^
qae Tsaterposîtioii de Philippe ^ légat du
pape y et abbé d'Elcemosiiie , qui , craigaaat une rupture avec uu luouarcjue si puissant, iet dans une conjoncture si hors de saisou ^ obligea le primat de se rétracter de la danse échappatoire j et de £aire une promesse absolue cl observe^ les aacieaues ' coutumes.
Mais Henri éiait peu satisfait encore d^une déclaration en termes si généraux ^ il résolut y a^ant qu'il tôt trop tard , de définir expi csscment ces coutumes , auxquelles il voulait que Ton se contqrmât ^ et de mettre une digue aux usurpations cléricales avant qu'elles Tussent entièrement consolidées, et que les ecclésiastiques pussent j comme ils avaient dcjù laît^ in- Toquer i antique possession en leur faveur^ à titre d^autorrté sacrée.. Les prétentions de r£glise se montraient alors à découvert^ après un progrès insensible pendant plusieurs siècles, elle avait enfin jeté le masque j plusieurs conciles , dont on prétendait les canoQs infaillibles et irrévocables , avaient positivement spécifié ces privilèges et ces imnmuités , si évidemineiit contrai* m ^ et si redoutatile^ au souverain. He^ri
3i4o HISTOIRE ' (1164)
crut donc nécessaire de spécifier à son
tour, avec la même précision , les limites de la puissance civile , d^opposer ]cs coutumes légales aux ordonnances de TEglise^ et de régler exactement les bornes des deux juridictions rivales. Bans cette intention ^
il convoqua un concile général de la noblesse et des prélats du ro.yaume à Clarendon y auquel il soumit cette grande et im-> portante décision.
Les barons étaient tous du parti du roi y soit qu ils fussent frappés des raisons dont il s'appuyait , ou soit qu'ils respectassent son autorité supérieure : les évéques se trouvèrent dominés pa;: la ligue îormée contre eux; et les lois suivantes , appdées
communément les constitutions de Cla^ rendon ^ passèrent sans opposition dans cette assemblée. On statua que tous lesprocès concernant le droit de patronage et de présentation aux églises seraient décidés dans les ti'ibunaux civils j que les églises dépendantes des domaines du roi ne seraient jamais accordées à perpétuité sans son consentement j que les ecclésiastiques accusâ de quelques crimes seraient jugés par les cours civUes ^ que qui que ce fut ,
Digitizeo lj
( 1 1 64) d'au GL£T£EB£.
surtout du haut clergé , ne sortirait du royaume sans la permission du roi j qu'en n'obligerait plus les personnes excommuniées u donner caution qu'elles ne quillcraient pas le lieu actuel de leur demeure 5 que les laïques ne seraient pas traduits dans les cours spirituelles, à moins que ce ne fût par un promoteur et des témoins juridiques j qu'auciïn des principaux tenanciers
: de la couronne ne serait excommunié , ni . ses terres mises sous Tinterdit , excepté avec la permission du roi 3 que dans les causes ecclésiastiques tous les appels seraient portés de Tarchidiacre àrévêque, de révéque au primat , du primat au roi ^ et nMraient pas plus loin sans le consente-
. ment de sa majesté j que si quelques contestations s'élevaient entre un laïque et un ecclésiastique au sujet d'une ten e aliénée, et que Ton disputât si cette terre était un fief Imque ou ecclésiastique , le rapport de douze jurisconsultes déciderait d'abord à quelle classe elle appartenait; et que si c'était un ficf laïque, la cause Serait jugée en dernier ressort par les tribunaux civils j
. qu'aucun habitant de terres domaniales ne pourrait être excommunié pour n'avoir
tï42 msToifiÉ {iî64)
pas compara dans les tribunaux ecclésiastiques , jusqu'à ce que te juge principal du lieu ou il résidait , étant cousulté , ne se crut en droit d'employer Fautorité civfle à lui faire donner satisfaction à l'Eglise j que les archevêques y évéques et autres di« gnîtaires spirituels seraient regardés comme barons du royaume , eu posséderaient les privilèges , en supporteraient les charges , seraient tenus à servir le roi dans ses grands conseils y assisteraient àriustruction de tous les procès, jusqu'à ce que Ton prononçât une sentence de mort ou de mutilation contre les coupables; que les revenus des sièges vacans appartîencii aient au roi; que les chapitres de ces sièges qu'il plairait au roi d'assembler siégeraient dans sa chapelle jusqu'à ce qu'ils eussent fait la nouvelle élection avec son agrénuent, et que l'évê* que élu rendrait hommage à la couronne j que si quelque baron ou tenancier in ca^ jjiic refusait de se soumettre aux coui-s ec-* clésiastiqueSy le roi emploierait son autorité pour Y y contraindre; que si quelcju'uii d'entre eux. dérogeait à son seruienl d'6béissance au roi , les prélats seconderaient sa majesté, piu' leurc» censures, pour le
duire j que tou$ les effets confisqués di|. profit du roi ne seraient point mis à couvert dans les égUse$ ou leurs dépendances j que le clergé ne pourraitplus prétendre au droit (l'exiger de sa propre ciiitorité le paiement d'une dette contractée par promesse OU par serment; mais quMl laisserait ces discussions , aussi bien que les autres ^ au jugement des cours cÎTiles ; enfin que les fils'de vilains ne seraiciiL point ordonnes clercs sans le consentement de leurs seign(eur$ respectifs*
Ces articles, au nombre deseiz^e, avaient pour objet de supprimer les principaux abus qui se passaient dans les affaires ccclé- §^astîqujes } et de mettre une barrière solide aux usurpations de l'Eglise , dont raccroissei|ieAt journalier menaçait de détruire totalement la puissance civile. Henri fit donc écrire et recueillir ces statuts en un corps, pour ^^^^i" de prévenir désormais toutes les disputes à leur égard ; ainsi en aboliss^ant tant d'ordonnances ecclésiastiques dans une assemblée civile et nationale , il établissait pleinement la supériorité de la l^dation sur tous les décrets des papes ou les canons de^ conciles , et gagnait une
Digrtizeij Ly <jOOgIe
244 ' HISTOIBE U^^^)
victoire signalée sur le clergé. Mais comme ' ce prince ne doutait pas que les évêques , abattus dans ce moment sous le parti le
plus fort des barons unis au roi , ne saisissent la première occasion favorable de se relever en réclamant contre Fantorité qui venait de faire ces constitutions , il exigea qu'ils y missent tous leur sceau ^ et qu'ils signassent une promesse de les observer (i). Pas un des prélats n'osa résister à cet ordre , excepté Becket. £n vain les comtes dp Cornouailles et de Leicester, les deux plus grands seigneurs du royaume , le pressèrent de se soumettre , il refusa constainmeut d'obéir. A la fin , Richard d'Hastings^ grand-prieur de Tordre des templiers en Angleterre , se jeta à ses genoux, et le conjura, les yeux baignés de larmes , s'il 1 tu
reslaiL encore quelques égards pour sa propre sûreté et ])our les intérêts de l'Eglise, de ne pas irriter le roi par une opposition inutile; il lui représenta le danger de s'attirer l'indignation d^un grand monarque ,
(i) On en (it irois copies, qui fuient chacune signées par le roi , les piillats et trente-sept barons, {iéLiîQard,)
{ii64) dViîgleterre. 245
fermement résolu d'obtenir cette marque d'obéissance , et détermine u se venger de quiconque ne s'y plierait pas. Becket , se voyant abandonné de tout le monde , et même de ses propres confrères , fut enfla obligé d'acquiescer Ix ce qu'on lui deman-[ dait d'une manière si pressante. Il apposa son soeau aux constitutions, promit Inja-^ lemcnty de bonne foi , et sans fraude ou sans réser^e^ de les observer , et en prêta le serment. Le roi , jugeant alors qu'il avait ' définitivement le dessus dans cette entre-, prise, envoya les constitutions au pape! Alexandre , qui résidait alors en France ,\ et lui en demanda la ratification. Mais le pontife, qui sentit que ces lois tendaient,, directement à soustraire TAngletcrre de la..j dépendance du saint-siége , les condamna j les abrogea, les annula, et les rejeta dans j les termes les plus expressifs. Il n'y eut que.r, six articles, des moins importans , que,jj pour l'amour de la paix , il votdut bien ra-
tuier. 1^ èBff î:r;M>iioJijc*I m •►Ib np •j'îfrrJ i Lorsque Becket remarqua quîl pouvait,.^
espérer de l'appui dans sa résistance, il^f^
affecta la douleur la plus profonde d'avoir
eu la faiblesse de céder au roi, contre le
HISTOIRE (ll64)
cri de sa côtidcience, et tâcha d^atttrer toua
les évêquea dans une espèce de confédération pour soutenir leurs communes prétet)lic»DS et les privO^ges ecclésiastiques, qui intéressaient si essentiellement, seiou liii , la majesté de Dieu. |1 redoubla ses austérités, pour se punir, disait-il, de sa complaisauce crimineUe. Il proportioona ses coups de diaciplme à rénormité de sa faute prétendue j il s'interdit lui-même toutes ses fonctions épiscopales, jusqu'à ce qu'A eût obtenu Pabsolution du pape , qui ne la lui fit pas attendre. Henri ^ instruit des dispositions actuelles du primat , se promit vengeance de ce réfractaire, et tenta de le chagriner par le moyen de cetle même puissance que Becltetse faisait tant de mérite de soutenir. Le roi sollicita le pape de lui accorder une co9imission de légat dans ses états. Mais le pape ^ politique wsd délié que Henri, en loi ac* cordant cette commission , y ajouta la clause qu'elle ne Fautoriserait pas à rien entreprèndre au préjudicei de Farciievèqtie de Ganterbury j et le roi , voyant à qu6i
se rédtiifait oèr pourôir fièeiftent Hmké ^ '
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renvoya la commission par le même cour"' lier quVUe était venue. ' -
Cependant le primat, qui se trouvait toujours exposé à la colère de son souve-rain , tenta deux fois de sortir secrètement du royaume, et fut retenu Tune et l'autre par les vents contraires* Henri se hâta de lui faire éprouver les elFets d'une obstination qui paraissait si criminelle à ce prince : il excita John , maréchal de Téchiquier, à poursuivre Becket dans la cour archiépiscopale, au sujet de quelques terres dépendantes de la seigneurie de Pageham, et d'appeler ensuite à la cour du roi pour avoir justice. Le jour indiqué pour juger cette cause , le primat envoya quatre chevaliers représenter en son nom quelques irrégularités qui se trouvaient dans Tappel , et en même temps s'excuser de ne pas comparaître , sur ce qu'il était malade. Cette légère faute , si même elle en mérite le nom , fut interprétée comme la preuve d'un mépris formel pour le tribunal 5 on menaça les quatre chevaliers de les mettre en prison, pour en avoir imposé à la cour; et ce ne fut qu avec peine qu'ils évitèrent
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ce châtiment. Henri, déterminé à persécuter Becket à toute rigueur, convoqua à Nortliampton un grand conseil, qu'il se proposa de rendre l'iDStrument de sa vengeance contre Finflexible prâat*