CHAPITRE X
RICHARD i.
Préparatifs (îu roi pour la croisade. — Son cmbarctdement. — ^ Dt'iail de ce qnî se passa eu ShSile» — Arrivée du roi en Palestine* — S«8 actions héroïques dans ce pays* — Son dA^paYU ^ Sa captivité en Allemagne. — Guerre ave« la France. Délivrance dn tél. — Son retotir én Aiiglètèrr6. ^ Gneff(? àvetS là FVancé.' — Mort et caractère du roi. ^ Divers e'vénemettï
. de son régne,
. Les regrets qu^eut Ricliard de sa conduite Griminelle avec son père lurent trèsconstans ^ et influèrent sur lû ohoix de seâ ministres et des gens de sa maison , à son avènement à la couronne. Ceux qui avaient secondé et favorisé sa révolte ^ au lieu dë possédeif la faveur et la confiance du nouyeau roi, comme ik s'y attendaient» tombèrent dans sa disgrâce ^ et en toute occasion ne reçurent de lui que des marques de mépris et de haine. Mais 1^ ministres fidèles de Henri , qui s'étaient opposés vigoureusement aux entreprises de ses filsf
l36 HISTOIEE (1^89)
. furent aù contraire reçus de Richard à
bras ouverts, et continués dans les emplois dont ils s^étaient honorablement acquittés sous leur premier maître. Cette conduite prudente pouvait être le résultat des réflexions; mais dans un prince tel que Richard, toujours si entraîné par ses passions et si peu guidé par la politique , on Tattribua communément à un principe plus digne et plus glorieux.
Pour réparer avec Tun des auteurs de ses jours les torts qu^il avait eus avec l'autre, le premier soin de Kichard fut de faire rendre la liberté à la reine douairière^ qu'on retenait eu prison depuis si lon|^temps, et de lui confier le gouvernement d^Angleterre jusqu'à ce qu'il pût revenir dans le royaume. Sa bonté pour son frère Jean fut poussée jusqu'à la profusion et k Fimprudence. Non-seulement il lui donna le comté de Mortagne en Normandie , lui accorda une pension de quatre mille marcs par an , et lui fit épouser Arisa , fille du comte de Glocester, qui lui apportait Théritage des biens immenses de cette maison , mais il augmenta encore le riche apanage que le feu roi lui avait destiné par d^aw*
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(1189) D'jUIGL£T£BILE« iSj
très bienfaits et d'autres concessions. Il lui abandonna toutes les terres de William Peverdle^ qui étaient échues à la cou-» ronne j il le mit en possession de huit châteaux ^ ayec toutes Ifes forêts, les droits , les honneurs qui en dépendaient; il lui céda six comtés, Gornouailles , De von , Sommerset y Notlingham , Dorset , Lan* caster et Derby; et en tâchant , à force de faveurs 9 de fixer ce vicieux prince dans son devoir , il le mit trop en état de f'ea écarter quand il lui plairait*
Le roi, plus animé par Tamour de la gloire que par la superstition , agit , dès le commencement de son règne, comme si le seul but de son gouvernement eût été de secourir la Terre-Sainte , et d'enlever. Jérusalem aux Sarrasins. Ce zèle contre les infidèles sMtant communiqué à ses sujets , éclata le jour de sou couronnement à Londres, et leur fit envisager une croisade comme une expédition lucrative et presque sans danger» Selon 1^ préjugés de ces temps*là , prêter de Targent à intérêt pas* sait pour usure , et en portait le nom déshonnête : cependant les. besoins des emprunteurs en continuaient Fusage; cette
éipëce de commerce était en glande partûd €(t pàrtoat entre le» maint des iilîfii^ qui ^
déjà ijolcs d'infamie pour leur religion ^ u'ayaot poiat dliooneur h perdre, choisis^ salent ssné holite wae profession odieuse M die-mème par toutes les sortes de rigueurs qu'elle faisait exercer^ et quekpefcds même par ses friponfieries et seS eittocsioiis» L^iii** dustrie et Téconomie de ce peiiplé Favaienl mk en possession de presque tont Taigent
comptant, que la paresse et la profusion des Anglais, ainsi que des autres nations etinypëemiea, leor procuraient .Foccasioa de prêter à divers et gros intérêts. Les écri'* vains moines reprochent à Henri , comme vne tiÊche dans son adaïkiistrilion; équi* table et sage, d'avoir protégé soigneuse-* ment cette race mandîte contre toute pèce d'outrages et d'insultes. Mais le zèle de iiichard fournit bientôt un prétexte au peuple de signaler sa liaine potnr les JnîfiU Le roi avait rendu un édrt qui leur défen^ dait de paraitae à son courpunement i qudk ques Imaidf entre enx lui ayant apponédant ces entrefaites un présent considérable au nom èt tena, osèrent^ à jb faveur de eé dou magnifique , approeber de la salle oU
8sttafe»tédiiiâit. Lèi if][>eciAfeurf« hii stpet-^,
çuretît et les insultèrent; ces malheureûi: déptiié» prirent la fuite ; le peuple les pontsuivit; et le bl-uit sMtànt répandu que lé roi ayait ordoiliié de massacrer tous les Jnift, tm eoiniftandemeiit si agréable Ait exécuté dans Finstant sur tous ceux qui tombèrent entre les maius de la populace : eeitt cpA è'étatènt tentis eheas etil essuyS*^ rent le même danger ; le peuple, enivré dé fattatiSfiiè et de cupidité y força leurs m^l^ ' sons, et les pilla api es en atoir égorgé les propriétaires* Partoùt où ils barricadèrent leurs portes et té défendirent avec ccnt*^ , ragè , là canaille y mit le feu , et se fit jour au travers des flammes pour tuer ou voler tôM Dé qu'èUe rencontra. La lieeiicè qtA régnait à Londres, et que Tautorité du sôiïi^erain réprimât à peine, éclata avec fiirie^ et continua tous les désordres qu'elle voulut ; les citoyens les plus riches , quoique ehrétieM^ virent à letir tour leartf nttaisdnfil attaquées et pillées; enfin ce tumulte né cessa que lorsque ceux qui le causaient eu furènt etoL^mèmt^ hs et rassatiés; GepéioD» dant lorsque le roi autorisa le grand-jUs*^
tider Oiaa»«ltte it Mre ftt^iM^M
l4o HI8T0IBE (1189)
pour connaître les auteurs de ces crimes , un:si grand nombre des principaux habitans s'y trouva enveloppé, que Ton crut qu'il fallait prudemment en abandonner la recherche , et peu de gens furent punis de tant d'horreurs. Mais elles ne se cou- (Centrèrent pas à Londres ; les habitans des autres villes d'Angleterre entendirent parler de ce massacre des Jui& , et en suivirent Texemple barbare. Cinq cents de ces malheureux, s'étaient retires dans le château d' York pour se mettre en sûreté ; et • ne se trouvant pas^en état de défendre la place y ils égorgèrent leurs fémmes et leurs enfans de lenrs propres mains , en jetèrent les cadavres sanglans par dessus les murailles à la populace^ mirent eux^mêm^ le feu à leurs maisons, et périrent dans les ilaoïmes* La noblesse du voisinage , qui toute avait emprunté des Juifs y courut à la cathédrale , où ses billets étaient en dép6t y et devant Tautel même fit un feu de }oie de ces papiers.
L'ancienne sitnation de l'Angleterre, Iprsque le peuple était peu riche, et qu'il VL^j avait nul crédit public , privait les son* mains de la possibilité de soutenir leafrais
(1189) D*AirGlBTEUE. ^ xJ^t
d'une longue guerre, même sur les frontières; à plus forte raison trouvaient-ils moins de ressources légitimes pour supporter la dépensé des expéditions aussi lointaines que ceUes de la Palestine , qui s'entreprenaient plutôt par la frénésie po* pulaire que par les vues sages d'une saine politique. Richard n'ignorait donc ' paa qu'il fallait porter avec lui tout Taisent dont il aurait besoin ^ et qne Téloignemeiit et la pauvreté de son royaume ne permet^ traient pas qu'on lui continuât les secours qu'une campagne si périlleuse exigerait indispensablement.' Il avait trouvé dans les cofires de son père environ* cent mille marcs; et, négligeant tout autre intérêt que celui de sa gloire présente , il ne son* gea qu'à augmenter cette somme par tona les expédiens possibles , quelque contraires qu'ils fussent au bien public ou à Tautorité royale* Il aliéna les revenns etles domaineade la couronne ; les charges et les places de confiance, celles qui donnaient le plus de pouvoir ^ celles même de forestiers e^ de shérifs ) jadis si importantes (i), devinrent
^1) Le «herif avait ançieoDemcQt^VdinlnîslrM
i4si msTau&E . (ii8g)
vénales. La dignité du grand- justicier, des fonciiooft de laquelle d^eadait Tentière Mécution des loiê^ tut vendue à Hugues de Pua2> évêque de Durham pour mille ikiarcs $ lè même prélat a^heia à yie le comte de Nortliumbcrland* Plùsicurô croisés, qili se repeDtireut de leur vœu , achetèrent la Uhtrtë dé ntt le pas remplir | èt Richaidy qui manquait moins d'honimcs qtic d'argCHt > les dispensa volontiers , à ces conditions, de le snivre* Avide d'acquérir celte l^rieuse renommée qu aucune guerre ne prôoûrait alors qiiè ceUe contre les in&dèles , ce prince ferma les yen» stir toutè aûlre considération ; et quand ses ministres \jA fdiA écbirés lui reprësëntèrent les în* convéniens de cette dissipation de^ revenus eiNdes forces de la couronne, il répoddil ^'il vénérait Londres même ^ s'il pouvait éh trouver un acquéreur. La véiite qu'A fit^'poUr la modiqué somme de cent mille màrcs , du vasselage de TEcosse et deft fbrtarésses de Roxborough et de Berwick , Tdne des plus belles aoquirifions de son père pendant le cours d'iin règne tllsto**
lion de h justice, cl celle des revenus do roi, que eba<{ac provinéêlni remeiuit.
(1189) B^ANGLBTEREE. l^i
lieux; enfin son acceptation deThommage de Guillaume sur Tanclea pied , c^est'à'^re seulement pour les possessions que ceprincè avait en Angleterre, prouvent en effet que tout intérêt s^anéantissait à ses yeux , conir paré à celui de la croisade. On mit à contribution les Anglais de tout rgng çt de tout ëtat ; on employa tes menace^ contre Tinnoccnt et contre le coupable, pour tirer de Fargent d'eu;^ j et lorsque les prétextes manquaient contre les riches , te roi Vei obligeait, par la crainte de lui ddplaîpe, K hii prêter des sommes Wil savait tri^bieii ne pouvoir jamais rendre. '
Mais, malgré tout ce qu'il aacrigait au succès de la guerre sainte, sa conduite
elait si peu cdîfîaiile, que Foulques* curé de Neuilly, zélé prédicateur de la oi oisadcy et , à ce titré , autorisé à 'dire des vérités* hardies, l'avertît audacieusement de se dé-*' faire de ces vices notoires , l'orgueil , l^var rice et là volupté , qu*il appela les trois filles favorites du roi. « Votre conseil est* «t ^ bon f répondit Richard ; et en consé-» a quence je donne la première aux tem- « pliers , la seconde aux bénédictins , et' « latroi^ème à mes prélata» n
i44 msTOiBE* (1189)
Inquiet des mouvemens qui pourraient se passer en Angleterre pendant son absence ^ il exigea que le priace Jean , et Geofiroiy archevêque dTork, son frère* naturel, lui promissent et confirmassent leur parole par serment de ne point entrer dans ce royaume jusqu^à son retour; ce«pendant il jugea à propos, avant sou départ, de lever cette défense^ Il laissa l'administration entre les mains de Hugues ^ évéque de Durham , et de Longchamp ^ ^vêque d'Ely, qu^il nomma gfands-justi-* ciers et regens du royaume. Ce dernier était ]!4ormand y d^une naissance obscure^ et d^nn caractère emporté; Tintrigue et l'adresse l'avaient fait parvenir à la faveur. Le roi lui avait donné les sceaux , et avait en* gagé le pape à lui accorder une commission de légat , afin qu'en réunissant toute espèce d autorité dans sa personne , il put mieui: assurer la tranqiidllitë publique. Tout ce qu'il y avait de jeunesse fougueuse et animée de Tardeur guerrière accourait en foule auprès du roi, et témoignait la . plus vive impatience de se distinguer en ^Asie, où il était appelé par ses inclina-» tkmS} ses engagemens^ elles courriers dit
(llSg) D'ANGLETERRE- iJ^S
roi de France , prêt à s^mbarqaer pour
cette entreprise. * , ,
L'empereur Frédéric, prince aussi recommandable par la prudence de sa conduite que par Tétendue de son esprit, était déjà parti pour la Palestine , à la .tête, de cent cinquante mille liommes, tires de rAllemague et de tous les états septeutrionauic* Après avoir surmonté tous les ob-* stades que les artifices des Grecs et les forces des infidèles opposaient à son passage , il avait pénétré jusqu'aux extrémités de la Syrie , lorsque, se baignaut uu jour dans les froides eaux du Gydnus pendant les plus grandes chaleurs de l'été , il fut attaqué d'une maladie mortelle, qui t^ermina sa vie et sa campagne extravagante. Son armée , sous le commandement de soa fils Conrad , arriva en Palestine , mais si diminuée par les fatigues, la disette, les maladies et le fer des ennemis, qu'elle se montait à peine à huit mille hommes, et se trouva trop faible pour faire aucun progrès contre la puissance, la valeur et la^ conduite de Saladin. Les calamités multipliées que ces croisés avaient souffertes apprirent aux rois de France et d'Angle*
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térrè la nccessité d^essayer un autxe chemin pour se rendre à la Terre-Sainte; ik résolurent donc d'y conduire leurs troupes par xner, de porter toutes les provisions nécessaires avec eux , et par le moyen de leurs forces maritimes d'entretenir une communication ouverte avec leurs propres états et les parties occidentales dé TËurope. Le premier lieu de rendez-vous fut indiqué dans les plaines de Yézelay, sur les confins de la Bourgogne. Lorsque Philippe et Bichard y arrivèrent, ils trouvèrent que leurs armées se montaient à cent mille hommes, forces qui auraient été invincibles , ainsi animées par la gloire ët la religion , et conduites par deux monarques guerriers, pouryus de toutes les choses que leurs difierens états pouvaient fournir , si leur mauvaise conduite mémë et les obstacles insurmontables de la na-> fure ne les avaient rendues vaines/
Les rois de France et d'Angleterre se réitérèrent à cette entrevue les protesta* ûoûs d'amitié mutuelle , se donnèrent parole de ne rien entreprendre sur les états Fim de Tàutre pendant la croisade , reçurent rcspeclivcmeut les sermëùs de leurs
(l 190) D^AUrCLETEKEE* tJ^^
baroAS ét de lents prélats ati tAème effet , et se soumirent les premiers à la peine des interdits et des excommunications y si jàtïiais ils violaient cet CDgagemcnt public et solennel. Ils se séparèrent donc; Philippe prit le chemin de Gènes et Richard celui de Marseille , avec le dessein de rejoindre leurs flottes , qui ^ chacune en particoKer ^ avaient ordre de se rendre dans ces ports. Ils mirent à la voile le i4 sep* tembre^ et à peu près dans le même
temps furent obliges par la saison orageuse de relâcher à Messine, où ils passèrent Fhiver. Cet événement donna lieu à la dis-* corde qui s'alluma entre ces princes, et qui devint si fatale à leur entreprise.
Richard et FhUippe, rivaux en puissance par la situation et Tétendue de leurs états, Fêtaient encore personnellement par leur âge y leurs penchans , et leur amour pour la gloire. Ces motifs d'émulation, qui 9 s'ils eussent été employés contre Tennemi commun , auraient produit des exploits mémorables , divisèrent bientôt ^ pendant ce dangereu^s: moment de loisir , deux monarques si fiers. Egalement altiers,
aàfciilMa^i mîjtépiés$ et kifleittUesy Vm
j48 UISTOIEE (^190)
ef Fautre 8^irritaient à la moincire apparence dlujure , et ne pouvaient se plier à ces condescendances Aiatuelles capables d'effacer les sujets de plaintes qui s'cleyaient inévitablement entre eux. Richard^ plein de candeur , sans art , sans malignité, imprudent et fougueux ^ se mettait à découvert en toute occasion » «de manière à
favoriscrles desseins de son aiiLagonlsLe * et celui-ci, prévoyant, intéressé et pcriide, ne manquait pas d'en tirer avantage. Ainsi les rapports elles oppositions de leurs carac* tères servirent de même à leur rendre impossible de persévérer dans cette harmonie si essentielle au succès de leur expédition. '
Le feu roi de Sicile et de Naples , Guillaume II , qui avait épousé Jeanne , sœur de Richard, et était mort sans postérité ^ * avait légué ses états à Constance , sa tante* paternelle , et seule descendante légitime de Roger , le premier souverain de ces contrées qui eût été* honoré du titre de roi. Cette princesse , avec l'expectative d^un si riche héritage , avait épousé Henri ti y rempercur alors régnant; maïs Tancrède, frère naturel de Constance (1),^ s^était si
(t) Liogai'd ue le fait pas fiëre natucel de Coa-
(il go) d'akglex£&re. i49
fortement attache la noblesse , que, pro-» ^tant de Tabsence de Henri, il avait usurpé le trÀDc où sa sœur devait monter , et maintenait par la force des armes contre tous les eiforts des Allemands. L'approche des croisés Falarma assez naturellement pour sa position déjà mal affermie , et il douta duquel il devait le plus craindre la présence , ou du monarque français , ou du roi d'Angleterre. Philippe était engagé dans, une étroite alliance avec Tempereuir , compétiteur de Tancrède ; Richard avait à se plaindre des duretés qu'éprouvait la reine douairière de Sicile et de Naples , que le prince sicilien tenait confinée à Palerme , parce qu'elle s'était opposée à sou usurpation. Au milieu de ces dangers égaux , Tancrède , qui les sentait , résolut de faire adroitement sa cour à ces deux princes redoutables , et réussit avec l'un et l'autre. Il eut Tart de persuader à Philippe qu'il serait très-déplacé d'interrompre son- entreprise contre les infidèles par quelques tentatives contre un prince chrétien : il ' rendit la liberté à la reine Jeanne « et
stance» il dit seulcmeat <^uc cVtaic un heureux avcmucier.
j5a s^ioiRE (**fto)j
trouva mbpe le moyen de cgutraçt^ uçç^
alliance avec le prince Richard , qui stipula dans le traité de marier son neveM. Arthur y le jeune duc de Bretagne , àiWe des fiUes de Taocjtède. Mais, avant qu^ oes conventions auucale^ fussent fisât^y Richard , se défiant à la fois de ce prince ex des habitans de Messine , avait établi s/m quartier dans les faubourgs^ s'était; emparé d'un petit fort qui commandait le havre, et se tenait attentivement sur se$i gardes. Les citoyens avaient pris aussi de Toiobrage sur son compte j des insultes des attaques réciproques arriyaieAt jouxr
ncUement entre eux et les Anglais ; Philippe , qui avait logé ses troupe da^s I9, ville , voulut se rendre médiateur de ces différends, et eut une conférence à ce sujet avec Richard* Tandis qia^e Teutrevue 4^$ deux rois se faisait en pleine campagne , qu'ils discutaient ensemble cette afËBÔJoe^ un corps de Siqiliens parut s^avaao^r eux : Richard alla lui-même en avant pour savoir la raisou de ce mouvement e^pUr^^^ ordinaire* Les Anglais , fiers de leur supériorité ^ enflammés de leur ancienne haine^ ne cherchant qu^un prétexte pour la Sïitû^
(il go) B^AKGLCraRftS. i5i
faire, tombèrent sur les Messinoîs , le& chassèrent dans leur yille , et y entrèrent pêle*mèle avec eux. Le roi empêcha ses troupes de pOler et de massacrer les pai*-
slbles habîtans; maïs il ordonna qu'en signe de sa victoire les drapeaux d'Angleterre fu^ sent déployés sur les murailles. Philippe , qui regardait cette place compie son quar-* fier, s'indigna de cette insulte , et donna ordre à quelques uns de ses soldats d'arracher les drapeaux : Richai:d se hâta de rinformer^ avec hanteur, qu^fl était disposé à faire enlever cet objet de discorde, mais qu'il ne souffrirait pas que d'autre^ osassent Pentreprendre , et que , si le roi de France essayait de lui faire cette injure, 3l n'y réussirait qu^après avoir versé des flots de sang. Philippe, satisfait de cette espèce de soumission impérieuse , rétraçta ses ordres. Mais cette querelle , accommo* dée ^ apparence , laissa toujours des racî^ nés de dépit et de jalousie dans le sein àù ces deux monarques. ' ^ '* '
Tancrède , qui , pour sa propre Siureté , désirait d'aigrir leur mésintelligence, se ^ servit d'un artifice dont les suites auraient pu deyenir encore {dus funestes* H m.ontr^
l5a . H18T01EE
à Richard une lettre signée du roi de France , remise entre ses mains , k ce qu'il prétendait, par le duc de Bourgogne , dans laquelle Philippe paraissait souhaiter que
Ml
glais , et promettait son assistance pour les passer au fil de Tépée, comme ennemis communs. L'îriconsîdércRichard crut cette 4élation ^ mais fut trop franc pour dissi* muler son mécontentement k Philippe , qui désavoua la lettre formellement, et accusa le prince sicilien de Tavoir inventée et supposée. Après cette explication , Richard fut ou feignit d^étre désabusé.
Pour éviter que désormais ces défiances et ces sujets d'aigreur ne se multipliassent entre eux, on proposa de couper racine à toutes disputes futures par uo traité solennel , ou Ton ajusterait , autant qu'il serait possible , tous les points capables d'agi^ner désormais des contestations. Mais expédient en éleva une nouvelle qui pouvait devenir plus dangereuse qu'aucune des précédentes, et dans laquelle l'honneur même de la maison de PhÂippe était fortement intéressé. Lorsque Richard, dans tous les traités laits ayec Henri 11 ^ avait
(ligi) D'AlfCLETEEEE. l53
insiste expressément sur ce qu'il lui fût permis de conclure son mariage avec Alix de France, il ne cherchait qu^un refus dont il pût autoriser sa révolte , et ne se souciait point de recevoir dans son lit une princesse soupçonnée d'un amour criuiinel pour le père de son futur époux*. Dès qu'une fois il Ait le maître , il ne parla plus d'achever cette union , et prit même des mesures pour épouser Bérengère , fille de Sanchez , roi de Navarre , dont il était devenu amoureux pendânt son séjour en Guienne. On attendait journellement la reine Eléoiiore avec cette princesse à Messine j et lorsque Philippe renouvela ses instances pour que le mariage de - sa sœur Alix fût célébré , Richard se vit contraint à s'en défendre positivement. Ho /eden et d'autres historiens prétendent qu il produisit des preuves si convaincantes de la fragilité d^Alix , et même de la naissanced^un enfant qu'elle avait eu de Henri u, que Philippe se désista de sa poursuite , et prit le parti d'ensevelir la honte de sa famille dans roubli(i}. U est certain , par le traité
(i) A la £La, on décida que Richard serait relevé d« son eogagemeot avec la princesse fran-
i54 mt!m •
même qui subsiste encore , que , quels que fussent les motifs du monarque français . il consentit que Richard donnât sa main k Bérengëre j et ayant terminé toutes les autres d^cusnons avec ce prince , il s'embarqua aussitôt pour la Terre-Saints. Richard attendit quelque temps Farrivée de sa mère et de sa future épouse : dès qja'ieUcsreurent joint , il sépara sa flotte en deux escadres, et mit à la voile pour exécuter son grand projet. La reine Elédnorc retourna ca Angleterre 5 mais Bérengère, et la reiuQ douairière de Sicile , sœur de ce prince , le suivirent. Une tempête furieuse accueillit la flotte anglaise en quittant le port de Messine 3 l'escadre sur laquelle lés deux princesses étaient embarquées fut jetée sujr les c&tes de Chypre j quelques vaisseaux échouèrent dans cette île , près de Limassol (i). Isaac , prince de Chypre , qui s'ar^
çaise , qu'il paîecût à Piiilippe dix miUe marcj k difimns tecmes dans le cours de cinç[ anaëcs^ et qu^à sou retonr de Palestine il remettrait Aliy et les places fortes qu^cUè avait eues ponr do4 Alix ne fut rendue que quelques années après ^ quand elle épQUsa le comte de PonlUieu. i^Lia^
gard.) (i) MuefoisÂmatbonte.
(1191) b'^gleterbk. 1^55 rogeait le magnifique titre d'empereur , les < pilla , fit mettre les matelots et les passageiâ aux fers , et, malgré ce que la situation des deux princesses avait de touchant .et de dangereux , leur refusa la permission d'en^' trer dans le port. Mais Richard arriva peu de temps après, et prit une vengeancç éclatante de cette barbarie. Il débarqua ses troupes , défit le tyran qui*s'opposait à sa descente, emporta Limassol d'assaut/ gagna le lendemain une seconde victoire , obligea Isaac de se rendre, à discrétion , et installa des gouverneurs dans cette Hé. Lé prince grec , jeté dans une prison et chargé ^e chaînes , s'étant plaint d'être tnaité avec si peu d'égards , Richard ordonna qu'on lui fît des chaînes d'argent; et le sublime empereur, flatté d'une pareille distinction, en vemeroia son vainqueur (i). Ce fut là que le roi épousa Bérengère (a). Cette prin-
(1) Rek'giië dans un chi^eau sur les côtes de la Palestine, Isaac mourut en capti?icë Taa iigS,
(2) B<frengèro fut sacrce et couronne'e par IVvéquc d'Evreiix. Bicliard ne sViait pas marîcfen Sicile, à cause du carême. Ce fut aus&i à Limassol quMl reçut la visite de l'infortuné (ipy de ^a«tgnan ^ roi de Jérusalem. {Ident,)
l56 , HISTOIRE . (1^91)
cessé remonta immédiatement après sur ses
vaisseaux , et emmena avec elle en Pales*» tine. la.fiUe d^saac, rivale dangereuse ^ que Ton soupçonna de lui avoir dérobé le cœur de son époux ; car tel était le carac* tère libertin et les écarts des héros engagés dans cette pieuse expédition.
Uarmée anglaise arriva précisément as<> sez lot pour partager la gloire du siège * d'Acre, ou Ptolémaïde , attaquée depuis plus de deux ans par les forces réunies des croisés en Palestine, et que Saladin défendait de tous ses efforts. Les débris de Tarmée d^ Allemagne , conduite par Tempereur Frédéric, et les divers ilôts .de croisés dont rOccident inondait sans cesse la Terre- Sainte, avaient mis le roi de Jérusalem en état de former cette entreprise importante. . Mais Saladin ayant jeté une forte garnison dans la place, sous le commandement de Garacos , son propre maître dans Fart de la guerre , et harassant les assiégeans pai' des sorties continuelles , â^ail prolongé le siège y et épuisé les forces de . ses ennemis* L'arrivée de Philippe et de Richard inspira ' nne nouvelle ardeur aux chrétiens ; et les princes, agissant de concert, et partageant
lois
«of 50 rhoQQ^ur et h danger de chaque action , Pales- firent espërer enfin une victoire décisive* Ils canviaient de ce plan d'opérations ; Je lorsque le monarque fi:ançais attaquait la ^ TÎlle, l'anglais montait u la tranchée le jour d'ensuite; lorsque le prince anglais cour* duisait Tassaut^ le français lui succédait dans le soin de pourvoir à la sûreté des as-:» siégeans. L'émidatiou entre les deux rois concurrens et entre les deux nations ri-* ^ vales produisit des actes de valeur extraor-* ^ dinaires. Richard en particulier, animé d'un courage plus impétueux que Philippe, et plus conforme à Tesprit romanesque de ce siède , attira sur lui Fatteution univers selle , et s'acquit une réputation éclatante. Mais cette harmonie fut de courte durée ^ et les occasions de discorde se présentèrent bientôt à ces princes iiers et jaloux:.
La branche de la maison de B&uiUon ^ qui avait été d'abord placée sur le trône de Jérusalem, finissant dans une femme , Foulques, comte d'Anjou , grand-père de Henri ii, roi d'Angleterre , épousa Thérî* iière de ce royaume , et le transmit à la branche cadette de sa maison 5 celte maison
n'ayant aussi plus d'autres descendans que
I$8 BISTOIEE (^190
Sibj lie et Isabelle , Gui de Lusignau avait épousé Faînée de ces princesses ^ dont il exerçait les droits. Qaoiqu^il eût perdu son royaume par rinvasion de Saladin^ les croisés le reconnaissaient toujours pour roi
de Jérusalem j mais comme Sibylle mourut sans enfans pendant le siège d'Acre , Isa^ belle', sa sœur cadette , fit valoir ses pré-> tentions à ce vain titre , et somma Lusîgnan de le céder à Conrad , marquis de Montferrat, son époux. Lusîgnan soutint que le caractère de roi était indélébile ^ et qn^on ne pouvait Fen dépouiller* Il eut recours à la protection de Richard, qu'il engagea y avant qu^il quittât Chypre^ d'embrasser sa cattse. Il nVn fallut pas dayan-> tjtge pour jeter Philippe dans le parti de Conrad : les vues opposées de ces grands monarques mirent le trouble et la dissension dau§ Tarmée chrétienne , et en retardèrent toutes les opérations. Les templiers^ les Génois et les Allemands se déclarèrent pour Philippe et Conrad , tandis que les Flamands , les Pîsans et les chevaliers de Saint-Jean prirent les intérêts de Richard et de Lusignan. Mais , malgré ces disputes^ à la iin les Sarrasins « réduits à la dernière
éxÊrémité, se reii^&^t prisonmers ^ di
gtiferrc, et, pour avoir la vie sauve, accoudèrent divers aTantagesaïa^crokés dans la capkiésiioti sûipvlé que l'on
rendrait les prisonniers chrétiens, et que i'on dëlivreratie^bois^e^aTlwex^ (i)»
Tel fut l'heureux succès de cette grande entreprise qui avait^i Jiong-temps captiyé ]^tte£tîbn ^ VEntâpë êët^I^^^ , et coûté ti'ois cent millq hommes. ^ Msôs , au lieu f>b^i5Ser >pilas làm ses
conquêtes et de tirer la Terre-Sainte d'esclavage, Philippe, fa%aë de l'ascendant, que ftiehard eÊBètmr^^'êt^t réellement acquis sur lui, ayant d'ailleurs des intérêts à ménager qui deniati^àakmM^fnïé^éi^ Etùrope , déclara sa résolution de retourner eu France, et colora sa désertion du
(i) Le Dombre decenx qui périrent par le fer, la famine et la peste, est presque incrojable* Cent vingt mille hommes, dit-on, furent en&^ ▼élis dans ce grand cimetière, dans le coar8 d'nné iienle annëe; et le Catalogne des morts contient, les noms de six arobefféénes^ tptaranie eomtei^ tt cinq emtfi liarons. Mais ItB masses 4pA ms&» jaient cliaqae jonr suppléaient anx pertes da jonr précédent. Il est probable que les pertes des infidèles ne furent pas moindres. {Linear4*) " "
l6o HISTOIRE
piiétexte de sa mauvaise santë. Il laissa cependant dix mille hommes de ses troupes à Richard, sous le commandement da duc
de Bourgogne , et jura de nouveau de ne jamais commettre d'hostilités contre les états de ce monarque pendant son absence» Mais Philippe ne fut pas plus tôt en Italie^ qu'il sollicita le pape Gélestin m de le i*e* lever de son serment. Quoique cette grâce lui fût refusée, il p' eu continua pas moins, mais d'une manière plus mystérieuse , de suivre un projet qui satisfaisait à la fois sa Tengeance et son ambition , et que.rëtat actuel de l'Angleterre favorisait si fort.
Immédiatement après que Richard se fut mis en marche vers la TerrerSainte , les deux prélats qu'il avait établis régens du royaume se brouillèrent Tun avec l'autre, et jetèrent Tétat dans le trouble et la division. Longchamp , d'un caractère naturellement présomptueux , enorgueilli de
la faveur de son maître , arme do Fautoritc de légat, ne pouvait souiirir aucune égalité* entre l'évéque de Durham et lui. Il porta l'audace jusqu'à faire arrêter son collègue, et lui extorquer une cession du comté de JNorlLuuiLcrlaud el de ses autres
(ligi) D^AirOÛTEBASf l6l
dignités pour le prix de sa liberté. Le roi, informé de ces dissensions, ordonna, pap des lettres qu'il écrivit de Marseille, que révéque fut rétabli dans tous ses emplois j mais Longchamp eut encore la hardiesse de désobéir, sous prétexte qu'il était mieux instruit que personne des intentions se* crêtes de sa majesté. Il continua toujours de gouverner seul le royaume , de traiter la noblesse avec la plus grande arrogance, et d'étaler son pouvoir et ses richesses avec Fostentation la plus excessive* Il ne mar* chait jamais sans une garde de quinze cents hommes de ces troupes mercenaires et indisciplinées dont tous les états étaient alors infectés. Sa suite était celle d'un souveraiu par sa magnificence} et lorsqu'eu visitant les diverses parties du royaume il logeait dans quelque monastère , son cortège , où les nobles et les chevaliers se faisaient gloire d'être admis , dévorait , à ce qu'on prétend, dans uue soirée, le revenu de plusieurs années. Le roi, retenu plus long* temps que le fier prélat ne Pespérait, apprenant l'excès de cette ostentation , portée au-delà de ce que les préjugés mèmés de ce ^ècle en autorisaient chez les cc«
l6«K HISTOIBE (J[19^)^
c^ésiastiques , infonué de la conduite inso* lepte et tyrannique de son ministère , jugea nécessaire d^en restreindre l'autorité. Il envoya de nouveaux ordres pour nommer Gauthier, archevêque de Rouen, WiU liam , maréchal comte de Strigul, Geoffroi Fitz-Peter, Wflliam Briewere, et Hugues»
Bardolph , conseillers de Longchamp ^ au-* quel il défendit de prendre aucune mesura d'hnportance sans les consulter , et sans avoir leur approbation. Mais le régent avait répandu une terreur si générale dans les esprits par sa conduite violente, que même Farchevêque de Rouen* et le comte de Strigul n'osèrent produire les ordres qu'ik avalent reçus du roi , et Longchamp conserva toujours son autorité sans bornes sur la nation. Mais lorsqu'il en abusa jusqu'à faire mettre en prison Geolfroi , archevêque d'York , qui s'était oppèsé à ses desseins ^ cet attentat aux privilèges ecclésiastiques excita une fermentation si universelle, que le prince Jean , déjà mécontent d^avoir si peu de part aux afRiues , et personnellement désobligé par Longchamp y prit sur lui d'assembler à Réading un conseil général y composé de la noblesse et des prélat^
(ïigi) d'ihgleteme. ij63
du royaume , et de sommer le ministre d'y venir rendre compte de sa conduite. Longchamp craignit qu il n'y eut du danger à comparaître en personne devant ce tribunal , et s'enferma dans la Tour de Londres, où il se crut plus en sûreté j niais il fut contraint aussitôt de rendre cëtt^ forteresse , d'où il se sauva , et passa la mer , déguisé en habit de femme (i). On le ^es-^ titua de sa placç dé cbdncelier el de cellei de grand-justicier; celle-ci lut donnée à Tarchevêquede Rouen , prélat dont la pru* deQce et la modération étaient reconnues. Cependant la commission de légat , qui avait été renouvelée à fiongchamp parlé papéCiâestin m, lui donna toujours, niaigré son absence , une grande autorité dans le royaume , le mit en état de troubler le gouvernement, et servit les vues du roi cjc F rance , qui guettait toutes les occasions dé ruiner les états de Ricbard. Philippe tenta d'abord de porter ouvertement la guerre en Norm^^idie; mais conmie la no-
(l) Les fables ridicules rapportées par Hugues de Coventry, et copiées par Gîrald , ne méritent aucun crédit. Pierre de BIoîs cfcrivit uup kt,trc «t» . ^fî5 ^ IJugucscn cçue occasion, {lânàard.}
i64 nisTOiBE. (1^9?)
blesse française refusa de le suivre à une expéditioa dans un pays qu'il avait juré de protéger , et que le pape , pour ainsi dire, gardien général de tous les princes croisés, le menàça des censures ecclésiastiques , il fut oLligc do renoncer à son entreprise.Jl n'employa donc contre l'Angleterre que les ruses de la politique et les ressources de Tintrigue. Il corrompit la fidélité de Jean , lui promit sa sœur Alix en mariage , et lui offrit de le mettre en possession de loutea lés souverainetés que Richard avait sur le continent; et si les menaces de la reine Eléonore ainsi que du coiiseil d'Angleterre nWaient pas intimidé ce prince turbulent, il était déjà prêt à traverser la mer pour exécuter ces projets criminels.
La jalousie de Philippe était ranimée à chaque instant par les actions héroïques de Richard eu Orient , qui , comparées à sa rétraite , jetaient un double édat sur son rival. L'envie le porta donc à tâcher d'obscurcir la réputation qu'il n'avait pu égaler; et il saisit toutes les occasions de répandre les cpiomnies les moins vraisemblables contre le roi d'Angleterre. Il y avait un petit prince en Asie, appelé com- "
( 1 1 92) û'aÎ¥GL£T£BE£« 16S
munément Je Vieux dé ta Montagne^
qui s'était acquis un tel empire sur Tesprit de ses fanatiques sujets , qu'ils lui obéissaient aveuglément , et regardaient Tassassinat comme uue œuvre méritoire lorsqu'il était sanctifié par, ses ordres; ils bravaient les dangers les plus évidens, la mort même la plus certaine, pour les exé** cuter, et sHmaginaient qu'après avoir ainsi sacrifié leur vie, les plus grandes béatitudes du paradis étaient le prix infaillible de leur obéissance. C'était la coutume de ce prince, lorsqu'il se croyait oiiénsé , de dépêcher secrètement quelques uns de ses sujets contre l'agresseur , de les charger du soin de sa vengeance , et de les instruire dai\s l'art infernal de déguiser leur dessein ; aucune précaution n'était sulfisante pour se garantir, quelque puissant que l'on fût, des embûches de ces scélérats sublUs et déterminés. Les plus grands monarques redoutaient le prince des Assassins ( tel était le nom de ces peuples , qui devint celui des meurtriers dans la plupart des langues européennes), et ce fut une imprudence extrême de la part de Conrad^ marquis de Montferrat, de s'en être attiré
lëè HISTOIRE (l I9I)
la colère. Les habîtans de Tyr, que ce seî«
gQCur gouvernait , avaient tué quelques uns de ces dangereux émissaires ; le Vieux de la Montagne en demanda satisfaction , car il sè piquait de ne jamais insulter le premier ^ et il avait ses formalités réglées et constantes pour demander raîsou des injures dont il avait à se plaindre. Conrad traita ses envoyés avec mépris, et le prince vindicatif lâcha l'ordre fatal : deux de ses agens travestis , qui sVtaient glissés parmi les gardes du marquis de Montfeprat j legorgèrent ouvertement dans les rues de Sidon. Lorsque les misérables furent arrêtés et condamnes aux plus cruelles tortures , ils poussèrent le fanatisme jusqu'à triompher de leur crime au milieu de leur agonie , et à se réjouir d'avoir été destinés |>ar le ciel à périr pour une cause si jusCe et si sainte.
Personne n^ignorait en Palestine de quelle main le coup était parti , et Rî* chard n'en avait jamais été soupçonné.
Quoique ce monarque eut d'abord soutenu le parti de Lusiguau contre Conrad , il avait senti le mauvais effet que ces divî-
Siôms {louvâieat ptoduire, et avait ûùntéié
( 1 192) D^iLKGL£X£RR£# l&J
voloatairement le rojaume de Chypre au premier 9 à condition qu'il céderait à son rival toutes, ses prétentions à la couronne de Jérusalem. Conrad même , en rendant le dernier soupir, ayait recommiindé sa Yeuve à la protection de Richard (1)5 le prince des Assassins avait avoué le meurtre da marquis de Montferrat dans une rela* tioo formelle envoyée de sa part en Eu* rope : cependant , sur le fondement que Kichard s'était seul opposé à réiévatiou de Conrad , le roi de France crut pouvoir établir la calomnie la plus odieuse^ et im^ puter à ce monarque la mort du marquis
(i) Heari de Champagne, neveu de fiichard/y «pouia la veuve de Conrad, el reçut , avec sa main y ses pretcniîons à la couronne imagÎDaîre de Jérusalem* Richard 7 consentit , et, poar indemniser Gui deLusignan, il loi donnà l'Ile cRi Chypre. La postérité de Gui posséda Chypre josqu'cQ j/pS. tile cchat aux Vciiitiens après la monde 4t'an m, du droit de Catherine Cornaro, princesse vénitienne qui avait épousé Jacques 1 fils illégitime de Jean m. Â la même époqne, Charlotte , fil te légitime de Jean , eéda ses droiâ è Charles, duc de Savoie , dont e}le avait épousë l'oncle. Depuis i633, les dncs de Savoie ont prll le titre de loie âù Chypre. {JLingard.)
i68 HISTOIRE u^d^y
de Montferrat (i) : il fit retentir FEurope de ses clameurs à ce sujet , créa une garde auprès de sa personne comme pour se mettre à Tabri d'un pareil attentat , et s'efforça par ces bas artifices de couvrir Finfamie du désir d'attaquer les états dun princ» qu'il ayait lâchement abandonné, et qui était occupé d'une manière si glorieuse dans une guerre universellement reconnue pour être la cause commune de la chrétienté.
•Mais les exploits héroïques de Richard en Palestine faisaient assez son apologie j les croisés se déterminèrent à ouvrir la campagne sous ses ordres par le siège d'Ascalon, pour se faciliter celui de Jérusalem y et marchèrent le long des c6tes dans cette intention. Saladin se proposa de les arrêter à leur passage , et se plaça sur le chemin à la tète d'une armée de trois cent mille hommes. Là fut donnée une des plus grandes et des plus célèbres batailles de ce
(x) Si rancicnne querelle du roi avec ce prince iemble favoriser Topinion qu'il fut coupable de ee^eurUe, son déni solennel , son enracière periotinel « el le défaot d'évidence, couconrent à le laver deeeue a€casaiioi&..(£i/B^ariO
siècle , soit par Thabileté des généraux, le
nombre et la valeur des troupes, ou la di- TersLté des événemens qui &j passèrent.
L^aile droite des chrétiens commandée par Davesnes, et la gauche par le duc de Bourgogne , avaient été enfoncées et défaites, dans le commencement de raclion , lorsque Richard , qui conduisait le corps de bataille, rétablit le combat, attaqua Fen-» nemi avec une intrépidité et une présence d'esprit admirables, remplit les devoirs d^un général consommé et d*uii brave sol« dat, et non-seulement donna aux deux ailes le temps de se rallier, mais remporta une victoire complète sur les Sarrasins, dont il resta quarante mille hommes sur la poussière» Ascalon tomba immédiatement après entre les mains des chrétiens ; d'autres sièges eurent le même succès. Richard se trouvait enfin à la vue de Jcrusa-lem, Tobjet de toute son entreprise, lorsqu'il eut la mortification d'apprendre qn^il fallait renoncer à Tespoir d'une conquête prochaine, et s^arrêter au milieu de sa carrière glorieuse. Les croisés, animés au commencement de l'expédition d'une ar-
deur euthouMaste pour la guerre sainte,
foulant auxpiecis toutes considérations sur leur sûreté ou leurs intérêts , se confiant à la protection immédiate du del, n^envi^ sageaient que renommée et victoire dans ce monde, et que couronnes de gloire im* tbortelle dans Tautre : mais lorsque Féloi-* gnement de leurs foyers , les fatigues, les lhaladies, la disette et le mélange des re*
vers et des succès, inséparables de la guerre, eurent peu à peu ralenti cette fureur que rien n'avait pu arrêter d'abord , tous ces guerriers , excepté le roi d'Angleterre , marquèrent le désir de retourner promptement en Europe. Les Allemands et leâ Italiens déclarèrent qu^ils étaient résolus à se désister de l'entreprise ; les Français se montrèrent encore plus fermement déterminés au même parti* Le duc de Bourgogne , pour faire sa cour h Philippe , saisit toutes les occasions de chagriner et de traverser Richard. Il parut absolument nécessaire de renoncer à toutes les cspéi*ances actuelles de pousser plus loin leS tfobquétes, et Ton se contenta dWurer lei acquisitions des chrétiens par un accommodement avec Saladin. Richard condût donc une trêve, et stipulaqu Acre, Joppc et
( 1 1 9^2) B^ijraLCfrEiiBE. 171
le» autres villes maritimes de la Palestine, resteraient entre les mains des croises, et que tous les chrétiens auraient la liberté d'aller en pèlerinage à Jérusalem sans aucun ris* que. Celte trêve fut conclue pour trois ans, trois mois, trois semaines , trois jours et trois heures, nombre mystérieux qui avait été imaginé sans doute par les Eu-* ropéens, et suggéré par une superstitioa digne de l'objet de la guerre.
La liberté que Saladin accorda aux chré* tiens de venir en pèlerinage à Jérusalem était un médiocre sacrifice de sa part. Les guerres furieuses qu'il soutenait pour défendre Faride territoire de Juda, loin d'être en lui , comme dajas les croisés, l'effet d'un zèle de religion, n'étaient que Fou* vrage de la politique. L'avantage du savoir, delà modération, derhumanité, étaitalors entièrement du c6té des Sarrasins , et leur brave empereur pariiculièrement fît briller pendant le cours de la guerre un esprit et unëmagnanimité que ses ennemis mèmes^ quelque dévots qu'ils fussent, ne purent s empêcher de reconnaître et d'admirer«
Richard , son égal du coté du génie martial et de la bravoure , avait quelque chose
172 HISTOIEE (lipat)
de plus fcToce dans le caractère, et souilla ses victoires les plus glorieuses par des actes de craauté. Lorsque Saladiu refusa de ratifier la capitulation d'Acre, le, roi d'Angleterre ordonna que tous les prisonmers^ au nombre de cinq mille, fussent massacrés; d'oii il résulta que les Sarrasins usèrent de représailles sur les prisonniers chrétiens , et les sacrifièrent à la même barbai*ie. Saladin mourut à Damas aussitôt après la trêve avec les croisés. Une circonstance mémorable de sa fin e$t qu'avant d'expirer il fit porter son drap mortuaire comme un étendard dans toutes les rues de la ville , précédé d'un homme qui criait à haute voix : f^oilà tout ce qui reste au puissant Saladin y le vainqueur de TOrient. Il ordonna par sot| testament que Ton distribuât des charite's aux pauvres, sans distinction des juifs ^ des chrétiens ou des mahométans»
Après la trêve , il ne restait plus d'affaires importantes qui dussent retenir Richard en Palestine; et la nouvelle qu'il reçut des fntrigues de son frère Jean et du roi de f rance lui fit sentir que sa {fï*ésence était uécessaiie en Europe. Comme il a osait Ua*
verser la France , il prit sa route par la mer Adriatique, et, ayant iSsut naufrage près d'AquUée, se travestit sous Fhabit de pèlerin , dans Je dessein de continuer son voyage secrètement par FAllemagae. Le gouverneur d'Istrie le poursuivit , le força de se détourner du chemin direct de TAngleteire, et de passer par Yieane ; mais ^ dépense et ses libéralités trahirent le mo« narque, malgré le soin qu^il prenait de le
cacher sous une fausse apparence , et il fut arrêté parles ordr^sde Léopold, ducd^Autriche. Ce prince avait setvi sous Richard
hauteurs de la part de ce monarque , il eut assez peu de générosité pour saisir Toccasion qui se préseatait de satis&ire à la fois son avarice et son ressentiment ^ et il jeta le roi en prison le 20 décembre. L'empe^ reur Henri vi , qui regardait aussi Richard comme un ennemi y sur ce qu^il s'était li<* gué avec -Tancrède y roi de Sicile , dépé-chdL des courriers au duc d'Autriche, pour lui demander qu'il luiUvrât son prisonnier^ et il lui promit une somme considéiiable en récompense de ce bon office. Ainsi le roi
d Angleterre , qui remplissait le monde en-
iy4 BisTomie 0'93)
lier de sa renommée et de sa gloire , se trouvait^ au moment le plus critique de ses affaires, précipité au fond d'un cachot, chargé de chaînes dani le cœur de TAlie-' magne, et entièrement à la merci de ses ennemis^ les deux hommes les plus yils et *les plus avares qui existassent (t)*
Le conseil d'Angleterre fut consterné en recevant cette nouvelle affireuse ^ et prévit les conséquences funestes que cet événement devait avoir. La reine douairière écri* vit plusieurs lettres consécutives au pape Gélestin , en se récriant contre Toutragé que Ton faisait à son fils , et contre Vim* piété de retenir dans les ftrs le plus illus* tre prince qui eût encore porté l'étendard de lafoi dans la Tearre-Sainte, en rédamant pour lui la protection du saint-siége , due même au plus abject des croisés , et en re;: prodianrt au souverâÎB' pontife ^e dans une affaire oii la justice y la raison et Thon*
(i) Henri vt, cmperenr de Germanie, ce spécnîateur impérial, avait acîierë de L<fopold , anc d'Âutricbc, pour ia somme de 60,000 livres , Iç royal priBonnier, m^il appelait « reoowi dp Tempire et le p^riuroatear de la f rance. » itdn» gard,)
(l T93) B^iKGUETSUB. I ^5
Beur de l'Eglise étaient si vivement intéressés , où ii serait décent à sa sainteté se transporter elle-même en Allemagne, les foudres} du Yatican restassent si longtemps suspendues sur la tête des coupables.
Le zèle de Gélestin ne répopdit pas k rimpatience de la reine-m^re, et la ré* gence d'Angleterre fut long-temps réduite & se défendre contre les ennemis étrangers et domestiques.
Le roi de France, promptement informé par un courrier de l'empereur de la dé* • tention de Richard y se prépara bientôt à tirer avantage de cet événement , et em*ploya tout ce que la force et la ruse , là guerre et les négociations purent lui fournir contre la personne et les états de sou infortuné rival. Il réveilla la calomnie de Tassassinat du marquis de Montferrat^ et^ sous ce prétexte absurde , engagea ses ba-^ rons à violer le serment qu'ils avaient fait de ne jamais attaquer^ pour quelque rai«» son que ce fût , les possessions du roi d'Angleterre pendant la croisade. Il fit les offres les plus fortes à Tempereur^ s'il vou« î^dt lui livrer le roi prisonnier, ou du moins . le retenir àms une prison perpétuelle j il
fjB . hÛtoiab (i igS)
çimenta une étroite alliance avec le roi de Danemarck par un mariage , demanda que rancieiine prétention des Danois sur la couronne d^Angleterre lui fut transportée , et sollicita un secours de vaisseaux pour la faire valoir. Mais la plus heureuse des négociations de Philippe fut celle qu^il fit auprès (le Jean : ce prince, foulant aux pieds les nœuds du sang et des lois du de* voir à régard de son frère , de sou souverain et de son bienfaiteur, ne songea qu'à profiter des calamités publiques. Ce traître j à la première invitation de la COUT de France, vint s aboucher avec Philippe, et fit un . traité dont Tobjet était la ruine totale du malheureux Richard. Il stipula de livrer une grande partie de la Normandie entre les mains du monarque français, à condition de recjevoir Tinvestiture de toutes les autres souverainetés que son frère possédait au-delà des mers; et plusieurs historiens rapportent que Jean rendit même hommage à Philippe de la Couronne d'An- ^gleterre.
En conséquence de ce traité, Philippe
entra cii Normandie^ et, parla perfidie de
son nouvel allié 9 se rendit maître sans obs*
tacle de plusieurs forteresses y telles que Neuchâtel , Neausle , Gisors , Passey et lyrée. U subjugua les comtés dTu et d'Âumale^ et^ s'avançaot pour former le siège de Rouen , menaça les habitans de les pas« ser tous au fil de Tépéc, s'ils osaient lui^pposer la moindre résistance. Heureusement que Robert y comte de Leicester , parut dans ce moment critique. Ce brave homme, déjà illustré par ses belles actions pendant la croisade , et plus heureux que sou maître, ayant pu revenir librement dans sa patxîci prit sur lui la défense de Rouen j et réussit , par sa présence et son exemple, à ranimer le courage des INormands consternés.
Philippe fut repoussé à toutes les attaques ; le temps du service de ses vassaux expira j 3 consentit à signer une trêve avec la régence d'Angleterre , et se contenta d'une promesse de la somme de cinquante mille marcs ^ pour sûreté de laquelle on lui remit quatre châteaux entre les mains (i).
Le prince Jean 9 qui , dans Tintentiou dVugmeûter les troubles ; passa en Ângle*
* (i) Le docteur Lingard ne parle point de celle trêve ^ il dit au contraire que ce fui le courage de
la gamiioa ^tû ibj:oa les assaiUaos de se reti^ef »
X78 msTOiBB (^193)
terre^ ^ut encore moios de succès dans soa entreprise* Il parvint seulement à s'empa«« rcr des châteaux de Windsor et de Wal- Ilngfordj mais lorsqu'il vint à Londres ré* clamer la couronne, comme héritier de son frèr^, dont il prétendît avoir appris certainement la mort 9 tous les grands s^éleyèrent contre lui , et prirent des mesures pour lui résister et le réduire. Les justiciers pour- Turent si bien à la défense du royaume , que Jean fut obligé , après quelques efforts inutiles, de conclure une tiève avec eux^ et, avant qu'elle expirât, de repasser en France, ou il avoua ouvertement son al— Kance avec Philippe.
Dans CCS entrefaîtes, Tame impétueuse et altière de Richard avait à dévorer en Al-^ lemagne toutes les espèces d'insultes imagi-* nables. Les ambassadeurs de France décla* « r^ent ce prince , au nom de leur maître ^ déchu du rang de son vassal , et tous ses fiefs confisqués au profit de son seigneur ]ige« Pour faire désirer plus ardemment la liberté à sou prisonnier, et le.déterminer à payer une plus grosse rançon , Fempereur le tntila avec la dernière rigueur, et conime le plus yil des scélérats. On le fil même
(1193) h^joiùhvswBàM. if^
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plusieurs crimes , tels que de s^être lîgué avec Tancrède y usurpateur de la Sicile j devoir tourné les armes des croisés contré tin prince chrétien, et subjugué Chypre; d'ayoÊ: insulté le duc d^Autriche devant Acre, et retardé les progrès des armées chrétiennes par ses querelles avec le roi de !France; d'être Tauteur de Fassassinat de Conrad, marquis de Montferrat; et, en concluant une trêve avecSaladin, d'avoir laissé Jérusalem entre les mains des infi<^ dèles. Richard, dont Famé n^était poini abattue par toutes les infortunes qu'il avait souffertes , et que des accusations si frivoles et si scandaleuses ne faisaient qu'indigner, après avoir d'abord déclaré que sa dignité royale le dispensait de répondre^ devant tout autre tribunal que celui de l'Etre su*^ ^rêmè, \iit qû^il consentait cependant, par égard pour sa propre gloire , à justifier sa conduite en présence de cette auguste à$« Semblée : il fit dbtevVèr quH fa'aVàit àùcùik^ part à réiévatiofi de Tancrède, et qu'on tiû ^buvait lui i<e]^èiiét: d'àvolir ti'atté iaivc^ ùn prince qui était alots tout établi siir lé
i8o msTOiBE (1193)
trène ; que le roi ^ ou plutôt le tyran de Qiypre , s'était attiré sa colère par les pro-» cédés les plus injustes et les plus inhumains, et que le cMtiment qu^il en avait tiré n'avait pas diffcrc un moment rexécutlon de son entreprise principale} il ajouta que s'il lui était arrivé d'avoir manqué d'égards pour le duc d'Autriche, celle saillie de vivacité avait déjà été suffisamment punie ; qu'il serait plus convenable & des hommes réunis pour une expédition aussi sainte que la croisade d'oublier réciproquement leurs faiblesscs,que de vouloir tirer une vengeance implacable d'une offense légère ^ que l'événement prquvaitassezlequelduroi de Fran<»
ce ou de lui avait le plus de zèle pour la conquête de laTerre-Sainte, et s'était montré le plus disposé à sacrifier ses passions et ses animosités particulières à ce grand objet ; que si le cours de sa vie n'avait pas prouvé à quel point il était incapable d'uu lâche assassinat, et ne le disculpait pas d'un pareil soupçon aux yeux de ses enneihis y il ne s'abaisserait pas au soin de faire actuellement son inutile àpologie, et d'étaler toutes les preuves qu'il pouvait invoquer en sa
^veur \ qu'àTégard de là trêve qu'il avait
( X tg3) t>'ANGL£XÈftBE. l8l
conclue avêcSaladin , s'il regrettait qu'elle Sut devenue nécessaire , loin d'être dans le cas d'en rougir^ il ne pouvait que se glorifier de cet événement, qu'il croyait trèshonorable pour lui j qu abandonné de tout le inonde, soutenu seulement de 'son propre courage et des débris de ses troupes nationales y il eàt obtenu de toiles conditions de Tcmpereur le plus puissant et le plus belliqueux que l'Orient eût jamais produit. Après avoir daigné entrer ainsi dans les détails de sa conduite, Richard éclata en reproches amers sur les traite^ mens indignes qu'il avait essuyés , lui, le défenseur de la croix , et qui en portait encore le signe respectable j lui qui, pour le prix du sang et des trésors de ses sujets, prodigués dans la cause commune de la chrétienté, se voyait arrêté à son retour dans sa patrie par des princes chrétiens, jeté dans un cachot , chargé .de fers, et réduit à se justifier comme un sujet et un malfaiteur ; mais ce qui l'affligeait le plus, continna*t41 , c'était qu^on l'empêchât par Ht de faire ses préparatifs pour une nouvelle croisade qu'il projetait dWtreprendre dès que la trêve serait expirée, et d«
^ 4iâiT;:er k fii^cre du Christ , p^an^ puis si long-temps par la domiDation deft ipfidèlQ$# l4'4aqujçi^ce vëlnémenliS dq ce mo«
• narque fit une impression -si yiwe sur le» ^ princes allemandi>, qu'ils se récrièrent liautcoaçiU contre la conduite de Temperi^ur ; le pape le menaça de Texcommunier. En ydux Henri a^vait prêté Toreille aux propo- «itio4i8 dtt roi de France et du prince Jean j il sentit qu il ne pouvait remplir ni leurs f uejs honteuses, ni les sieone&i en retenant encore le rsoi d'Angleterre prisonnier : il
traita donc de sa rançon avec lui, et convint de la somme de cent cinquante mille marcs,
* C*e$t*-à-dil9e environ trois cent mille Uviet 4e notre monnaie actuelle, dont cent mille furent payés avant de lui rendre la liberté, et soixante-sept otages donnés pour sûreté dn reste « Ensuite , et comme s'il eut voulu jeter un vernis sur Tinfamie de cette coa* vention, il lui fit présent en mcme temps duroy aume d AdeSi qui comprenaitlaPro^ venoe, le Dauphiné, Narbonné, et d^auCres ^ts sur lesquels T^mpire avait qwdques prétentions antiques que le roi négligea très-sagement.
^La ca{^Tité 4h suzerain éu^it.
( i I gS) D^ANGU^PCABE. 1 83
un (Cas p^évii^ par tenurés féodales^ et tous les vassaux étaient obligés alors de QPOtribuçir au pri^ de rançon. On leva dooQ vingt schÛlings par fief de chevalier en AuglcLencj mais comme cet impôt se peiroeyait avec lenteur, et ne suiiUait pas à son objet j le zèle di| peuple y jKfppIéa PfOmptemenU Les églises et les monastères ÎQiidiffeat leur argenterie , qui se H&onia à trente mille marcs. Les abbés , les évéques et nobles donnèrent un quart des revins annuels; le clergé pairoiasial aban-* douna un dixième Je sa dîme 5 et la somme uéces^re étant aii^si complétée , la reine Elépnore et Gauthiet* , évéque de Rouen , partirent pour TAllemagne , ps^yèrent ce dpnt ou était couvenu k rempereur et au duc d^Autriche à Metz , donnèrent des otages pour le reste , et délivrèrent llir cbard. Sa liberté courait cependant enrt core des risques; on savait que Henri avait trempé dans T'assassinât de l'évêque de Liége^ et dans un attentat de la même nature sur le duc de Louvain : tant d'actions boi' lâhles le rendaient odieux aux princes
d'Allemagne , et il ne rignorail pas ; il
comptait s'étayer d'une aHiaucc avec 1q