‹ Histoire d'Angleterre, depuis l'invasion de JulesCésar jusqu'à la révolution de 1688Chapitre 3 sur 19 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

GUILLAUMË-LE-KOUX.

Avènement de Giiîllanme ii , surnomme IcRout, 2ila couronne. — Conspiration contre cê prince. — InTaftioa en jNormandie. — * Les croisadeg. — Acquisition de la Normandie. — Bronilierie avec le primat Anselme» — Mort et caractère de 6nillaume-le-Ronx«

G0ti.i:.AinffE y sumoimiié le Roux à cause

de la couleur de ses cheveuic, n'eut pas plus t6t fait rendre à sa destination la lettre de rccoDimandation que feu son père avait écrite au primat Lanlranc j qu^il se hâta de prendre ses mesures pour s'assurer la couronne d'Angleterre. Persuadé qu'une entreprise si hors de formes, si peu préparée , et qui tendait à dépouiller son frère Robert du droit d^ainesse , trouverait de grands obstades , il ne fonda Tespoir de réussir que sur la célérité de ses démarches (i)« Il partit de Saint-Gervais pendant que Guillaume rendait les derniers soupirS|

(i) Avec Tambition de son pcrc , Gnillanme-le- Konx avait aussi hérité de son activité et de &a politise» ( Lingard. )

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arriva en Angleterre ayant que la nouvelle de la mort de ce monarque j fut parvenue , supposa des ordres du roî , s'assura en conséquence des forteresses de Douvres, de Pevensejr et d'Hastings , que leur situalion rendait fort importantes , et s^empara du trésor de son père à Winchester , qui se montait à 60,000 liv» sterl. , avec les* quelles il se flatta de multiplier et d'encourager ses partisans. Le primat , à qui son rang et sa réputation donnaient un grand crédit .dans le royaume , avait pris soin de Téducation du jeune Guillaume , et lui avait conféré Thonneur de la chevalerie. Attaché fortement à ce prince par ces liens , et jugeant sans doute que ses prétentions étaient justes, il déclara qu'il obéirait à la dernière volonté du feu roi, son bienfaiteur et son ami. Il assembla donc quelques évéques et quelques uns des prin«cipaux de la noblesse , avec lesquels il procéda à la cérémonie du couronnement du nouveau souverain (i), et prévint par cette

(i) Trois semaines après la mort de son père. L'histoire d'Angleterre ne fournissait pourtant pas d'exemple qu'un plus jeune frère eût été pre« léfé à son ainé. ( làngwd* )

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ac^nté tous les dangers des cabales et des

oppositions. Dans ces entrefaites, Robert, qui avait déjà été recoauu successeur de son père en Normandie, prit paisiblemeul possession de ce duché.

Quoique ce partage parât s*ètre fait sans violence et sans dif&cidté, il restait en Angleterre plusieurs causes de méeonlentemeut qui semblaient menacer ce royaume d'une révolution prochaine. Les barons normands, propriétaires à la fois de tentes immenses en Angleterre et dans leur propre pajSy.fureKit fâchés de voir la Norman* die ainsi disjointe de ce royaume 5 ils prévirent qu'il leur serait impossible d^étre lon^temp» sujets de deux maîtres, et quil faudrait nécessairement finir par abandon-i lier ou lem «neien patrimoine , ou leurs nouvelles acquisitions. Les droits de Robert à ce duohé leur paraissaient incontes** tables, et ses prétentions- au trône trèsplauâblea; ils désiraient que ce prince , epd seul amralt pu ks réunir^ eàt été mis en possession de tous deux. La comparaison des qualités personnelles de Tun et de Tautro

frère devcuail encore un motif de plus

pour donner la préférenceàraiaé.^ JU était

biyiiizea by

brave , ouvert, sincère, généi^eux; et jus^ qu'à «ea dé£mts dominam^ Findoletoee et la facilité extrême, le rendaient plus agréa-' ble à ces barons impérieux, qui affeelaieni Famour de riodép^danoe, el ne pao^aiciit supporter une administration sévère dans leur SQUiFetain. Le roi, qaeique auad hvave ' que son frère, était violent, hautain , tyranmque, et paraissait disposé k vouloir gouTemer seii peuple plutôt par IWpire de la crainte que par celui de Tamour. Odo, évéque deBayeux^ et Robert, eomte

de Mortagne, frères naturels de Guillaumele<^onquéraut^ qui ne voyaient qu^avec un ceil jaloux le ciédîl de Lanfirane , enoore augmenté par le dernier service qu'il ve** naîl de rendre à aen élève, firent valoir tous CCS motifs à leurs partisans, et les engagèrent dans une conspiration formelle pour détrôner le vci* Ib eonumuniquèreiH leur dessein a £u$tache , comte de Boula** gne, à Roger, eomie de Shrevrabnry et

d'Arundel, à Robert de Bclesme , sou fils ^né t à Guillaume, évéque de Ûurham , à Robert de Mowbray , à Roger Biged, à Hu» gues de Grentmeanil ^ et mirent aisément ee& grandir aeignausa daai kur parti* Lei

S% H1ST0IE£ (l 087]

conjurés se retirèrent donc dans lenrs châteaux ^ se hâtèrent de faire leui*s préparatifs^ et, sViendant à être soutenus par une forte armée de Normandie, commcncèrent déjà les hostilités en plusieurs endroits.

Le roi sentit tout le péril de sa situation, et tâcha de gagner Taffection des Anglais. Ce peuple , si entièrement subjugué alors qu'il ne pouvait plus aspirer à recouvrer son ancienne liberté , trop heiureux seulement d^espérer quelque adoud^ment dans la tyrannie des princes normands , se jeta dans ses intérêts avec zèle, sur la promesse vague d'un bon traitement et de la permission de chasser dans les forets royales* Guillaume se trouva bientôt en état de tenir la campagne j et comme il connaissait le danger des délais, il marcha sur-lechamp à Kent , où ses oncles s'étaient déjà emparés des forts de Peveusey et de Rochester. Il reprit suocesnTement Fnn et l'autre par famine. Le comte de Gkester, Guillaume de Warenne et Robert Fitz- Hamoii , qui avaient embrassé sa cause , obtinrent de lui qu^il épargnât la vie des rebelles ; mais il confisqua leurs biens et les bannit du royaume. Ce succès avança

( 1 087) d'aholeterbb. 53

celui de ses négociations avec Roger, comte de Shrewsbuiy, qu'il détacha des autres confédérés. Comme sa flotte formidable , secondée par le caractère indolent de Robert , empêcha Farriyée du secours attendu de Normandie , tous les autres re« belles ne se dirent plus d^autres ressources que la fuite ou la soumission. Quelques uns d'eux obtinrent leur grâce , mais la plupart des autres souffirirent la coofisca^ tlou de leurs biens , et le roi accorda leurs dépouiUes aux barons normands qui lui étaient restés fidèles.

Une fois délivré du péril dont cette ré*-* Tolte le menaçait , il s'inquiéta peu de tenii* ses promesses aux Anglais ^ et ils se trouvèrent exposés à la même oppression qu'ils avaient soufferte sous GuillaumeJe- Gonquérant , ou plutôt elle était augmentée par le caractère violent et fougueux du monarque régnant. La mort de Lanfranc , prélat qui avait eu tant d'ascendant sur lui ^ laissa bientôt un libre cours à sa tyrannie y et tous les ordres de Tétat eurent lieu de se plaindre d'une administration illégale et arbitraire. Les privilèges mêmes de l'Eglise, que l'on regardait alors comme

Du

^4 BIStOIRE (1089)

si sacrés, deidnrcDt un faible rempart con-'

tre ses usurpations. Il se sLiLsissait du temporel de tous les évêchés et de toutes les abbayes qui yenaieut à vaquer, et différait d'y uommer, pour jouir plu3 loog-temps de leurs revenus. Il osa même distraire

quelques terres a])[iar tenantes à TEglise pour les donner en propriété à ses capit^nes et à ses favoris, et vendit, pour ainsi dire, à renc^ie les crosses et les bénétices qui tombaient à sa disposition* Quoique les murmures des ecclésiastiques qui se répandaient promptement dans tout Je royaume y échauffassent les esprits contre de tels attentats I la crainte de l^autorité de Guillaume , redoublée par TextiBCtion de la dernière révolte, retenait tout le monde dans le devoir , et maintenait la tranquillité générale en Angleterre.

Le roi jouissait donc d'une si grande sé^ curité , qu'il se .crut en état de troubler $ou frère dans la possession de la Normandie. L'administration faible et relà** chée du prince Kobert avait enhardi les boirons normands à se conduire d'une ma^ ndeve indépendante dans leurs gouvernemeus ^ leurs inimitiés mutuelles et leurs

Digitizcû

( I ogo) d'aiîc^uï^eeë. 55

hostilités respectives faisaient de tout le duché un théâtre de troubles et de vio* leaces. Gruillaume corroBipit deinc de ces barons factieux , Walter et Odo , qui lui livrèrent les forteresses de Saiat-Yalerj et d^Âlbemarle. Plusieurs autres suivirent bientôt leur exemple; Philippe ^ roi de France , obligé naturellement à prot^;er son vassal dans la possession de son ilef ^ après avoir fait quelques efforts en sa veur, se laissa gagner lui-même par des présens magnifiques , et consentit à rester neutre, he duc de Moitnandie avait eu aussi des raisons d'appréhender les iotrigués de son frère Henri. Ce jeune prince ^

qui, de tout ce qui appartenait à son père, n'avait béfité que d'une partie de son ar-^ gent, fournit à Robert la somme de trois mille n^arcâ, dans le temps que ce dernier faisait ses préparatifs contre TAngleterre. En échange de ce modique secours, Henri fut mis en possession du Cotentin, c|ui comprenait plus du tiers de la Normandie. Mais il devint ensuite suspect à Robert , qui, sur quelques soupçons , le fit arrêter^ Cependant, lorsque celui-ci se vit menacé

d'une invasion de la part du roi d'Angle->

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terre , il craignit que les deux frères ne se réunissent contre lui^ se réconcilia ayec Henri , lui rendît la liberté , et le mit assez dans ses intérêts pour qu'il le secouràt contre ses sujets rebelles. Gonan, riche bouigeois de Rouen , était entré dans un complot par lequel il s'engageait à livrer cette YÎUe à Guillaume. Henri découvrit ce projet , se saisit du traître , le conduisit au faite d^une tour très-élevée , et de sa propre main l'en précipita (i).

Le roi parut en Normandie à la tête de son arme'e , et les choses semblaient au- . moment d'être portées aux dernières extrgnités entre lui et le duc , lorsque la noblesse , engagée dans les deux partis, mais étroitement unie par les intérêts et les alliances, interposa ses bons offices auprès des princes, et parvint à les amener à uu

(i) he prince alors, se toaroaat vers les spectatenrs , observa froidement que la trahison ne doit

- jamais rester impunie. { Lîngard. ) Selon cet aiiteori Henri avait demande et obiena la garde de Conan, qni avait ëte fait prisonnier; et ce ne fat qu'après Pavoir invité à contempler ta beanttf da site environnant, qu^il le saisit par le milieu du cprps et le lança suries créneaux»

(iogo) d'asgletebbe» 5^

accommodement. L'avaatage que Guillaume retira de ce traité fut de se £adre

céder la propriété du territoire d'Eu , des yiUes d^Aumale^ de Fécamp et d'autres places. Mais il promit de son c&té d'aider j»oa frère à réduii^e le ^laiue qui s'était ré* Tolté 9 et de rétablir dans leurs biens en Angleterre les barous normands, qui s'en txouvaient dépouillés pour s'être déclarés en faveur de Robert* Les deux frères stipulèrent aussi quau défaut d'eniaut de part ou dWtre , le survivant d'entre eux

hériterait des états de celui qui mourrait sans postérité. Douze barons des plus puissans qui fussent de chaque c&té se rendirent garons du traité ^ et jurèrent d'employer tout leur pouvoir à en assurer Texécution : preuve étrange de Tindépendance et de Tautorité dont la noblesse jouissait alors*

Le prince Henri ^ mécontent qu on eut si peu d'égards pour ses intérêts dans cet accommodement , se retira au mont Saint- Michel y place forte située sur les c6tes de JN orinandie, d'où il fit des excursions sur" tout le pays voisin. Robert et Guillaume joignirent leurs forces et Tassi^èrent. Ds

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étaient prêts à le réduire par la disette d'eau ^ qti^il ne pouvait plus supporter, lorsque Robert , apprenant ce qu'il souffrait de oette priyation y lui permit de pourvoir d'eau , et lus envoya même quel-* ques pièces de vin pour sa table* Guillaumel^ désapprouva une générosité si déplacée ; et la reprocha à Robert : « Quoi ! lui ré- « pondit ce prince ^ souifrirai-jc que mon ce frcre meure de soif? ou en trouverions^ ic nous un autre, si celui-ci n'était plus?» Pendant le cours de ce siège le roi nt aussi un acte de générosité , quoique cette vertu fût la moins compatible avec son caractère. II éVdlt monté h cheval un jour pour aller seul observer la forteresse j deux soldats ennemis Tattaquèrent et le démonté-^ reutj Fun d'eux levait déjà le bras pour lui passer son épée autravensdu corps^, lorsque ce prince sMcrîa d'un ton ferme : « Arrête^ a coquin ! je suis le roi d'Angleterre. » Le soldat s^arrèta en effet avec beaucoup de respect , et J^aida même à se relever. Guillaume y touché de cette action , le récompensa magnifiquement , et le prit ensuite à son service (i)« Le prince Henri fut

(i) Le récn de ce fau, dans Liogard, difl^cè

Digiiizixi by Coogle

( 1 09 1 ) I>^^61ETERB£* 5^

obligé peu de jours après de capituler j et

se trouvant alors dépouille de tout ce qu'il possédait, il erra quelque temps eu differeutcs contrées, suivi d'un fort petit nombre de personnes , et souveut exposé m% amertumes de IHudigence.

La discorde intestine et continuelle entre les barons fut seule meurtrière. Les guerres

publiques, courtes cLianguissauLcs, répandaient peu de sang , et ne produisaient pas beaucoup d'événemens mémorables. A cettç ' guerre de Normandie, si tôt terminée, succédèrent des hostilités du c6té de TEcosse , qui ne durèrent pas davantage. Robert commanda l'armée de son frère dans cette occasion , contraignit Malcolm à demander la paix , et à rendre hommage à la couronne d^Angleterre. Cette paix ne fut pas de du**

par quelques circonstances aases pen impor*tantes d^aîllear$ ; mais il Je donne Comme une preuve de magnanimité , et non comme un acte

de générosîté. Ensuite il n^eui ploie pas le mot de coquin, mais celui de soldat : Arrête, soldai l Enfin , le soldat voulant se justifier par son Ignorance : « ISc vous excusez pas, lui dit Guiilaninc, ' TOUS êtes un brave et digne cheYaUeri désormais voos combattrez sous ma bannière* »

Digitizeo lj oOOgle

6o HISTOIRE (1091)

rée(i}*Deux ans après , Malcolmleva des troupes , fondit sur PAngleterre , ravagea le!Northumberland, et assiégea ensuite Ala* wik; ce fut le tombeau de ses succès et le sien 5 un parti des troupes du comte de Moy^bray le surprit^ raction fut viver^ et ce prince y périt. Cet événement interrompit pour quelque temps Tordre de la succession à la couronne d'Ecosse. Quoique Mal-» colm laissât des fils légitimes, Donald sou frère s^empai a du trône , sous le prétexte de Texlrème jeunesse des princes , mais le conserva peu. Duncan , fils naturel du feu roi, conspira contre D^onald, et, secondé par les petits secours que Guillaume lui fournit, se rendit maitre du royaume. De nouvelles brouiileries s'élevèrent en Normandie. Le caractère franc, ouvert, indolent de Robert, était peu propre à résister au caractère avide et intéresse de Guillaume I qui , fier de sa puissance , tendait

(i) Le doctear Liogard assure au contraire qae Haicolmne voalat écouter aucanc proposition, et qu'il se retira en colère. « Les rois d^Ecosse, dit*il , n^ont jamais éié accoatamës à faire droit

aux rois d'Angleterre, si ce n'est sur les frontières des deux royaumes, et d'après les décisions des deux pays. »

(tOgS) I>'JUÎGLET£E&E. 6l

toujours à usurper les possessions de son irère et à soulever ses torbulen^ baroas contre lui. Le roi passa donc en Norman«die pour y souteuir ses partisans y il ordonna la levée de vingt mille hommes en AngIcU'i i G , et les fit marcher sur les côtes , comme s'ils étaient prêts à s'embarquer : là Ralph Flambard , ministre et prindpal in«strument des extorsions de ce prince y exigea dix schellings de chacun d'eux à la place de leur service militaire, et les renvoya tous dans leurs différeotes provio-* ces (i)* Cet argent fut <naiployé si adroitement pai' Guillaume, qu il en tira un meilleur parti qu^il n'aurait pu faire de son

armëc même. Il engagea le roi de France, avec de nouveaux présens , à cesser de protéger Robert , et corrompit la fidélité de plusieurs barons normands qui abaudonnèrent le service de leur souverain.

Mais les projets de Guillaume contre sou irère furent interrompus par une incursion des Gallois qui le rappela en Angleterre. U

(î) Celte somme ctaît celle que chaque soldat devait aToir reçue de son seigueur, on qu'il était supposé porter avec lai pour s^cnireienir pendant la campagne* {Lingard*)

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