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repoussa ses nouveaux ennemis sans peine, mais il ne put faire des progrès coni>idëra* bles dans leur pays , défendu par sa situatioa moutagueuse* Une conspiratiou de ses propres barons qui fut découverte dans ces entrefaites parut plus Importante, et captiva toute son attention. KobertMowbray, comte de Northumberhind , chef de cette intrigue , y avait fait entrer ie comte d'Eu , Richard de Tunbrige , Roger de Lacey, et plusieurs autres. L objet de ces conjurés était de détrôner le roi, et de cou-* ronner h sa placeEtîennc, comte d'Aumale, et neveu de G uillaume-le -Conquérant- La célérité du roi prévint Feffet du complot , et ' déconcerta ceux dui ravalent forme, Mowbray se défendit quelque temps; maisayant ctc fait prisonnier, on confisqua ses biens et on le mit en prison , où il mourut environ trente ans après. Le comte d'£u désavoua d'avoir eu part à la conjuration , et, pour s'en justifier , se battit contre Geoffroi Baînard, son accusateur, h Windsor, en présence de la cour. j>lais il fuC vaincu dans le combat, et^ en conséquence du mauvais succès de Fépreuve , couJamac k perdre les yeux et la faculté de se repro-<
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duire. On supposa que Ton traitait WiU liam d'AldcriCy l uu des uulves coujurés, avec plus de rigueur eu le coodanmaut à être peudu.
Le bruit de ces petites guerres et de cea légères fermentations se perdit totalement dans le fracas des croisades ; elies iixaieut alors Tatteutiou de toute FËurope , et ont encore occupé les esprits depuis qu elles ne subsistent {dus, comme le monument le
plus extraordinaire et le plus durable que la folie humaine se soit jamais érigé* Après que Mahomet , à la faveur de ses prétendues révélations , eut rassemblé sous uu seul chef les Arabes dispersés , ces peuples sortirent eu foule de leurs dcbcrtsj animés du zèle de leur nouvelle reUgion , et aguerris par la vigueur de leur nouveau gouvernement, ils ébranlèrent fempire d Orient, qui touchait à sa décadence , tant du côté de la discipline militaire que de celui du gou- Ternement civil , et y marquèrent leurs tra-* ces parleurs victoires. La situation de Jérusalem la rendit une de lems premières conquêtes , et les chrétiens eurent la douleur de voir le saiui scpidcre et les autres lieux
célèbre^ par la présence de leur divin fpn-
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dateur tomber au pouvoir des infidèles. Les Ar^es ou Sarrasins , tout entiers à leurs entreprises militaires, qui, eu peu d'années , étendirent leur empire des bords du Gange au détroit {le Gibraltar , n^ayaient pas de loisir à donner aux controverses théologiques ; quoique TAlcoran , cette re« gle primitive de leur foi , semble contenir quelques préceptes violens / ces guerriers étaient bien moins infectés de Tesprit de superstition et de persécution que les 6péculatifi» Grecs , qui subtilisaient continuel-i
lemeut sur les divers articles de leur système de religion. Les Arabes ne troublèrent donc poirit la piété ardente de la multitude de pèlerins qui accouraient journellement a Jérusalem ; au moyen d^une
légère imposition par lete qu'on exigeait , il leur était permis de visiter le saint sépulcre , d^accomplir leurs vœux , et de s'en retourner en paix. Mais les Turcomans ou Turcs 9 tribu de Tartares qui avait em« brassé le mahométisme, ayant cliassé les Sarrasins de Sjrie, et s'étant emparés de Jérusalem en io65, rendirent les péleri* nages beauconp plus difficiles et plus dangereux aux chrétiens. Les mœurs barbares
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(iogS) D'AHGunuaE. 65
des Turcs , et les désordres inséparables de leur gouTemement pea fixe, exposaient
les pèlerins aux insultes, aux pillages et aux vexations les plus insupportables* Ces pieux vo jagenrs , excédés de leurs fiitigues méritoires et de leurs souffrances , s^en retournaient remplir toute la chrétienté d^indi^nation contre les infidèles qui profanaient la Terre-Sainte de leuc présence ^ et se moquaient des saints mystères dans les lieux mêmes oii ils s^étaient accomplis- Grégoire Yii y entre les vastes idées dont il était préoccupé, avait eu celle de liguer tous les chrétiens occidentaux contre les mahométans ; mais cet attentat sur Tauto ^ rité civile des pnnces lui avait attiré tant d'ennemis , et avait rendu son plan si sus* pect , qu'il ne put parvenir à Fexécuter. Ce grand ouvrage était réservé à un plus mince instrument, que son état obscur n'exposait à aucune jalousie^ et dont Tex- ^ travagance était analogue aux préjugés du temps.
Pierre, appelé communément Ffirmite, né dans la viÛe d'Amiens en Picardie, avait fait le pèlerinage de Jérusalem : profondément touché des dangeis qui accompa*
66 «ixiuu (1096)
gaaient alors cet acte de piété, encore plus éam du spectacle de Toppressioa sous la^ quelle les chrétiens d'Orient gémissaient, fl conçut le projet hardi, et, selon toufes les apparences , impraticable , de conduire eu Asie, des extrémités derOccident, uue armée capable de subjuguer ces nations puissantes et guen ici es, qui tenaient la Terre- Sainte sous leur tyrannique domination* Il communiqua ses viies à Martin n , qui remplissait alors le trône pontifical : ce pape sentait assez les avantages qu'une guerre pieuse pouvait procurer au chef delà religion chrétienne^ mais quoiqu'il regardât le zèle aveugle de Pierre comme un agent très-propre à faire réussir^cette entreprise, . il, ne voulut pas compromettre son autorité avant d'apercevoir une plus grande certitude de succès. Il convoqua d^abord un concile à Plaisance, où Û se trouva quatre mille ecclésiastiques et trente uGulle séculiers. Aucun vaisseau ne pouvant con^ tenir- une multitude si nombreuse, on fut obligé de tenir rassemblée dans une plaine. Le pape , et Pierre lui-même , parlèrent avec force de la triste situation de leurs firèl^es d'Orîonty peignirent énergique
...... ^le
( 1 ogb) D'ioiGuraBiUE. €9
meut les outrages que le nom chrétien recevait pendant que la oité sainte restait entre les mains des infidèles. Les esprits étaient déjà si heureusement disposés^ qu'à cette image un cri unanime s^éleva tout-àcoup pour demander la guerre, comme s'il eût été arraché par la force d^un in^ stiacL surnaturel , cl Lous les membres de rassemblée se dévouèrent solennellement à cette expédition, *qu^ils croyaient si mérir toli^ k Tégard de Dieu et de la religion.
Quoique Tltalie parut embrasser ce pro«* jet avec le zcle le plus vif, Marlin pensa judicieusement que , pour en assurer le suo- 4iks y il était nécessaire de faire contracta le même engagement aux nations les plus puissantes et les plus belliqueuses. U ex«
liorta donc Pierre u visiter les principales villes et les souverains de la chrétienté, et convoqua un autre concile à Glermont en - Auvergne. Le b^uit de ce grand et pieux dessein étant alors universdlement répandu^ tous les prélats du premier ordre, les grands et les princes^ se rendirent à ce concile; et lorsque le pape et Termite renouvelèrent leurs pathétiques exhortations, l'assemblée
entièce ^ oomme çédaat à.unc inspiration
68 fiisTouus (iôg6)
subite y et non aux impressions reçues précédemment, s*écria tout d'une Toix : Dieu le veutj Dieu le veut ! Ces paroles furent jugées si mémorables y et si évideaunent Teffet de l'influence divine, qu'on les des* tiua pour être le mot de ralliement dans les batailles, et le signal des exploits futurs des croisés. Les gens de toute espèce , de tous états 9 coururent aux armes avec transport j ces dévots combattans se choisirent une marque extérieure pour se distinguer, chose très - importante* La figure de la croix , signe qu'ils chérissaient passionnément, révéré de tout temps parmi les chrétiens , et en horreur aux infidèles, de* vint celui de l'union sainte qui se formait, ettfut arboré sur Tépaule droite par* tous ceux qui s'enrôlèrent dans cette milice sacrée.
L'Europe était plongée alors dans les ténèbres profondes de l'ignorance et de la superstition: les ecclésiastiques avaient pris le plus grand ascendant sui* leâ esprits : les peuples , peu contenus par l'honneur , et
encore moins par les lois, abandonnes aux plus grands crimes et aux plus grands dés^
ordres, ne connaissaient d'auttes moyens
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(1096) D'AUGLEX^aEE. 69
de les erpier que ceux qaelear imposaient leurs pasteurs : il était aisé de représenter la guerre sainte comme FéquiTalent de toutes les pénitences , et la compensatiou de tous les actes d'injustice ou d^humamté« Mais , au lieu de cette superstition puërSe et dominante , le génie belliqueux s'était aussi étendu universellement j quoiqu'il ne fut pas dirigé par. la théorie de l'art militaire et par une exacte discipline y il était devenu la pasraon générale des nations gouvernées par les lois féodales. Tous les grands seigneurs avaient droit de paix et de guerre; ils commettaient sans cesse des hostilités les uns contre les autres; les campagnes servaient de théâtre aux violences et aux brigandages les plus énormes. Les villes , encore faibles , pau« vrcs , sans être gardées par des murailles ni protégées par des privil^es, se trouvaient exposées à toutes les insultes possi^ bles ; chaque citoyen était obligé de pourvoir à sa s&reté par ses propres forces, ou par ses alliances particulières : la seule valeur obtenait de la considération , ou donnait à un homme la prééminence sur un autre* Lorsque toutes les superslitiou^
' HisToias (1^96)
partteoUëres se rénnirent pour tendve à un grand objet , toutes les petites guerres intestines prirentla même direction, etVËu^ rope , poussée par ses deux passions le» plus fortes, perdit pour ainsi dire son as« siette, et sembla se précipiter en une seule masse vers FOrient*
Tous les ordres des diffiirens états , regardant les croisades comme Tunique chemin du ciel, se rangèrent sous ces drapeaux sacres, et furent impatiens de s'ouvrir la route de la cité sainte Tépée à la main* Les nobles, les artisans, les villageois, les prêtres mêmes ^ firent inscrire leurs noms ; et se dispenser de servir dans une entreprise si méritoire était s'exposer au reproche d'impiété , ou , ce qu'on regardait encore eomme plus cruel , à celui de lâcheté» Les ' vieillards 7 les infirmes, contribuèrent au moins à cette expédition par des secours d'argent ou d'autres choses utiles 5 plu» sieurs d'entre eux, peu satisfaits encore des mérites attaché à ces contributions j servaient en personne , résolus d'aller au moins expirer, s'il était possible , à la vue de cette ^ille , où leur Sauveur était mort pour eux. Les femmes mêmes ^ d^^uisant
...... ^le
( 1 096] D^AJlALBTttRRX» Jt
leoT sexe sous une armais, et eo imUiaot
encore mieux la pudeur, suivirent Tarmée , et prostituèreat sans réserve* Les plas grands scâérats entraient le plus vo^ lontiers dans un sertice qu^ils regardaient comme Fabsolntiott de leurs forfaits j d'oh il arriva que , pendant le cours de cette guerre ^ des gens accoutumés au vice ^ eu* courages par Teiteniple ei pressés par la nécessité , commirent les désordres les plus* énormes. La multitude des croisés devint
bientôt si ])rodii^ieuse , que les chefs les plus sages , Hugues , comte de Yermandois 9 frère du roi de France , Raimond , comte de Toulouse , Godefroi de Bouillon, prince de Brabant, et Etienne comte de Blois, craignirent que l lmmensité même de Tarmement ne uuisit à son objet. Ils en détachèrent une portion non disciplinée, que l'on fait monter à Soo^ooo hommes, et renvoyèrent detant eux sous
le commandement de Pierre -l'Ermite et de Gautier le Monejrless , c'est-ànlire le Pauvre. Ce détachement prit son chemim vers Constantinople^ à travers la Hongrie et la Bulgarie; et, comptant que le del |c>rodiguerail des secours surnaturels pouc
^2 HISTOIBB (^096)
sa subsistance pendant sa marche , ne s'approvisionna de rien. Ces malheureux se trouvèrent bientôt réduits à se procurer par le pillage tout ce qu'ils avaient attendu vainement des miracles. Les habitans des contrées qu'ils traversèrent , furieux des dégâts qu^Ôs avaient soufferts , s^af trouperenty s'armèrent ^ attaquèrent cette cohue ëparse , et la massacrèrent sans résistance* Les armées plus disciplinées la suivaient^ et marchèrent droit à Constantinople; on en fit la revue dans les plaines de l'Asie , et le nombre total se trouva de 700,000 cornbattans.
Au milieu de cette folie universelle et contagieuse, répandue par toute r^urope, spécialement en F rance et en Allemagne , personne n'oubUait tout-à-fait ses intérêts présens- Les gens qui marchaient à l'expédition , et ceux qui restaient en arrière, comptaient également en tirer un parti avantageux poiu* leur ambition ou leur cupidité. La plupart des nobles qui s'étaient croisés avaient été séduits par Tespritroma* nesque du temps , et espéraient de faire de 'riches établissemens dans l'Orient , alors le centre des axts et du comme i ce. Enivrés
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de ces projets chimériques, ils avaient venda à bas prix leors anciens chàteanic
et leurs héritages ^ 11c couservaieut plus de valeur à leurs yeux. Les princes les plus ptdssans qui étaient demeurés dans leurs états, nou-seulemeut j jouirent de la pane , en occupant au dehors le génie inquiet et maiLial Je leurs sujets , mais eurent encore Toccasioa d'annexer à leur couronne plusieurs fiefs considérables,, soit en les achetant , soit par la mort de ceux'qni devaient enhériter. Le pape même sut habilement distraire le zèle des croisés de la destruction des iniidèles , pour Texercer à celle de seS propres ennemis , qu'il représentait comme aussi coupables que ceux du Christ. Les couvens et les autres sociétés rehgieuscs achcLaient les possessions de quiconque s'en. défaisait pour aller chercher fortune en Asie; et comme les contributions des fidèles leur étaient ordinairement confiées y ils divertissaient fréquemment à cet usage l'argent destiné aux frais de la guerre conti*e les Tm*cs. Mais personne ne tourna mieux et plus immédiatement à son profit la luLcur épidé* mique des croisés que le roi d'Angleterre, 3. 5
Digrtizeij Ly <jOOgIe
74 Hi$zoiR£ (togS)
qiii se tint éloigné de toute conununicar' tion avec ces guerriers fanatiques et romi^
nesques. "
Kobert , duc de !N ormandie ^ animé par son courage naturel et Textravagant héroïs* me de son esprit, s'était engagé un des prfexniers dans les croisades ; mais ce priuce ^ toujours dépourvu d^argent, sentit qu'il lui serait impossible de paraîti^e d'une ma* nière convenable à son rang et à son nom à la téte de ses vassaux et de ses sujets BombreuK y qui , pleins de Tivresse gé« nérale , étaient résolus de le suivre en Asie. Il se détermina donc à engager ou plutôt à vendre ses états, qu'U n'avait pas le talent de gouverner, et les oiFiit à son frère Guillaume pour la modique somme de dix mille marcs (i). Le marché fut conclu aussitôt} le roi leva de l'argent sur tous ses sujets par les plus yiolen<> tes extorsions ; les couveus mêmes furent obligés de fondre leur argenterie pour fournir leur contingent ; il fut mis en possession de la ]^^ ormandie et du Maine /et
(i) LÎDgard dit moyen aaat une somme de mille marcs y ce qai est plos vraisemblable» diaprés la suite du récit«
Aobert y suivi d'un cortège magnifique , partit pour la Terre*Saiate , où il croyait assurer à la fois sa gloire et sou salut. La médiocrité de la soume qu^il reçut ,
et la difficulté qu'eut Guillaume a la lover, sout des duxonstances qui suffisent seules pour réfuter le calcul que les historiens ont adopté , sans y faire attention , des re- Tcnos étion&es de GuiUaume-le-Gonquérant. Scrait-il croyable que Robert eut déposé entre les avides mains de son frère une souveraineté si considérable , pour une somme qui^ selon ce calcul, ne fai* sâit pas le revenu d^une semaine de son
père, et que le roi d'Angleterre ne pût payer cette somme sans opprimer ses sujets? On convient que Guillaume était aussi économe qu'intéresse ; cependant , à , sa mort , son trésor n^excédait pas soixante mille livres stexllng, qui n'auraient été que son revenu de deux m'ois) autre réfutation certaine de ce calcul exagéré.
La manie des croisades pendant ce siècle infecta moins TAngletetre que les royaumes voisins, probablement parce que les Normands qui s'y étaient établis après la conquête n'y croyaient pas leurs établisse-
mens assez affennis pour les abandonner
en allant clu.rclicr des aventures si loin. Le roi, retenu par son propre intérêt, ne s'était point eAbrasé de Tardeur unîyerselle, et son exemple en avait arrêté le progrès parmi ses sujets» Comme on Tac-* cusc d'impiété dcclarce, et que son esprit était naturellement épigrammatique, il est vraisemblable qu^il tourna souvent en ridicule la chevalerie errante des croisés. On rapporte , comme un exemple de son irréligion ^ ([u'il reçut une fois soixante mares d'un juif, dont le fils aîné avait fait abjuration ^ pour tâcher de ramener ce nouveau chrétien au judaïsme j quil em* ploya tour à tour les menaces et lés exhortations a cet effet : mais que le jeune converti restant très-ferme danssafoi, ce prince envoya chercher alors le père , et lui dit que, n'ayant pu remplir son intention, il n'était pas juste qu'il retint la somme donnée; mais aussi qu ayant fait tous ses efforts pour réussir y il était équitable quil fut payé de sa peine : ainsi qu il garderait la moitié de Taigent. On raconte encore qu^une autre fois il fit venir en sa présence de savans théologiens ti des rabbins habi->
(log6) D'AVGIXTEBfiE. 77
les; qu'il leur ordonna de discuter les dogmes de leur religion devant lui, avecpro* messe d'être parfaiiement neutre dans la GoutroTerse ; et que si la force des raisons parvenait à le convaincre de Tune ou de Tautre , il embrasserait celle des deux qui j comparée à sa rivale , se trouverait fondée sur les meilleurs argumens. Si cette - histoire est vraie , il y a beaucoup d'apparence que Guillaume ne voulait que s'amuser lui-même , en tournant les deux controversistes en ridicule* Mais il ne faut admettre qu'avec circonspection ce que \e% historiens moines rapportent au désavantage de ce prince. Il eut le malheur de se brouiller avec les ecclésiastiques ,^t par* ticulièrement avec Anselme, connu sous le nom de saint Anselme , archevêque de Ganterbiiry ; ainsi il n'est pas étonnant que sa mémoire ait ctc noircie par les écrivains de cette espèce*
Après la mort de Lanfranc, le roi s'empara pendant plusieurs années des revenus du siège de Ganterbury , ainsi que de ceux de divers autres cvcchés vacans ; mais , dans le cours d'une maladie dangereuse dont il
fut attaqué; il sentit des remords j les ec-
j8 BISTQIM
désiastiques loi reporésentèreiit qu'il ëtaii
en danger d'une damnation éternelle, s'il n^expi^t pas avant de mourir ses impiété^ et ses sacnléges. Il résolut donc de nommejc incessamment à révêché de Canterbury :
dans cette intention il fit venir Anselme
piémontais de naissance , abbé du Bec eu l^îoruiandie , et célèbre par son savoir et sa piété. L'abbé refusa sa dignité, se jeta aux pieds du roi , et le conjura » les larmes aux; yeux , de faire un autre choix. Lorsqu'il
vit que ce prince s'obstinait à le forcer d'aC' cepter la crosse , il ferma la main , de ma-* nîère que les assistans furent obligés d'eiii«* ployer* la violence pour la lui ouvrir, etlui faire recevoir ce signe d'une dignité spiii^ t uelle .Guillaume uY ut pas plus tôt recouvré la santé y que , ses passions reprenant leur empire ordinaire , il revint à ses premières vexations y retint plusieurs personnes en prison j dont il avait ordonné l'élargisse^ ment pendant son accès de dévotion , continua de piller les bénéfices ecclésiastique^ et de vendre les dignités spiritueUes aussi
(i) Anselme ëtait par hasard, h cette epoqne, en Angleterre , où il avait ëtë appelé parHugae^ eomie do Ghttter. {isingard^
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ouvertement que jamais , et garda une grande partie des revenus de Tarchevéché de Ganterburj* Mais ce prince trouva dans Anselme l'oppo^tion persévérante qu'il de* vait attendre de la fastueuse huiiillité que ce prélat avait montrée en refusant la crosse* Cette résistance était d'autant plus redoutable, qu'il s était bientôt acquis une grande réputation de sainteté en Angle- *
terre par son zèle contre les abus^ et surtout ceux du luxe et de la parure. C'était alors la mode dominante en Europe, parmi les hommes et les femmes , de donner une longueur énorme aux souliers , de les ^ter-
miner en pointe alongée, de leur faire prendre la figure d'un bec d'oiseau ^ ou quelque autre recourbée en dehors, et de la soutenir souvent par une chaîne d'or ou d^ai^ent attachée sur le genou. Les ecclésiastiques se scandalisèrent de cet ornement j prétendirent que c'était tenter de démentir FEoriture , où il est ^t que nul ne peut ajouter une coudée à sa taille; dédamèrent avec véhémence contre les souliers pointus, et assemblèrent même plusieurs synodes qui les condamnèrent absolument. Mais telles sont les inconséquences
8o HISTOIRE (1^96)
humaine^ : quoique le clergé pût alors ren- Terser les trônes, et envoyer des millions d'hommes ^ sur un simple passe-port, dans les déserts de l'Asie, il ne put jamais abattre la pointe des souliers. Loin de céder aux ?ittaques qu'on lui porta , conti aire en ceci a toutes les autres 'modes, elle se soutint pendant plusieurs siècles; et si le clergé n'en avait pas abandonné la persécution , - cette mode régnerait peut-être encore. ^ Mais Anselme fut plus heureux 11 en discréditer une autre qui ne. lui plaisait pas , et a laquelle sans doute on s^était moins affectionne, 11 prêcha fortement contre les cheveux longs et frisés que les courtisans portaient, et refusa même des cendres uh mercredi saint à ceux qui se présentèrent coiffes ainsi. Son éloquence et son autorité eurent tant d'ascendant sur les esprits , que les jeunes gens renoncèrent tous à cettecoiffme, et ne parurent plus qu'en cheveux plats et courtë , tels que le primat les recommandait dans ses sermons. Le célèbre historien d'Anselme, qui était aussi son compagnon et son secrétaire, vante avec emphase cet efifort du ^èle et de la piété de iou maître.
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Lorsque rirréligion revint dono à Guillaume aTec la santé , il se trouva engagé dans quelques différends avec cet austère prélat. 11 s'était élevé vers ce temps-là un schisme dans TEglise au sujet d^ Urbain et de Clément , qui prétendaient tous deux à la papauté* Anselme , qui y comme abbé
du Bec , avait déjà reconnu le premier , osa vouloir^ sans le^consentement du roi , le faire reconnaître en Anigleterre. GuU* laume , à Texemple de son père y avait dé« fendu à ses sujets de prendre cette licence
avant qu'il se fut expliqué lui-même ; il s^irrita de Faudace d^Anselme, et convoqua un synode à Rockingham, dans Tintention de le déposer j mais les sufiFragans de ce prélat déclarèrent que y sans Tautorité du souverain pontife , ils n'avaient pas celle d'infliger une pareille censure à leur primat ( i). Le roi fut déterminé dans la suite par d'autres motifs à se déclarer en faveur d'Urbain; Anselme reçut le pallium de lui, et le dilFér end paraissait accommode entre
(f) Le roi, selon Lingard, leur coinxaaada d^abjurcr rautoriuf Anselme» et ils obéirent. Oatrë de colère , GuLliaume remit la dtksûioa de cette question à deux mois*
9a RisTOinb (logi^
Guillaume et le primat, lorsqu^un nouveau «ujet de brouillerie les divisa cao^core* lA toi se préparait à une expédition contre Im Gallois ; il somma T archevêque de fournir son contingent de tlxi^upes; maÎB celu^cî regardant celte demande comme une vexa« tion pour l'Ëglise, et cependant n'osant reir fuser d'obéir, envoya ses soldats si màéah blement équipés (i)^ que le roi en fut indn giié^ et le menaça de tous les effets de sa
colère. D^uii autre côté, Anselme pressait ce monarque de lui restituer tous les rêve» nus derarchevéché de Ganterbury , et Ofait porté sa cause au tribunal de Rome* Ces deux affaires en vinrent à de telles extré*
mités, que le primat , uc se croyant phis en sûreté dans le royaume , demanda 14 permission d'en sortir (2). Tout son tempo-
(1) L'archevêque fut clicctivcment che deTanlK le roi pour ce iait^ mais il iut rccouau c{ae VaccnsaUon était fausse. {Lingard. )
(2) La rt^ponse fat q;u'on laistaitla chose à sa discrelion 5 raaîs que s'il rjuittait le royaume, le roi saisirait immédiatement ses revenus. Le pri-* mat| entrant dans sa chambre, lui dit : <c Sire^ je pars; mais eonmie il est probable qne c'est la dernière ibis que noua nonr Toyons^fe i^ens, comme yo\x^ pèce et TOtre areheréquc , vens
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fut con£squé; mais Urbain ^ qui le regardait comme un martyr le reçut avec de grands égards , et menaça même Guillaume de venger le primat et TEglise par une sentence d^excommnmcation contre lui. Anselme assista au concile deBari^<>ii ' Ton termina la dispute des ^lîses grecque et latine sur la procession du Saint-Esprit. On y décida aussi le droit de noniination aux dignités ecclésiastiques y et il fut déclaré appartenir au clergé seulj on prononça des censures contre tout ecdésîastique qui rendrait hommage de son siège ou de son bénéfice à des laïques ^ et contre . tout laïque qui Texigerait* Le cérémonial de Thommage réglé |)ai* les coutumes féo-dales était que le vassal se mit à genoux ^ tîîit SCS mains entre celles de son supérieur, et dans cette posture lui jurât fidélité* Mais le concile jugea qu^il était exécrable que des mains puies qui pouvaient créer Dieu^ et Toffirir comme un sacrifice d'expiation
pour le salut du genre luimain , fussent inises d'une manière si humiliante entre
pffrir ma bénédiction. » Le rot eonrba la. léte^
Anselme fit sur lui le sv^ivz de la croix, et se re^ ^xra immédiatement à PouTres. \Lingard,)