aisxoiRB (tioo
fékAm ebfétien» qui visiteraknt àéMt^
mais le saint sépulcre y recevraient xm aussi boQ traitement que celui qu'ils avaient reçu de ses prédécesseurs. Cette offire fut re^ jetée ; on somma le Soudan d'abandonner la dté sainte aux chrétiens y et sur sod re-« fus les croisés commencèrent le siège de Jérusalem, qu^Ss regardaient comme la consomuiation de leurs travaux. Les détacbemens que les croisés avaient faits , et les désastres qu'ils avaient essuyés , avaient réduit leur nombre à vingt mille hommes d'in* ianterie et à quinze cenl» chevauXé Mais ito étaient devenus formidables par leur bravoui*e , Texpénence qu'ils avaient acquise^ Tobéissance à laquelle ils Se plièrent, et dont leurs premières calamités étaient d'exp eellentes leçons* Après un siège de cinq maines, ils prirent Jérusalem d'assaut, et, poussés par un mélange de zcle et de iero« cité, passèrent au fil de Tépée la garnison et les habitans sans distinction. La résistance courageuse y et l'humble soumission ^ n*em garantirent aucun de ceux qui les employé» rent ^niâge, ni sexe, ne fut épargné} ont poignardait du même coup la mère et son
entant sur son
dait miséricorde : plus de dix mOIe personnes qui s'étaient rendues d'elles-mêmes, et auxqadles on avait promis quartier, fn^ reut massacrées de sang-froid* Les rues de Jérusalem étaient jonchées de oadavres; et lorsque tous les ennemis fareni domptés ou égorgés, les croisés triomphons marchèrent an saint sépulcre aTec de grands sen-« timens d'humiliation et de contrition. lU quittèrent leurs armes encore rmssdiantea de sang , s'avancèrent , le corps incliné; la téleet les pieds nus, vers ce monument sacré ^ et chantèrent des hymnes au divin Rédempteur, dont Fagonie et la mort ayaient opéré leur salut : leur dévotion , ranimée à Taspect des lieux saints où il avait souffert^ ^amortit tellement leur ftt<«
reur^ qu ils fondirent en larmes , et paru* rent éprouver les mouviismens de piété les plus doux et les plus tendres y tant la na«* ture humaine est inconséquente ^ et tant elle allie aisément les superstitions les plus efifémitiëes avec le courage le plus héroïque et la barbarie la plus iérocoè
Ce grand événement arriva le 5 juillet de la dernière année du onzième siècle.
Les princc3 chrétiens et les autres seign^ws^
gtJ HISTOIRE ' (lIOO)
après avoir élu Grodefroi de Bouillon roi de
Jérusalem , commencèrent à s'établir dans leurs conquêtes. Quelques uns reyiureut eu Europe pour y jouir dans leurs foyers de la gloire qu'ils avaient acquise dans cette expédition tumultueuse et sainte. Entre ces derniers était Robert , duc de Normandie, qui, ayant fait plus de sacrifices que personne au zèle des croisades ^ s'était encore constamment distingué par un cou^ r^e intrépide, un caractère affable et une ^ généroâl éinépuisable , qui lui gagnaien t les
cœurs des soldats , .et qui font toujours briller uu prince dans la carricre des armes. £n passant pai^ Tltalie, il fit connaissance a^ec Sibylle, fiUe du comte de Gonversaua(i), et devint amoureux de cette jeune personne. Livré aux premiers trans- . ports de celte nouvelle passion , et avide de goûter le repos et les plaisirs après de
(f) Selon 1c ddeteor Lîngard^ Sibylle était la sœur lie Guillauiue de Conversana^ son pcre, GcoATroy, était neveu ne Robert - le - Guiscard. Elle mourut en 1 102 , empoisonnée, h ce que Ton croit, par Agnès, comtesse douairière de Buckiagbam , qai, non contente de posséder la tendresse da duc, voulait encore partager ses digniuis*
biyilizûu by GoOglc
(lIOO) I>VNGL£T£JiLE£. 97
si rudes campagnes ^ il séjourna un an dans .ce délicieux climat* Ses amis du nord attendaient en vain son retour à chaque instant , aucun d'eux, n'en put savoir prcci- ^ sèment le temps : ce délai fit perdre à Boberl le royaume d'Angleterre, que la grande renommée de ce prince après les croisades , le droit de sa naissance, et celui qu'il avait encore acquis pax^ le traité précédemment fait par le feu roi son frère ^ lui auraient infailliblement assuré.
Le prince Henri était dans la nouvelle forêt où Guillaume Tenait d'être tué : on l'avertit de la mort inopinée de ce monarque;* Henri vit d^iin coup d'œil l'avantage qu'il pouvait tirer de la conjoucture, et se rendit sur-le-champ à Winchester ^ dans l'intention de se saisir du trésor royal , comme d'un argent très -nécessaire pour faciliter le succès de ses desseins sur la couroiiiic. A peine arrivaiL-il dans ceUe place, lorsque Guillaume de Breteuil, garde du trésor , y arriva de son côté , et s^opposa aux projets du prince. Ce seigneur, qui était de la même partie de chasse , n'eut pas plus tÙL appris la mort de son maître, qu'il se hâta de venir yeiller sur le dépôt
g8 *tti8T0tftfi (iiôo)
confié à ses soins. U dit à £[enri que ce trésor ainsi que la couronne apparte- •
naient à son frère aîné , dès ce mômeut leur nouveau souverain , et qu'il était résolu , malgré toutes autres prétentions , de lui garder la fidélité qui lui était due; Henri, furieux de la résistance de Bretcuil, mit Tépée à la main, et le menaça de le tuer, s'il osait lui désobéir; et comme le reste de la suite du feu roi arrivait successivement à Winciiester , et grossissait le parti du prince , Breteuil fut obligé de céder à cette espèce de violence. Henri ne perdit pas un moment , et avec son argent se rendit à Londres , assembla quelques uns des grands et des prélats du royaume , que son adressé, son habileté ou ses présens avaient déjà mis dans ses intérêts, fut clu ou plut6t salué roi , prit aussitôt les rênes * du gouvernement , et , moins de trois jours ap(ès la mort de son frère , fut couronné solennellement par Maurice, cvêque de Londres, à qui on persuada d^oiHcier dans cette occasion. Cest ainsi que le courage et la célérité de ce prince le placèrent sur le ti-6ne vacant. Personne n'eut assez de vigueur ou d'amour de sou devoir pour dii-
biyilizûu by GoOglc
fendre les droits de l'héritier absent; tous le& esprits se trouvèrent intimidés 9 et possessian actaelle devint un titre-suffisant pour Henri, qui n'était en eiiét qu'un usui> pateor. Les barons et le peuple acquiesce* rcut à des prétentions qui ne pouvaient ni ae justifier ni se comprendre | mais qu'il n'était plus possible de combattre sans s'ex* poser aux inconvénîens et aux dangei:^ d'une guerre civile» dès qu^elles étaient une fois établies.
Comme Henri prévoyait qu^une cou- '
ronne usurpée contre toutes les règles de la justice ser^t chaneelante sur sa téte^ il résolut de tâcher de l'flfermir en gagnant l'amour de tous ses sujets , du moins par de belles protestations : non -seulement il s'était engagé par le serment ordinaire du sacre de maintenir les lois et la justice , il accorda encore une charte qui remédiait i tous les abus d'administration dont on s^é*tait plaint sous le règne de son père et de son irère. Il promit donc par cette diarte qu'à la mort des évâques ou des abbés il
ne s'emparerait jamais du revenu des sièges OU des abbayes pendant leur vacance; qu il
«n laisserait touchet la tptdité au suo«ea<»
1 00 HISTOIHE (l I OO)
seur, et n'affermerait ni ne vendrait aucun bénâice ecclésiastique. Après avoir fait ces concessions importantes à l'Eglise , il passa dans sa charte à Ténumération des abus civils, qu'il se proposait de corriger; il promit qu à la mort des comtes ^ barons ou tenanciers militaires , leurs héritiers «seraient mis en possession de leurs biens, en payant une redevance légitime et modérée à la couronne , sans ctic exposés aux exactions exorbitantes qu'ils souffraient sous les derniers règnes : il se dépouilla de la gai*de noble ou tutèle des mineurs, et permit qa^on leur nommât des tuteurs qui fussent comptables envcrl^eux : il promit de ne disposer de la main d'aucunehéritière pour la marier que de Tavis de tous les barons : il consentit à ce que si un baron voulait donner sa fille, sa sœur, sa nièce on sa pa-
renie en mariage à quelqu'un , il fût suiEsant de consulter seulement le roi^ qui s^engageaità ne point vendre son agrément, et à ne jamais le refuser^ à moins que 1 époux proposé ne fiât son ennemi. Il laissait à ses barons ou à ses vassaux militaires la liberté de léguer par testament leurs biens meubles et immeubles^ et, s'ils négligeaient
(l I OO) D^AffGLETESRE. I O I
de tester, promettait que leurs héritiers leur succéderaient sans trouble : il renonça au droit qu'O pouvait prendre sur les monnaies j et à celui d'unposer des taxes arbitraires sur les fermes que les barons retejiaient dans leurs propres mains* Il donna quelques espérances vagues de modérer les amendes , accorda une amnistie générale y et remit toutes les sommes dues k la couronne : il exigea que les barons fissent la même grâce à leurs yassaux, et promit de tenir désormais en vigueur toutes les lois d^Edward. Telle est la substance des principaux articles de cette fameuse charte.
Pour lui donner plus d^autlienticile , Henri en déposa iiue copie dans quelques abbayes des différentes provinces , comme s'il eut désiré qu'elle fût sous les yeux de ses sujets pour servir perpétuellement de 'règle et de bornes à son administration : cependant il est certain qu'après ravoir achevée il ne pensa plus pendant le reste de son règne à Fobserver dans In moindre chose ( I ) ; elle fut même si négligée , et
' (i) 11 est à peî ne n^eessaîre d'ajotrt^r qve lôrsqae le roi se fut afiexiai sur le ir^ne ^ il reçomiii.eaça
'103 I^^STPII^ (lïOO)
toioba dans un ouUi j que , le ^èdte suivant , lorsKjue les barons, qm eu savaient CQnsejr?é une ^aditiou obseurei Youlurent
la faire servir de modèle à la grande charte
<|u'ila e^igeaien^ du roi JeaUf iU )i'en purent tfouyer qu^une cope dana tout le royaume î mais cniaut au^ abua que ^eu]i • a'y proposait de aétmire f ils continuèrent
dans toute leur étendue, et Tautorite royale ne sûufirit aucune restric tiop* redeyance ' des héritiers , article si important ^ ne fut jamais fixée , ju§qu^au tepap& de la magna çharta (i)« Il est éirid^nt que la promesse générale faite dans la chçurte de Henri , de se contenter d'un relief ou redeyance juste et légitime , aurait dû. étr^^ spécifiée ^yec
tant Uft ^ordrei qu^U yenç^ii 4'abçlir* (£ôi^
(i) Ce qui est appelé' relief ou redeT«nce dans les lois de Gmllaume-le-Conqaeranty conserrëes par Isgolf y parait avoir M le &mof paisqne let vedevanoet , antsi bien qne let aalcea chargea
des lois fcûdales , étaient inconnaes du temps d^Edward - le - Confesfiear ^ doat cea loi» éuiei^C originairement tirées*
* IIUioT. Ce mot signiila It meUleur Mnble» t^mfut la cLevftl, le booaf, etc., qui M trouve dani la inccetûoa d^qa Y«fsali %\ que la couutmc doooinl àlon aa Ml|oaar«
plus de fKrécisîon , poor statuer mieux la sûreté des sujets. L'oppression de la garde noUe, et du droit de disposer des pupilles en les mariait d'autorité, se perpétua jusqu'au temps de Charles u« U parait, par oe
cpxfi dît Glanville (i), le fameux justicier de
fiemi Uf qu'aiors dès qu'uu houuue mou*- X9it sans tester, ehose très-fréquente dans im temps où Fart d'écrire était si peu connu, le roi ou le seigneur du fief prêtent
dait se saisir de tout le mobilier du mort, et exdure de cette partie de la suocessioiL jusqu'aux enfans mêmes , marque certaine d'un gouvernement arUtraire et tyrannique.
Les Normands établis en Angleterre étaient en effet dans ces temps-là si effrénés^
qu'on pouvait les regarder comme incapables de se réduire à une liberté véritable et régulière* Elle demande des lois et des institutions si fin^ent combinées, des vues a Yastes , des sentimens d^honneur si su^
(i) Cette pratique était contraire aux lois d'Edvyard, ratifiées par GuiUaume-le-Conquerant, comme nous rapprenons d'Iagolf. Mais les lois avaient peu d^mpire alors : le pouvoir et la vio«
I04 HISTOIRE (lIOO)
blimes, tant d'esprit de subordination, un tel sacrifice des intérêts particuliers au bien général , et des liens si étroits avecrordre public, qu'elle ne peut être que le résultat d^une grande réflexion et d'une longue expérience 5 et qu il lui faut pour la perfectionner plusieurs siècles d'un gouvernement légal et fixe. Des peuples assez insensibles aux droits de leur souverain pour rompre sans nécessité Tordre de la succession , pour souffrir qu'un cadet usui-pât la place de son aîné qu'ib estimaient ^ et dont l'absence était le seul crimè , ne devaient pas s'attendre que l'usurpateur eut plus d'égards pour leurs privilèges , laissât me^ trc des entraves à son pouvoir, et s'engageât lui-même à renoncer à tout ce qui serait de sop intérêt et à sa bienséance. Ils avaient en effet entre leurs mains des armes capables d^empêdier l'établissement da despotisme} ils clalcnt en cLaL de transmettre à leur postérité assez de puissance pour qu'elle acquit une vraie liberté , si elle avait assez de raison j mais leur caractère turbulent leur fit faire un tel usage de ces armes ^ et ils en abusèreat si souvent , qu'ils jpar vinrent plutôt k gêner Texécution
biyilizûu by
( I I OO) D'ANGLETERRE. 1 o5
de la justice qtf à mettre une barrière^ Top-
pression et à la violence. Le prince , s'apercevant qu'il trouvait plus 4'obstacles à maintenir les lois qu'à les violci . fit bit atotde sa volonté suprême Tunique règle deson gouvemement , et dans toutes les occasions considéra le pouvoir plus que les droits de ceux qu'il lui plaisait d'offenser. La foi me même delà charte de Henri prouve que les barons normands (car ils y étaient plus intéressés que les Anglais) ignoraient tout-à-fait la nature d'une monarcbie limitée , et qu'ils n'étaient nullement propres à concourir avec leur souverain à diriger les ressorts de cette machine. Cet acte de sa pleine puissance est l'effet de sa pure bonté : il renferme plusieurs articles qui lient les autres aussi bien que lui-même , et par conséquent n'est pas l'acte de quelqu^un qui n'e$t point revêtu du pouvoir législatif, et qui ne peut à son gré révoquer toutes ses concessions.
Pour se rendre encore plus agréable au peuple , Henri fît dégrader et conduire en
prison Ralph Flambard , évêque de Dur-
bam y qui avait été le principal instrument
des Yç;Katîon5 du roi sou frère (i). Maïs cette action fut suivie à^une autre' qui dérogeait à sa propre charte, et devenait un mauvais pronostic de la sincérité de ses intentions» n garda cinq ans révêché de Durham , et n'en appropria tous les revenus pendant csette vacance* Le roi , instruit du grand crédit qu^Anselme avait apquis en Angler terre par sa réputation de piété et par les
persécutions qu'il avait soufTcrtes sous Guillaume , lui epvoya plusieurs courriers à Lyon y où ce prélat résidait , pour Fin-* viter à revenir et à rentrer dans ses di~ gnités, A son arrivée y il lui proposa de renouveler Thommage qu'il avait rendu de son archevêché au £eu roi son frère, et que jamais aucun évêque anglais n'avait refusé j mais Anselàie, qui avait pris dW-** très sentimens pendant son séjour à Rome, refusa positivement ce qu^on exigeait de • lui* n objecta^ pour appuyer sa résistance, leç décret^ du concile de Eari ^ auquel il
(i) Flambard fin enferme à laToor de Londres; mais à Paide d'nne corde il descendit par la fenêtre, ftit oondoitpar ses amU an rivage , et s^eiir fiiii m Ronv^adieii ^ U tirpava k 4ac fiober^
avait assiste lui-même, et déclara que, loiu de rendre hommage de ladignitéspiritueUe^ il ne Youlait communiquer avec aucun eo» désiastique qui donnerait cette marque de soumiMion , ou qui recevrait Tinvestiture des mains d un laïque. Henri , qui médi<tait f dans sa situation délicate, de tourner à son avantage le respect et Tamoui du peuple pour Anselme , n'osa se brouiller avecle prélateninsîstantsurcettedemande« Il se retrauclia donc à laisser poui* le pré-> sent la question indécise y et à dépécher quclqu^uQ à Rome pour accommoder ce difiérend avec le pape , et obtenir qu'il confirmât les lois et les coutumes d^Angleterre.
Une affiadre importante survint immédiatement ensuite , dans laquelle le roi fut obligé d'avoir recours à l'autorité d'Anselme. Mathilde y fille de Malcolm m , roi d^£co.sse y et nièce d£dgard Athehng , avait été conduite en Angleterre après la mort de son père, et pendant les révolutions du gouvernement écossais : elle jétait
élevcc auprès de sa tante ChmLuic dans le monastère de Kumsey • Henri se proposa d'épouser cette princesse; mais comme elle
X08 ttlSTOIBÊ (l lOo)
avait porté le voile , quoiqu'elle u eut jamais fait de vœux , il s'éleva des doutes sur * la validité de ce noviciat, et il était essentiel au nouveau roi de ne heurter aucun, des pieux préjugés de sus sujets. Anselme examina ce scrupule dans un concile de prélats et de nobles convoqués à Lambeth* Il y fut prouvé que MatUilde avait pris le voile , non dans Tintention d'embrasser la vie religieuse, mais seulement, selon Tusage familier aux femmes anglaises , pour mettre leur chasteté à Fabri des insultes brutales des ]N ormands , en se revêtant d'un habit qu^au milieu de la licence du temps on respectait encore. Le concile, sachant qu'une princesse même n'avait pas d'autres moyens de se soustraire aux violences , reçut cette raison pour suffisante, çt prononça que Mathilde était libre de se marier. Ses noces avec Henri furent célébrées par Anselme avec toute la pompe et la solennité possible. De tout ce que le roi fit pendant le cours (If^ son règne , rien ne lui attira plus Taffection de ses sujets anglais que cette alliance, et rien ne pouvait mieux Taffennir sur le trône. Quoique Mathilde ne fût pas l'héritière de lu maison saxonne,
tant que son oncle et ses frères vivaient ^ la nation anglaise chérissait eu «elle ie sang dont elle était issue (i). Cette natipn, tom- . bée avant la conquête dans upe espèce d'indifférence pour rancienne maison royale , avait éprouvé si cruellement la tyrannie des Normands y qu'elle regretta sa première liberté; eUe se flatta donc d'une administration plus douce et plus égal^ lorsque le sang de ses princes naturels aer raît uni à celui de ses nouveaux ^ouyC'rains.
La prudence et la politique de Henri , qui , avec le temps d'agir, suiiisaieut poi^r lui assurer la couronne ^ pensèrent être déconcertées par rinvasion soudaine de llo berty arrivé ei^ Normandie un mois après la mort de son frère Guillaume. Il prit possession de ce duché sans résistance , et fit immédiatement ensuite ses préparatifs pour recouvrer le trône, dont ou 1 avait si injustement privé pendant son absence.
La grande renommée qu'il sVtait acquise dans rOrient favorisait ses prétentions.
Les barons normands , frappés des consé -
(i) Maihilde descendait des rois aiigIo»sa:i{ons.
- {Lingard-)
qaénéés qu^entrainait la séparation du dàthé du TofMfme , marquèrent le même mécantenténient , lorsqu'elle se fît, qu'ils '^rvdiSebt témoigné à Favéeiement de Guil- ' laume-le-Roux. Robert de Belesme, comte de fihûtewsbury et d'Arundei , William de Warennè , comte de Srarcy , ArnoFf de Montgomery, Gauthier Giffard, Robert ée P<mtefrâà , Robert de Maliet , Ytes de Grentemenil, et plusieurs aulresde la plus haute noblesse, Tinvitèrent à faire une tentative sur T Angleterre, et promirent dfe se joindre à lui avec toutes leurs torcesdès ^n^il y âeitdt descendu. Le^ matélots mlrmes , prévenus en sa faveur pai^ Famour que le peuple lui portait sur sa réputation^ lui amenèrent ïa plus grande partie cPune flotte qui avaitété équipée pour s'opposer à son passage. Au mflien de ces périls pressant, Henri,inquietpoursa vie aussi bien que pour 9a couronne, tenta de faire servir Fesprit superstitieux de ses sujets à étouffer leurs sentimens d'équité j fit sa cour a Anselme, dont il a£^cta de révérer la sainteté et la sagesse, le consulta dans toutes les circonstances difficiles , parut ne se laisser gou- Terner que par ses coubcils, promit de ne
ystmdàs enfreindre les privilèges ecclésiastiques^ étala nn grand attachement pour Kome, et afFécfa une fciinc rcsoluilou J'obéir implicitement aux décrets des conciles ét atfx votontés du souverain ponlife. Âu jiîôyen de ces caresses et de ces protcbluaàhi^ ce. prïncë gagna' totalement la coni- ^kncè du primat, dont rinfiaoucc sai lo peuple et l'autorité sur les barons pou- ^0^t M^éfre très-ùtilés dans les ciroon- StaSitè^p résentes. Auseloie ne se fit aucun id^U^dïè* df*assurer les grands de la sincéiSfe du roi , lorsqu II s'engageait à s'écarter tlûf gouvernement oppressif et tyranni<j[Uf d^soîîpère el de son frère. Il parcourut même les rangs de Tarmée, el recommaudj^jL a(Ul soldats la défense de leur prince ; le devoir de leur serment de fidélité , et leur présagea lé gouvernement le plus heureux isbus lïrt roî si juste et si sage. Cet expédient, joint au crédit des comtes de Wanvic et die Mellént , de Roger Bigot , Bicïiard de Bedveis., et Robert Fitz-Ilamon, barons puîssans* qui avaient toujours clé du paiti dû roî, retint f armée Jans ses intérêts; elle marcha donc avec l'apparence de i'union et de la fermeté contre Robert y qui ve^
112 ai8T0IB£ (lIOO)
naît de descendre à Portsmouih avec se3 uoupes.
Les deuK armées se tinrent en présence pendant quelques jours sans en venir aux mains; et les deux princes, également inquiets d'un événement qui ne pouvait être que décisif, acceptèrent Tolontiers la mér diation d'Anselme et d'autres grands qui s^offrirent à les accommoder. Après quelques négociations, on convint que Robert se désisterait de ses prétentions sur l'Angleterre, et rccevrût en dédommagement une pension annuelle de trois mille marcs; que si 1-un de ces princes mourait sans postérité, Fautre succéderait à ses états; que les adhérens à chaque parti seraient absous et rétablis dans leurs possessions, soit en Nor« mandie , soit en Angleterre j et que Henri et Robert n'encourageraient , ne rece*vraient ni ne protcgeraieut les ennemis Tun de Tautre (i).
Henri , auquel ce traité était le plu5 avantageux, fut cependant le premier à le Tioler. H rétablit à la vérité les partisans
de Robert dans leurs biens ^ mais il avait
(i) Doaze barons, des deux côtes , jurèrent de TciUer k Fobservauce de ces aritcies. (Idng^uti^y
(IIOI) A'iUfGLBXBaBX. t|3
secrèteraent résolu que ces seigneur», ai puîssans et si mal affectionnés, qui avaient à la fois assez d'inclination à troubler son gouvernement et assez d'habileté pour y i«assir, jouiraient peu de leur grandeur et ao leur opulence actuelle. Le comte de Shrewsburjr, après avoir été veiDé quelque temps par des espions, fut attaqué sur garante-cinq chefe d'accusation. Ce seigneur turbulent, connaissant son crime, les préventions de ses juges et le pouvoir de son accusateur , eut recours aux armes pour sa défense. Mais l'adresse et l'activité de Henri le réduisirent bientôt : il fut banni du rojaume , et Ton confisqua ses vastes possessions (i). Sa ruine entraîna
' (i) Le doctear Lîngard entre dans quelques deiwlfi sar ce Bobert de ^elesme , comte de Shi c wsharjf dernier fib du grand Montgomery . u C'était, dit-il , le plus puissant sujet de l'Angletcrrf altier , avîde et tiompeur. On pouvait l'égaler dans SCS viccs^ maïs , en cruauté, c'était riiomme Je pins féroce du siècle. Henri arait conçu pour ce monstre la haine la plus violente, non par des motifs d'hnmantte', mais par politique. Citë devant la cour du roi , on lui Jaib.a la vie ; mais ii fut obligë de cjuittcr le royaucuc, et de * promettre sous serment de n'y jamais rentrer sans la permission rojale« »
fl^ HISTOIRE ' (lyÇl)
jpelle de ses deux frères Ariiolph de ^j[ont- ^onjery .et Roger de L^ncaster. Robert de Pontcfrac et Robert de Mallet, qui s'fé^ taieut distiugjués entre les partisans zélés du duc de Normandie, ne tardèa-ent pas à être poursuivis et condamnes. William dp Warenne fut ensuite la première yictinae qu'on immola : le comte de Cornouaiïles même , fils du comte d,e jyiorta^ne , oncle du roi, ayant donné lieu à quéMjues soupçons contre lui, perdit lef acquisitions iminenses aue sa famitfe avait faites en Ah-r ^leterrç, Quoic^i^e J^a .conduite yiolente et tyrannique de ,ces grands seigfieurs poi^ niands ne donnât que trop de pfîse sur eux, et qu'ils méritasseat assez les sentences qui les condamnaient , tout le monde vit pu poDjectura que leuf |)Jju3 graa^ crim,e , et le vrai motif des poorsuites qa'U6 iprpui* vaient, n'étaient pas leurs vexations habituelles. Robert, putré du sort 4^ ses amis, liasarda de passer en Anji^lelerre, et se pJiW guit amèrement à sou frère de l'infraction du traité; mais il fut si mal reçu , qu'il 'trembla pour sa pro])re liberté, et se crut trop heureux d'achetejr la pefij^issio^ ^ m ùx du royai^me^ en renonçant à la pea«
ai'02l dViîgleterbe. 1 15
sion qu\>ii lui avait promise Je dermer
accoiiiinodement (i).
Le voyage indiscret de Robert eut encore pour lui des suites plus cruelles, piinçe, que sa bravoure et sa cjindeur aVaient fait respecter et chérir Iors<fa'il était éloigné, n'eut pas plus tôt repris Tpxercice de son pouvoir et ^oùté les douceurs de la paix , que toute la vigueur de son arae parut affaissée , et qu'il devint un objet de mépris pour tous ceux qui approçhaieot dte sa personne , ou qui ctaiç^nt soutnis à son autorité : livré tour à tour aux plaisirs les plus dlbsoliis et aux: pratiques de dévotion les plus minutieuses, il mit tan( d'indolence dans le soin de ses. financer et dans* son gouvernement en général , que domestiques pillèrent impunéaien| sou atgcnt, lui volèrent juscju'à ses habits, et commireut enstute toutes les extorsions possibles sur ses malheureux sujets, quil laissait sans défense. Les barons^ quVae administration sévère pouvait seufe cçutetenir, accabUieuf Içurs vas^^auîi; de v.çxa^
U) Pour sauver Thonnettr des deux princes , oti regapdft eet abâiidoti eommo un* préieat bîl
Il6 HISTOIEE (1102)
tioDS, et étaient toujours armés les uns contre les autres; de manière que toute la Nqniiandie, pendant le règne de ce prince trop facile, ne fut qu'une scène continuelle de troubles et de déprédations. A la fin , ' les JXormands envièrent les avantages du gouvernement régulier que Henri, quoique usurpateur, avait su établir en Angleterre; ils eurent recours à sa protection pour faire cesser les désordres dont ils gémissaient, et cette sollicitation lui fournit un prétexte de se mêler des affaires de la Normandie. Au lieu d'employer sa medialioa à rendre le gouvernement de son frère respectable , ou à remédier aux griefs des. Normands , Henri ne songea qu'à se faire un parti chez eux , et qu'à le grossir par les présens, les intrigues et les insinuations qu'U put mettre en usage. Lorsqu'il se fut assuré , pendant le voyage qu'il fit dans ce duché , que la noblesse était plus disposée à passer sous sa domination qu^à rester fidèle à son légitime souverain , il se servit des moyens les plus rigoureux et les plus despotiques pour lever une armée nombreuse et de grosses sommes d'argent en
Angleterre^ retoumarannée d'aprèseoNor^
( 1 003) D^ANGLETEBHE. 1 1 ']
mandie. ea état de s'en rendre maître ou
. par la force ou par la corruption , et prit fiayeux dans un moment d'orage, aprè$ lin siège opiniâtre. Les habitans de Gaen lui livrèrent eux-mêmes leur ville j mais il fut repoussé à Falaise y et la saison avancée Tobligea de lever le siège et de s'en retourner dans son royaume , après avoir assuré à ses partisans qu'il continuerait de les sou* * tenir et de les protéger.
L'année suivante il ouvrit la campagne
par le siège de Tcncliebray , et il devint évident que .ses préparatifs et ses progrès avaient pour but Tusurpation de la Normandie entière. Robert sortit enfin de son sommeil léthargique , et, secondé par le
comte de ■Mortagne et par Robert de Belesme ^ ennemis implacables du roi , leva une armée considérable , et s'approcha du camp ennemi, résolu de terminer ces différends par une bataille décisive. Il entrait alors sur une scène d'action où le rôle qu'il remplissait était le seul oit il excellât. Son exemple anima tellement les troupes normandes, quelles firent plier l'armée anglaise ; déjà elles touchaient au moment de remporter la victoire , lorsque la fuite
Il8 ^ HISTOIRE (?006)
du comte de Belesme les mit en désordre, ët occasiona leur défaite totale. Outre lé grand nombre (|ue Henri en massacra , il • fit près de dix mille prisonniers , parmi lesquels était le duc Robert même/etïes barons les plus considérables de ceux qui avaient défendu ses intérêts. La réduction entière de la province suivit cette victoire : Rouen se soumit immédiaftèinént au vain^ queur. Apres quelques négociaddi#^ IPèlaiselui ouvrit ses portes , et non-seulement le rendit mi^tre d'une forteresse 'îffln&rtante , mais aussi de la personne du pnnce Guillaume , le fils et Théritier ujiiqae de Robert (i). Le roi assembla les états de Normandie, et, ayant reçu Thommage de tous les vassaux: de ce duché, régla le goù-* Vernement^ révoqua toutes les donationsfeites à son frère , démantela les châteaux récemment bâtis , s'en retourna triomphant dans ses états , et emmena le duc avec iui , comme prisonnier de guèrre. Cet infortunéprince fut enlermé le reste de sa vie ^ qui dura encore vingt-huit ans (2). ' ' i
(1) Voyez le tableau gëii4$alogi<^e« Cq] Liogard dit trentc-troi^ aof.
(iio6)^ ' . d'akgleterbe. iig
Il mourut au château de CardifF, dans la province de Glamor-Gansliire 5 lieureux si, sans perdre sa liberté, il eut renoncé 4 uî^ pouvoir qu'il nY'tait capable ni de conserverni d'exercer (1)! On C9nfia le prinç^ Guillaume à la garde d'HéliedeSaînt-Saen, cjui avait epçusç une fille naturelle dç Robert. Ce seigneur, plus délicat sur les lois deThonneur et de la probît^' qu on ne Tétait ordinairement alors, s'acquitta de ççt eniploi de confiance avec autant de zèle que de fidélité. Edgard Atheling. quiavpit suivi RobjLTt à Vcxpédition de Jérusalem, et tou-» jours vécu auprès de lui en ^formandie depuis leur retour, était un autre prisonnier illustre fait à la bataille de Tencbebray, Henri lui rendit la liberté • et lui assigna
(i) Çc prince était ouvert, généreux et bra^c; maïs en même temps étourdi, changeant et vo- Inpinenx. Sa crëdulitd le rendit dupe de la perfidie de l'imposture, et sa prodigalité le rc'duisit souvent h l'état de pauyrete et de dc'pendance. Robert e'tait f^ros , et au-dessous dq stature ordinaire ; ce qui fit que son pcie l'appela gambaron et courthose , c'est-h-dire jambes rondes , et courts liouseaux ou bas courts , surnom^ qu'il Goase^v^ «^u^si Ippg-^teçgs (ji^^il vççu^y [Linnifrd.) ./ ^ \ . .; ^
i^d HISTOIRE (1007)
ttne petite pension, avec laquelle il se retira de la cour. Il vécut en Angleterre jusque dans une grande vieillesse , négligé et oublié de tout le monde* Ce prince se distingua par sa bravoure personnelle : mais rien ne prouve mieux sa médiocrité à tous autres égards que d'avoir vécutranquiUe^etd'étre inort en paix pendant le règne de tant d^u^ surpateurs cruels et défians , quoiqu^il fut aimé des Anglais ^ et qu'il eût seul un droit légitime au tronc.
Peu de temps après que Henri eut achevé la conquête de la Normandie, et réglé le gouvernement de qette province, il termina une discussion qui subsistait depuis longtemps entre lui et le pape sur l'article des investitures des bénéfices ecclésiastiques. Malgré l'abandon de quelques anciens droits de la couronne qu'il fut obligé de faire, il se retira de ce différend à de meilleures conditions que la plupart des princes qui, dans ces temps-là, étaient asses^ malheureux pour s'engager dans des contestations avec le si^e apostolique* La situation du roi au cornmeooement de son règne TAvait contraint U faite sa cour à Anselme. Les fruits qu'il recueillit des bons offices de ce prélat lui
(lOO^) Si^iirGLETERAE. 121
prouTèrent jnsqu'où allait le fanatisme du
peuple, et quel asceu(|ant les ecclésiastiques avaient acquis sur les esprits. Henri avait remarqué, àTavénement de son frère Guillaume-le-KouXy qu^en dépit du droit d-aw nesse de Robert, et de Finclination de presque tous les barons, c^était tout le crédit de Lanfranc qui avait pris le dessus et décidé du sort de la com*onne. Le cas où il se trouvait lui-même était encore moins favo« rable, et démontrait plus évidemment Tinfluence et Tautorité du clergé sur la nation* Quoique ces exemples récens rendissent ce prince attentif à ne pas irriter un corps si formidable, il n'était que mieux convaincu que son propre intérêt exigeait quMl conservât Tancienne prérogative de la couronne, de disposer des dignités de TEglise, si importantes à l'état , et qu'il réprimât rindépendance à laquelle les ecdésiastiques aspiraient hautement. Le choix que , dans un accès de pénitence, Guillaume avait fait d'Anselme , contrariait d'autant plus les yu^s de Henri, que ce prélat était f^bre par ^' piété , son zèle et Taustérité de ses mœurs. Qiïbique ses pratiques dé <îié-
iFftîfl^inonacales et ses petites idées n'an-
122 HISTOIRE (lOOn)
noncassent pas une profonde connaissance du moude, ni un grand homme d^éut y il îi'en devenait par Ià*même qu^un instru-i|ien( plu^ dangereux entre les mains des politiques plu$ ha))iles que hii , et il n^eq avait que plus d'empire sur la populace sunersUlieus^* Janf ais la pruden^ce et la dex^ Irrité du roi ne se biontrèrent mieui^ ^uç dans la couduite de cettQ affaire délicate, où il se vpy^t toujours oblîçé de risquer sa couronne pour en sauver le fleuron le plus précieux. Aqselme 71e fût p«^s
S' liis tôt revenu de son eicîl, quê io^^'refu^ e rendre liomma^re au roi éleva une contestation dont Henri éluda l^effet dans ciês conjopcturps critiques, en promcltant d'envoyer aue)qu%in à Komé pour cp^féf er à ce sujet avec Pascal 11, alors le* pape remuant. L'euyoyé reyiut, com|nc yraisem:- >lableinent on Tavait prévu, avec iiri'rèfu^ absolvide la pjut de sa sainteté, fortifié des iraispQ^ analogues au tour d'esprit de ces tcijips-là. Pascal citait TEcriture sainte pojir prouver que le Cluist était la porte d^oùilinféraît que tous les ecclésiastiques devaieat çutrer dans Tl^glijie j)ar le seul non par 1| J^Î|U^;çiva, ou v>uç
afitre profanje laïque, (n II ept monstrueux, « ajoutait le pontife , qu'up fils pptepdc « engendrer sou père • ou un homme ce crjeer ^on Uieu. Les prêtres sont appelés ce Dieu dans rEcrituie , comme étant les ce yicaifes de JJieu. Y pudriez-yous, par voce jLre abominable pf'étei|J,ion de Içur dona ner Finvestiture , vous arroger le droit «c de les créer (i)/ » \ * .
Quelque convaincaptes que fussent ces applications des livres saints, elles ne persuadèrent pas llenri de céder une prérogative si importante : peut-être aussi que ce prince ^ instruit et capable de réflexion , pensa que Tabsuidité de Vhomme créant son Vieil, en accordant même que les prçtrès fussent des dieux, n'était pas décente dans la bouche du souverain pontiie j majs conirae le roi désirait (J'éviter ou du moins
. (i) Eadmer, p. 6r. Je soupçonne cjue ce texte de PEçriture és't line invenlîon du saint-j^ère; car Je ne Tai pu trouver dans les livres saints. Cepen- ^api il passa dans ce Lcmps-là corame une auto* riui sacrée , et lut souvent cite par les ecck'sia§tiques comme le l'ondcment de leur puissance. ^
qu'on parviendrait à raccommodement de cette affaire en recommençant de nouvelles négociations. Pour cet elSet^ Henri envoya trois évêques à Rome, tandis qu'Anselme y dépêcha de son c6té deux personnes de. confiance , afin de s^assurer des intentions du saint-père. Pascal récrivit des lettres aussi positives qu'arrogantes au roi et au primat, reprocha au premier qu'en s'attrihuant le droit des investitures il commets tait une espèce d'adultère spirituel avec l'Eglise^ qui était l'épouse de Jésus-Christ, et qui ne pouvait se permettre un tel commerce avec un autre que son époux , et répéta au dernier que la prétention du roi de conférer les bénéfices était une source . de simonie ^ observation trop bien fondée dans ces temps*là.
Henri ne se vit plus alors d'autre expédient que de supprimer la lettre qui lui était adressée, et de corrompre les trois évêques, pour qu'ils affirmassent sur leur loi épi^copale que le pape les avait assurés en particulier de ses intentions favorables à l'égard de Henri. Ils attestèrent donc que Pascal permettait à ce prince d'exercer sa prérogative d'accorder les investitures^ mais qu'il
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n'osait lui donner cette permission écrite de sa main , de peur qu'elle ne devint un
exemple pour les autres princes qui les autorisât à s^arroger le même privilège. Le$ deux chanoines, agens d'Anselme, lui protestèrent que tout ce récit était une fable; mais leur rapport ne balança seulement pas celui des trois évêques .: ainsi le roi procéda,^ comme s'il eût enfin gagné sa cause, à rem^ * plir les si^es d'Herefort et de Salisburj ^ et il investit les nouveaux évêques de la manière accoutumée* Anselme , qui avait de bonnes raisons particulières pour nepas* ajouter foi aux ambassadeurs du roi, refusa non-seulement de sacrer les prélats que ce prince avait nommés , mais rompit toute communication avec eux : ils se trouvèrent aloi^s si embarrasses de leur contenance ^ qu^ils rendirent les marques de leurs dignités. Cette contestation continua de s^aigrir tous les joius : malgré la prudence et la modération de son caractère , le roi laissa échapper des menaces contre quiconque prétendrait s'opposer à ce qu'il exerçât les anciennes prérogatives de sa couronne ; et Anselme, fatigué de sa position désagréable et dangereuse /demanda enfin lapermis*
Ï26 HISTOIRE (jt^^7X
sion çl'allei^ à Rome soumettre ce dliTéi end au souverain pontife» Henri , très-content lie son côté de se délivrer sans viol ?n ce .adversaire si inflexible lui donna promptement son congé; il partit en effet, suivi jusqu au rivage de la mer, non-seule-, mcn]; d'une multitude infinie d'ecclésiastiques et (le moines, mais encore de gens de ^ toute espèce qui se déclaraient ainsi sans scrupule pour le primat contre leur sou^ verain, et qui regardaient ce départ comme |e signal de Textinction de la religion et de la vraie piété dans le i aunic. Cependant le roi n£ laissa pas que de confisquer le temporel d'Anselme, et envoya William de Warelwast négocier avec Pascal , pour tâcher d'accommoder cette affaire^
Le ministre anglais dit au pape que son maître perdrait plutôt sa couronne que àe se désister du droit de$ investitures. . a Et moi , répondit Pascal , je perdrai tt plutôt ma tète que de permettre qu'il ce le conserve. » lïenri fit défendre sccrètement à Anselme de revenir, à moins qu'il ne fut résolu Je se conformer aux lois et au^ usages du royaume. Le prélat fixa dçnç résideuce à Ljoo , en attendant
Digrtizeij Ly <jOOgIe
(tio^) ' . d'angleterre. XT.'] que le roi fut obligé d'abandonner enfin le point qui était en discussion. Peu de temps après , le primat o|;)tii^t la permission 4^ rïitourner (dans son abbaye du Bec en ^ormandic^ Henri lui rendit les revenus flé son archevêché , le traita avec le plus grand respect, et eut même plusieurs c.onïerences avec lui 5 pour essayer d'amollir sa 'irésistance et de l'engager à se soumet- Ire. Dans ces entrefaites , le peuple an- . glais, persuadé que toutes les discussions étaient accommodées, penchait à blâmer le primat de s'absenter si long-temps âe son troupeau, et journellement Anselme recevait des lettres de ses partisans qui lui représentaient la nécessité de hâter son retour : tout sentiment de christianisme et de piété^ lui disaient-ils, allait s*étéindrè faute de ses soins paternels ; les jnodes les plus extravagantes dQnjin aient eu An£;leterre ; la crainte ^de la sévérité était jpcrdue ; la sodomie et les chcvpux longs reprenaient racine chez les hommes de tous les étais , et ces dés.QrcJres affreux se répandaient ouvertement partout, sans inj jplfër ni honte ni frayeur du châtiment/ La pohtique de la cour de Rome a lone-
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temps été un sujet d'admirjition : ceux qui jugent des choses par réyénement ont pror digue les plus grands éloges à la rare pru« dence qui, sans le secours des armes ^ avait conduit une puissance si faible dans soa commencement à établir une monarchie universelle et presque absolue sur toute rEurope. Mais une sagesse héréditaire à tant d'hommes différens d'âge, de tempérament et d^întérêt, dont le siège pontifical a été rempli, ne serait pas compréhensible ^ et paraîtrait hors nature. L' igno» rance et la superstition des peuples , que les papes ont employées y est au contraire un ressorts! commun, si grossier, d^une efficacité si générale, si peu susceptible d^accidens qui le détraquent , qu^il peut réussir dans les mains même les plus maladroites, A peine est il dMndiscrétions capables d^enemr pécher. Feffet. Tandis que la cour de Rome était ouvertement abandonnée aux désordres les plus honteux , tandis même qu^elle était décliirue par les schismes et par les factions, la puissance de TËgUse faisait journellement des progrès sensibles en Europe; la témérité de Grégoire et la circonspection de Pascal forent aussi heureuses Tune que
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Fautre à les avancer. Le clergé se trouvait souvent dans le cas d'avoir besoin d'appui contre la violence des princes où contre la sévérité des lois : ainsi il s'attachait volontiers a un chef étranger, qui , à l'abri de la crainte de l'autorité civile , pouvait exercer librement celle de toute l'Eglise à défendre les propriétés et les privilèges antiques ou usurpés dont les ecclésiastiques s^emparaient dans quelques contrées partictdières. Les moines , pressés de se soustiaire a la dépendance de leurs diocésains, 1 témoignaient encore un zèle plus ardent pour la tiare j le peuple stupidc n'avait ni 'Sciences ni raisons qu'il pùt opposer aux prétentions les plus outrées; les choses les plus insensées étaient celles dont on doutait le moins ; les moyens les plus criminels se trouvaient sanctifiés dès que la piété paraissait leur fin ; la foi des traités . était supposée ne her personne , si les prétendus intérêts de Dieu demandaient qu'on . les violât 5 les lois anciennes et les coutumes des états devenaient sans force contre un droit appelé divin ; les faussetés les plus impudentes étaient reçues comme des monumens authentiques de l'antiquité.
On célébrait Tèè^ chkmj^îôtf? cfc' lî saftit'(î Eglise comme des héros, s'ils étaient heùreu:>t j on les honorait comme des martyrsr* s'ils échouaient. De cette manière , tous les événemens tourn aien t touj o urs l'avan tagô des ustitpritions cléricales. Pascal même , le pape régnant, se trouvîiit, pendant ïé cours des contestations sur lè^ inVestîttirè?*; embarrassé dans des circonstances, et forcé à tenir une conduite qui aurait perdu toût som^i'airi ten^pôrel assez malheureux pour tomber dans une pareille situation. L'emjiiéi*éur Henri v se rfendit ihàîïrë de sa ^érsonne, et le contraignit, par un traité formel , de lui reconnaître le droit d'accôrder les îilvestîtures , sur lequel ils avaient si long-temps disputé. Pour ajouter une plus grande solennité à cet acborniïîodement , l'empereur et le pape communièrent ensemble de la même hostie qu'on leur partagea : les plus terribles imprécations furent publiquement dénoncées contre celui des deiix qui enfreindrait le traité : cépertdant Pascal ne fut pas plus tôt libre qu'il rétracta toutessesconcessions, et qu'il excoiiimunia l'empereur. Ce monarque se vit à son tour réduit à se soumettre aux condi-
tions qu'on lui imposa, et ôb%<é d'aîbanl domtet à la fita des |)TÀeatloii$ i|a^èn5mte il ne put jamais réclamer.
Il s'en iilllut peu que le roi: d'Angleterré né tpnribff dans une situation aussi critique qné cielle de Tempereur : Pascal avait déjà excommunié le comte de Meulettt et les autres niini^tres de Henri , qui soutenaient féL ^cliiîéië dë léd^ mslire. H mcùaçait ](mt^
nellcment ce prince de le traiter de même, et l'avertissait qu'il ne suspendait ses coups qtté pottf lui laisser le temps âér s'y dérober par la soumission. Les iaecontens isttténdaient stVed hnpatieûqe roccasiott ik Conspirer et de se révolter contre le gouvernement. Les plus gratid^ amis du roi rédduiâient un événement qui mettait leur religion et leur fidélité aux prises. La comt^é de Blôis y sa sœur, prinôôsse e^trémeiûént pieuse , frémissait du danger où. allait étr^ le salut de son frère. B^an autre
coté, Henri paraissait résolu de tout liasà^der, plutôt que de renoncer à une pré-* rbgaÀvë sî importante dont tous ses prédécêsàêùrs avaient joui : il était d'ailleurs ttsi&emblable que sa prudence et son habileté saui aient soutenir ses droits , et
j32 âisTOiU; (1099}
prendre enfia le dessus dans la dispute.
Mais pcndani que Pascal et Henri se heurtaient mutuellement comme des vagues irritées, le moment arriva 011 il devint facile de lesconcilier^ et de trouver un tempérament qui pût convenir à leun divers intérêts»
Avant que les évêques prissent possession de leur dignité, ils étaient autrefois dans Tusage de subir deux cérémonies ; ils recevaient d^abord des mains de leur souverain un anneau et une crosse , comme symbole de leur office y et cVst ce qu^on appelait leur iiwesdture , ensuite ils rendaient aussi à leur prince les soumissions prescrites à tous vassaux par les lois féodales, et c^est ce qu^on nommait hom" mage. Comme le roi pouvait k la fois refuser d'accorder Vinvestiiurc et de recevoir ïhommage y quoique le chapitre eut ob* tenu , par quelques canons, vers le milieu du siècle , le 4j^oit d'élection , le souverain possédait seul en réalité le pouvoir de choisir les prélats. L'rbaiu 11 avait égale* ment dépouillé les laïques des droits d'investiture et d'hommage. Les empereurs ne purent jamais réussir^ ni par les aimes ^ ni
Çî.107) d'angleterre. i33
par les négodatioiis, à faire admettre une
disliacLiou entre ces droits dlffcrcns en ' eux-mêmes. L'interpositlou des profanes laïques j ii quelque égard que ce fût, était toujours reprcseatée comme impie et abominable : TEglise aspirait ouvertement à une indépendance absolue des états. Mais Henri avait mis l'Angleterre et la Normandie dans un état de force qui donnait plus de poids à ses négociations j et Pascal se contenta pour le moment du droit qui lui fut cédé d'accorder des investitures , en vertu desquelles le spirituel de Tépiscopat était censé conféré ; mais il consentit que les évoques rendissent hommage au roi pour leurs possessions temporelles et leru-s privilèges. Le poatife s'applaudit d^avoir fait cette acquisition , et se flatta qu'avec le temps il envahirait la totalité ; et Jle roi,! pressé de se tirer d'un si mauvais pas y se contenta de sauver une partie de son a\|itorité ^ quoique ce fut la moins importante dans l'élection des prélats.
Après que cette dispute principale eut été terminée, ii ne fut, pas diilicile d'ajuster les autres différends. Le pape permit ^Anselme de communiquer avec les évé- ... 3. 8
1^4 rflSTOlRE ( 1 1 oy)
cpîcs qnî avaîént rcçu'IeXi^ îùvesiîturè dé* ia couioHue, et d'exiger seulement d'eux: qfucIqûÊ aété de soumiâsîon pour Tirrégulal'ité de leur conJuite }>as^ce. Il lui accorda ausâi le pouvoir de réformer tous les autres désordres qui pouvaient naître , dîsait-il , parmi une n^lioa encore barbare : car telle était Pidée que lé p -pe avait des Anglais j et rlcii en cilbt ne pi ouve mieux, leur ignorance excessive que dé voir uir homme assis sur la chaire pontificale , n'y stibsistant que d^abj^urditcs et de ridicu- 11 tés , sef cfoire éû droit dé les traiter âé barbares.
Pendatit le cours de ces altercations , 6ii tînt un synode h Wesimî Aster,. oùt le roî,* qui ne s'était appliqué qu'à son objet princïpûl, consétïtit ([ùe pfasieml» caûoOs moins* importans passassent, quoiqu'ils tendis^ sent à favoriser les usurpations du clergé* On prohiba le «iatiage des prêfresvpt>in1 de discipline toujours trcs-diiUcilc à établir. On défendit ati^ Taïqu'es stf mâtiët dans^le scpticme degré d'aHinité : déf(}n^e înfgénietifsement imaginée pour augméntcr les revenus^ àn pape At pvoduh' des àU" peUses ou des divorces qu'il accordait : car
/iIOT) D"AlfGLETEBRE. l35
confine 1 art d'écrire n^^ait pas commun alors, et que les registres des paroisses iTétaieat pas te^us exactement;, on no pou« Srait guère constater les degrés d^aiiinitë , même parmi les jgjcns de haute .yaissance ; ' toi^ homme qui avait assez d^argent pour faire dissoudre son jjiariage n'avait qu'à se secj^r du prétexjte que sa £emme lui était parente 'aia degré prohibé par les canons. Ce synôd^ dressa encore un statut qui iaterdisait les cheveux longs aux laïques. L'aversion du clçjrgé jpo.ur cette mode ne se concentrât pas 3^ulcm,en]t en Angleterre : lorsque le rpi alla en Normandie , avant de conquérir çette provin,ce , l'évêque de ' ^e^z Je supplia instamment , par une ha- '^an^ue étudiée, de réformer divers abus '(^u' gouvernement, et d*ol?liger les peupléi'à couper les cheveux d'une mtanière décente. Quoique Hçnri ne fut nullement 'l^sposé à cétder ses prérogatives à TEglise , il voulait bien quitter ses cheveux j ainsi il sç les fit çonpier à la longueur qu'on lui prescrivit , et obligea tous ses courtisans à Suivre son exemple. * ' L'acquisition de la Normandie avait été le grand jQbjçt de Tambi^on de Henri :
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cette proirince , rancien pàtrimoine de sa maison, était le seul territoire qui, tant qu'il fat en sa puissance , lui donnât du poids et de la considération sur le continent ; mSds son usurpation devint pour ce prince une source d'inquiétudes vives, rengagea dans plusieurs guerres , et l'obligea d'accabler ses sujets anglais de tant d'impôts arbitiaires et insupportables, que tous les historiens de son temps s'accordent à s'en plaindre. Guillaume , son neveu , n'avait que six ans lorsqu'il fut confié à la garde d'Hélie de Saînt-Saen ; il est vrafsemblable que l'intention deHenri, en remettant ce dépôt entre les mains d'un homme d'une probité si reconnue, était de prévenir tout soupçon malin , â'il arrivait quelque accident qui intéressât la vie du jeune prince. Mais le roi se repentit bientôt dW tel choix ; et lorsqu'il voulut se ressaisir de son pupille ^ Hélie le lui déroba en le conduisant précipitamment à la cour
de Foulques, comte d'Anjou, qui lui donna asyle. A mesure que ce prince avançait vers l'âge de raison , il développait en lui des qualités digues de sa naissance : il parcourut plusieurs cours de l'Ëurope ^ et
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excita en même temps y dans le cœur de plusieurs souverains , un. tendre intérêt pour ses malheurs et une vive iodigualiou contre son onde^ qui l'avait si injustement . dépouillé de ses héritages. Louis-lc-Gros, fils de Philippe y régnait alors sur la France. Ce prince, brave et généreux, ayant été réduit pendant la vie de sou père à se réfugier en Angleterre , pour se soustraire aux persécutions de sa beUemère Gertrude, avait été protégé de Henri, et s^étaît lié personnellement d^amitié avec lui ; mais ces nœuds se rompirent lorsque Louis parvint à la couronne : les intérêts de ce monarque étaient si opposés à ceux du monarque anglais y il sentit si bien ce qu'il avait à craindre de la réunion de la Normandie à l'Angleterre, qu'il se joignit aux comtes d^Anjou et de Flandre pour inquiéter Henri , qui fut obligé de passer dans son duché, ok il résida deux ans occupé ii défendre ses possessions du continent. La guerre allumée entre ces princes ne fut accompagnée d^aucuu évé« nemjçnt mémorable, et ppjproduisit cjup des escarmouches, sur les frontières , coa^' formément à la faiblesse des souverains de
l38 HISTOIRE (llio)
ce siècle, quand leurs sujets n'étaient pas ' renniés ])ar quelques circonstances essentielles et pressantes. Henri, en accordant 'son fils aîné Guillaume à la fille de Foul- ^uc^ , délacli^ ce J)rince de ses confédérés, çt les obligea dVn venir à un accompodement. Cette paix ne fut |3as de longue durée; Guillaiinie , neveu de Henri, séretira auprès de Baudouin , comte de Flandie, qui le prit sous sa protection. Le roi de r ranpe, çxcite par d autre3 niotit^, s unit à leur parti: une nouvelle eruerre $'alluma en Nofmanqie, ou il ne se passa rien de plus éclatant qu'à la précédente. A la fin , Baudouîn, tué dans une action près dEu\ donna quelque relâche à Henri , et le mit en état de dombattre le reste de ses ^nnepis aypc plus d avant^gp. ^
Lopjs , ponvaincu quil ne pouvait réussir à dépouiller le roi de la Normandie par la force des armes , eut reoi^rs au dangereux expédient de faire intervenir la puissance spirituelle , et de tournir aux ecclésiastiques un prélexte de se mêler des affaires des princes. H mena le jeune Guillaume au concile général que le pape Calixte II avait assemblé à Reims , le présenta
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lui-même, se plaignit de l'usurpation injuste et manifeste de Henri, implora Tassistancc de l'Eglise pour faire restituer la souveraineté usurpée à l'héritier légitime , et déclama contre la cruauté qu'il y avait à retenu- en prison un pnnce aussi brave que Robert, l'un des plus célèbres et des plus considérables croisés, et qui, à ce titre, était sous la protection immédiate saintsiége. Henri savait a la fois défendre les droits de sa couronne avec vigueur et avec adresse. H avait envoyé les évêques anglais à ce concile , mais en les avertissant que , si le pape et lesecclésiastiques hasardaient encore quelques prétentions contraires a son autorité , il était résolu de conserver les lois et les coutumes d'Angleterre, et de maintenir les ^prérogatives que ses ancêtres lui avaient transmises. « Allez , dit-il à ces préa lats; saluez le pape de ma part, écoutez ses \ préceptes apostoliques ; mais gardez-vous a de rapporter aucune de ses nouvelles in- '« ventions dans mon royaume. 55 néanmoins ce prince, jugeant plus facile pour lui d'éluder les efforts de Cali:jçte que de le combattre à force ouverte , ordonna à ses ambassadeurs de le gagner, ainsi que ses
l4o HISTOUIE ' (1119)
favoris, par des présens et des promesses : dès qu'on eut fait usage de cette instruction j le concile n^ëcouta plus les plaintes du prince normand qu^avec la plus grande froideur , et le souverain pontife convînt ^ après une conférence^, qu'il eut été le incnie avec Henri ; que , de tous les princes qu il avait connus , celui-là était sans comparai* son le plus éloquent et le plus persuasif. V Les opérations militaires de Louis n'eul'ent pas plus d'effet que ses iiiulgucs : il avait formé le projet de surpendre Noyon j mais Henri , ayant été averti de ce dessein ; marcha au secours de la place , et attaqua subitement les Français aux Andelys y comme ils avançaient pour remplir leur projet. Il y eut une action vive, oii Guil« îaume , fils de Robert, se conduisit avec un courage intrépide j le roi même fut blessé à la téte par Grispin , brave ofîicier normand qui s'était attaché h la fortune de Guillaume ; mais le monarque , plus animé qu'étourdi par le coup, terrassa son ennemi 9 et encouragea tellement ses troupes par son exemple, qu^elles mirent les Français en déroute, et furent au moment de
faire lem* roi prisonnier. Le rang des per-
(lI20) JdUnGL£T£BK£«
sonnes qui se distinguèrent dans celte escarmouche rixouora : car , à iouâ égards ^ elle ne fut pas d'une grande importancq* Neuf cents chevaux combattirent des deux côtés , et cependant il n'y eut quQ trois cavaliers de tues j le reste fut défendu par les armures pesantes que la cavalerie était alors dans Tusage de porter (i). Li5 roi France et celui d'Angleterre s'accommodèrent peu de temps aprè^^ et les intacts d|i
(i) Selo» le docteucLingard, HeorijCt Louis se 'rencontrèrent par hasard dans les enviroqs de îfoyon ( à Brenville). Henri «uii accompagné de cinq cent* chevaliers ^ Loniâ en avait quatre cents. Les Français combattirent à cheval, et le« Anglais à pied, à rcxccpliou d'uu ciaquième des leurs à peu près.
Quant au nombre des morts , qui .ne s'élevait pas à pins de trois , voici comment il explique le fait : ce Les chevaliers chrétiens selbaltaicnt, non pour-^a vengeance, mais pour la gloire; ils ne clicrchaicnt point à répandre le sanf» , mais à s'emparer de la personne de leur ennemi . Le grand 'objet était de le jeter par terre, et quand on y était parvenu , soit par blessure , &oit par la mort du cfaeyal , le chevalier , renfermé dans sà pesante armure , était incapable de s'aider lnî-.méme« et tombait, sans possibilité de résistance, au pouvoir de sua advciijairc. »
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jeune Guillaume furent totaleipent négji-
gés danséetaccommodeinciit.
. La prospérité de Henri dans ses aflai^^es 'pui>lic]ues lut bientôt contrc*balancce p^ Je malhtur qui lui arriva dans sa famille ; son .linîque Guillaume était ^lors âgé 'tàe' dix-huit ans j le roi son père jugeant, -par 1a facilité avec laquelle il avait usurpé la couronné , qu'unç révoîuti^on semblal^le pouvait la ravir à ses descendans. avait *|>ris la précs^tioQ de le faire réconnaitre pour son successeur par les états du royaupie , èt l'avait menjé en Normandie pour qvi'il y reçût riiommage des barons de ce dug/i^ç. jjftx^ciufi jilcnri rç^YÂoJt m AngJ.e- Uf^J^ç y il pariU de flarfleur , et , secondé d'un vent favorable , perdit bientôt de vue le rivage. Le princey élaitretenu par quelque accidjent ^ ses matelots, ^ms^i bien qa,e h "^'"i^èlmS y /»J2Ln t ,cjua|4pyé cet i^tcr.viille k J^pire^ ^éoiïm^renl teUement lâTtéte, que , dans le désordre oti ils ctaiônt , vouant se presser de rejoindre^e rpi , jijs pojrtèreptinipji'udcn^ vaisseau sur ,une ppAinte 4^ A^oolier, oii il se brisa tout-à- . coup. Le prince sauta dans une chaloupe , et gagnait déjà le laige ^ lor^j qu ij gnl^e^^t
{IIIOJ D ANGLETERRE. i^J
les éris de la comtesse de Perche, sa sœui: i^aturelle 5 iï en fut cmu , cLordoiina àses matelots de retourner au Baviife poûr tA*cher de la sauver. ÎMals la ioido cjui .^e jet»
alors dans k cliaJoupeiafitcoulorA'foiKiv^ et', Guillaume périt avec toute sa suiie, ï^l^s Je cent quarauLc lianes gculiltibom^ mes des premières maisons d'Angleterre' 0% lîe Normandie fiireiu en vtîloppes daui> ce désastre. Un boucher de Kouc&cut^ille boûheur d'échapper à l'a mort (1} j II s accrocha ai; mat du vaisseau , et fut mitwtVé SM^^^ iï*at?n pardes pôoheurs. Flt^ Stephen , le capitaine , s ciait sa&i ^ussi de ce mât ; mais ayant apjwU du boiiobet? qMQ Te prince Gi^^ ayoit péri, il secim
qu'il ne voulait pas survivre à sôiMUôihteiir^. ^t sç. précipita dans la mtfr. Beni i espéra pendaiit trois jours que sou fils avait pu> être jelé sur (juelqiio fli^ eto^e êb FAugl^erref mais lorscpion lui apporta des nouveUcs certaines ck sa perle, il* ê'â» vanoiiit,. et on rcmtfrq^{a CfUe depuis cet e vouement fatal, il u'échappa- jairiak
(}) éoùcHér îic tioiumait Bi^ol^. Ç^^^ <|W ^tmlttî Al-fuilVclB évite funeste caJi^'^
l44 HISTOIRE (llîio)
plus léger sourire à ce monarque , et qu'il ne reprit plus sa gaieté ordinaire.
La mort de Guillaume peut être regar^ dée, à quelques égards ^ comme une infortune pour les Anglais , parce qu'elle fut la cause immédiate des guerres clvOes qui , après le décès du rôi , désolèrent si cruellement la nation. Cependant il est bon d'observer que le jeune prince noui-rissait une aversion violente pour les naturels du pays : on lui avait même entendu dire que lorsqu'il serait roi il les ferait atteler à la charrue , et les métamorphoserait en bêtes de somme. Il tenait ces préventions de son përe : malgré la petite ruse dont ce mo«» narque savait se servir à propos de se féliciter, comme d'un avantage, d'être né en Angleterre, il montra dans le cours de son gouvernement des préjugés extrêmement défavorables aux Anglais. Toute espérance de parvenir aux dignités ecclésiastiques ou civUes leur iutinterdite pendant sou règne^ et tout étranger, quelque ignorant ou corrompu qu'il fut, était sûr d'être préféré dans la concurrence. Comme les Anglais « n'avaient point troublé le gouvernement depuis cinq^uantc ans, cette antipatlûe in-
(l 1 2 1) ' D^MCWaSMé 1 45
vétérée dans un prince aussi modéré que pénétrant forme une présomption que ce peuple était encore grossier et barbare eu comparaison des Normands^ et ne nous ^onne pas une idée iics-aYaatageuse des mœurs des Anglo-Saxo us«
Le prince GuiBaume ne laissait point d'enfans , et le roi se trouvait alors saps postérité légitime , excepté Mathilde , sa fiUe (1), quen 11 10 il avait accordée à Fempereur Henri v, quoiqu'elle n'eût que huit ans , et envoyée élever en Allemagne Gomme labsence de cette prin-*
(i) Voyez le tableau généalogique.
(a) Par les coutumes féodales , Henri àvaît le droit de lever une taxe sur le peuple pour marier sa fille ainëe , et il imposa à cet e^et trois schel-> lings par hide de teire sur toute ^Angleterre» Quelques historiens, comme Bradj et TyrrcI, font monter inconsidérément cette somme à plus de 800,000 livres »lerh de noUc monnaie actuelle. Mais elle ne peut pas avoir c'te plus liant que x35,OO0 livres sierl. Cinq hidcs , et queiqueiois moins , composaient un fief de chevaliers , dont il y avait environ six cents en Angleterre, et par conséquent il* y avait aussi environ près de 39.000 hides de terre. Or, à troi^ schellings par hide, la somme devait se monter h 45,000 livres sterl. de ce temps-là, ou à i35,ooo livres de notre
t46 nSTOIRE (llll)
cesse et son mariage dans uue maison ^angère mettaient la succession de Henri ^ alors veufy en danger d'être envahie, il projeta de se remarier , dans l'espoir d^avoir des enfans inalos. Il rccliercha et obtint donc Adélaïde , jeune princesse aimable ^ fille de Godefroi, dac de LouTain, et niice du pape Galixle : maïs elle ne lui donna {loiût d^enfans ^ et le prince qui arait le plus de droit pour disputer la succession^ ou même la possession actuelle de la couronne , se vit Texpectative de renverser à son tour un rival qui l'avait privé de tous ses biens de patrimoine* Guillaume, le fils du duc Robert (i), était toujours protégé à la cour de Louis4e-Gros; et comme Talliance de Henri avec Foulques, comte d'Ânjou y était rompue par la mort du fils de ce monarque, ce comte se joignit au parti du prince dépouillé, lui donna sa ttk en mariage , et Taida à fomenter dm troubles en Normandie. Mais Henri trouva le moyen de détacher encore Foulques de
présente monnaie. Dn temps des ^ons » on nt
comptait en Angleterre que denx cent quarant*uois mille six cents bides de lerre.
(i) Voyes le ublean génëalogi^e.
(f t ^ D'AHGLWnBE. 1 fyj
cette coafëdéiation , en formant avec lut des liens plus étroits et plus importans
pour les intérêts de la maison du comte que les premiers. L'emp^ur , gendre du roi d'Angleteire, mourut sans entans. Henri disposa une seconde fois de sa fille, la donna en mariageà Geofiroi ( i ), filsainë du comte d^Anjou, et tâcha de lui assurer sa succession en la £sûsant reconnaître héritière de tous ses états , et en obligeant la noblesse d'An^terre et de Normandie à pi'éter ser* ment de fidélité à cette princesse. Henri se flattait que le choix de cet époux serait plus agréable à tous ses sujets que celui de Tempereur ne Tavait été , en ce qu'il les déliTrait de la crainte de tomber sous la domination d^un potentat puissant et éloignéy <pii aurait pu les asservir , et réduire leur pays au rang de province de ses états s mais les barons furent irrités qu^une démarche si importante pour l'intérêt na« tional eùi etc fallc sans les consulter (2) , et Henri avait par devers lui une expé-
(t) Voyes le tableau gtfnealogiqtie.
(a) Les Annales de Wavcily disent fjne le roi demanda et obûol le coai^entemeol de lou» les barons. ^
i/^ ^^ToniB (1128)
rience trop frappante de leur caractère turbulent pour ne pas redouter les effeU de leur ressentiment. Il paraissait vraisemblable que le parti de son neveu se grossirait da nombre des mécontebs. Un accrois*, sèment de puissance , dont ce prince hérita peu de temps après 9' rendit encore ses prétentions plus inquiétantes. Charles, comte de Flandre, liyant été assassiné pendant le service divin , Louis-le-Gros mit sur-le-champ Guillaume en possession de ce comté 9 auquel il avait droit du chef de sa grand^mère Mathilde (1), femme de Guillaume-*le-Conquéraut. Mais le nouveau comte survécut peu à cet événement, qui semblait lui ouvrir une carrière plus heureuse. Il fut tué dans une escarmouche où il combattit contre le landgrave fP Alsace, son compétiteur , au sujet de la J^'landre , et sa mort délivra pour le moment Henri de ses craintes.
Le plus grand mérite du gouvémement de ce monarque fuL la profonde tranquillité qu^il établit et qu'il maintint dans tous ses états pendant la plus grande partie de
(1) Voyez le ubleaa généalogique»
{ll2&) I)^A2iGL£T£aE£.
son règne* Il sut retenir dans le devoir ses Larons mutins et factieux, et toutesles tentatives de ses voisins contre lui le trouvèrent toujours si bien préparé, qu'ils furent découragés de les poursuivre ou de les renou* vêler. Henri, dans le dessein de réprimer les incursions des Gallois^ transplanta chez eux y en 1 1 1 1 , quelques Flamands qu'il établit dans le Pembrokshire , où ils conservèrent long-temps une langue , des coutumes et des mœurs différentes de celles de leurs voisins. Quoique son gouvernement parût despotique en Angleterre , fl était judicieux et prudent. Jamais ce prince ne manqua d*attention à corriger les abus, eL les historiens citent parLiculièrement à ce sujet ceux de la pourvoirie qu'il s'eiforoa de modérer et de restreindre. Les tenanciers des domaines du roi étaient obligés alors de fournir gratis à la cour toutes les provisions nécessaires à la vie, ainsi que les charrois, quand le roi se transportait ' dans quelques unes de ses provinces. Ces exactions devinrent si onéreuses, et s'exigaient avec tant de licence , que les fermiers désertaient leurs habitations lorsqu'ils entendaient dire que la cour s'en
lâo amtou (liaâ)
approchait , comme si elle eût été un corps d'enaeinis qui vint fondre sur euxj et ils se réfugiaient dans les bois pourmettre leurs personnes etleurs effets à Tabri des insultes de la suite du roi. Henri défendit ces vexe^ tiou& énprmes, et punit les gens qui s'en rendirent coupables par la perte de quel*
que s uns de leurs membres. Mais la prérogative était perpétuelle, et les remèdes qu'il apportait ne pouvaient être cpie momen*tanésj leur rigueur même, loin de soulager le peuple , ne fit que prouver la férocité du gouvernement de ces temps -là , et présager le prompt retour des mêmes abus.
L'objet le plus important et le plus dé«
licat qui exerçât la prudence du roi était de se garantir des usurpations de la cour
de Rome , et de défendre les libertés de Téglise anglicane. En iioi , le pape en-* voya Gui , archevêque de Vienne , en qua<- Uté de légat en Angleterre* Quoiqu'il fàt le premier depuis un grand nombre d'an>^ nées qui s'y fût montré revêtu de ce carac* tère^ et que sa commission causât beaucoup de surprise, Henri, alors au commencement de son règne y et surchargé d'affaires
et d'embams) se crut oUigé de souffinr
cet attentat sur son autorité , mais en i ï 1 6, ^selme^ abbé de Saint-Sabas, qui arriyait avec une commission de légat, eut ordre de ne point entrer dans le royaume, lie pape Galixie, qui, à son tour^^ notait J>as dans une situation tranquille, et qui avait à combattre les prétentions de l'antipape Grégoire, promit que dorénavant il n'enverrait plus de légat en Angleterre, à moins que le roi ne lè désirât lui-même* Malgré cet engagement, le pontife ne fut pas plus tôt sans concurrent, qu'il accorda une commission nouvdile au car£nal de Crema , pour aller T exercer dans ce rojau* me. Henri, inquiété alors par les intrigues et les entreprises de son neveu , se vit forcé de consentir à cette légation. Le légat con* Yoqua donc un concOe à Londres , où, èntre autres canons , on en dressa qui prononçaient les peines les plus sévères contre les mariages du clergé. Le cardinal déclara dans une harangue publique €{ue c'était; un crime impardonnable à un prêtre d'o* ser toucher et consacrer le corps du Christ immédiatement après être sorti du lit d'une prostituée j car tel fut le nom décent qu'il donna aux femmes desecdésiastiqties* Mai»
iSs ' HISTOIRE (1138)^
il anÎTala nuh suivante que les officiers de
police , en faisant leur visite nocturne, surprirent le cardinal même au lit avec une courtisanedansunemaisonde débauche (i).
Cet incident jeta tant de ridicule sur lui , que son ëminence sortit promptemeut du royaume. Le concile se sc'para, et les canons contre les mariages des ecclésiastiques fu* rent exéciitës plus sévèrement que jamais» Pour prévenir désormais ces révolutions alternatives de concessions et d^empiéte-* mens du pape, Henri envoya William, alors archevêque de Ganterbury^ faire des remontrances à la cour de Rome contre ces abus, et y constater les libertés de l'Eglise anglicane. C'était la maicime ordinaire de tous les souverains pontifes, que, lorsqu'ils échouaient dans quelques unes de leurs prétentions, ils accordaient aux
* (1) On remarquera que Uuntîngdon, qui ëuît •eccUsiasliqae aintî que les autres, sVxcnsa d^o- «er pn^ler a^ec tani de liberté des pères de r£glise; niais il ajoute que le fait était si notoire, qn^il nVtait pas possible de le cacher : tes aper~ iissima nagari non potuit.
Il est cependant sinsçolier, dit Lingard , que Uuntingdon soIl le seul ccrmia çontoaporaia qui fasse meatiou de ce fait.
(llâS) I>^AirGL£T£RE£. ^ l53
princes ou aux ctaLs les droits que ces puissances avaieot toujours exercés , et qu'ils n^ayaîent pu leur ravir. A la faveur de cette adresse ils attendaient un temps plus favorable pour se ressaisir de ce qu^ils sem-
Llalciit abandonner , et prétendaient que le magistrat civil n'était en possession de telle ou telle portion d'autorité qu^ea vertu d'une indulgence spéciale dusaint-si^e.Eu conséquence de cette politique , le pape, voyant que la nation française n était pas disposée à souffrir qu'il accordât les investitures chez elle, avait permis par une bulle que le roi les donnât. Sa sainteté en usa de la même manière pour éluder les plaintes du roi d'Angleterre, nomma rarclievêque de Gan terbury son légat, renouvela de temps en temps sa commission , et prétendit tou-> jours que les droits que ce prélat exerçait comme métropolitain émanaient entièrement de l'indulgence du siège apostolique. Les rois d'Angleterre, et particulièrevient Henri , trop heureux d'éviter ces contestations d'une nature si dangereuse, acquiescèrent communément par leur silence à cette prétention de la cour de Rome (i)*
(i) Lc&U^M à latere, comme od les appelait,
i54 ^ aiiT0UL£ (il 33)
Comme TAngletcrre jouissait de la tranquillité Idrplus profonde , Henri choisit ce moment pour passer en Normandie j où il était appelé par son affection pour cette proirince ^ et par sa tendresse pour sa fille, rîmpératirice Mathilde, qu II avait toujours beaucoup aimée. Peu de temps après, cette
étaient ûne espèce de dopâtes revotas de la pots-
sance du pape daiiii Loiiles les provinces commises à leur charge , et (étaient très-occupës à IVtendre aussi bien cjn'à Pexerccr. lis uoiumaîent k -toufi les béattices vacans^ ils assemblaient des synodes, s^appliquaient à maîntenir les privilèges ecclésiastiques, qol ne pouvaient jamais être pleinement protégés sans qaMls n^empiéfassent anr rantorité civile. S*il se rencontrait quelqiie concurrence on quelque opposition entre ks deux puissances, il était toujours aiis eu principe qae la puissance civile devait céder. Chaque action qui pouvait tenir par le moindre filet à la puissance spirituelle , comme mariages , testametti et flemums •btigatoires » était portée devant la coor spirituelle, et nè pouvait être discutés devant ao^* cun magistrat civil. Telles étaient les lois établies de PEglise : partout où un Icgat était envoyé de Rome îmme'dîatement , i! était crrtaîn qa^il maintiendrait les droits du pape avec la plus grande vigueur. Mais cVtait un avantage pour le roi que Tarchevéque de Canterburj fût nommé légat, parce que les liaisons de ce prélat avec le iroyaumc tendaient à modérer ses fonctions.
(il 35) D^ijrGLETEBBE. l55
princesse accoucha d'un fils qui reçut le
nom de Henri. Le roi, pour assurer encore mieux sa succession à Mathilde , lui fit renouveler par toute la noblesse d^Ângleterre et de Normandie le serment de fidélité qu^ou lui avait déjà prêté. La joie de cet événement et la satisfaction de voir sa fille, qui lui donna encore successiveinenl deux autres petîts-filsy lui rendirent le séjour delà KormaDdie si agréable , qu'il paraissait résolu à y demeurer le reste de lies jours^ lors^ qu une incursion des Gallois Tobligea de songer à retourner en Angleterre* Comm^ il faisait ses préparatifs pour ce voyage , il fut saisi tout- à-coup d'une maladie à Saint-Denis-le-Froment^ causée par unein« digestion de lamproie^ aliment de tout temps plus analogue à son goût qu^à sa constituiion. Il mourut dans la soixanteseptième année de son âge et la trentecinquième de son règne , laissant pat son testament sa fîUe Mathilde héritiçrp de toûs ses états , sans faire aucune mention . de son époux GeolFroi^ dont il avait eu plusieurs sujets de se plaindre*
Ce prince fut un des plus accomplis de > çeiuL qui étaient luontes svix le troue d'A^**
1 56 HISTOIRE (l 1 35)
gleterre (i); il posséda toutes les bonnes qualités de Fesprit et du corps , naturelles et acquises , qui convenaient à son rang. Sa figure était mâle^ son air gracieux; il avait les yeux brillans, sereins etpénétrans; rafiabilité de ses manières ten^pérait ce que sa dignité ou sa profonde sagesse pouvait avoir de trop imposant pour ceux qui dé* siraient d'approcher de lui : quoiqu'il se permit souvent des saillies de gaieté, jamais elles ne passaient les bornes de la prudence,
et jamais il ne descendit li une familiarité indécente avec ses courtisans. La supériorité de son éloquence et de son jugement lui aurait donné de Tascendant sur les autrès hommes , quand même le sort Taurait fait naître dans une condition pi ivee • et son courage personnel Teut fait respecter sans le secours de l'adresse et de la politique. U s'était acquis le siurnom de ùeau
(i) Apres sa iiioit, ses amis le rangèrent parmi les plus sages, les plus magnifiques et les pius braves mon arques de PAnglclcrre^ ses ennemis chargèrent sa mémoire da reproche de cruauté, d**a varice et d'incontinence: l'observateur impartial de nos jours ne veit dans tout son règne que peu de choses dignes de louange. {Lingard.)
( 1 1 35) D^AMGLEX£ERE« 1 57
Cfcrc, c'est-à-dire de savant (i), par ses progrès dans la littérature; mais son application à ses études sédentaires ne dérobait rien à la vigilance et à Tactivilé de son administration. Quoique le genre du savoir de ce siècle fut plus capable de corrompre que de perfectionner Tesprit humain , le bon sens naturel de ce prince lui fit éviter le pédantisme et la superstition qui dominaient si excessivement alors parmi les gens de lettres. Son cœur était également susceptible de ressentiment et d^amitié. Son ambition , malgré ce qu'elle avait de vaste , amait pu paraître raisonnable et modérée, si sa conduite avec son frère et son neveu n avait pas inonlré qu'il était trop disposé à lui sacrifier tout sentiment de justice et d'humanité« Il est vrai que l'incapacité to^ taie de Robert pour le gouvernement fournit un prétexte à son cadet de s'emparer de l'Angleterre et de la Normandie. Lorsque la violence et l'usurpation ont fait faire les premiers pas, la nécessité oblige ensuite un prince d^achever la carrière criminelle
(i) Lingard dit tout uniment que Henri i^^ fut
éuxixoxnjaàé.£cauclsrG ou VEoolUr*
' i58 msToiBE (il 35)
où elles r.ont entraîné , et Tengage à des choses que des réflexions plus sages et des principes plus surs lui auraient fait rejeter avec une vive indignation.
Le roi Henri aima passionaément les femmes j et les historiens rapportent qu^il eut au moins treize cnfans naturels , sept garçons et six filles. La chasse était aussi un de ses amusemens favoris , et il usa d^une grande rigueur contre ceux qui osèrent empiéter sur les forêts royales y dont on augmenta Fe'tendue sous son règne, quoiqu'elles fussent déjà immenses. L^action de tuer un cerf était punie comme le meurtre d'un homme. Le roi faisait mutiler tous les chiens que Ton trouvait sur les hsières de
ses forets. Quelquefois II privait ses sujets de chasser sur leurs propres terres^ ou même coupait leurs bois. A tous autres .égards, il rendait justice, et la portait jusqu^à la rigueur ; maxime la plus sûre que les princes de ce siècle pussent suivre (i).
(i) La %éyénvé que Henri apporta à faire panir les délits fut nu bienfoit réel pmir son peaple,
" car elle contribua naii-seiileinent h (It ii iiii c les voleurs de profession , mais reprima aussi ia rapacité et les violences des barons. Cependant son mérite àeciégardesluèi-éqiiiToqaft, TamUtqa'U
(il 35) D'AHâJJCXfiftlŒ. i ^9
Le Tol emporta d^abord peine capitale sous son règne. Lès faux monnay^urs^ aloiB très^onumms ^ tt €pd aTaîent extrêmement altéré les monnaies ^ furent sévèrement pu* aiB. Plus de ânqttwate criminels de eette espèce furent pendus ou mutiles en une foîs ; et^ maigcé la fiicon arbitraire dont ces diâtimens panmnl être infligés y ils furent trèsr agréables au peuple > {dus attentif à son intâ^ét |iréaeat que jaloux de Tobser^
vation des lois. Il y a un code qui passe sous le nom de Henri i^"", mais les meilleurs antiquaires .s'accordent à ne le pas croire son ouvrage» Cest cependant une compilation trèa-ancienne^ et très-utile pour nous
instruire des mœurs et des coutumes de ces
Ifl
grande distinction entre les Anglais et les
Normands y et fort à Tavantage de ces derniers. Les pactes de famille ou inimitiës mortelles y et les vengeances particulières avouées par les lois saxonnes y furent tou-
sarveillau et punissait les iniquitcs des autres, il ne 96 fallait aucun scrupule de commettre luimême des injustices. Dans les deux css , il n^avatt probablement en vne qu'an seul objet , son propre intérêt* {Lingard.)
l6o HISTOIRE (il 35)
jours continuées , et n^ëtaient pas encore
devenues entièrement illicites* ' A son avènement à la couronne , Henri •
accorda une charte à Londres, qui semble avoir été un premier pas vers la corpora* tion de cette ville. Par cette charte, les ha* bilans étaient autorisés à tenir les fermes de Middelsex à trois cents livres sterlings par an , à élire leurs propres shérifs et leurs magistrats , et à tenir la cour des plaidoyers de la couronne. Ils étaient exempts du scot, du danegelt, des jugemens par combats , et ' du logement de la suite du roi. Ces préro-. gatives ^ cl la confirmation des privilèges de leurs cours à^hastings, des quarteniers et common'halls , jointes à la liberté de la chasse dans les forets de Middelsex et de Surrey , composaient les principaux articles de cette charte.
(l 1 35) B^ANGLETEBHE. 1 6l