‹ Histoire d'Angleterre, depuis l'invasion de JulesCésar jusqu'à la révolution de 1688Chapitre 8 sur 19 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

£TIËNIS£.

Kyéntmtni d^Etienne & la eonroiitie. — Gnem

aTec r£cosse. — Revokc en faveur de Mathilde.

Elienne fait prisonnier. — Mathilde couronnée. — Elienne rel.^c!iL' de prison, ensuite rétabli ftur le trône. — ConliDuation des guerres ^ civiles. -— Txan s fiction entre Etienne et le prince Henri. — Mort dn zoi.

Daks les progrès de rétablissement de la loi féodale, la succession des mâles aux fiefs avait eu lieu avant que la succession des femelles fût établie. Les états , considérés comme offices militaires et non comme propriétés , ne se transmettaient seulement qu'à tels qui pouyaîent servir dans les armées, et remplir en personne les devoirs et les conditions qui étaient originairement la base du gouvernemenl mais après qu^une continuité de droits héréditaires, pendant plusieurs générations dans une même fa« mille, eut en quelque sorte anéanti ces

idées primitives j les femmes furent ad«

l62 HISTOIEE (ll35)

mises peu à peu à la possession des propriétés féodales. La mcmc révolution de principes qui leur procura Théritagc des biens particuliers introduisit naturellement Fu* sage de les appeler aussi à la succession des états. Le défaut d'héritier mâle, tailt pour la couronne d'Angleterre que pour le duché de Normandie , semblait donc laisser la succession de Henri ouverte à Fimpératrice Mathilde sans aucune concurrence* Comme ce prince lui avait fait prêter serment de fidélité par tous ses vassaux de Fun et de Fautre pays , il présumait qu'ils ne trahiraient pas à la fois le droit héréditaire de sa GJle et leurs sermens réitérés. Mais la façon irréguUère dont il avait luimême acquis la couronnepouvait l'instruire que ni ses sujets normands ni ses sujets anglais n'étaient capables de se conformer à une règle stricte de gouvernement} et comme plusieurs exemples de cette espèce déjà donnés paraissaient autoriser de nouvelles usurpations , il avait raison de crain* dre, dans sa propre famille même, quelque entreprise sur les droits de sa Hile^ qu'il avait tant pris de peine à établir.

Adek, fille de GuiUaumâ-le-Conqué-

{ll35) D^i^OLEIE&BE. 1^3

jraiiti mariée à Etienne (i)> comte de Blois, en avait eu plusieurs fîk. Etienne et Henri^ les deux plus jeunes, inyités par le feu roi de passer en Angleterre , s^y rendirent* Ce monarcjue les combla des honneurs, des richesses et des grâces que son ardente amitié prodiguait à quiconque savaitluî plaire ^t mériter son estime. Henri , qui était engagé dans l'étiHt ecclésiastique*, obtint Fabbaye de Gla|Jenbury et l'évêché de Winchester* Quoique ces dignités fussent considéraLles , Etienne son frère tînt des libéralités de sou oncle des établissemens encore plus durables et plus solides. Le roi l'avait marié à Matliilde, fille et unique héritière d'Ëustache^ comte de Boulogne; elle lui apporta eu dot , non-seulement cette souveraineté féodale en France, mais aussi des possessions immenses en Anglesterre f que , dans le temps du partage des terres dc^ ce royaume , GuiUaume-le-Gon^ quérant avait confcrccs à la maison de Boulogae. £t,ienuç acquérait de plus par ce mariage une nouvelle alliance avec la famille royale d'Angleterre, puisque Marie, mère de sa femme ^ était sœur de David ,

(i) Vûyeftfold^mgéaéalogîqae.

l64 HISTOIRE (ll35)

alors roi 'dTcosse, et de Matbilde, la première femme de Henri, mère de Timpératriée. Le roi, persuadé qu'il fortifiait sa maison par ragraodissement d'Etienne, prit plaisir à renrichir de nouveaux hien^ faits ; il lui donna la confiscation des vastes terres de Robert de Mallet en Angleterre, et cdlejies biens du comte deMortagne en Normandie. Etienne s^mpressa de signaler sa reconnaissance em marquant le plus grand attachement à son oncle ; il parut même si dévoué aux intérêts de Mathilde, que , lorsque les barons jurèrent fidélité à cette princesse, il disputa à Robert, comte de Glocester, fils naturel de Henri, Thonneur d'être admis le premier à lui donner ce témoignage de zèle. H s'efforça en même temps de cultiver par tous les moyens possibles l'affection de la nation anglaise j et les vertus qu'il paraissait rassembler favorisaient le succès de ses intentions. Sa bravoure , son activité et sa fermeté lui captivèrent l'estime de la noblesse ; sa générosité, son accès facile, gracieux et fami* lier, mérite rare alors parmi les gens de son rang, lui atliièrent l'amour du peuple, surtout da celui de Londures* Quoique

(ll35} D^ANGLETEBUfi. t65;

Etienne n^osât risquer des pas plus hardis pour arriver à la grandeur où il voulait atteindre, et qu^il craignît la défiance d'un prince aussi pénétrant que Henri^ il espéra toujours qu^en accumulant des richesses et du crédit, et en se faisant chérir du peuple, il pourrait un jour s'ouvrir le chemin du tr6ne. • '

Henri ne fut pas plus tôt expiré, qu'Etienne, oubliant les devoirs de la reconnaissance et de la fidélité , et fermant les yeux sur ses propres périls , s'abandonna ' tout entier à son ambition criminelle. Il compta que , sans avoir dressé précédemment'aucune batterie, la célérité de ses dé- * marches et la hardiesse de son entreprise triompheraient du faible attachement que ^ les Normands et les Anglais de ce siècle conservaient pour leurs lois et pour les droits de leur souverain. Il se hâta donc de se rendre en Angleterre ; les habitans de Douvres et ceux deCanterbury, instruits . de son dessein, lui fermèrent leurs portcsj mais sans s^arrêter il continua sa route jusqu'à Londres, cil quelques gens du bas peuple , excités par ses émissaires et par raffiection g^érale qu'on avait pour lui,

i66 misToiRB (il 35)

le saluèrent roi sur-le-champ. Son premier soin fut àe s^assurer de la bonne volonté du clergé, et, en procédant à son couronnement , de se mettre en possession da

tronc , duquel il se flattait qu'ensuite oa ne Texpulserait pas aisément. Son frère, rérêque de Winchester, lui fut très-utile dans cette occasion importante , et lui gagna Roger, évêque de Salisbnrj« Ce prélat, qui devait sa fortune prodigieuse et son avancement aux bontés du ieu roi ^ n'en conserva pas pins de reconnaissance pour la famille de ce prince, et, s' unissant àlevéque de Winchester, sollicita Guillaume, archev éque de Canterbury , de remplir les fonctions de son ministère , et de couronner Etienne. Le primat , lié comme tous les autres par le serment de fidélité qu'il avait prêté à Mathilde, refusa de faire cette cérémonie. Mais sa résistance fut vaincue par un expédient aussi déshonorant que les autres moyens par lesquels cette grande révolution s'opérait : Hugues Kgod j grand-msdtre de la maison du roi , allirma , en présence du primat , qu au lit de la mort Henri lui avait confié qu'il était mécontent de Timpératricc sa fille, et qu'il

Çll35) D'AJfGLETEJWE» 167

Toulait que le comte de Boulogne héritât de tous ses états*. Soit que Guillaume cr&t ou feignît de croire le téiiioignage de Bigod, il sacra Etienne et le couronna. A la faveur de cette cérémonie religieuse , sans avoir Tombre d'un droit héréditaire y et sans y suppléer par le consentement de la noblesse ou du peuple, ce prince fat autorisé à prendre les rênes de Tétat. Très^ peu de barons assistèrent à son sacre; mais il n y en eut poiut qui s'opposassent à son usurpation, quelque injuste et quelque notoire qu'elle lut. L u sentiment de religion, souvent peu eiiicace pour fortiher les deyoirs de la société civile quand il dégénère en superstition, l'emporta dans cette occasion sur les sermens multipliés qu*on avait faits à Mathilde , et soumit le peuple à un prince dont le seul titre était d'être appuyé du clergé, et d*avoîr reçu Fonction royale des mains du primat (i).

(1) On attachait tant d'importance aatrefoîs à la cérémonie du sacre, que les écrivains moines ne donnaient jamaii le litre de roi k aacun prince tani quM n'était pas eonronne, qncHcja'il eût quelquefois é\é en possession da trône, et exercé tODS les droits de la souveraineté*

i68. * nsToniE (ii35)

Pour affermir davantage son trône chancelant, Etienne accorda une charte à ses sujets , dans laqm^Ue il faisait les promesses les plus Ubérales à tous les ordres de Tétat; au clergé, de remplir promptemcnt tous les bénéfices vacaos, et de pe jamais ea prendre le temporel pendant leur vacance; à la noblesse, de ne plus Finquicter sur le droit de chasse dans les forets qu^elle possédait ; et au peuple , de supprimer Fimpôt du danegelt , et de remettre en vigueur les lois d'Edward. Le feu roi avait un trésor considérable à Winchester , qui se montait à 100,000 liv* sterling :'£Uenne se saisit de cet argent , et tourna contre la famille de Henri la précaution même que ce prince, avait prise pour en assurer la grandeur et la force ; événement qui résulte ordinairement de la politique de thésauriser. Avec ce secours Fusurpateur acheta la docilité^ si ce ne fut Fattachèment , des principaux du clcrgc et de la noblesse. IMals , ne se fiant pas encore à cette fragile sûreté ^ il lira du continent, et surtout de la Breta* gne et de la Flandre, un grand nombre de ces soldats indisciplinés et vagabonds que la mauvaise police générale et les gouverne-

(l 1 35) B^ilTGXJnBBU* 1%

mens tarbulens del^urope rendaieot nom-

breux dans toutes ces contrées, Etienne hérissa donc , pour ainsi dire, son trône de la pointedes épees de ces troupes mercenaires, et, empruntant encore les armes de la religion pour imposer à tous les mécontens,

se procura une bulle de Rome qui ratifiait son élection. Le pape, voyant ce prince en possession de la couronne, lui accorda d'autant plus promptement et plus volontiers ce nouveau titre , qu^il était trèa-content qu'on eiit recours à son autorité dans des contestations civiles.

Mathilde et Geoffroi son époux étaient aussi malheureux en Normandie qu^ils Tavaient été en Angleterre. La noblesse normande, animée d'une haine héréditaire contre les Angevins, implora Tassistance de Théobald , comte de Blois , et frère d'Etienne. Mais lorsque les grands seigneurs normands surent ensuite qu'Etienne avait acquis la couronne d'Angleterre, la plupart d'entre eux , ayant les mêmes raisons qu'autrefois de souhaiter que le duché continuât d'être annexé à ce royaume, transférèrent leur bonne volonté à ce monarque , et le mirent en possession de leur gouverne- 3« lo

17a munùM (tt^)

menu Loois-leJeime , alors iN>i de Franoa^

accepta riiommage cVEustaclie, fils aine d'Etienne, pour la Normandie jet, afin de resserrer son union avec cette maison , ao»» corda sa fille en mariage à ce jeune prince. Le comte de Blois abandonna toaU» ses préteiilions pour une pension dedeux mille marcs , et Geoffroi même fut oUigé de consentir & une trêve de deux ans , k oondkioa que le roi lui paierait annuellement cinq mille livres sterling jusqa^àsen expirailiin» Etienne , qui était passé en Normandie , termina lui-même tous ces arrangemeos , et retourna immédiatement après en Angleterre, •

Robert, comte de Glooester, fils naiu* rel (lu feu roi, était un homme habile et rempli de sentimens d'honneur. Gomme A " embrassait avec chaleur les intérêts de sa sœur j\Iathilde , et qu'il montrait un zele ardent pour maintenir la succession de la couronne en ligne directe, c'était principalement de ses intrigues et de sa résistaaœ que le roi avait raison de craindre une uouvdle révolution dans le gouvernement.

Lorsque ce seigneur apprit Tavénemeai d'Etienne ^ il tut lort embaiTas^é des me<*

(l i 35} D'ANaL£.TERIl£. 1^1

lOfes derail |»reodre dftiis celte eiiv

c^nstâuce critique: jurer fidélité à Tusur* licteur lui paraÎMait une acti^p honteuse , Ikprès avoir fait un pareO. sertaent à Ma^- ^^ûldej^mais refuser ce gage de son obéisêance au souverain actuel , c'était se bannir d'Angleterre, et se mettre tout-à-fait hors d*état de servhr la famille royale^ et de contribuer à son rétablissement. Il offrit à Etienne de lui rendre foi et hommage , mais sous la condition expresse que ce monarque maintiendrait tout ce quHl avait Hipulé, et ne s'emparerait jamais des droits ou des dignités de Robert. Etienne ne se <Ussimula pas que cette réserve, si inusitée m eUe-mème et si peu convenable de la part d'un sujet, fournirait seulemenl à Robert un prétexte de se révolter à la pre«mière occasion favorable ; cependant il fut ;^gagé par le grand nombre d'amis et de créatures de ce seigneur à recevoir son hommage motivé en ces termes* Les ecclésiastiques , qui ne permettaient qu'à peine qu^on les regardât comme sujets de la couronne, foivirent ce dangereux exemple* lis ajoutèrent à leur serment de fidélité qu'ils ne i^ta tiendraient .liés qu'aussi long^temps

1^2 HISTOIRE (l ï 36)

que leToi protégerait les immunités et la

discipline de FEglise, Les barons exigèrent encore pour le prix de leur soumission des conditions plus contraires à la paix publique et à Tautorité rojr^ale. Plusieurs d^entre eux demandèrent qu'il leur fàt permis de fortifier leurs châteaux, et de se mettre ainsi en ^t de défense ; le roi se vit forcé de consentir à cette demande indiscrète. Toute TAngleterre fut aussitôt remplie de ces forteresses; les grands y mirent leurs vassauit en garnison , ou ces volontaires vagabonds qui venaient s'offrir à eux de toutes parts. Le peuple fuL vexe et pille pour fournir à Tentretien de ces troupes j les dis* sensions particulières , que les lois avaient eu tant de peine à réprimer, éclatèrent sans contrainte, et firent du royaume un théâtre cotilinuel de meurtres, de brigandages et de dévastations. De tous cotés les grands se déclarèrent une guerre furieuse. Les baions s'arrogèrent jusqu'au droit de battre monnaie et d^exercer une autorité souveraine et sans appel. La noblesse inférieure et le peuple , ne trouvant plus de protection dans les lois pendant cette dissolution entière du gouveniement | furent

Digitizeo Ly ^oogle

(il 36) d'aiîgleterre. ' i.jS

obligés, pourleur sûreté 9 dé faire la cour

aux chieftains les plus puissans de leur voisinage ; et d'en acheter Tappuî en se sou-* mettant à leurs exactions , et en secondant leui*s rapines sur les autres. L'érection d'un cMteau devint la cause immédiate qui en fit bâtir plusieurs j les seigneurs qui n'en obtinrent pas la permission du roi se crurent autorisés, parle grand principe delà défense propre y de se mettre sur le même pied que leurs voisins , qui étaient communément aussi leurs ennemis et lems rivaux* Le pouvoir ari^ocratique, si oppressif dans les gouvernemens féodaux, se déploya dans tous ses excès ; aucune digue ne lui pouvait être opposée pendant le règne d'un prince qui 9 malgré sa vigueur et son habileté, ayant usurpé le trône sans le moindre titre, était contraint de tolérer dans les autres la même vio]lence dont il s'était servi pour y monter.

Mais Etienne n'était pas d'humeur à souffrir long-temps ces usurpations sans faire quelques efforts pour recouvier son autorité. Gomme il éprouvait une juste ré^ . sisiancc aux prérogatives vraiment .légales de sa couronne , et qu'on ne tendait qu'à

174 «ifniM (tr36)

lot f eiraoeher ^ il ftil tealé & ioa tour de ne prendre que son pouvoir pour lUesuBa de m Qoaduifce { il r^ltit ^iokr tout^ les temoMions qu'on lui wm% éxlMquëet à sdn aténemeni au ir^nOi et de ne pat respeefcor davantage les pfinlëge» anmeua et cof^flrmcs de ses sujets : leâ irOupes mel^ «emires^ aoa prkM^fHd appui ^ «ubsîëiefiait de {h3la^ apiràl t?oir éfmêé lei finanoea ^ et tOHt le royaume retentit des jointes lea mmm fond^ coi^re ràdfl^niMMîoa* lie

comte de Glocesler , a jant formé ]e plan d'une révolte avea aei amis y se i:eûra audelà de là meTf envoya im défi au roi, re« nottça 0ol«nelleiûent à son obékit^ce | et lui ttprocha de n'avoir i«iBf»li iMioune des

conditions auxquelles il lui avait fait ser-»

mmi ét âdétilé. Davidi roi d^E^mêe^ paraftèla teM d'mieeattée pwr aoulenirlea

droits dé sa nwçs» <$t^ péntMftt d^n§ le ïof kshire , ravagea cette province W9a la dernière barbarie, de sa cruauté

krila la noblesse du côté du nord^ ^'aveo plu de modUralion il aiiraii pn engager fc #e joindre à lid^ WiUiam^ comte d'Albemarie , William Piercy ^ Robert de BniM^ Tioger de Mowbiaj, ibcrt Lacji Wall^

d'Espec , barons puissaiis dans ces contrées y prirent les armes , allèrent camper à Norlh<»Allenoii ^ et attendirent Tennemi* Il s^y donna une fameuse bataille appelée Im bataille de TEtendard , d'un crucifix que les Anglais avaietit élevé sur un chariot ) et qu'ils conduisaient au milieu de leur armée comme une enseigne (i). Ils mirent le roi d'Ecosse en déroute ^ et firent un carnage horrilde de ses troupes. Ce prince même et son fils pensèrent tomber entre les mains des Anglais* Ce succès

imposa aux mécontens d^ Angleterre , et aurait affermi Ëûenne sur son tr6ne , s^ ne s'titait pas eniTrë de sa prospérité jusqu^à s'engager dans des contestations avec le deigé , corps si redoutable alors , qu^au** cun roi ne pouyait se trouver à forces égales tN>ntre lui%

Quoique dans ces temps reculés la puis* iànce de TEglise affaiblit Tautorité de la mwonne et interrompu le cours des lois y il est incerlain si , au milieu de ces siècles ^leg^ux^ ce n'était pas un avantage que le

(i) Au centre de la croîx, se ttoaysit une boite d'argent <pii contenait k saint^sacrement.

pouvoir de Vépée eut des bornes , soit qu^elle fût entre les mains du prince ou de la noblesse, et s'il n'était pas nécessaire qu^on apprît aux hommes à respecter quelques principes. Mais , par malheur , à la moindre occasion les prélats agissaient comme les grands , employaient des forces militaires contre Icm- souverain et leurs Toisins , et par là augmentaient les désor^-» dres qu'il était de leur devoir de réprimer. L'évêque de Salisbury , à l'exemple de la noblesse , avait bâti deux châteaux forts ^ l'un à Sherburii , Tautrc ;i Devises, et jeté les fondemens d'un troisième à Malms* bury* Soii neveu Alexandre , évèque -de Liucoln , avait construit aussi une forteresse à Newark : Etienne , instruit alors par son expérience des inconvénicns dangereux de tant de citadelles, résolut de commencer par détruire celles du clei^é , qui y par état , devait avoir moins de droits que les barons à ces places de sûreté , seu«

le m ont convenables aux gens de guerre. Le roi prit donc le prétexte d'une rixe qui s'était élevée entre les gens de l'évêque de Salisbury et ceux du comte de Bxetagae , fit arrêter ce prélat et Tevêque de iiinco)n,

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( 1 1 3q) J>'jkHGI£T£RAE. 1 7 7

les tint en prison, elles contraignit par des menaces à lui remettre les deux places fortes qu'ils Tenaient de bâtir*

Henri, évéque de Winchester et frère du -roi, armé dVne commission de légat ^ conçut- le dessein de s'ériger en souverain ecclésiastique , et d'être aussi puissant que Je soùyerain civil« Au mépris des liens du sang qui rattachaient à Etienne, il résolut de yenger les privilèges de TEglise , selon lu! violés ouvertement dans cette occasion. Il assembla un synode à Westminster , et s^y plaignit de Fattentat impie que- le roi avait osé faire aux immunités des dignitaires de FEglise j sans attendre la sentence d'une cour spirituelle, qui seule pouvait les juger et les condamner légitimement ^ si leur conduite était répréhensible. Le synode hasarda de sommer le roi de compa* raitre en sa présence y et de justifier les mesures qu'il avait prises. Etienne , au lieu de châtier cette témérité y envoya Aubrey de Yere plaider sa cause devant rassemblée ( I ) : de Yere accusa les deux prélats de trahison et de sédition ; mais le synode

(i) Liogard rappelle Albéric de Ycrc. .

I^jd Hl&TOI|kl!^ (l 139)

if^ttsa de jtifcr k yforts 1 el mime J^emh

miiler leur conduite ^ jusqu^à ce que les châteaux dont on le» ftTàil dépossédés kttr ftlsSeoi rendus^ L'évèque de Salisbury appela au pupe C^U ^^(6 aiSaire allait en i^enir dernières extirémhée entre k couronne et la mitre | si le roi et se$ partiitae it'à¥aient pas eu recours a« raenaceiy ei ne s'étaient pas montrés disposés à lucdber des soldats sur ces rebelles.

Tandis que cette alterGaCion ^ jointe à taut d'autres griefs^ augmentait les méeonfentemen» du penj^e, Timpéralriee ,

invitée par Toccasion , et seci'èteraent encouragée par le légat même » passa en An^ gleterre aVec Robert, comte de Glocestef, et suivie de cent quarante chevaliers* Elle fixa la résidence an château d'Arundel^

dont Adélaïde , reine douairière , nouvel-

leti^nt remariée à Wiiham de Albint|

ooflite de SuMx y lui OteniC les portes* «

<t) 8«loA Lin^rd, et Au Albérie Ijfoi se ap<pelà au jmpe , au nom dT.iicnne , en defendatit

au concile, sous peine dVncouru la disgrâce du roi , de proce'der ultérieurement. Les chevaliers alors tirèreat leur cpéei €t le lëgat rompu Tas* temblée.

(llSg) D^AIiaLETEBBE. I^^

9e là , ffl^itl agir «es ëmimtires, ffle eï«

mta ses partisans à se soulever dans toutes lès provioces. Addaide , qui s'attendait que sabellc-mère allait envahir le royaume avec des forées beaucoup plus considérables, ^effràyabientfttdadangerobélles^ex»»

posait eUe^méme en la recevant* M athilde, pour la tranquilliser, alla d'abord à Biistol, qui appartenait k son frère Robert , et ensuite à docester, ou elle restait sous la prolee^on de Miles, braire gentSfbonmie de c^te province, qu elle avait mis dans ses intérêts* Peu de temps après , Oeeffrei Talbot , William Mohun , Ralph Lovel , W4|li«|i Fitz-John, WiUiam Fit^-Alan , Paganell, et plusieurs antres barons, se dé» clarèrent pour elle ; et son parti , déjll favorisé généralement dans le royanme^ parut prendre chaque jour de nouvelles forées contre celui de son adversairet

8i nous rapportions tous les événemens militaires ^ui nous sont transmis par les historieps contemporains fes |dtts graves , il serait aisé de boursoufler rhistoire de ce rigtie ^asq!i*à lui donner 1 -ét^ndne d^HiH gros volume ; maïs ces faits, peu mémorables en eux-mêmes y et si confus k T^arâ

l8o BISTOIBS (1^39^

des temps et des lifeux , u'iastruiraieat ni n'amuseraient le lecteur* Il suffit de dire que la guerre s alluma de toutes parts : la noblesse séditieuse, qui -avait déjà secoué en grande partie le joug du gouvernement, se trouvant alors le prétexte de la chose publique , redoubla ses déprédations avec fureur, déchira son propre sein par les vengeances implacables que les grands se. permirent les uns contre les autres , et opprima le. peuple sans ménagement. Les châteaux forts des différcns seigneurs devinrent les réceptacles d'une foule de brigands qui , faisant des sorties jour et nuit, saccageaient les campagnes , les villages et même les villes, et tourmentaient dans les tortures les malheureux quHls avaient enlevés pour savoir oii était leur argent , les réduisaient à Tesclavage, les vendaient en conséquence, et mettaient le feu à leurs maisons après les avoir pillées. L'emporte^ ment de ces forcenés nuisait lui-même à leur avarice , en les entraînant à détruire de gaieté de cœur ce qui aurait pu les enrichir. La nécessité les contraignit bientôt à traiter comme le rest^ des habitans du • royaume les biens et les personnes des ec*

Digitizeo lj vjOOgle

(tl4o) D^ANGLETEBRE. l6l

clésiastiques I en général si rcvéïcs. Les terres demeurèrent sans culture , les in*

st rumens du labouraj^e fureuL brises ou abandonnés j une famine horrible , effet naturel de ces désordres , désola également les deux partis, et réduisit les pillards^ aussi bien que le pauvre peuple ^ k la plus extrême misère.

Après plusieurs négociations et plusieurs traités de paix inutUes, qui n'inten*ompaient seulement pas ces ruineuses hostilités, il arriva wfï dernier événement, qui parut annoncer la fin des calamités publiques. Kalph, comte de Chester ^ et son frère utérin , William de Roumara , tous deux pai^tisans de Mathilde , ayaient surr* ' pris le château de Lincoln ; mais les citoyens, plus affectionnés à Etienne, l'appelèrent à leur secours y et ce prince as* siégea la place , dans Téspoir de la prendre d'assaut ou par la famine. Le comte de Glocester accourut de son c6té avec une arnicc j^our dégas^er ses amis : Etienne^ informé de son approclie , s'avança vers lui dans Tintention de lui livrer bataille. Après un choc violea^, les deux ailes de l'armée royale furent mises en fuite ; et le 3. Il

î8i msTOiBtt (u40

roi; eavironué d'ennemis ^ après avoir lait des prodiges de Valeur^ se troorya enfin accablé par le nombre ^ et obligé de se rendi^e prisonnier. On le conduisit à Glo^

ccstcr j et quoique d'abord on le traitât avec humanité y peu de temps ensuite on le mit en prson sur quelques soupçons ^ et on le chargea de chaînes.

Le parti d^Ëtienne fut entièrement

' abattu par la détention du chef, et les barons vinrent de toutes parts rendre hom* ms^e à Mathilde. Cependant cettè prin-* cesse I au milieu de sa prospérité , ne se dis^nnilait pas que ses succès ne pouTaient être assurés quelle n'eût acquis la confiance du clergé : comme la conduite ambiguë du légat prouvait plnt6t le dessein d'humilier son frère que celui de le perdre, Mathilde employa tous ses soins à fixer ce prélat dans ses intérêts. Elle eut une conférence avec lui dans une plaine près de Winchester , où elle lui promit avec serment que, s'il voulait la reconnaître poiîr scHvéraine^ et acquiescer ait

droit qu'elle réclamait , comnie seule descendante du feu roi , et lui renouveler Ic

lerment de fidélité qu^dte «mt déjà reçu

(ll4l) D^AflGASnUE. tdè

de lui^ ainsi que de tout le rojaume , elle

le placerait à la tête de radminislration , en reconnaissance de ses bous oliices , et lui laisserait disposer à son gré de tous les évêchés et de toutes les abbi^s qui vien- -draielit à vaquer* Le comte Robert , frère de Mathildc, Briant Fitz-Count, Miles de Glooester et d'autres seigneurs se rendis fmt garans de ces promesses , èt le prélat s^engagea de son côté à ce qu'on exigeait de lui , mais toujours sous condition que Timpératrice lui tiendrait parole. II raccompagna donc à Winchester, la conduisit en procession à la cathédrale, et ayeo la plu3 grande soleuiiité, en présence de plusieurs évêques^et abbés, prononça des ïiialcdlclioiis sur quiconque eu laisserait

en faveur de ceux qiii la béniraient; donna

Vabsolutiou aux sujets qui consentaient à lui ebéir^:et excommunia ceux qui lui seraient rebelles. Tlicobald, archevêque de Cantei^urj, arriva aussitôt à la cour, et prêta^serment de fidélité à cette princesse% Pour s'assurer encore davantage de Fat- MipllumoM 4es ecdéstastiquea, Mathild^e T<^{llHtl«ceYOi<'lsi çQtiJi oune de kui$ mains ;

l84 BISTOIEE i^H^)

au lieu d'assembler les états du royaume, formalité que les constitutions de Téta t au*raient reodue nécessaire, si elles eussent été fixées ou respectées, l'impératrice se con.tenta q#le lé^t assemblât un conseil ecclésiastique , et que ses droits au trône y fussent reconnus et confirmés. Le légat dit, dans un discours adressé k rassemblée, qu^on avait permis à Etienne , son frère , de régner pendant Tabsence de Mathilde ; qu'avant de monter sur le tione, ce prince avait séduit le clergé par les belles promesses d'honorer et (rexaltc r TEglisc , de maintenir les lois, de réformer les abus ; . cfue lui, légat, avouait avec douleur qu'Etienne avait trahi ses engagemens à tous égards; que la paix publique était troublée; que toute espèce de crimes se commettaient cbaque^our impunément ^ qu'on jetait les évêques en prison, oà ils étaient forcés de céder toutes leurs propriétés; que Ton vendait les abbayes à l'enchère ; que l'on pilkût les églises, et que les désordres les plus énormes étaient autorisés ou exercés par l'administration ; que, pour y* remiédier , il avait déjà sommé le roi de comparaître daw m concile d'évêqnes j

( 1 1 4 1 ) D^AN aiiETE&AE» 1 85

tpi^m Uea de l'amener par ce moyen à

réformer sa conduite , il n'avait réussi qu'à . l'offenser ; que ce prmce , malgré ses éga-» remens, était toujours son frère et l'objet de son affection ; mais qu il se croyait obligé d'en sacrifier les intérêts à ceuic .de leur père céleste, qui rejetait Etienne, et le livrait entre les mains de ses ennemis ; que le droit d'élire et de sacrer les rois appartenait au clergé 3 qu'il en avait con* Toqué une assemblée pour cet effet , et ^ qu'après avoir invoqué Tassistance divine (i)^ il nommait Mathilde reine d'An*-

(i) De la doctrine d^nne providence sapréme , la piété de nos ancêtres avait tiré la conclasion tfès-Gommode , mais inconsidérée , que la snccès est une indicatien de la Tolomé divine , et qu'en

cousc-quence résister h un compctileur victorieux, c'^est résister au jugement du ciel. Ainsi quand Tambition d'Etienne s'est empare'e du sceptre qui avait été assuré à Mathilde , on a dit que c'était Ia;£rosîdènce qui le plaçait dans ses mains ^ et actaellement qu'il est prisonnier de Ja même pnnçBsse^ c^est encore la même Providence qui le déctare indigne de le porter. Plnsienrs exemples do cette nature se picsciUcnt au lecteur qui est familier avec les e'crivains du moyen âge. Il était nécessaire de faire mention de cette doctrine , parce qu'elle sert à expliquer la facilite avec laquelle les honunes s'arrangeaient de chaque re*

i86 Hi^owm (u4ï)

gleterre» c^mwe mAù àe^nà^^i» do Henri, leur dernier souyerain^ Tous les membres du eonseU, par leurs ^cdama-.

tioQS ou par leur sflenoe^ doui^èreut parurent donper lew consePt^Pl^at ^ w ' choix (i).

Les seuls Liïqiics admis à cette assemblée furent les députes itpudr^ 9 encore leur reocmmanda^t-oQ 9 bob paa de dire lnw avis y' mais de soumettre aui^ déçi'^ts qu'on f rendrait» Çependaai ce$ dé|i^té$

ne s'en tinrcot pas à un personnage si passif j ils demandèrent iu^^taoui^eut que le i^cii fïkt délivré de prison : mais le légat réppndit quil était indécent k des citQjeus de Londres 5 regardés en Angleterre comuiQ

de niveau avec la noblesse, de s'associer au ' parti des barons, qui cependant avaient eux-mêmes abandonné leur maître dans le combat 9 etd'aillems traité la sainte Ëglïie avec tant de mépris. G' était à juste titre que

voliition , que la cause en fût bonne ou mauTaise. { Lingard. )

(î) William MalmsbQry» auteur pentemporaîu » homme judicieux , était présent , et dit qu'il fut

très-attentif h. ce c£ui se passa. Ce discouis pcu^

(il 4^) D'AMUErnM. f%

les^itpyewdeLoudre^ sWj^ogsaicnt beau»

coup de pcétenlloiis , si ce que Fitz-Ste^ pbea^ auteur coutcmporain^ xapporte est Txai y que cette ville pouvait mettre aloif

en campague quaUe-vingl mille p<HX^at^ tans (i).

Malgré sa puissanoe et son attacbemeuC pour Jb^tieune , elle fut enfin obligée dis ae fiouiôettre k Mathilde^ dont Tautonté^ étayée de la conduite prudente du comte Kobert, parut s'établir sur toutlexoyaumef Au désavantage de son sexe , qui ansdUissaitson empire sur u^.peuple muiia et hel^ liqueux, cette princesse joignait euooM celui d'avoii' un caractère emporté, dur et impérieux y et ne savait jamais tjevtpérer par un aii- affable Tamertume d'un refus. La reine y épouse d'Etienne , secondée de plusieurs grands de la cour, sollicita la lir berté de son époux, et promit à Mathiide qu a cette condition il i:enoncerait k la xsou^

(i) Si Von pouvait sV>n rapporter à compte^ il faudrait qu^alors Londres «ût contenu près de «piatre cent niille hafaitans , ce qui seraitle donbla de ce qu'elle «n eontenaît à la mort Â'Hisabetli» liais €«• calmile faatanlës^ ou plutôt ce« coiqeo!f

Mnne , et retirerait daiis un couvent*

Le légat demanda quçle prince Eustache, son neveu, put hériter de la Bourgogne et des autres biens de patrimoine de son père. Les citoyens de Londres présentèrent une requête pour obtenir le rétablissement des lois d'Edward, au lieu de celles du roi Henri , dont ils ne pouvaient , disaient-ils, supporter l'oppression. Mais Timpératrice refusa toutes ces grâces avec autant de hauteur que de despotisme.

Le légat, qui vraisemblablement n'avait 'jamais été son partisan sincère, mit à profit la mauvaise humeur qu'une conduite si impérieuse avait excitée, et fomenta secrètement Fesprit de révolte à Londres. Il j eut une conspiration formée pour se saisir de la personne de Fimpératrice y qui n'écliappa qu'a la faveur d'une fuite précipitée. jËlle se réfugia à Winchester, où le légat, voulant sauver les apparences, et attendre une occasion plus sure de la perdre, la suivit aussitôt. Mais lorsqu'il eut rassemblé tout son monde , il joignit ouvertement ses forces à celles de la ville de Londres, ainsi qu^aux troupes mercenaires d'Etienne , qui n avaient pas encore éva-

( 1 1 47) D'AWGtETEftBB. 1 89

eue le royaume, et assiégea Mathilde. Cette princesse , vhrcincnt pressée par la disette des vivres, sortit furlivement de la place j mais y en accompagnant sa fuite , le comte Robert , son fière , tomba entre les mains ' des ennemis. Ce seigneur , quoique sujet y était auiant ]a yie et Famé du parti de sa sœur qu'Etienne pouvait Fètre du parti contraire : elle sentit assez le besoin qu'elle en avait pour consentir à Péchange de ces deux prisonniers à des conditions égales , et la guerre civile fut encore rallumée avec plus de lùrie que jamais.

' Le comte Robert , voyant que les succès de part et d'autre se balançaient presque également, passa dans la Normandie , qui s'était soumise, pendant la détention d'Etienne (1), au comte d'Anjou, et engagea Geoffroi à permettre que son fils aîné Henri, jeune prince de grande espérance, vînt en Angleterrre se montrer à la téte des partisans de Matliilde. Cependant cet expédient ne produisit rien de décisif. Etienne prit Oxford après un long siège. Il fut mis en

(x) Etienne avait <^tt^ ëcliangc contre Robert, comte de Giocester j et xeada à la liber te. ( Linr gard.)

igO BIST01BE (ll4^)

4érout€ il Wiltra par Jio}>ei:t; elVimpéra:; tricc , malgré $on courage mâle , fatigueo des \ici3$iLudcâ 4^ 1^ j&^rtime, alarmée dangers où sa personne et s^ fapiille #ts|ient çoatiuuçUeiueQt exposées , se retira enfin en Ifonnaudie , en l^iis^nt le ¥^i)i^

de ses afïïiires à son frère. La n^ort dp ce; seiguegir I si v^a^f; et si fidèle , af dyi^e peu. jdc temps ^pvè§, adroit é\é fatale m% w<ér rets de cettj? princesse, si }^ ^yéaeii^e]^ )a suivirent n'^ssent pa^ troublé l(? cp^

de la rciiLiissante prospérité d'Etiepne. (Je prince, s'aperce vant ^ue ljesphàt^au:^.f9;|f|;^i bâtis par les grande de sou pi'^^pi^e parti , eiicourageaient l'esprit d'iudépeudaapp, H^ëtaient guère moins à çraiudre qT),e peui; qui restaient entre les mains de Tennemi , tâcha de se les faire r.enie^r^ ^ et s'j^lji^i^ Taffiection de la plupart de ces seigneurs par cette demande équitable* yartillerie de TEglise , que son frère avait r^iuieu^e de sou coté après quelque intervalle , re-? passa aussi dans le parti contraire* Ë^.-? gène m, élevé au trône apostolique^ avait retiré 1^ commission de légat accordée à Tévéque de Winchester, pour en revêtir Théobaid, archevêque de Canterbî;ry |

Fennemi et le rival de ce prélat. Le pontife , ayant convoqué un concile général à Reims en Champagne, au lieu de laisser à l'église d'Angleterre, seloi^ Tî^^age prdir^ naire , l'élection de ses propres députés , nomma cinq évêques anglais pour la repriisenter, et exigea qu'ils se rendissent au concile. Etienne, qui, malgré ses embarras actifcls, était jaloux des jdroits de sa (Couronne , défendit à ces évêques de partir; et le pape, convaincu de $pn avantage dans une contestation avec un prince à qui l'on disputait le troue, prit sa revanche en mettant tout le parti d'Etierjnc sous l'interdit. Par cette sentence, chose encore inconnue en Angleterre , le service divin fut défendu , et toutes les fonctions l'eligieuses cessèrent, excepté le baptême des jcnfans et Tabsolutlon des personnes mourantes. Les mécontentemens des royalistes, lorsqu'ils se virent dans cette situation^ s'accrurentparleparallcle des bénédictions de TEglise dont le parti de Mathildc jouissait; et Etienne fut obligé à la fin de plier sous l'autorité du saint-siége, poui' soustraire les siens à l'opprobre du nom d'excommuniés. L'affaiblissement des deux par*

. I gz msTom£ (i 1 5o)

tîs, plus que la diminution de leur haine réciproque, fit cesser le bruit des armes eu Angletérre. Roger de MowbiPay , William de Warennc , et plusieurs autres grands du royaiime, ne trouvant plus à occuper leur Vîdeur chez eux, s'enrolcicnt dans une nouvelle croisade y que , malgré les revers et les malheurs des précédentes, saint Bernard prêcha avec un succès étonnant. Mais il arriva bientôt un événement qui menaça de ranimer les troubles de l'Angleterre. Le prince Henri (i) , parvenu à sa seizième année, désiràîtlTionneur d'être reçu chevalier, cérémonie qu'alors tout gentilhomme subissait trois fois avant de pouvoir porter les armes, et que l'on regardait conmie nécessaire aux plus grands princes. Il proposa à David, roi d'Ecosse, son grandonde, de lui donner Faccolade , et^ pour cet effet, traversa l'Angleterre avec un cortège magnifique, et fut accompagné d'un grand nombre de ses partisans* Il sé«* journa quelque temps auprès du roi d'E-

<i) Fils aîné de Geoâroi^ mari de Mathilde, qui n'avait jamais été pour sa femme qu*ua objet d'aTérsioa , Henri e'tait l'b^riU^r légitime de Ma« tMiâc. (Lingard.)

(ll5l) D^AtrGLÎEEtERBE. 1^

cosse y fit (juelques incursions en Ânglé^ terre , par son adresse et sa force dans tous les exercices, son courage à la guerre et sa prudence dans tontes les occasions « re>-

leva les espe rances de son parti , et développa le germe des grandes qualités qu il fit éclater lorsqu'il monta sur le tr6ne. Im* mëdiatement après son retour en Normandie, il fut inyesti jde ce duché du consentemcnt de IMathilde (i) 5 à la mort de Geoffroi son père, arrivée Tannée d'ensuite, il prit possession de l'Anjou et du Maine , et conclut un mariage qui , en ajoutant encore beaucoup à sa puissance , le rendit très-redoutable à son rival. Eléonore, fille et héritière de Guillaume, duc de Guienne et comte de Poitou , avait été mariée seize ans à Louis vu, roi de France , et Tavait sttÎTi à une croisade où il commandait les troupes chrétiennes contre les infidèles j mais cette princesse y perdit la tendresse de son époux , et fut même soupçonnée de quelque galanterie avec un Sarrasin. Louis, plus dâicat que politique , obtint son di-

(l) Cette princesse s ctait retirée en Normandie pour surveiller le cours des choses , et saisir Iç

premier événement &voiable. (JUngard*)

^94 m^TOiRç ' {ii5i)

yorce > ^Jt renàit à Ë^éonore riehes pror

vinces qu'il avait annexées li la couronne 4e jt'rauQe pardon mariage. Le jeune Uieiui ne fut repoussé ni par la disproportion (l'âge , jqI par le$ bruits répandus au sujet de Taventi^re de cette princesse; il recher^ cha sa main avec succès , Tcpousa six sejaaines appès âou diyofxe avec Louis ^ et st mit en possession de tout ce qu elle î^Jportait en dot. L'cclat qu il reçut de ces yast^es acqu^itipns et la perspective de s^ fortune nais^ute ilient uu tel eilct en Angleterre | jqii^ lorsque Eti^nne^ pour assurer la cpnt- ^'oune à son fils Eustache , voulut le faire sacrer par i^^^rclievcque de Canterbury , ce prâat refusa d^obéir , et s'enfuit hors du j:o^auq)e pour éviter la colère et la ven-« gfi«ifoe4nroi.

Henri , informé de ces dispositions du peup)^ i iil une invasion en An§^eterre| remporta qudque avantage sur Etienne 4 JVIabnsbury , et prit ceiu: place* De là i^ s^avança pour jeter du secours dans Wet lingford, doui le roi s'approchait avec uine armée supérieure pour en former le siège. On s'attendait tous les jours à une action décisive^ lorsque de$ deux côtés lesgrandS|

(il 54) . D'AIfpLETEERE. IQ^

prévoyant ayec h Qrreurle§ fuites Sfiqglantes et fatales oui en résulteraient , interposèrent leurs bons offices, et entamèrent une. négociation entre les dei^x princes rivaux.' La mort d'Eustache , q^i arriva (Jaiis cet intervalle, facilita le tjrai^ié. On cp.n.clut . enfin un acconumodemept , par leqi^el il fut convenu qu'Etici^qe posséderait la çpu- ^9Pnç pendant sa yiej que la justice serait administrée en son nom dans les provinces même spupijses à IJenrij que pe dernier prince , a la mort de l'autre , succéderait au royaume d'Angletefrej et Qjuillaume, fils d'Etienne,* à Boulogne et^ ses autres bjens de patrimoine. Aprè§ que ^^^^iS^ l>arQns .e^;l'ent gara}i)L.i Tobservatiou ae be traité, et rendu hommage à Henri, comme à l'héritier de la couronne , il évaçu^ le royaume. Etienne mourut Tannée suivante, le 7.5 octobre, d'une maladie qui l'emporta en peu de jours; et sa mort prévînt les défiances et les différends qui vraiscmblableme^t auraient été insépaiables d'une situation si délicate. . . . . .

L'Angleterre avait souffert de violente^ calamités pendant le règne de ce monarque : piais a l'égard de son caractère ( eu

ig6 HISTOIRE (il 54)

lui passant T injustice et la témérité de sou usurpation ) , il ne paraît pas mériter de ' grands reproches. Il semble au contraire que sHl eût eu des droits légitimes à la couronne, il était ne pour augmenter le bonheur et la prospérité de ses sujets. In-* dustrieux , actif et courageux au suprême degré , il ne manquait pas d'habileté dans les affaires , possédait supérieurement Fart de se faire aimer. , et , malgré sa position critique y ne se permit jamais de cruauté ou de vengeance. La grandeur souveraine ne lui procura ni félicité ni repos; quoique la situation de FAngleterre empêchât que les états voisins tirassent des avantages durables des troubles dont elle fut agitée, ses guerres intestines et ses désordres domestiques la ruinèrent et la déchirèrent cruellement (i). Ils furent aussi la cause des

(i) Jamais PAngleterrei depuis Pinyasioa des Danois, ne présenta une scène (le misère comparable à celle qui la dcsola sous le gouvcincuu iU

de l'infortune Etienne Telle était la dcsola-

lion du pays , disent deux historiens contemporains, c[Qc nombre de villages et de villes étaient dépourvus d'habitans, et que, dans beaucoup d^endroits, un homme pouvait voyager toute une jouniëè sans découvrir swc sa route ime saulç créatmehamaino. {Idngard.)

( 1 1 54) ]>*Alf ÇLETE&BE. Î97

progrès que firent les usurpations de la cour de Rome ; et les appels au pape , qui avaient toujours été rigoureusement défendus par les lois anglaises, devinrent alors communs dans toutes les coutebtations ecclésî,astiques«

HISTQIEE

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