‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 115 sur 202 · ETIENNE · texte numérisé non relu

ETIENNE

trône. Les prélats renouvelèrent leur serment de fidélité au roi, mais ils y joignirent une clause remarquable : ils jurèrent de lui être fidèles aussi longtemps qu’il le serait lui-même à ses propres engagements Etienne suivit à cet égard l’exemple de ses prédécesseurs : il était, dit Malmesbury, actif mais imprudent, vaillant à la guerre, ardent aux grandes entreprises, doux et compatissant pour ses ennemis, atTable envers tous, facile et libéral en promesses, mais peu scrupuleux quant à leur exécution. Il subit d’ailleurs le joug des circonstances, et reconnut bientôt tous les dangers attachés à l’usurpation d’une couronne, chacun se croyant dégagé envers lui des obligations de la foi jurée au même titre qu'il s’était dégagé des siennes vis-à-vis de la tille du roi Henri.

Il donna d’abord tout ce dont il put disposer et se vit ensuite accablé par des exigences impérieuses auxquelles il n’avait aucun moyen légitime de satisfaire. Des hommes de tout rang et de toute condition lui demandèrent des châteaux, des terres, des |>ensions, des honneurs, et lorsqu’il refusait, alléguant l’intérêt du royaume et son impuissance, ils se retiraient dans leurs forteresses et lui déclaraient la guerre. Los évêques normands, dont un grand nombre étaient des hommes de guerre et qui avaient acquis leurs dignités par des voies mondaines, s’affranchirent durant ce règne de la dépendance où ils avaient vécu jusqu’alors à l’égard du trône, ils foulèrent impitoyablement leurs vassaux et bravèrent

I . Malmesbury. — Le docteur LiriRard a retrouvé celle formule dan» le* anciennes lois saxonnes.

l.IVRE II. CHAPITRE I.

Con «pi talion*.

Révolte*.

l’autorité du prince : Etienne s’efforça de les abaisser après les avoir agrandis, et il eut encore beaucoup d’autres ennemis à dompter ou à punir : tous ceux que la terreur avait contenus sous le roi Henri lâchèrent sous son successeur la bride à leurs passions violentes ou cupides : un certain nombre conspirèrent dans le but de le renverser et de donner le trône à un prince d’Ecosse >, et ils trouvèrent des alliés dans les Gallois et les Ecossais. Ceux-ci firent plusieurs incursions dans le royaume et se signalèrent chaque fois par d’effroyables ravages. Tandis que l’Angleterre était ainsi désolée, la Normandie était également le théâtre d’une guerre sanglante. Etienne y avait jtour compétiteur Thil>aut, son frère aîné, et Geoffroy Plantagenet, comte d’Anjou, mari de sa rivale l’impératrice Mathilde : Geoffroy conduisit dans le duché une armée d'Angevins avec lesquels il s’empara d’une partie du territoire et d’une multitude de forteresses. Au milieu de tant d'ennemis, le roi ne pouvant s’a|>puyer avec sûreté ni sur les indigènes de son royaume, ni sur les barons normands animés contre lui comme d’une rage de révolte *, eut recours à des mercenaires étrangers qui accoururent en foule sous ses drapeaux, surtout de la Bretagne et de la Flandre. L’or seul pouvait les retenir et ils coûtèrent des sommes immenses

4. M. Augustin Thierry voit daus celle conspiration, dont, selon lui. le* Saxons furent les seuls auleurs, un complot général, un mouvement national et le dernier effort de la race des vaincus contre le Conquérant. Cependant la plupart des auteurs contemporains n'en font aucune mention : j’en ai en vain cherché la trace dans la Chronique saxouve, dan* Malhicu Taris, dan* Malmeshurv, dans Roger do Hovedcn, dans Uonlinglon cl dans Ea<l mer. Orderie Nital est le seul qui en ail pat lé, et il ne nomme pas même les Saxons.

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