‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 125 sur 202 · V UK II. <:ilM>ITKK II · texte numérisé non relu

V UK II. <:ilM>ITKK II

f'.on cession de

l’Irlande par le sainl>»i<*£C a

Henri II.

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aliénés par Etienne et par Mathilde; il conduisit deux expéditions victorieuses dans le pays de («ailes dont les princes lui rendirent hommage, et réduisit le roi d’Ecosse Malcolm à échanger trois comtés du nord de l’Angleterre contre celui de Huntington et à le reconnaître pour son suzerain Jetant enfin les yeux sur l’Irlande, contrée encore à peu près sauvage, il s’en fil adjuger la souveraineté par le saint-siège, qui, en vertu des décrétales de Grégoire VII, se faisaitalors reconnaître pour le dispensateur des États et des couronnes. Henri avait sollicité celte concession du |<ape Adrien IV, en alléguant du zèle pour l'instruction de ce peuple qu'il rendait, disait-il, tributaire du saint-siège, et ce fut à cette condition qu’il obtint l’autorisation de le conquérir; mais d’autres soins appelèrent, à cette époque, son attention et ses armes, et il dut ajourner son entreprise en Irlande pour diriger ses forces sur le continent.

Il marcha d'abord contre son fière Geoffroy, en violation d’un serment que lui-même avait prêté. Henri avait juré sur le corps mort de son père qu’à l’é|»oque où il monterait sur le trône d’Angleterre, il céderait l'Anjou à son frère; lorsqu’il fut roi, il oublia ses promesses et garda l’Anjou. Son frère invoqua son droit et s’empara de plusieurs places. Henri fit alors passer sur le continent une armée composée, en majeure partie, d’hommes de race anglaise, il rétablit son autorité dans les domaines paternels et contraignit son frère Geoffroy à échanger contre une pension son titre de comte. Celui-ci fut peu de temps après appelé par les Nantais dans leurs

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murs ; ils sc donnèrent à lui, et à sa mort qui eut lieu l’année suivante, Henri réclama Nantes comme l’hcritage de son frère au mépris des droits de Conon, possesseur de la seigneurie de Richemont, en Angleterre, et comte héréditaire de Bretagne. Une nouvelle année soutint les prétentions de Henri II et occupa la ville de, Nantes et tout le pays situé entre la Loire et la Vilaine. Conon se sentit trop faible contre le roi qui menaçait, en outre, de confisquer ses domaines en Angleterre; il fiança sa tille, âgée de cinq ans, au dernier fils de Henri, appelé Geoffroy, qui n’en avait que huit, avec promesse de le reconnaître pour son héritier , et le roi de France , Louis VU, essaya en vain plus tard de s’opposer à une alliance dont le résultat devait être d’ajouter la Bretagne aux possessions continentales déjà si vastes du roi d’Angleterre.

Louis fut plus heureux dans le Languedoc en défendant le comté de Toulouse contre Henri II qui le revendiquait comme faisant partie ou comme relevant de l’Aquitaine que sa femme lui avait apportée en dot. Il conduisit devant Toulouse une armée formidable de mercenaires, soldés en grande partie au moyen de la taxe dite de sculage, imposée sur les fiefs des chevaliers et par laquelle ceux-ci étaient exemptés du service militaire. Le roi de France , que Raymond de Saint - Gilles , comte de Toulouse, avait appelé à son secours, s était jeté dans la place : Henri, dans cette occasion, opposa sa prudence aux hardis conseils de son chancelier Thomas Becket; il hésita à donner l’assaut et leva le siégé après s’être emparé dans le Languedoc de quelques villes où il mit garnison.

Guerre

•»rc

la Fraure pour

le cornlê de

Toulouse.

Des historiens nous ont dépeint Henri II comme plus ami des lettres et des arts de la jwiix que passionné pour la guerre, et pourtant ce prince unissait réellement une ambition si active à un pouvoir si étendu, qu’au début de son règne, depuis l’Ecosse jusqu’à la pointe de Cornouailles, dans la Grande-Bretagne, et de la Normandie aux Pyrénées, sur le continent, il n’v eut presque aucune terre qu’il ne soumît ou n’essayât de conquérir. Son ambition alla plus loin, et après avoir contenu ou brisé tout ce qui lui faisait obstacle dans le domaine extérieur ou temporel , il fit invasion dans le domaine spirituel, dans celui de l’Église qui, vers cette époque, s’élevait à l’apogée de sa puissance. Mais là , il fut vaincu, et l’Église donna rarement, dans ce siècle, une aussi haute idée de son autorité qu’en triomphant, en la personne de l’illustre Thomas Beckct, du puissant roi qui, avec tout autre adversaire , s’était montré jusqu’alors invincible.

Cette lutte fut le plus grand événement d’un règne marqué d’ailleurs par tant d’actes mémorables; elle éclata, en Angleterre, un siècle environ après la fameuse guerre des investitures entre le sacerdoce et l’empire et cent trente ans avant que la querelle de Philippe le Bel et de Bonifacc eût agité l'Eglise de France.

On a vu, sous le règue précédent, l’influence du clergé fondée en grande partie sur la reconnaissance populaire; non-seulement il opposait' aux fureurs des hommes de guerre, les censures de 1 Église, mais aux tribunaux barbares de la féodalité, il opposait si*s propres tribunaux ou le droit canonique était appliqué. Ce droit s’était formé à trois sources : à celles des Ecritures, des

HEMil II.

décrets des conciles et des papes, et des lois romaines1. 11 y avait en lui une triple puissance, il réunissait à l’autorité d’une loi supérieure aux lois humaines, l’autorité la plus respectée parmi les hommes, celle de l’Eglise, et l’autorité de la raison écrite, celle du droit romain. Aussi, à la faveur d’une si grande supériorité dans les causes civiles, et d’une sévérité moins rigoureuse dans les causes criminelles, les tribunaux ecclésiastiques attiraient à eux tout le monde, tandis que les autres cours étaient abandonnées : ils n’épargnaient rien d’ailleurs pour étendre leur juridiction sur les personnes; non-seulement ils se réservaient de connaître de tout ce qui était du ressort de la religion, mais encore du domaine de la morale, et, comme dans les procès, la morale est toujours méconnue par l’une des parties, le clergé s’établissait juge de toutes les causes. 11 frappait de ses excommunications et de ses interdits ceux qui ne voulaient pas se soumettre à ses sentences, et n’épargnait point les officiers du roi qui refusaient de les exécuter. L’abus des censures ecclésiastiques était porté fort loin, et en même temps, l’impunité des prêtres justiciables de leurs seuls tribunaux, et des simples clercs qui revendiquaient tous le privilège ou bénéfice du clergé pour les crimes les plus énormes, était subversive de toute police. Les progrès rapides que le clergé avait faits dans cette voie en

Extension

et

empiétements de la

juridiction

ecclésias-

tique.

4. Ivon de Chartres avait déjk fait adopter par l’Eglise son code puisé en grande partie dans le code théodosien, dans les Institutes cl dans de» extraits mutilés des Pandectes de Justinien, lorsqu’en 4 -1 37, a la prise d'Amalfi, on découvrit une copie entière de ce dernier ouvrage. Cratien, moine de Bologne, compila en 4 4 54 son Decretum sur le modèle des randectes. De ce moment, les deux codes, celui des lots civiles et des lois canoniques , furent étudiés avec la même ardeur par le clergé.

l.l V KK II. 4 : Il W'ITIIK 11.

Thomas

Docktl,

chancelier.

peu d’années, montraient assez que si une forte digue n’était point opposée à scs empiétements, tout autre pouvoir dans le royaume disparaîtrait devant le sien. 11 n était pas à présumer qu’un prince valeureux, habile et puissant, laissât ravir à la couronne ses principaux attributs : Henri 11 n’est donc point à blâmer pour avoir voulu opposer une digue aux envahissements de la puissance ecclésiastique qui menaçait de tout absorber; mais il eut tort en voulant priver l’Eglise de toute indépendance et en essayant de réduire son pouvoir à néant, et il aurait réussi, selon toute apparence, si lui-méme, ignorant l’obstacle qu’il se créait, n’eût élevé l’illustre Thomas Beckel au siège primatial deCantorbéry.

Cet homme illustre, auquel on a de nos jours, attribué une origine saxonne, était né, selon une autorité irrécusable, d’un Normand de condition honorable quoique médiocre'. Destiné à la carrière ecclésiastique, il étudia pour être clerc et fut promu, jeune encore, à la faveur du vénérable primat Théobald, à l’archidiaconat de Cantorbéry. Dans celte situation, il se fit remarquer par son caractère et par ses talents. Henri, évêque de Winchester, frère du roi Etienne, et l’évèque de Baveux le présentèrent à Henri II qui le combla de faveurs et l’éleva à la première dignité du royaume en le nommant son chancelier. Becket apporta, dans l’exercice de celte charge, un zèle intègre pour le service du roi, une rare intelligence et un courage qui semblait plutôt le propre de l'homme de guerre que de l’homme d’Églisc. Homme d’État, diplomate et chef d’armée, il se signala dans l’administra-

I. Yoyrx Ciilcs, liilro<luclion aux / .flirts Ae Tltonias Rock*!.

IIKMII II.

lion du royaume, dans les négociations et sur les champs de bataille, et lit preuve, pour les intérêts temporels de son souverain, d'une ardeur infatigable combinée avec celte indomptable fermeté qu’il déploya pins tard sur un autre théâtre pour son malheur et pour sa gloire.

On a reproché à Becket, durant cette première époque de sa vie, une existence trop mondaine, on a dit que la rigueur ascétique de scs mœurs après son élévation nu siège de Cantorbéry, eut, pour cause et pour principe, l’ambition et l’orgueil. Ce reproche ne paraît pas fondé : les honneurs mondains ne l’éblouirent pas et ne corrompirent point son cœur, et l’éclat extérieur dont il s’entourait comme chancelier, avait surtout pour but de donner une haute idée de l'opulence et de la grandeur du souverain qu’il représentait, « Les mœurs du chancelier, a dit son confesseur, furent toujours pures, et lorsqu’il suivait ses hèles à des festins recherchés, il s’y asseyait tempérant et sobre. » Bigide observateur de la justice, doué d’une rare prudence et convaincu, sans doute, que son crédit sur le roi prolitait à la cause du bien et de la vérité, peut-être regarda-t-il comme un devoir de s’assujettir extérieurement au genre de vie le plus propre à le lui conserver. Jamais cependant il n’oublia le maître céleste auquel il s’était voué d’abord , et il ne s'abusa point sur le péril des obligations nouvelles que lui imposerait, à l’égard du roi, la dignité primatiale. Il comprit qu’il lui faudrait perdre la faveur du roi ou manquer à son devoir envers Dieu ; il supplia Henri de lui épargner cette douloureuse alternative, en donnant un autre successeur au primat Théobald.

Le roi demeura inébranlable, espérant tenir l’Kglise.

Election

de

’l liomei Ueclcl •u ii ege prinulul.

de son royaume, tout entière dans sa main, en la mettant sous celle de son chancelier. Le clergé opposa quelques résistances au vœu du roi, mais ensuite les évêques et les moines de Cantorbéry, convoqués pour l’élection, réunirent leurs suffrages sur Thomas Becket et le proclamèrent archevêque de Cantorbéry.

Le primat opéra sur-le-champ dans ses habitudes extérieures une réforme complète, et au faste éblouissant mêlé de la pompe toute mondaine dont il avait cru convenable de s’entourer comme représentant d’un des plus puissants monarques de la terre, succéda l’appareil simple et austère qu’il jugea seul séant à un successeur des Apôtres, à an ministre du Christ : il s’environna d’un petit nombre d’hommes distingués entre tous , dans le clergé, par leur foi, leurs lumières et leurs vertus, se vêtit d’un cilice, se nourrit d’alimcnts grossiers et s’imposa de secrètes et rigoureuses mortilications.

Ayant prévu qu’il pourrait encourir un jour le ressentiment du monarque, Becket s’était fait dégager, au moment de 8a promotion, de toute obligation civile, et affranchir, par l’autorité royale, de toute recherche au sujet de ses actes, dans l’exercice de sa charge de chancelier: il déposa même, dans les mains du monarque, cette dignité, dont il ne crut pas les obligations compatibles avec ses nouveaux devoirs. Henri sentait diminuer son ascendant sur Becket, à mesure que celui-ci se montrait supérieur à ses faveurs et à ses dons : il en conçut une irritation profonde qu’il ne dissimula point lorsqu’il reçut sa démission de la plus haute charge de la cour.

Ce prince nourrissait toujours le projet, depuis longtemps conçu, de restreindre et même de détruire lajuri-

HENRI II

diction ecclésiastique, et il reconnut, en frémissant, un adversaire dans celui dont il espérait le concours et qu’il avait élevé pour s’en faire un docile instrument. Il persista néanmoins, et, à la suite du refus que fît l’archevêque d'abandonner à la juridiction séculière un prêtre accusé de viol et de meurtre, il convoqua une assemblée du clergé à Westminster, où il demanda qu’il fût décidé qu’à l’avenir, tout clerc, reconnu coupable et condamné à la dégradation par jugement de la cour ecclésiastique, fût ensuite abandonné à la juridiction laïque pour être puni corporellement sans privilège du clergé. Les évêques *e retirèrent pour délibérer, la crainte les disposait à fléchir; l’archevêque essaya de raffermir leur courage ébranlé : il leur dit qu’un homme ne devait pas être puni deux fois pour la même faute, et qu’accéder aux désirs du roi, ce serait permettre que les clercs, après avoir été frappés par la justice ecclésiastique, le fussent encore par les cours temporelles, ce serait autoriser l’effusion du sang et y donner la main, tandis qu’il n’est pas permis aux prêtres d’assister même à une condamnation entraînant la perte de la vie ou des membres.

Les évêques se rallièrent à l’opinion du primat, et admis de nouveau en présence du roi , ils lui déclarèrent que leurs devoirs envers l’Église leur défendaient de consentir à ce qu’il exigeait d’eux. Henri leur demanda si, en toute chose, ils promettaient d’observer les royales constitutions de scs ancêtres. Le primat répondit pour tous : « Oui, nous les observerons, sauf les obligations de twtrc ordre, l'honneur de Dieu et de l'Eglise Les évê-

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