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respects et leur obéissance ; il n’osa donc, du vivant de Victor, soutenir vis-à-vis du roi d’Angleterre, les privilèges de l’Église, avec autant d’énergie et de force (]u’on aurait pu en attendre d’un successeur de Grégoire VII, et il employa plutôt, dans ses rapports avec Henri II, la voie des temporisations que celle de l’autorité. Peut-être dans l’origine , ne reconnut-il pas toute l’importance du débat entre le roi et le primat; il prescrivit à celui-ci de garder beaucoup de mesure dans ses rapports avec le monarque et lui recommanda la soumission plutôt que la résistance. Le prêtre qui porta ces instructions du pape à ltecket , produisit plusieurs lettres des cardinaux affirmant qu’ils avaient reçu du roi l’assurance qu’il n’exigerait du primat rien de contraire aux canons et ne lui demanderait qu’un simple assentiment verbal.
Circonvenu de la sorte par ses amis et par les hommes plus positivement appelés a maintenir les prérogatives de la cour romaine, pressé par ses propres suffragants et seul contre tous, le primat sentit sa résolution fléchir et cessa île s’opposer aux vœux du roi; il se rendit à Woodslock où Henri tenait sa cour, et, introduit en sa présence, il promit d’observer les constitutions royales sans aucune réserve. Le roi voulut que cette déclaration fût faite publiquement, et, à cet efTet, il convoqua, en janvier 1 164, les barons et les évêques dans la royale résidence de Clarendon; là, on lut, par l’ordre du roi, une longue série d’articles qui étaient censés reproduire les anciennes coutumes du royaume: mais ils ne rappelaient ni les usages en v igueur avant la conquête*, ni les lois établies par le Conquérant. Les Constitutions, dites de Clarendon, allaient même, à certains égards, directement à l’encon-
A'somblév
de
Clarendon.
Constitutions
de
Clarendon.
trc dos prescriptions de Guillaume, surtout en ce qui touche les excommunications , et l’indépendance des tribunaux de l'Église : cette opposition est rendue plus remarquable encore dans les instructions qui prescrivaient aux évéques de les observer
Considérées dans leur tendance et dans leur but, les Constitutions de Clarendon supprimaient sinon en principe, du moins de fait, tous les privilèges, toutes les libertés ecclésiastiques; elles subordonnaient l’autorité spirituelle à l’autorité temporelle; elles mettaient dans la main du roi, les choses et les personnes de l’Église ; non-seulement elles arrêtaient l’abus que le clergé faisait des interdits et des excommunications dans leurs effets extérieurs, mais en ordonnant aux évêques de distinguer les personnes, en leur défendant d’infliger des censures, en certains cas, sans la permission du roi, elles tendaient à dépouiller l’excommunication dans ses effets intimes, de son caractère sacré; elles rendaient impossibles, sans pourtant les interdire d'une manière absolue, les appels au pape; elles anéantissaient toute la juridiction spéciale! des tribunaux de l’Église, en laissant le roi seul arbitre des cas où la justice ecclésiastique
4. Il m'est défendu, dil l'évêque de Poitiers, d’appeler en cause qui que ce soit de mes diocésains a la requête d’aucune veuve, d’aucun orphelin ni d’aucun prêtre, b moins que les officiers du roi ou les seigneurs du fief duquel relève la cause en litige aient fait déni de justice : ils ont déclaré que si quelqu’un se rendait à ma sommation,, tous ses biens seraient aussitôt confisqués et lui-même emprisonné ; enfin ils m’ont signifié que si j'excommuniais ceux qui refuseraient de comparaître devant nia justice épiscopale, les excommuniés pourraient, sans aucunement déplaire au roi, s’attaquer à ma personne ou h celle de mes clercs, et à mes propres biens ou à ccui de mon Église. ( Script . rcrnt n Franc., t. XVI, traduction de M. Augustin Thierry.) Il convicot de rapprocher ce passage des ordonnances de Guillaume le Conquérant.
IIESRI II.
suivrait son cours, et en obligeant à siéger dans la cour du roi tous les prélats tenanciers directs de la couronne ; elles mettaient dans la main du prince tous les revenus des abbayes et des évêchés vacants et abandonnaient, en quelque sorte, ces évêchés à sa discrétion : enfin, elles privaient le clergé d’une de ses prérogatives les plus précieuses en lui défendant d’accueillir dans ses rangs les pauvres serfs sans la |>ermission de leurs seigneurs.
Les Constitutions de Clarendon tendaient donc, nonseulement à restreindre, mais à détruire l’autorité spirituelle : l’archevêque le comprit, et il aurait hésité, malgré les promesses qu’il avait faites au roi avant de les connaître, à leur donner même l’assentiment du silence; mais lorsqu’il entendit le roi ordonner qu’elles fussent approuvées par écrit comme anciennes lois du royaume et signées par tous les assistants, il s’écria : « Je jure, par le Dieu tout-puissant, que jamais je n’apposerai mon sceau à de semblables Constitutions. » Ces paroles hardies soulevèrent une grande rumeur dans l’assemblée : le roi menaça de la mort l’archevêque et ses partisans ', et se retira en grand courroux. Parmi les chevaliers présents, les uns eurent recours aux supplications, d’autres proférèrent des menaces, et dans une salle voisine, on entrevit des chevaliers qui déjà préparaient leurs armes.
Quelques évêques alors se jetèrent aux pieds du primat, le conjurèrent de détourner les plus affreux malheurs et de ne point attirer la ruine sur l’Église, sur eux tous et sur lui-même par une résistance téméraire ;
Roger Uovcdcu.
Prulealation
du
primai.
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I archevêque fui de nouveau ébranlé et promit d’obscrver les constitutions ou coutumes; mais avant de les signer, il demanda qu’il lui fût permis de les examiner plus à loisir '. Trois copies en furent faites, le roi en prit une, l’archevêque d’York, Roger, en reçut une autre, le primat enq>orta la troisième et se remit tristement en chemin 2.
Henri II fit aussitôt publier les seize articles des Constitutions de Clarendon, et, avant que le primai les eût revêtus de son sceau, il les rendit obligatoires non-seulement en Angleterre, mais encore sur le continent et dans tous les lieux de son obéissance. Puis il eut de nou-
I. fie et correspondance de Thomas Bccketf par le révérend Giles. Ktl. texl. de la vie du primat par scs quatre biographes.
.2. Comme il cheminait la douleur daus Pâme, les hommes de sa suite s'entretinrent librement des derniers événements. L'un d’eux dit : • Au moyeu de ces manœuvres dignes de l’enfer, le Christ lui-même n’est pas en sûreté, non plus que son sanctuaire; les piliers de l’Église sont ébranlés, et tandis que le berger fuit, le troupeau est la proie des ravisseurs. ■ Celui qui parlait de la sorte était Edouard Grim>- porte-croix île l'archevêque et l'un des historiens de sa vie. Ces paroles restèrent sans réponse, et le primat continua h marcher a l'écart, triste et silencieux. Kulin . plus hardi que les autres, Herbert «le Bosliam s’approchant, lui dit : « Pourquoi Monseigneur est-il si profuü lénicnt a hait ti, et ne nous adresse-t-il aucune parole? — Pourquoi vous étonner? répondit l'archevêque; mes prédécesseurs ont gouverné avec gloire l’Eglise d’Angleterre au milieu de nombreux dangers, et maintenant, a cause de moi, elle est tombée en servitude! Plût a Dieu que je fusse mort et qu'aucun œil humain ne pût me voir! Hélas, il était juste que l’Église souffrit ces choses sous mon autorité, car ce n’est point du milieu des disciples du Sauveur eu du fond d’une maison de prières, mais du palais de César que j’ai été élevé a un si haut rang, moi, homme frivole et superbe! J’élevais d- s oiseaux , je suivais des meules, et soudain il m’a fallu élever des hommes; je suis devenu le pasteur des âmes. J’ai négligé ma propre vigne, et j’ai été chargé d entretenir celle des Milites. Ma vie passée n’était point celle qui conduit au salut, et eu voici les fruits! Ah l sans doute, Dieu m'a abandonné! « En parlant ainsi, d'abondantes larmes tombèrent des yeux do l’archevêque, cl il continua mi roule vers Winchester. [Herbert de llnshnm.} „
IIKMÜ II.
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veau recours au saint-siège, et demanda que l'archevêque d’York, Roger, fût nommé légat apostolique en Angleterre avec plein pouvoir. Mais Alexandre III, en voyant ces Constitutions publiées, avait enlin compris toute leur ‘importance : il reconnut l’atteinte profonde quelles porteraient à l’autorité spirituelle et en particulier à la sienne, et il eût rougi d’élever un prélat qui, un des premiers, avait déserté les intérêts de l’Église, au-dessus de celui qui avait osé les défendre. Irrésolu d’ailleurs, toujours faible de caractère, et partagé jusqu'à la liu entre le péril d’accéder au désir du roi et la crainte sic l’offenser par un refus, il lui donna pour lui-même le titre de légat apostolique qu’il sollicitait pour l'archevêque d’York et lui conféra tous les droits attachés à ce rang, hormis celui de destituer le primat. Henri n’accepta point des pouvoirs ainsi limités et il résolut d'employer d'autres armes contre son adversaire.
L’archevêque s’était amèrement repenti d'un moment de faiblesse : il protesta de toutes ses forces contre les articles de Clarendon, s’imposa une rigoureuse pénitence et consulta le pape. Le roi, pour le réduire, eut recours aux moyens que la juridiction féodale mettait entre ses mains. Le primat en eut avis et deux fois il tenta, mais sans succès, de se soustraire par la fuite à la Vengeance du monarque irrité. Henri fit enfin dresser un acte d’accusation et le primat fut cité à comparaître devant un concile convoqué à Northampton. Là, pour son accusateur, il rencontra le roi lui-même, et, pour scs juges, tous ceux qui s’étaient déjà déclarés ses ennemis. Accusé d’un déni de justice dans ses fonctions île chancelier, il lut condamné à perdre ses biens immeubles et ses troupeaux,
peine qui fut commuée en une amende de 500 livres. Le lendemain, Henri exigea le |>aiement de 300 livres que Becket avait reçues pour frais d’établissement dans ses gouvernements d’Eyre et de Berkliamstead ; il réclama ensuite une forte somme dont il lui avait jadis fait don sous les murs de Toulouse, et pour consommer sa ruine, il lui demanda compte de toutes les recettes provenant des abbayes et des évêchés dont Becket avait eu l’administration en sa qualité de chancelier : la cour estima qu’il demeurait dû à la couronne la somme immense de 44,000 marcs dont Henri exigea le paiement. A une demande si exorbitante, l’archevêque opposa qu’au moment de sa nomination il avait été dégagé par le commandement du roi de toute recherche pour les actes de sa gestion comme chancelier. Ce moyen légitime de défense n’étant |>oint accueilli, la plupart des membres de la cour, évêques et barons, furent d’avis que Becket s'abandonnât à la merci du roi, sans s’obstiner dans une défense aussi périlleuse qu’inutile Le primat, néanmoins, demanda du temps pour répondre, et se retira après avoir obtenu un sursis.
Tous ceux qui parmi les prélats et les seigneurs lui étaient demeurés attachés le jugèrent alors perdu sans ressource, ils le délaissèrent et ne s’assirent plus à sa table, ou l’archevêque fit convier à leur place les pauvres et les infirmes.
Auembke Accablé d’inquiétude et de chagrin, Becket tomba »pn|i*mpioii. malade et lorsqu’enfm il fut en état de comparaître (j tel) devant ses ennemis, il se rendit à Norlhampton où se
f . LVvêque de Winchester parait seul avoir été d’un avis contraire.
HENRI II
tenait la cour. Les barons et beaucoup d’évêques y étaient déjà rassemblés : le primat défendit à ceux-ci de s’établir ses juges et il en appela solennellement au saint-siège. Tous lui retirèrent leur obéissance et ils en appelèrent à leur tour nu pape de la défense qui leur était faite. La cour intimidée rendit une sentence d’emprisonnement contre le primat et quatre barons vinrent en corps la lui signifier : Robert, comte de Lcicester, s’avança le premier. « Ecoutez, dit-il, le jugement de la cour. — Comte, interrompit l’archevêque, c’est à vous de m’écouter. » U répéta ce qu’il avait dit aux évêques et ajouta : « De même que l’âme est plus noble que le corps, de même vous êtes tenus d’obéir à Dieu plutôt qu’à un roi terrestre. Le 01s jugera-t-il ou condamnerat-il son père? Je décline donc le jugement du roi ou le vôtre. Le pape seul est mon juge après Dieu; je me mets avec mon Église sous sa protection et je cite devant son tribunal les évêques qui ont obéi au roi plutôt qu’à Dieu. »
Sa vie n’était plus en sûreté dans le royaume et il résolut de se dérober à ses ennemis par la fuite. Il quitta secrètement la ville, s’embarqua sur un bateau pêcheur, à la faveur d’une nuit sombre, et aborda en Flandre, d’où il se rendit dans le royaume de France, à Sens, où le pape Alexandre IU avait convoqué un concile. Becket s’y présenta, rendit compte de sa conduite et donna lecture des Constitutions de Clarendon , en s’accusant d’avoir fléchi un moment : pour s’en punir, il déposa les marques de sa dignité entre les mains du souverain pontife qui l’en revêtit de nouveau et le consacra une seconde fois archevêque de Cantorbéry et primat d’An-
Fuilc Je Thomas Beckel.