‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. 1Chapitre 131 sur 202 · Ht II. CHAPI I Ht · texte numérisé non relu

Ht II. CHAPI I Ht

Un célèbre historien 1 a voulu voir dans la résistance du primat au roi un effet de la haine de la race vaincue des Saxons contre la race victorieuse des Normands; il explique de cette manière la sympathie que rencontra le primai dans la population saxonne et l’intérêt national du grand rôle qu’il remplit. A nos yeux expliquer cette lutte fameuse de l’Eglise et de la royauté par la lutte des races, c’est lui ôter, avec son véritable caractère, toute sa grandeur, c’est prendre un effet pour une cause. En résistant au roi, en luttant contre les violences du système féodal établi par la conquête, Becket eut nécessairement contre lui les oppresseurs et pour lui les opprimés qui, en majeure partie, étaient Saxons : ce fut une conséquence inévitable de la lutte. Loin d’être de la race vaincue, il appartenait à celle des conquérants3; mais son rôle lui fut commandé par sa haute position dans l’Eglise, et Becket défendit contre la royauté normande la même cause qui avait été soutenue avant lui par son prédécesseur, normand, comme lui, le primat Anselme. Henri II ne s’y trompa point, ce ne fut pas l’homme cher aux Saxons qu’il craignit dans Becket, ce fut l’homme qui, à l’influence de la première dignité ecclésiastique du royaume, unissait l’irrésistible ascendant des vertus qui font les saints et les martyrs et qui rendent un homme plus redoutable mort que vivant. H prévit l’avantage immense que tous ses ennemis allaient tirer d’un semblable attentat, il en conçut une affreuse douleur et ne songea plus qu’à détourner de sa tête les soupçons et les anathèmes

Page 1