M. Augustin Thierry
2. MS. hambetb et Fitt -Stephen rites par Giles, Life and letlers n f Thomas Btckti, c. 2.
IIKVKI II.
de l’Eglise : il avait cru tenir l’archevêque en son pouvoir lorsqu’il apprit son retour en Angleterre et déjà il triomphait en son cœur : maintenant, le voyant mort, il se sentait vaincu et il l’était.
Le premier résultat de ce grand meurtre fut non-seulement le renversement des projets du roi funestes à ,
Thomas Reckct.
l’Eglise et à la chrétienté, mais l’avortement de ses efforts, même légitimes, contre les abus et les empiétements du pouvoir clérical : le roj prit Dieu à témoin qu’il n’avait pas consenti au crime, il déclara qu’il se soumettait au jugement du souverain |»ontife et dépêcha au pape Alexandre 111, alors en Italie, des envoyés avec plein pouvoir. Toutes ses appréhensions étaient fondées : déjà le roi de France avait proclamé de son chef l’archevêque de Cantorbéry saint et martyr et s’était autorisé du meurtre comme d’un prétexte légitime pour reprendre les armes; déjà aussi l’archevêque de Sens avait désigné le roi Henri au pape comme le principal auteur de l’attentat, et appelant sur sa tête les foudres du Vatican, il avait commencé par mettre l’interdit sur toutes ses possessions continentales.
Alexandre excommunia en termes généraux les meurtriers avec tous leurs conseillers, leurs complices et leurs protecteurs. Quelques jours après, il confirma l’interdit qu’avait prononcé l’archevêque de Sens sur les possessions territoriales du roi Henri ; il confirma aussi les sentences de suspension et d’excommunication déjà rendues contre plusieurs prélats d’Angleterre, défendit au roi l’entrée des lieux saints et annonça qu’il lui enverrait des légats pour lui faire connaître ses volontés et pour s’assurer de son obéissance. Henri effrayé, re-
Suite*
du
meurtre
HabilanU
de
l'Irlande.
Leur
conversion
au
christianisme.
doutant les ordres secrets dont ces légats seraient chargés, résolut de temporiser, et pour se dispenser de les attendre, il mit à exécution le projet longtemps ajourné d’une descente en Irlande que le pape Adrien IV l’avait jadis autorisé à conquérir.
Invasion et conquête «le l’Irlande. — Réconciliation de Henri II avec l’Eglise.
La conquête d’une grande partie de l’Irlande est un des événements les plus remarquables du règne de Henri II. Les habitants de cette île étaient de l’ancienne race des Celtes et ils avaient de nombreux traits de ressemblance avec plusieurs peuples de la France issus des anciens Gaulois et avec les habitants des hautes terres d’Ecosse qui appartiennent également à la race celtique. La condition des Irlandais et leurs mœurs différaient peu de celles des Bretons, leurs voisins, à l’époque où ceux-ci furent conquis par les Romains, et ils vécurent -en barbares dans un état de guerres continuelles jusqu’au cinquième siècle. Ils furent à cette époque convertis au christianisme par le célèbre saint Patrice, justement nommé l’apôtre de l’Irlande, et ils firent sous sa direction de rapides progrès en civilisation et en piété. L’Irlande, à la chute de l’empire d’Üccidcnt, échappa au sort commun des Etats du continent et de la Bretagne, et fut préservée des invasions des peuples barbares qui démembrèrent l’empire. Elle dut à celle heureuse circonstance de conserver pour un temps le précieux flam-
HENRI II
beau des lettres et de quelques sciences, lorsque cellesci s éteignirent jiartout ailleurs en Occident. Dans le cours du vi* siècle, saint Columban y fonda un monastère célèbre où les lettres étaient enseignées, et ses disciples l’imitèrent en fondant à leur tour plusieurs établissements pieux qui devinrent des écoles renommées : elles attirèrent de nombreux élèves des diverses contrées de l’Europe, et il en sortit beaucoup d’hommes instruits et de savants missionnaires qui ne furent pas sans influence sur la civilisation de la France, de l’Espagne et de l’Italie.
Cet état de choses cessa vers le milieu du vm* siècle t 1Ut„gc, des hommes du Nord, Danois ou Normands, habitants J“ des bords de la Baltique, abordèrent alors en Irlande, la traversèrent en tous sens et y portèrent la dévastation et le pillage. Ils y fondèrent, il est vrai, quelques villes qui , avec le temps , devinrent fort considérables , et entre autres Waterford et Dublin, mais ils commirent leurs plus grands ravages sur les côtes où existaient les pieux établissements civilisateurs de la contrée; ceuxci périrent : l’Irlande, à la suite de ces invasions, redevint presque aussi barbare qu’elle l’était avant l’introduction du christianisme, et quelques coutumes qui lui étaient particulières contribuèrent à la maintenir dans cet état. La population était divisée en clans nombreux et indépendants, presque toujours en guerre les uns contre les autres, sans hiérarchie fixe entre eux et dans couium« chacun desquels l’autorité n’était point établie sur le T«ni>iry principe de l’hérédité, mais déférée par l’élection selon Gt*^'a,| la coutume dite de Tanislry. De là des rivalités perpétuelles, qui. chez un peuple à demi sauvage, dégénéré-