I. I lavis, report*, p. 134. — Voj. Lingard, Sut. i'Atgl
HENRI II
prélats1. Le primat Lanfranc fit des efforts pour modifier cet état de choses, et il réussit en partie : quelques évêques irlandais vinrent recevoir la consécration à Canlorbéry, d’autres acceptèrent de la cour romaine le titre de légats pontificaux, et dans l'année 1148, un synode où assistèrent les prélats et les princes de l’Irlande, institua quatre archevêchés dont les sièges furent dans les villes d’Armagh,de Dublin, de Cashel et deTuam. Quoi qu’il en soit, l’ancien esprit d’indépendance continuait à prévaloir dans la masse de la nation et du clergé, la soumission au saint-siège était plus apparente que réelle, et la taxe romaine connue sous le nom de denier de Saint-Pierre n’était pas acquittée.
Ces motifs contribuèrent à rendre les papes favorables à ceux qui offrirent de ranger l’Irlande d’une manière beaucoup plus étroite sous leurs lois : d’ailleurs, à cette époque, l’opinion générale, soit du clergé, soit de la société laïque, attribuait avec justice au lien de l’unité religieuse et à l’autorité spirituelle de la papauté, une grande part dans l’œuvre de la civilisation européenne; Adrien IV était donc sincère et agissait en conformité avec tous les principes admis à son époque, lorsqu’il autorisa Henri U à conquérir l’Irlande, à la condition d’y agrandir les limites de l’Église, d’y corriger les mœurs, d’y enraciner la vertu, et aussi d’y faire acquitter par chaque maison, le denier de Saint-Pierre.
On a vu comment, après avoir obtenu cette bulle au
Pendant prêt de deux siècles, le siège d’Annagb fut occupé par des individus d'un même lignage, dont quinic succédèrent immédiatement les uns aux autres. Six seulement d'entre eux étaient prêtres, les autres étaient des chefs laïques (l.ingard, Uitt. d'Anyltl.).
Souverainetés du P* Y’’
Expédition*
de
Strong-Bow,
comte
de
Pembroke, et de ses frère* eu
Irltnde.
début de son règne, le roi fut détourné de la conquête de l'Irlande par d’autres intérêts. Beaucoup d’années s’écoulèrent avant qu’il y songeât de nouveau et l’entreprise fut commencée, sans sa |>articipatiou, par quelques-uns de ses vassaux qu’un roi du pays ap|iela dans l’ilc pour servir sa vengeance.
Les chefs des clans ou tics nombreuses tribus du [>ays prenaient le titre de rois, et les royaumes qui existaient dans les temps reculés, en Irlande, avaient été fondus en cinq grandes souveraineté-s qui subsistèrent longtemps sous les noms de Munster, Meath, Lister, Leinsler et Connaught. Tous les princes ou rois de l’Irlande reconnaissaient, de temps immémorial, la suprématie d’un seul chef désigné comme eux par l’élection, et, sous le règne de Henri II, celte autorité souveraine appartenait, en Irlande, au souverain du Connaught.
l'n roi de Leinster, nommé Dermot, chassé de sa capitale par le chef suprême du pays et abandonné de ses sujets, était passé sur le continent, avait fait hommage à Henri II pour ses possessions, et ayant obtenu de lui la permission d’enrôler un corps d’aventuriers anglais à son service, il demanda l'assistance de Richard de Clare, surnommé Strong-Bow, comte de Pembroke, et de ses deux frères, Robert Fitz-Stephen et Maurice Fitz-Gérald, qui, tous trois à la tète d’aventuriers normands et flamands, avaient conquis la partie extrême du pays de Galles la plus rapprochée de l’Irlande, et avaient perdu ensuite dans l’oisiveté et la dissipation les terres acquises à la pointe de leurs lances. Le roi exilé leur promit des établissements considérables dans ses Étals; ses offres furent acceptées et Strong-Bow envoya en
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Irlande un premier ban de cent quarante chevaliers et de trois cents archers, sous la conduite de son frère Fitz-Stephen. Les Irlandais faisaient alors consister en partie la valeur guerrière à marcher sans armes défensives à l’ennemi et dans cette occasion, comme toujours, les grands chevaux bardés de fer des Anglo-Normands, leurs armures impénétrables et leurs longues lances leur donnèrent un facile avantage sur des guerriers mal armés et demi-nus. Ceux-ci accusaient de lâcheté des hommes invulnérables sous leur pesante armure, mais ils tombèrent en foule sous les coups de ceux au courage desquels ils insultaient. Dermot, avec leur assistance, reprit Wcxford et remporta ensuite en plaine une grande victoire '. De toutes parts l’ile s 'était soulevée à l’arrivée des étrangers et la guerre devint nationale. Le succès cependant avait enflammé l'ambition de Dermot, il aspirait maintenant à la souveraineté de l’île et, pour atteindre ce but, après avoir généreusement récompensé les premiers mercenaires venus à son aide, il en appela de nouveaux auxquels il fit des offres aussi considérables.
Un autre corps d’étrangers conduit par le second frère de Strong-Bow, Fitz-Gérald, répondit à l'appel du roi Dermot et bientôt Strong-Bow lui-même , comte de
4. Ua contemporain di^ne de fui rapportes l’occasion de celle bataille le trait de mœurs suivant. LU trophée de deux cenls têtes, dit-il, fut élevé devant le roi Dermot par les indigènes qui avaient combattu sous sa bannière. A celle vue, le roi battit des maius, bondit de joie et burla des actions de gréces au Très-Haut. Comme il tournait autour de ce monceau de tètes, il découvrit celle d’un de ses anciens ennemis, et soudain, transporté de fureur, il saisit cotte tète par 1rs oreilles et lui arracha le nex avec les dents. — Ci raid. Camb., — cité par Linf.ard, llnl. ffilsjl.
Pembroke, passa dans nie avec plusieurs vaisseaux chargés d’hommes, de chevaux et de munitions de guerre , il fut accueilli avec de grands honneurs et marcha aussitôt sur la ville de Waterford <|u’il emporta, Dublin eut le même sort. Strong-Bovv, conquérant de Leinster, épousa la fille du roi Dermot et rêva à son tour la conquête de l'ile entière.
Il fut arrêté dans ses ambitieux projets par le roi Henri II. La jalousie de ce prince s’était enflammée au bruit des succès des aventuriers gallois en Irlande et lorsqu’il apprit la chute de Waterford, il défendit qu’aucun vaisseau sortit des ports de ses domaines d’Angleterre et du continent pour l’Irlande ; il enjoignit à tous ceux de ses sujets ou de ses hommes liges qui séjournaient alors dans l’ile, de revenir en Angleterre, sous peine de bannissement perpétuel et de la confiscation de tous leurs biens. Le comte de Pembroke ne recevant plus de renforts et vivement pressé dans Dublin par divers peuples de l’Irlande, danois et indigènes, ligués contre les nouveaux envahisseurs, ne conserva plus d’espérance que dans une réconciliation sincère avec le roi, qui déjà avait confisqué ses domaines en Angleterre et dans le pays de Galles. H se rendit auprès de lui et pour le fléchir, il lui offrit en don la ville de Dublin et la meilleure part de scs conquêtes. Henri , à ces conditions, le reçut en grâce et laissa au comte de Pembroke et à ses compagnons leurs possessions territoriales dans l’ile pour en jouir à titre de fief et à charge de foi et d’hommage envers lui. Tel était l’état des choses en Irlande, lorsque le roi résolut d’y passer lui-même et d’y affermir sa domination par sa présence. Ce fut aussi
IIKNIil II.
le prétexte dont il s’appuya pour éviter de recevoir les légats pontificaux, chargés par Alexandre III de s’enquérir de la mort de Thomas Bceket et de faire connaître au roi les conditions auxquelles il serait absous par l’Église.
Henri s’embarqua pour l'Irlande le 17 octobre 1171, Henri u aveccinqcentsehevalicrsetun corps nombreux d’archers ir\a ",|C. sur quatre cents bateaux de transport II prit terre à Waterford où les chefs normands et le roi Dermot lui rendirent hommage comme à leur suzerain ; il affermit son autorité sur les royaumes du sud déjà conquis et dont les habitants s’enfuirent devant son armée. Les envahisseurs se partagèrent les terres des Irlandais fugitifs et toutes les villes reçurent des garnisons anglaises. Le roi Soumission se rendit ensuite dans la capitale, à Dublin, dont l’im- tV.ndsi*. portance était déjà grande à cette époque, et là, au nom du droit qu’il disait tenir de l’Église, il somma tous les chefs du pays de venir lui prêter serment de foi et d’hommage. Ceux du sud obéirent. Le chef suprême, O’Connor, roi de la grande province occidentale de Connaught, refusa d’accomplir cet acte humiliant ; toutefois, il reçut les envoyés royaux et fit une soumission nominale. Les chefs de l’L'lstcr, au nord, conservèrent seuls tonte leur indépendance; ils refusèrent soit de visiter le roi, soit de reconnaître son autorité.
Un grand synode de tous les évêques d’Irlande se tint cette même année à Cashel '. Les prélats y firent des règlements pour la réforme de leur Église, et rédigèrent, touchant les mariages, les baptêmes, les sépultures, le chant du service divin et le paiement de la dîme, des