Roger de Horcdcn
2. Il faut lire dan» Roger de llovcdcn 1rs incroyable» plriplliet dont la trie du jeune Henri est pleine , pour comprendre tout IVicc» de la tendresse du roi pour ce (ils ingrat.
poir. Son fils Geoffroy en eut pitié et revint auprès de lui, abandonnant à toute sa colère les Aquitains ses alliés, pour lesquels le jeune Henri lui-méme avait délaissé son père. La douleur doubla le ressentiment du roi ; il livra, le lendemain des funérailles, un assaut furieux à Limoges ; il emporta la ville et le château, ainsi que de nombreuses forteresses; il les renversa de fond en comble, et n’y laissa point pierre sur pierre. Cependant, parmi ses actes de cruauté et de vengeance, on cite un trait de mansuétude qui l’bonore. Au nombre de ses prisonniers était le fameux Bertrand de Born , le compagnon de son fils, l’homme qui avait entretenu avec le plus d’ardeur l’insurrection des peuples du midi contre le vieux roi et les discordes au sein de sa famille. Henri, maître de son plus mortel ennemi, voulut assouv ir sa vengeance : il se le fit amener dans sa tente et lui dit : « Bertrand, je crois que voire sens, que vous prisiez si fort, vous a failli aujourd’hui. — Oui, sire, répliqua Bertrand, il in’a failli le jour où le vaillant jeune roi, votre Dis, est mort; ce jourlà j’ai perdu le sens et la raison. » Au nom de son fils, le roi fondit en larmes, et oubliant la vengeance, il ne vit plus devant lui que l’ami, le compagnon de ce fils tant pleuré, et cédant à un mouvement magnanime : « Bertrand, dit-il, sire Bertrand, vous faites bien si vous perdez le sens pour mon fils qui vous aimait plus qu’homme au monde : pour l’amour de lui, je vous donne la vie, vos biens et votre château : je vous rends ma faveur et mon amitié »
I. Polies des Troubadours, recueillies par M. licnouord. — Geoffroy, principal auteur de cette guerre et troisième fils de Henri 11, mourut peu de temps après dans un tournois, foulé aux pieds des chevaux.
HENRI II
Louis VII était mort et avait eu pour successeur Philippe II, son fils, l’un des plus grands princes qui aient régné sur la France : Philippe se montra, dès le début de son règne , fidèle à la politique de .son père, en essayant de détacher de Henri II ses enfants, et d’affaiblir ses forces en les divisant; mais un grand et terrible événement survenu en Orient lit trêve quelque temps aux hostilités des princes chrétiens : le royaume de Jérusalem avait cessé d’exister. La couronne, depuis la mort de Baudoin le Lépreux, vacillait sur la tète d’un roi enfant1, tandis que le redoutable sultan Baladin ralliait les nations musulmanes sous son étendard et marchait de conquête en conquête. Il gagna, en l’année H87, la bataille de Tibériade, dont la perte entraîna la chute de Jérusalem. Une armée tout entière fut détruite. Le roi Guy de Lusignan, avec un grand nombre de chevaliers, tomba aux mains de Saladin vainqueur, la vraie croix fut prise et la cité sainte ouvrit ses portes. Ainsi périt le royaume chrétien de Jérusalem, quatre-vingt-seize ans après sa fondation par les premiers croisés : le bruit de ce grand désastre répandit la consternation dans le monde : le vieux pontife Urbain III en mourut de douleur, et eut pour successeur Grégoire VIII, qui ne fit que passer sur le trône pontifical, puis Clément III par l’ordre duquel une nouvelle croisade fut prècliée. L’empereur Frédéric prit la croix, et à la voix éloquente de Guillaume, archevêque de Tyr, les rois de France et d’Angleterre, Philippe et Henri, vinrent à Gisors où ils reçurent la croix, et firent vœu